Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur l'annonce de crédits pour la gendarmerie, la police et la justice et la création de zones de sécurité prioritaires supplémentaires, à Melun le 29 novembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur l'annonce de crédits pour la gendarmerie, la police et la justice et la création de zones de sécurité prioritaires supplémentaires, à Melun le 29 novembre 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Cérémonie de remise des sabres à l’Ecole d’officiers de la gendarmerie nationale, à Melun (Seine-et-Marne) le 29 novembre 2013

ti : Madame la Garde des Sceaux, ministre de la Justice,
Monsieur le ministre de l'Intérieur,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire,
Mesdames et messieurs les élus,
Messieurs les directeurs généraux de la gendarmerie et de la police nationale,
Mesdames et Messieurs les officiers et élèves-officiers de la gendarmerie,


La cérémonie d'aujourd'hui est une étape symbolique dans votre formation. C'est un moment fort pour vous et vos familles.

Cette remise du sabre symbolise votre nouvel état d'officier. Elle marque solennellement l'engagement que vous prenez au service des Français et de leur sécurité.

En intégrant la Gendarmerie nationale, vous avez réalisé un choix de vie pour vous-même et pour votre famille. Un choix lourd de conséquences car ce métier est difficile. Votre comportement et vos capacités de décision conditionneront la sécurité des personnes qui vous entourent ainsi que celle de vos collaborateurs. Cette responsabilité est immense.

C'est à la fois la difficulté et la grandeur de votre métier. Vous serez en première ligne face à la violence, face aux trafics, à la criminalité et plus généralement face à toutes les dérives de notre société. Vous aurez à affronter des situations de détresse, de crise, mais aussi des drames personnels. Tout cela exigera de vous du discernement et de la droiture. Il vous faudra être exemplaire et rigoureux, vis-à-vis de nos concitoyens mais également vis-à-vis des hommes et des femmes dont vous assurerez le commandement.

Dans vos unités, vous engagerez parfois votre vie et celle des autres. Je connais le prix payé par les gendarmes et les policiers dans l'accomplissement de leur devoir, et j'ai ce soir une pensée pour tous ceux qui ont donné leur vie dans l'exercice de leurs fonctions ou qui ont été blessés en service, comme mercredi soir en Guadeloupe. Ils méritent la reconnaissance de la Nation tout entière.

Voilà pourquoi je tenais à être présent ce soir, pour vous dire mon soutien, ma reconnaissance, et celle de l'ensemble du Gouvernement.

C'est sur la sécurité que se fondent notre pacte social, notre communauté nationale et nos institutions républicaines.

La sécurité de tous et partout doit donc être notre combat commun. C'est l'objectif que nous a assigné le chef de l'Etat. Cela demande de la persévérance et de la volonté, mais tout nous prouve que nous pouvons réussir et que la délinquance n'est pas une fatalité.

Le Gouvernement s'est mobilisé en faveur de la sécurité des Français, et cette mobilisation va encore s'intensifier dans les mois et les années qui viennent.

L'effort portera d'abord sur les moyens. Dès l'été 2012, c'est la première décision que nous avons prise : nous avons mis un terme à la diminution des effectifs de gendarmerie et de police. Si nous n'avions rien fait, ce sont 13 500 emplois de gendarmes et de policiers qui auraient été supprimés depuis 2008.

Cette stratégie nous menait à la catastrophe. C'est pourquoi nous avons réagi et opéré 500 recrutements supplémentaires par an au ministère de l'Intérieur et autant au ministère de la Justice.

Bien entendu, il faudra du temps pour réparer les conséquences désastreuses de ces choix. Les besoins de renfort sont immenses, mais nous ne relâcherons pas notre effort et l'essentiel, c'est que nos concitoyens, et vous-mêmes, puissent en percevoir les effets sur le terrain.

Au-delà des effectifs, le Gouvernement a également décidé de traiter la question des moyens matériels. Je connais la réalité de votre métier. Je sais à quel point vous êtes tributaires de problèmes parfois très concrets qui nuisent à votre efficacité au quotidien. C'est pour cela que nous avons préservé les budgets des forces de sécurité intérieure.

En dépit des tensions budgétaires, j'ai décidé de débloquer 111 M€ de crédits pour les deux forces et 10 M€ complémentaires pour des travaux urgents sur le parc immobilier de la gendarmerie.

Ces crédits permettront de répondre aux besoins de fonctionnement, tant des unités et services territoriaux que des forces mobiles. Ils permettront également de financer des équipements indispensables aux missions opérationnelles, tels que le parc automobile ou les moyens informatiques.

Cet effort exceptionnel sera complété, en 2014, par une hausse de presque 1% des crédits de fonctionnement et d'investissement de la gendarmerie et de la police. Ce sera d'ailleurs la première augmentation depuis 2007 !

209 millions d'euros supplémentaires seront également débloqués en faveur du ministère de la justice. Ils seront principalement employés au paiement des frais de justice, au fonctionnement de l'administration pénitentiaire ou à l'accès au droit.

Au total, c'est une hausse de budget de 1,7% dont bénéficiera le ministère de la justice en 2014, après une augmentation de 4,2% en 2013.

Ces moyens sont nécessaires, et j'assume entièrement le coût qu'ils représentent. Mais nous devons aussi avoir entre nous un discours de vérité. Le déblocage de moyens supplémentaires ne résoudra pas tout. Des décisions doivent être prises également en matière de déploiement des effectifs.

La bonne adéquation des moyens, cela passe d'abord par une meilleure cohérence des zones de compétence confiées à l'une ou l'autre force en matière de sécurité publique. Elles n'ont pas évolué depuis de nombreuses décennies, alors même que des migrations importantes de population sont intervenues et que la délinquance se joue des frontières administratives.

Nous sommes là face une exigence fondamentale du service public : l'obligation d'adapter en permanence la puissance publique à des besoins nouveaux et aux évolutions d'une société en profonde mutation.

C'est dans cet esprit que le ministre de l'intérieur a conduit depuis 18 mois les redéploiements territoriaux, sur 11 départements.

L'objectif, c'est de redonner de la cohérence au maillage territorial de la gendarmerie et à ses 3300 brigades, en métropole comme outre-mer. Cet enracinement est une chance pour notre pays, et il contribue à la présence de l'Etat républicain au plus près de nos concitoyens. Cette exigence vaut pour tous les services de l'Etat, au premier rang desquels la gendarmerie qui constitue, aux yeux des Français, l'une des premières expressions de la puissance publique.

Ces moyens doivent être mis au service de l'efficacité de la force publique. Et c'est au nom de cet objectif supérieur que nous devons également faire évoluer notre organisation et nos méthodes de travail.

Un premier pas a été franchi avec la création de 64 zones de sécurité prioritaires. Une quinzaine d'autres supplémentaires seront créées prochainement sur l'ensemble du territoire national.

L'enjeu, pour chacune d'elle, c'est de mettre en place une stratégie de sécurité cohérente et adaptée au contexte local. Cohérente, parce l'ensemble des acteurs locaux doivent s'y impliquer : forces de sécurité, autorité judiciaire, éducation nationale, élus, bailleurs sociaux, transporteurs, associations. La lutte contre la délinquance ne peut se résumer aux seules forces de police et de gendarmerie. La mobilisation de tous est nécessaire.

C'est dans cet esprit que j'ai souhaité étendre l'action des zones de sécurité prioritaires à d'autres champs d'intervention. Tout doit être mis en cohérence au service de la sécurité des habitants. Cela suppose de savoir engager des travaux d'aménagement urbain, des actions en matière de logement, en matière de lutte contre le décrochage scolaire ou de lutte contre l'exclusion.

Il faut également renforcer nos méthodes d'investigation et les adapter aux priorités locales : ici, la lutte contre l'économie souterraine et le trafic de stupéfiants, là, le grand banditisme, ailleurs la lutte contre les violences urbaines.

Les premiers résultats sont là. Le ministre de l'Intérieur a eu l'occasion d'évoquer à plusieurs reprises la baisse des trafics de stupéfiants, le recul notable des nuisances et des incivilités, le retour à la tranquillité publique ou la baisse des phénomènes de violences urbaines constatés dans ces quartiers.

Mais ce que nous visons, ce n'est pas seulement une évolution ponctuelle des chiffres, ce sont des résultats durables et incontestables portant sur tous les phénomènes de délinquance dont sont victimes nos concitoyens.

J'ai pour cela demandé au ministre de l'Intérieur de mettre fin aux errements statistiques engendrés par la politique du chiffre que l'on a pu connaître par le passé. Il y va de la crédibilité du Gouvernement et de l'efficacité des services de police et de gendarmerie. Les statistiques ne sont pas une fin en soi mais un moyen, qui permet d'analyser les phénomènes délinquants et les effets de votre propre action.

Les statistiques de la délinquance ont été trop longtemps dévoyées. C'est pourquoi j'ai souhaité qu'un service de statistique ministériel indépendant soit mis en place. Les statistiques relatives à la sécurité répondront désormais à des normes reconnues, garanties par le déploiement de nouveaux logiciels dans la police et la gendarmerie.

Ne vous retranchez pas derrière des pourcentages à la hausse ou à la baisse, mais ne les ignorez pas non plus : sachez les comprendre, les utiliser pour orienter l'activité de vos services.

Nous l'avons fait au niveau du Gouvernement. Dès notre arrivée au pouvoir, nous avons relevé une augmentation préoccupante du nombre de cambriolages : + 44% de 2008 à 2012 et +8% depuis le début de l'année. Ces chiffres nous ont conduits à réagir.

C'est l'objectif du plan national de lutte contre les cambriolages annoncé par Manuel Valls en septembre dernier. La stratégie de la police judiciaire a été redéfinie. Nous mettons plus l'accent sur la protection des commerçants. Nous spécialisons certains effectifs afin de gagner en efficacité et en réactivité. La gendarmerie a donné l'exemple avec des brigades d'observation et des structures d'enquêteurs spécialisés.

Devant vous, ce soir, je salue cette initiative. Les forces de police et de gendarmerie ont su se mobiliser sur le terrain, et c'est une satisfaction de voir que des réseaux organisés de grande ampleur, notamment d'Europe centrale et de l'est, sont maintenant démantelés grâce à la coopération étroite entre gendarmes, policiers et magistrats.

Cette coopération entre police-gendarmerie et justice est décisive. C'est un impératif absolu pour la réussite de nos politiques de sécurité. Le bilan des dix dernières années a montré que chercher à les opposer, c'est se condamner à l'échec. Et cela, nous n'en voulons à aucun prix ! La priorité, c'est donc que la confiance s'instaure entre les forces de sécurité intérieure et l'autorité judiciaire.

C'est dans cet esprit que Christiane Taubira et Manuel Valls travaillent sans relâche, et je tiens à saluer chaleureusement leur présence à mes côtés ce soir.

C'est dans cet esprit que nous avons abordé la réforme pénale, qui sera un élément essentiel de lutte contre la délinquance, contre la récidive et pour la sécurité des Français.

C'est dans cet esprit, aussi, que nous avons mis en place des cellules de coordination sous l'autorité du préfet et du procureur.

C'est dans cet esprit, enfin, que la ministre de la Justice a décidé de publier des circulaires de politique pénale territoriales. C'est une nouveauté, mais aussi une nécessité pour que des réponses pénales ciblées et efficaces soient mises en place sur tout le territoire.

Officiers de gendarmerie, votre contribution au bon fonctionnement de la justice sera ici essentielle : en tant qu'officiers de police judiciaire, il vous appartiendra de fournir des procédures de qualité, qui éclaireront les magistrats sur le besoin et la nature de la réponse pénale, car la meilleure des préventions c'est l'identification des auteurs et la certitude d'une sanction.

Ce n'est que lorsque gendarmes, policiers et magistrats agissent de manière coordonnée, dans le respect des prérogatives de chacun, que la lutte contre la délinquance peut être efficacement menée.

Mesdames et messieurs les officiers et élèves-officiers de gendarmerie, l'institution que vous servez est ancienne. Elle existait déjà à l'époque où on ne connaissait pas le mot « Etat ».

Et pourtant sa force est d'avoir su s'adapter à tous les grands mouvements de notre histoire. Sa force est d'avoir su compter sur des hommes et des femmes de talent qui, pendant des siècles, ont su donner le meilleur d'eux-mêmes pour la protection des Français.

C'est la première mission de la puissance publique. C'est la condition de l'égalité des citoyens devant la loi. Et c'est probablement la raison pour laquelle votre institution est une institution profondément républicaine.

C'est au service de cet idéal que vous avez choisi votre métier, et ce choix désormais vous engage. Pendant toute la durée de votre engagement, vous devrez donner l'exemple d'une communauté professionnelle exigeante et ouverte sur la société, entièrement guidée par la passion du bien public.

Cette passion, je sais que vous la partagez. C'est la condition du succès pour tous ceux qui ont choisi de servir l'Etat, c'est la force qui a permis à la France de relever tous les défis de son histoire.

Moi, je crois à ce modèle et, en vous voyant ce soir, je mesure la chance qu'a la France de pouvoir compter parmi ses nouvelles générations tant d'énergies prêtes à servir la puissance publique et à lui consacrer les meilleures années de leur vie.

Je compte sur vos officiers supérieurs et généraux pour vous accompagner dans cet engagement, et vous pouvez compter sur mon Gouvernement pour porter ce beau combat au service de tous ceux qui aujourd'hui comptent sur nous et sur la puissance publique pour les aider et mobiliser les forces vives de notre pays autour de son redressement.


Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 3 décembre 2013

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