Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, sur la sécurité des frontières en Afrique, à Paris le 14 novembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, sur la sécurité des frontières en Afrique, à Paris le 14 novembre 2013.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Déplacement au Maroc à l'occasion de la conférence régionale de Rabat sur les frontières, le 14 novembre 2013

ti : La conférence ministérielle de Rabat a été utile, voilà la conclusion que je tire des travaux de ce matin et de notre déclaration finale.

Elle a été utile d'abord parce qu'elle a porté sur un thème extrêmement important, celui de la sécurité des frontières dans l'ensemble de l'Afrique, singulièrement dans la zone sahélo-saharienne. Il est essentiel que l'ensemble des pays concernés, et ceux de la communauté internationale largement représentés, traitent ces questions.

Elle a été utile ensuite car nous avons parlé de la Libye. Je salue la présence de son ministre des affaires étrangères. L'engagement commun, tel que je l'ai ressenti à travers les déclarations des uns et des autres, est de faire le maximum pour aider la Libye. En ce qui concerne la France, nous sommes aux côtés des autorités libyennes que nous aidons à chaque stade du processus, que nous allons continuer d'aider, car c'est l'intérêt de la stabilité dans la région et de la paix.

Elle a également été utile également parce que nous allons déboucher sur des résultats concrets. Tel n'est pas le cas dans toutes les conférences. Cette fois-ci c'est le cas à travers notamment la création d'un secrétariat, d'un centre régional de formation des officiers pour la sécurité des frontières, un mécanisme de suivi, l'assurance qu'il y aura des réunions ultérieures. Ce ne seront pas des initiatives sans lendemain. Tout cela atteste de l'utilité de cette conférence.

Elle a été utile enfin parce qu'elle a été préparée de main de maître. Je peux rendre hommage à mes voisins qui, à différents titres, se sont impliqués : bien sûr notre collègue et ami, le ministre des affaires étrangères libyen, pour des raisons que chacun comprend ; notre collègue des affaires étrangères du Mali, qui a témoigné de sa propre expérience en matière de sécurité, une expérience actuelle ; et enfin, à tout seigneur tout honneur, le ministre des affaires étrangères marocain qui nous a accueilli, comme sait toujours le faire le Maroc, avec chaleur et amitié. J'ai eu le plaisir d'avoir des entretiens avec chacun de mes voisins et j'ai pu constater que les relations de la France avec chacun de ces pays ne sont pas excellentes mais excellentissimes.

Merci d'avoir organisé tout cela, cela montre l'efficacité et la qualité d'accueil du Maroc. Voilà pourquoi je pense que le travail qui a été fait et cette journée ont été utiles. Je suis très heureux d'y avoir participé.


Q - Paris va accueillir une réunion au mois de février sur la Libye. Avez-vous parlé de cette réunion ? Qui sera présent et quels seront les sujets abordés ?

R - Dans le passé, Paris a accueilli une grande conférence sur la Libye. La France est disposée à soutenir la Libye ; nous le faisons, par différents canaux. Nous avons, il y a quelques jours, signé avec nos amis libyens un accord pour former un millier de policiers. Nous souhaitons, avec nos amis libyens, aller plus loin dans la même direction, et nous sommes disposés à organiser toutes les réunions jugées nécessaires. Mais c'est d'abord à nos amis libyens de nous dire exactement ce qui sera utile.

Q - Après le scandale humain dans l'île italienne de Lampedusa et les évènements au Mali, êtes-vous persuadé que la question sécuritaire dans la région du Sahel est la plus importante pour essayer de sauver ce flux humain et aussi essayer de faire arrêter ces attentats terroristes qui sont, de plus en plus, dangereux pour l'Europe ?

R - Je crois qu'à chaque fois que l'on aborde ces sujets, il faut lier la sécurité et le développement. C'est un couple absolument inséparable. S'il n'y a pas de sécurité, que ce soit en Afrique ou en Europe, il ne peut pas y avoir de développement. Mais en même temps, s'il n'y a pas de développement, on alimente le terreau pour que toute une série d'exactions, qui portent atteinte à la sécurité, aient lieu. Le trait commun à tous nos travaux est donc la sécurité et le développement.

Ensuite, vous posez deux questions différentes et il ne faut pas les confondre. Vous posez la question migratoire. C'est vrai que pour différentes raisons, et compte-tenu des différents niveaux de développement, il y a des mouvements migratoires. Ce n'est pas d'ailleurs seulement la question des différences de développement. Récemment, des personnes venues d'Érythrée ont voulu gagner les côtes européennes. Elles ne venaient pas pour des raisons de développement, mais parce qu'elles ne pouvaient pas admettre le régime qui les opprimait. Il faut donc traiter la question des migrations.

Il y a une immigration régulière, mais il y a aussi des mouvements migratoires illégaux qui posent une série de questions humanitaires et économiques. L'Europe s'y est penchée. C'est un des thèmes qui a été abordé lors du dernier Conseil européen. Nos partenaires le font aussi. Des accords spécifiques ont été noués, par exemple l'accord passé entre l'Espagne et le Maroc. Il existe toute une série de travaux. Je pense qu'il faut prendre le problème dans sa diversité.

D'un côté, lorsque cette immigration irrégulière trouve son origine dans le caractère dictatorial d'un certain nombre de régimes, le problème posé, ce sont les régimes eux-mêmes. D'un autre côté, il faut permettre aux pays des migrations d'être davantage développés. C'est pour cela qu'il faut une coopération entre le Nord et le Sud et même entre le Sud et le Sud. Il faut aussi, lorsque ces phénomènes existent, pouvoir les contrôler. C'est ce qu'on appelle FRONTEX. Il faut aussi que les pays d'accueil fassent ce qu'ils doivent faire. C'est un sujet très complexe. En tout cas, les pays à la fois de l'émigration et ceux de l'Europe en sont entièrement conscients et nous avons encore beaucoup de travail à faire devant nous.

Après, il y a la question de la sécurité qu'il ne faut pas lier, car sinon nous risquons de commettre des contre-sens. Mécaniquement, ce n'est pas parce qu'il y a insécurité qu'il y a immigration, les choses ne se présentent pas ainsi. Il existe des phénomènes terroristes qui sont extrêmement dangereux pour les pays d'Afrique comme pour l'Europe. Très peu de choses nous séparent, à vrai dire, de la Méditerranée. Nous devons agir de manière concertée pour lutter contre ces actes terroristes qui prennent souvent le masque de la religion pour les recouvrir, mais qui en fait mêlent souvent la drogue, le terrorisme, les trafics humains etc. Il y a une action à mener. Cette action est menée dans le cas du Mali, à la fois par nos amis maliens, par la France et par les forces internationales. Elle doit être menée dans d'autres aspects. Les frontières font partie des zones sur lesquelles il faut concentrer notre action en matière de sécurité. Le travail que nous avons fait ce matin va y contribuer.

Q - Est-ce que les derniers évènements fâcheux pour tous les ressortissants français (prise d'otage ce matin au Cameroun, assassinat des confrères de RFI, documents attestant de la présence de Boko Haram au Mali) vont contribuer à un renforcement de la présence française dans cette région d'Afrique, je ne parle pas obligatoirement d'une présence militaire, mais d'une meilleure coopération des renseignements et de l'intelligence ?

R - Des actes terroristes qui sont malheureusement perpétrés, malgré les efforts souvent extrêmement positifs des uns et des autres. Je pense notamment au rétablissement de l'intégrité territoriale du Mali. Il y a eu l'autre jour le drame que constituent l'enlèvement et l'assassinat de deux journalistes français. Ceux qui les assassinent commettent un double crime. Ils tuent des vies humaines, mais tuent aussi la possibilité d'informer et d'être informé.

On a appris que la nuit dernire, au Nord du Cameroun et à proximité du Nigeria, un prêtre avait été enlevé, à peu près au même endroit où avait été enlevée la famille Moulin-Fournier, que nous avons pu faire libérer. Ce prêtre avait été informé qu'il s'agissait d'une zone extrêmement dangereuse. Néanmoins il avait souhaité continuer de rester là-bas. Évidemment, tous les moyens ont été déployés pour essayer de le localiser et de le libérer.

Une des choses qui était manifeste dans la réunion de ce matin, c'est que nous sommes tous unis pour dire que le terrorisme constitue un mal absolu, que tous nos pays sont potentiellement concernés, et qu'il faut que nous nous unissions pour lutter contre les exactions terroristes. Ces exactions représentent toujours de graves menaces contre la stabilité, le développement et la sécurité de l'ensemble de nos pays.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 novembre 2013

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