Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RMC le 7 novembre 2013, sur la situation sociale et politique et la réforme des rythmes scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RMC le 7 novembre 2013, sur la situation sociale et politique et la réforme des rythmes scolaires.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons parler Education nationale bien sûr, mais nous allons parler politique aussi, parce que, il est temps, non, de parler de politique ?

VINCENT PEILLON
Oui, on a besoin de politique au sens noble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au sens noble oui.

VINCENT PEILLON
C'est-à-dire d'un projet pour le pays, de valeurs partagées, de sortir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est temps de le voir ce projet, parce que moi je ne le distingue pas, et les Français non plus, Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
C'est dommage, sans doute il faut plus de clarté. La clarté c'est quoi ? L'aspiration qui est la nôtre, c'est la préparation de l'avenir. On voit que les difficultés du pays, sur tous les sujets, c'est le cas sur la Bretagne, c'est le cas sur l'école, c'est le cas aussi sur les valeurs, c'est de n'avoir pas été capable de préparer la rentrée dans le 21ème siècle, et donc le pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la grande faute de François HOLLANDE depuis qu'il est président de la République ? C'était la grande faute de Nicolas SARKOZY ? Est-ce que c'est une grande faute partagée ?

VINCENT PEILLON
Je ne crois pas que… oui, il y a une faute, dans les années passées, c'est l'accumulation de la dette, c'est cette privation d'avenir par des moyens qui ne sont pas donnés à la jeunesse, c'est un modèle français, on le voit en Bretagne, qui n'a pas évolué comme il le devait, ce sont nos marges, la compétitivité, la dette, qui se sont restreintes. Tout l'effort du gouvernement, qui va être un effort long et difficile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes en faute aussi, vous êtes en faute aussi.

VINCENT PEILLON
Mais pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas du tout ?

VINCENT PEILLON
Non, pas du tout, et je pense que précisément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? Les déficits se creusent, la dette augmente, les impôts s'alourdissent, et vous n'êtes pas fautifs ?

VINCENT PEILLON
Mais c'est l'inverse. La dette…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

VINCENT PEILLON
Mais enfin, écoutez, soyons sérieux, la dette est en train de diminuer, les investissements d'avenir, à commencer par l'école, sont en train de se faire, la transition écologique c'est la préparation de l'avenir. Lorsqu'on assure les retraites par répartition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle ne se fait pas facilement la transition écologique quand on voit le problème de l'écotaxe !

VINCENT PEILLON
Bien sûr, mais c'est quand même ce modèle que nous mettons en oeuvre. Lorsque l'on assure les retraites par répartition, c'est bien l'avenir, lorsqu'on diminue la dette, c'est bien l'avenir, lorsqu'on investit dans la connaissance et dans l'éducation des enfants et dans la jeunesse, c'est bien l'avenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous n'avez pas diminué la dette, pardon Vincent PEILLON, regardons les chiffres, vous n'avez pas diminué la dette, depuis que vous êtes au pouvoir, elle a progressé.

VINCENT PEILLON
Non, vous voyez bien que lorsque nous sommes arrivés les déficits publics étaient à plus de 5 points, ils sont passés à 4,8, et la Commission donne d'ailleurs raison au fait que nous sommes en train de la diminuer sur une courbe qui va à 3,6 et qui devrait aller en dessous de 3 ensuite. C'est indispensable, parce que, les gens se disent « mais pourquoi diminuer la dette ? », mais parce que la dette c'est ce qui empêche précisément que l'avenir puisse se dégager, c'est, dans le fond, une créance sur l'avenir, et tout le problème français… vous savez, c'est ce pessimisme français, qui est terrible. On voyait à l'instant, et vous avez reçu Marilyne BAUMARD, qui dit « on peut y arriver, on peut réussir »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va y arriver à l'éducation.

VINCENT PEILLON
Et ça c'est l'effort majeur du gouvernement. Je vous rappelle quand même que, l'élection du président de la République, elle a été faite sur la priorité à la jeunesse, pas la jeunesse comme une catégorie seulement, la jeunesse parce qu'elle est l'avenir du pays, et que la France puisse renouer avec l'idée d'un avenir meilleur. Et toute notre énergie – ça peut être difficile aujourd'hui, il y a des efforts à fournir – c'est d'être capable d'inverser une tendance au déclin, une tendance à la morosité, une tendance au pessimisme, et donc se donner les moyens de la préparation de l'avenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce n'est pas une tendance le pessimisme, c'est une réalité, Vincent PEILLON, c'est une réalité qui est appuyée sur du réel, si je puis dire, sur des faits. Alors, vous parlez de la jeunesse…

VINCENT PEILLON
Excusez-moi, la jeunesse, par exemple depuis 5 mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, parlons de la jeunesse, tiens !

VINCENT PEILLON
Depuis 5 mois le chômage des jeunes baisse, mais comme ce sont les vieux qui commandent, ça ne les intéresse pas beaucoup, mais ça c'est une inversion depuis plusieurs années. Alors on peut dire ce n'est pas suffisant, on peut dire il faut faire davantage, j'en suis d'accord, mais n'être même pas capable de relayer cette information parce que, dans le fond, on s'en moque, ce qu'on veut c'est continuer à se bagarrer, tenir des propos racistes, des propos nationalistes, des quolibets, non, il y a là quelque chose de fondamental. On doit s'appuyer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, Vincent PEILLON, vous croyez… le président de la République, le président de la République a fait de la jeunesse sa priorité, vous êtes d'accord, vous croyez à la jeunesse, mais pourquoi est-ce que vous vous préparez à être député européen et à abandonner le ministère de l'Education nationale ?

VINCENT PEILLON
Mais, d'abord, je suis aujourd'hui, et ça c'est la démocratie, je ne suis pas au gouvernement comme représentant de l'association des professeurs de philosophie, je suis aujourd'hui quelqu'un qui est allé… qui a un mandat européen, c'est exactement comme pour les parlementaires, et vous voyez, c'est un problème d'instruction civique française et de rapport à l'Europe, car en réalité je vais simplement aller mener le combat politique, comme on le fait lorsqu'on est parlementaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez quitter l'Education nationale ?

VINCENT PEILLON
Mais bien sûr que nous, je vais y rester. Vous ne voulez pas d'homme politique qui n'ait pas le suffrage universel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez rester…

VINCENT PEILLON
Par ailleurs, il se peut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous resterez ministre de l'Education nationale ?

VINCENT PEILLON
Mais bien sûr, vous comprenez bien que la tâche dans laquelle on est engagé est une tâche de long terme. Mais en même temps, permettez-moi de vous le dire, une seconde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une tâche de long terme.

VINCENT PEILLON
Je vous coupe. Qui est candidat dans le Sud-est, dont j'ai été la tête de liste ? C'est Jean-Marie LE PEN en face de moi. Où sera l'élection la plus dure ? Où le Front national, que je considère un parti antirépublicain, mène la campagne ? C'est là-bas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi vous ne l'interdisez pas s'il est antirépublicain ?

VINCENT PEILLON
Et donc c'est là-bas que je veux mener le combat, aux côtés des miens, qui est un combat politique. Deuxièmement, qu'est-ce qu'on entend sur l'Europe tout le temps ? Regardez encore en Bretagne, la faute c'est toujours à l'Europe. Vous le croyez vraiment ? lorsqu'on regarde avec 20 ans de recul, ce qu'a fait l'Europe, ce que peut faire l'Europe, il y a des réorientations évidemment à accomplir, mais l'Europe c'est une garantie, quand même, de démocratie, c'est une garantie de prospérité, c'est une garantie de progrès social, j'entends même qu'en Allemagne on va en venir au salaire minimum, et nous nous serions en permanence à rejeter nos propres manquements sur l'Europe. Je veux mener et engager le gouvernement en Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est une garantie de progrès social, quand une entreprise va ouvrir une filiale dans un autre pays d'Europe pour payer moins de charges sociales et fait venir travailler ses salariés recrutés dans d'autres pays d'Europe en France ?

VINCENT PEILLON
Non, mais ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une garantie de progrès social ?

VINCENT PEILLON
Pas du tout, mais ça il faut le corriger. Mais enfin, vous savez, vous êtes très jeune, mais lorsque vous étiez un peu plus jeune…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes très gentil, merci.

VINCENT PEILLON
Lorsque vous étiez un peu plus jeune, vous aviez les colonels en Grèce, vous aviez SALAZAR au Portugal, vous aviez FRANCO à Madrid, vous aviez le Mur de Berlin et derrière des pays qui étaient sous le joug. Aujourd'hui vous vivez dans un espace qui est, quoi ? C'est un espace de démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est libre.

VINCENT PEILLON
Regardez maintenant les progrès sociaux dans l'ensemble des pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui n'est pas en guerre.

VINCENT PEILLON
Y compris le nôtre, est-ce qu'on n'est pas capable de dire ça à notre jeunesse au moment où on va commémorer 14-18 ? Est-ce qu'on est uniquement, toujours, dans la situation de dire « tous nos propres manquements sont aussi la faute de l'Europe » ? L'Europe, il faut la politiser, l'Europe il faut la corriger, vous parliez de la directive travailleurs, il faut évidemment intervenir, mais ça, c'est aussi une Europe de droite, il faut mener un combat politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la responsabilité des politiques, on est d'accord.

VINCENT PEILLON
Mais l'espace européen, qu'est-ce qu'on serait aujourd'hui sans l'euro, qu'est-ce qu'on serait uniquement à 60 millions – lorsque je recevais le ministre brésilien hier, ils vont à 10% de leur PIB sur l'éducation, lorsqu'ils forment c'est des millions de personnes, c'est 5 millions d'étudiants. Comment on peut faire tout seul ? Donc il faut s'unir. Il faut peser sur les politiques européennes, il faut essayer de faire qu'il y ait des politiques progressistes, mais l'alternative qu'on nous propose en permanence, qui est l'alternative du repli sur soi, nationaliste, donc je veux mener ce combat. Aujourd'hui, vous l'avez vu, on est aussi sur un combat des valeurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, les valeurs, parlons-en. Christiane TAUBIRA a été une première fois insultée, insultée, par une candidate du Front national dans les Ardennes, qui n'a été, d'ailleurs, que suspendue, ça c'est une première, et une deuxième fois à Angers par des enfants, guidés par leurs parents, qui l'ont traitée de « guenon. » Qui a protesté à l'époque ? La classe politique, où était-elle, où était le président de la République, où était le Premier ministre ? Vous savez ce qu'elle a dit, vous l'avez entendue, Christiane TAUBIRA, « aucune belle et haute voix ne s'est levée à ce moment-là. »

VINCENT PEILLON
D'abord moi je me réjouis qu'aujourd'hui, peut-être avec retard, mais aujourd'hui, enfin, l'indignation s'exprime et le refus, en particulier des plus hautes autorités de l'Etat. Deuxièmement, je dis et je donne raison à madame TAUBIRA, pour qui j'ai le plus grand respect, sur deux points fondamentaux. Le premier c'est, elle n'est pas là pour se plaindre, que cela soit possible aujourd'hui c'est parce qu'il y a effectivement, à l'oeuvre dans notre pays, nous venions de le dire avec l'Europe, des forces qui sont mauvaises, des forces d'abaissement, des forces de haine, et une banalisation du racisme qui est considérable. Elle a commencé, je vous le rappelle, j'avais alerté dès cette époque, dans le débat « identité nationale et immigration », avec un ministère et des débats en préfecture, on avait connu ça que sous PETAIN. Il y a une libération de la parole raciste, c'est inacceptable, et ce n'est pas la France. Ça c'est la première chose. Elle le dit elle-même, elle dit « dans le fond, ce qui m'arrive, ça traduit quelque chose de plus profond », et maintenant nous devons nous réveiller. Vous savez, on parlait de somnambulisme avant 40, il faut sortir de ce sommeil, et il faut dire « ça c'est inacceptable. » Il y a deux France. Il y a une France, et je pense qu'elle est majoritaire, qui ne peut pas accepter cette dérive, dressons-nous. Et puis deuxièmement, elle a raison, c'est la très belle formule que vous dites, et ça nous interpelle, vous dites « les politiques », oui, mais pas que les politiques, tout le monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, tout le monde.

VINCENT PEILLON
Sans doute nous n'avons pas été assez clairs, assez fermes, et c'est pour ça que maintenant, à nouveau, et je le dis pour mon camp, pour la gauche, on ne va pas faire un pas en arrière, on ne va pas s'excuser d'être de gauche, on ne va pas s'excuser de prendre des mesures sociales pour les plus démunis, on ne va pas s'excuser d'être antiraciste, on ne va pas s'excuser de défendre l'éducation nationale, on ne va pas s'excuser… oui, ce sont nos valeurs et il faut qu'on les porte plus fortement. Et je trouve que ce qui se produit, le ton même qui a été employé par madame TAUBIRA, il est important, il s'adresse aux politiques, mais il s'adresse aux intellectuels, il s'adresse aux journalistes, il s'adresse à tous les citoyens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, à tous les citoyens.

VINCENT PEILLON
Et je pense qu'elle a eu raison de le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, hier l'Assemblée nationale, moment fort, Assemblée nationale, applaudissements vers Christiane TAUBIRA, l'UMP ne bouge pas, et ça vous a choqué ?

VINCENT PEILLON
C'est désolant. Mais vous savez, je l'ai vu sur ce débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais j'ai vu aussi une députée socialiste ne pas bouger.

VINCENT PEILLON
Non, les socialistes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Delphine BATHO.

VINCENT PEILLON
Les socialistes, l'UDI, qu'il faut saluer hier, qui a pris ses responsabilités, ce combat-là c'est le combat de tous les républicains. Mais, vous savez, on a eu sur la discussion fiscale… regardez, actuellement tout le monde parle de fiscalité, il y a le ras-le-bol fiscal, moi je dis qu'il y a le ras-le-bol de la fraude fiscale aussi, quand même…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On allait en parler.

VINCENT PEILLON
C'est 80 milliards d'euros, et ça veut dire plus que le budget de l'Education nationale. Nos déficits annuels, on tolère ça, on prend des mesures, elles sont quand même plus que nécessaires, on prend des mesures pour lutter contre cela, on aggrave les délits, on crée un Parquet, on allonge les délais de prescription, tout ça c'est naturel, et l'UMP qui à longueur de journée en rajoute, qui elle-même avait fait des prélèvements fiscaux, dans un combat contre la fiscalité n'a pas voté ces mesures contre la fraude fiscale. Donc, l'UMP est perdue, l'UMP aujourd'hui, dans le fond, elle scie à mon avis la branche sur laquelle elle est assise, par défaut de clarté, on le voit même sur l'écotaxe, on ne sait plus quelle est leur position. Mais elle fait la campagne, pas la sienne, pas celle d'un grand parti d'opposition qui devrait faire des propositions, qui est la droite républicaine, c'est ça l'UMP, elle fait la campagne du Front national en permanence, donc il faut qu'elle reprenne ses esprits, et lorsqu'il y a un combat pour les valeurs que nous partageons, les valeurs de la République, la gauche n'en n'est pas propriétaire, le centre non plus, mais que l'UMP ne s'y associe pas c'est incompréhensible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vincent PEILLON, est-ce que vous avez lu le blog de Jean-Christophe CAMBADELIS, vous l'avez peut-être entendu, qui est votre collègue, et qui écrit, je vous lis juste un extrait.

VINCENT PEILLON
Je vous en prie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« J'enrage de voir la gauche l'arme au pied face aux remises en cause de la République. J'enrage que l'on puisse traiter une ministre de guenon sans manifestation politique. J'enrage que l'on puisse remettre en cause le droit du sol sans combat. » Vous êtes d'accord avec lui ?

VINCENT PEILLON
Parfaitement, je crois que nous sommes tous d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allusion à l'affaire Leonarda.

VINCENT PEILLON
C'est la bataille idéologique et la bataille culturelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est-ce qu'on en est avec la petite Leonarda ? Est-il vrai – j'ai lu dans LE POINT qu'un professeur lui serait proposé pour qu'elle puisse poursuivre ses études – c'est faux ? C'est un écho dans LE POINT.

VINCENT PEILLON
Il y a la famille qui a fait, vous le savez, des voies de recours juridiques, elles avaient été épuisées dans un premier temps, mais nous sommes un grand Etat de droit, le président de la République a fait une proposition à cette jeune fille, qui est la possibilité de l'accueillir pour qu'elle puisse poursuivre ses études…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est toujours d'actualité cette proposition ?

VINCENT PEILLON
Elle ne le souhaite pas, manifestement, puisqu'elle a répondu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la proposition est toujours d'actualité ?

VINCENT PEILLON
Bien sûr, le président de la République ne va pas changer de position, et puis c'est la France, nous sommes capables de le faire, je développe en plus une politique de l'internat, d'autres peuvent en profiter, donc nous sommes dans l'état et dans la situation que nous avions connus. Ce qui est positif dans cette affaire c'est que nous avons quand même pu réaffirmer ce que sont nos valeurs, et je tiens à l'affirmer, nous accueillons dans nos écoles – il y a d'ailleurs un très beau papier ce matin dans LIBERATION qui le dit – tous les enfants, sans leur demander leur origine, c'est la tradition française, elle est noble, et nous avons cette sanctuarisation qui fait que, pour protéger ces enfants, qui sont dans des situations difficiles, mais aussi nos enfants qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire sanctuarisation, Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
La sanctuarisation de l'école ça veut dire ce que vous avez vu, c'est que, on n'intervient pas dans l'école, et que nous, nous accueillons tous les enfants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là vous êtes intervenu dans le cadre de l'école, mais bon !

VINCENT PEILLON
Non, pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Concernant Leonarda, enfin !

VINCENT PEILLON
C'était une sortie périscolaire, et c'est précisément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

VINCENT PEILLON
Non, mais attendez, laissez-moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Que précisément nous avons réaffirmé, nous avons dit là il y a un problème, la France s'est d'ailleurs, et la jeunesse, légitimement émue, et à partir de là nous avons refait une circulaire pour redire aux uns et aux autres « cela ne doit pas se faire, ce n'est pas notre tradition. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, un enfant scolarisé en France, avec des parents en situation irrégulière, devra, pourra poursuivre sa scolarité, jusqu'au bac par exemple, sans être inquiété ou pas ?

VINCENT PEILLON
Ce n'est pas ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que demandent, vous avez vu, c'est ce que demandent beaucoup de lycéens ou d'étudiants.

VINCENT PEILLON
Bien sûr, et je les comprends, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas d'accord avec ça ?

VINCENT PEILLON
Dans la mesure où nous ne voulons pas séparer les familles, et ça a été une de nos premières décisions car on contestait le dégroupement familial d'une certaine façon, là on parle d'enfants mineurs, lorsque les parents sont en situation où ils ont épuisé leurs voies de recours et peuvent poser eux-mêmes problème, il est naturel, et c'est ce qui s'est fait là, d'ailleurs à la demande de la famille…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que les enfants soient expulsés avec les parents.

VINCENT PEILLON
Que les enfants aillent avec les parents. Ce que l'on ne veut pas c'est que cela se passe dans le cadre scolaire, où les déchirements sont profonds, et donc cela doit se produire avec les formes qui sont nécessaires. Je tiens à vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la sortie de l'école.

VINCENT PEILLON
Je tiens à vous dire quand même que cela concerne très peu de gens et que notre pays reste un pays qui assure et qui assume ses responsabilités d'accueil, en particulier à l'égard de la jeunesse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons Education nationale. Résultats PISA le 3 décembre, je crois.

VINCENT PEILLON
Début décembre, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Début décembre, cette étude intéressante sur 65 pays de l'OCDE, nous plaçait combien, 22ème je crois, en 2009, c'est ça ?

VINCENT PEILLON
Vous savez, les choses sont simples, et il ne faudrait pas que ce soit le journal de la veille qui soit déjà le plus vieux. On sait depuis 15 ans, tous, vous avez reçu Maryline BAUMARD, qu'il y a un déclin scolaire français, il est réel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il continue ?

VINCENT PEILLON
Il a deux formes, il continue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le déclin continue ?

VINCENT PEILLON
Le déclin continue, bien entendu, c'est pour ça qu'il faut refonder l'école française, c'est ce que nous sommes en train de faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Juste, sur le classement PISA, vous avez des informations, vous avez dit, je crois, qu'on allait perdre 2, 3 ou 4 places encore.

VINCENT PEILLON
Moi je n'ai pas d'information, mais les informations qui circulent, on va dire les choses comme ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
…à l'Assemblée nationale.

VINCENT PEILLON
Ne sont pas positives, et elles ne sont pas surprenantes. Enfin écoutez, quand même, quand vous supprimez 80 000 postes en 5 ans, quand vous supprimez la formation des enseignants, j'entendais Maryline BAUMARD dire « les enseignants veulent être formés », elle a raison, il faut mettre de la recherche, les crédits ont été coupés, il faut former les enseignants, c'est ce que nous demande l'OCDE, c'est ce que nous sommes en train de faire, les 27 000 postes, la moitié des 54 000, ils vont là. Je vous quitte dans 10 minutes pour aller à Clermont-Ferrand, où à Clermont-Ferrand on a créé une école supérieure du professorat et de l'éducation, qui fait un travail remarquable, où nous allons à nouveau, formation initiale, formation continue, mettre la recherche à l'intérieur – puisque j'ai entendu que c'était un voeu, et c'est légitime – mettre la recherche pédagogique à l'intérieur de ces écoles, faire en même temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aller chercher à l'étranger ce qu'on ne fait pas en France…

VINCENT PEILLON
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des idées…

VINCENT PEILLON
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'on pourrait appliquer. Pourquoi, d'ailleurs, ne le fait-on pas suffisamment ?

VINCENT PEILLON
Mais on le fait, puisque je visite après, avec Jean-Cyril SPINETTA, ce que nous sommes en train de créer, c'est-à-dire un campus d'excellence, des qualifications des métiers sur l'aéronautique. Qu'est-ce qu'on fait là ? on met ensemble des élèves avant le bac, CAP, lycée professionnel, et des élèves qui vont après le bac, BTS, école d'ingénieurs, on leur montre qu'on peut démarrer par un CAP et finir ingénieur, que ces voies professionnelles sont des voies d'excellence. On le fait d'ailleurs avec le monde de l'entreprise autour, parce que ces élèves vont avoir des débouchés, parce que la France a besoin de qualifier ses jeunes et nos entreprises ont besoin de qualification. Ce modèle, nous l'avons pris au Brésil. Nous avons, avec les Brésiliens, une convention, que je vais renouveler à la fin du mois de décembre, où ils ont mis en place – LULA – où ils ont mis en place des instituts de formation technologique qui font ce travail, et qui ont de bons résultats, et je veux continuer ces échanges. Nous sommes ouverts sur le monde, il y a des échanges pour nos étudiants. Je développe, je le faisais déjà comme député européen, les échanges ERASMUS, y compris sur le professionnel, entre la France et la Méditerranée aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Marc AYRAULT va remplacer, je crois, François HOLLANDE devant les maires de France, est-ce qu'il va parler des rythmes scolaires ?

VINCENT PEILLON
Bien entendu. Vous savez, vous venez de me parler de PISA, et vous êtes malheureux, je vous en remercie, du déclin français, c'est la préparation de l'avenir dont je vous parlais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

VINCENT PEILLON
La France est le seul pays qui donne que 144 jours de classe à ses enfants, et les plus mauvaises journées parce que des journées surchargées. Tous les spécialistes, mais l'Académie de Médecine, la droite hier, quand elle était aux responsabilités, savent qu'il faut faire un certain nombre de choses pour s'en sortir, on pourrait ça « le choc PISA français. » Il faut redonner une formation à nos enseignants, il faut revaloriser ce métier, je suis en train de le faire, il faut changer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire revaloriser, financièrement aussi ?

VINCENT PEILLON
Bien entendu. Par exemple cette année on a créé – mais j'ai vu dans les sondages que personne ne le sait – une indemnité pour les professeurs des écoles, pour reconnaître la tâche fondamentale qui est la leur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On en avait parlé.

VINCENT PEILLON
Pour augmenter les passages à la hors classe, pour améliorer leur début de carrière, pour améliorer leur nomination, mais on sait ce qu'il faut faire, et il faut donner du bon temps scolaire, lire, écrire, compter. J'entendais Maryline BAUMARD dire « c'est essentiel »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est notre consoeur du MONDE qui était sur RMC tout à l'heure.

VINCENT PEILLON
Voilà, « 20, 25% des élèves sont en difficulté », elle a raison. Cela veut dire que ces apprentissages-là ils se sont qu'en grande section, CP, CE1. Nous sommes en train de revoir les cycles, les pédagogies, le plus de maîtres que de classes, nous allons évaluer cela, nous allons former différemment les professeurs, nous allons leur demander aussi, grâce au numérique, de travailler différemment. Nous venons d'ouvrir à cette rentrée, y compris pour les parents, pour qu'ils puissent comprendre ce qu'on fait à l'école, un site qui permet de suivre l'accompagnement et la progression de son enfant en cours préparatoire. Nous avons fait de l'accompagnement individualisé pour ces élèves en difficulté dans les Zones d'Education Prioritaire, en 6ème, pour les remettre à niveau, avec du tutorat. Donc, il faut mettre les moyens et les changements de pédagogie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, on va parler des rythmes scolaires, le Premier ministre va en parler…

VINCENT PEILLON
Et les rythmes scolaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que, je vous pose une question directe, est-ce que le Premier ministre va laisser un peu plus de temps aux maires pour mettre en oeuvre cette réforme ?

VINCENT PEILLON
Mais le temps nous l'avons déjà donné, vous vous souvenez bien l'année dernière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toutes les écoles, en 2014, à la rentrée 2014, seront sur la semaine de 4,5 jours ?

VINCENT PEILLON
Mais il le faut, il faut que les enfants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas, il n'y aura pas de temps – je ne sais pas, on pourrait accorder encore 1 an de plus, aux maires, pour mettre en place la réforme – non ?

VINCENT PEILLON
C'est un temps, 1 an de plus de perdu pour les enfants, car il y a déjà un premier bilan qu'on peut tirer de la réforme, c'est que tout le monde nous dit, et c'était quand même l'évidence, que pour apprendre à lire, à écrire, à compter, on y revient, c'est mieux à 9H30 du matin le mercredi, on est plus détendu et vigilant, qu'à 16H00 en fin de journée, surtout quand vous avez 6 ans et que vous êtes en CP. Donc quand même, que la France reprenne ses esprits. C'est une réforme difficile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous allez quand même légèrement modifier la réforme par la maternelle, parce que c'est ce qui se dit ?

VINCENT PEILLON
Non, ça, ça relève des instructions. Il y a un comité de suivi, évidemment c'est une très grande réforme, donc on regarde ce qui se passe partout, dans chaque village, dans chaque ville, on note un certain nombre de réussites et on note un certain nombre de difficultés. Ce comité de suivi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notamment en maternelle.

VINCENT PEILLON
Absolument. Ce comité de suivi, je tiens à le dire parce que, là encore, c'est la confusion française, il y a tous les syndicats, il y a les associations de parents d'élèves, il y a les associations d'élus, donc tout le monde proteste à l'extérieur, mais tout le monde, en réalité, travaille ensemble sérieusement sur les vrais dossiers. D'ailleurs, je donnerai le vrai bilan de cette réforme au moment, pas 1 mois après, 3 mois après, quand les remontées seront vraiment arrivées, et on verra que ce n'est pas ce qu'on entend, c'est globalement très positif. Il y a des difficultés. Sur la maternelle, lesquelles ? Les difficultés c'est la sieste, les difficultés c'est les rapports avec les parents, c'est la transition entre les activités, c'est bien noter ce qui est scolaire et périscolaire. Sur quatre points nous allons faire des recommandations, ça ne suppose pas du tout de changer le décret, ça suppose de rappeler aux uns et aux autres un certain nombre de pratiques, parfois de bon sens.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2013

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