Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à RTL le 4 décembre 2013, sur la politique économique et sociale, la "remise à plat" du système fiscal, la décision de "suspendre" l'écotaxe et la santé du président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à RTL le 4 décembre 2013, sur la politique économique et sociale, la "remise à plat" du système fiscal, la décision de "suspendre" l'écotaxe et la santé du président de la République.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Premier ministre;

ti : LAURENT BAZIN
Jean-Marc AYRAULT, vous annoncez une loi sur le travail du dimanche pour 2014, vous avez annoncé une remise à plat de la fiscalité pour 2015. Est-ce qu'il faut comprendre là que vous avez reçu du président de la République l'assurance que vous serez encore à Matignon pendant deux ans ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais ce n'est pas la question qui se pose du tout ! Moi, je suis là, à la tête d'un gouvernement pour mettre en oeuvre les engagements du président de la République. C'est ma feuille de route depuis le premier jour et c'est de réussir le redressement du pays et les réformes.

LAURENT BAZIN
Mais vous ne vous posez jamais la question ? Quand vous lancez une loi sur le travail du dimanche, quand vous lancez un chantier comme le chantier fiscal à 2015, vous ne vous dites pas : « Est-ce que je serai encore là dans trois mois » ? Jamais ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non. Je ne me pose pas cette question. D'abord l'action du président de la République s'inscrit dans la durée de son quinquennat. Les réformes que nous engageons sont des réformes en profondeur. Vous savez dans quelle situation nous avons trouvé le pays, je le rappelle parce que vous aviez hier comme invité ici, Jean-Michel APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
François FILLON, oui.

JEAN-MARC AYRAULT
Mon prédécesseur François FILLON, qui a une phrase qui n'a pas été relevée, je vais le citer : « J'avais eu le courage de dire en 2007 que j'étais à la tête d'un État en faillite ». Mais qu'est-ce qui s'est passé après ? Pendant cinq ans, la dépense publique est passée de 52,6 à 56,6, c'est-à-dire quatre points de la richesse nationale, et personne n'a rien dit. C'est la situation que nous avons trouvée, c'est-à-dire une France endettée.

LAURENT BAZIN
Oui, mais la crise.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est facile de dire : « C'est la crise ». Cinq ans de croissance zéro, des destructions massives d'emplois, des territoires impactés, des gens qui souffrent, des gens qui doutent : c'est l'héritage. Alors je ne dis pas que je veux faire le coup de l'héritage, je dis que c'est la situation qui m'oblige et tout le gouvernement à travailler.

LAURENT BAZIN
Est-ce que cette situation n'oblige pas, pardonnez-moi, est-ce que ça n'oblige pas à garder un Premier ministre pendant cinq ans, à avoir de la stabilité ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ça s'appelle les petites coulisses de la politique. Je les écoute un peu trop souvent, mais je les écoute de moins en moins parce que ça me déconcentre par rapport à la mission essentielle qui est la mienne.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parmi les nouvelles de ce matin, Jean-Marc AYRAULT, un plan social est annoncé chez VEOLIA : sept cents suppressions de postes et éventuellement – l'entreprise ne l'exclut pas – des licenciements économiques. VEOLIA ENVIRONNEMENT, leader mondial dans son secteur du traitement de l'eau, est une entreprise bénéficiaire qui veut réagir à la détérioration de ses marges. Est-ce que vous acceptez cette logique économique ou bien est-ce que vous la refusez ?

JEAN-MARC AYRAULT
mais Jean-Michel APHATIE, vous oubliez que nous avons voté une loi qui est suite à une négociation, qui s'appelle la loi sur la sécurisation des parcours professionnels – c'est d'ailleurs ce qu'on appelle dans certains milieux la réforme du marché du travail – et à chaque fois qu'une entreprise a des difficultés, elle doit les anticiper et doit engager une négociation avec les partenaires sociaux pour qu'à la fois elle soit assurée de sa performance économique dans la durée, parce que c'est ça qui compte : si on a une entreprise qui marche, une entreprise qui marche c'est une entreprise qui investit, une entreprise qui innove et qui va créer de nouveaux emplois. Mais si elle ne bouge pas, si elle n'améliore pas sa performance, un jour elle va fermer. Et donc, c'est normal que ces questions économiques soient posées mais en même temps, les salariés ne sont pas les variables d'ajustement. Donc c'est le cadre législatif que nous avons voté à la suite de la négociation avec les partenaires sociaux et je n'imagine pas que dans ce cadre, cette loi ne soit pas appliquée et que tout le monde soit gagnant-gagnant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc à votre avis, le plan social de VEOLIA est dans le cadre législatif.

JEAN-MARC AYRAULT
En tous cas, le gouvernement est là pour y veiller puisque maintenant qu'il y a une loi, c'est lui qui doit surveiller ce qui se passe dans tel ou tel groupe qui connaît des difficultés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Cette annonce ne contredit-elle pas le discours relativement optimiste qui est le vôtre sur la baisse du chômage ? On voit que les entreprises privées continuent à détruire des emplois.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais monsieur APHATIE, vous connaissez l'économie, vous la suivez tous les jours. J'écoute vos experts ici, monsieur MENANTEAU. L'économie, ce n'est pas quelque chose de statique. Toute l'histoire de notre industrie, c'est une histoire à la fois d'investissements, d'inventions, de produits nouveaux et puis il y a parfois des fermetures. La question c'est de savoir comment on aborde tout cela, ces mutations. Sans qu'on les aborde avec brutalité, sans tenir compte des besoins des travailleurs, sans tenir compte des difficultés de leur famille et il faut anticiper. Il y a quelques jours, j'étais à Lacq. Lacq, tout le monde connaît Lacq.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pyrénées-Atlantiques, Béarn.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, vous connaissez bien : c'est dans votre région d'origine. Lacq, c'est les ressources gazières. On savait tous que dans quelques années il n'y aurait plus de gaz. On aurait pu laisser filer.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et on a anticipé.

JEAN-MARC AYRAULT
Vous savez ce qu'ont fait les responsables économiques, les responsables politiques de l'État, les responsables politiques locaux, les syndicats ? Ils ont anticipé. Ils se sont dits : « Ça va fermer un jour ». Plutôt que de laisser filer et d'attendre le dernier moment, ils ont anticipé. Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Il y a de nouvelles industries qui sont arrivées. Je suis allé là-bas, j'ai écouté les élus, j'ai écouté les chefs d'entreprises, j'ai écouté les salariés : j'ai été impressionné. C'est-à-dire que la France, quand elle sait anticiper, quand elle sait réformer, quand elle sait négocier, quand elle sait prendre en compte aussi les difficultés des gens en ne les méprisant pas – voyez par exemple, dans l'industrie agroalimentaire en Bretagne, on a laissé filer jusqu'au bout, on a attendu que ça craque. Moi le gouvernement, quand il a pris ses fonctions, presqu'aussitôt nous avons eu le problème de DOUX. Aujourd'hui, il y a des solutions qui ont été trouvées mais on aurait pu anticiper. Si on avait anticipé, on aurait peut-être eu moins de souffrance sociale, de gens qui du jour au lendemain, qui avaient misé tout sur l'emploi dans les abattoirs n'ont plus rien. Moi je n'accepte pas la fatalité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne s'agit pas de ça.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais c'est très important.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il s'agit peut-être à partir du manque d'anticipation de noter que le chômage n'est pas près de se réduire en France et que nous sommes, hélas, pendant sans doute de nombreux encore, devant une accumulation de mauvaises nouvelles.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, moi je ne mens pas aux Français. Je dis la vérité. La vérité, c'est que lorsque je suis arrivé au gouvernement, le président de la République d'ailleurs a pris ses fonctions le même jour que moi le 15 mai, la première chose qu'il a faite, c'est de voir ce qu'on pouvait faire pour sauver l'euro. On ne savait pas si l'euro allait se casser la figure, on était dans une situation épouvantable et ça a mis des mois. Aujourd'hui nous avons stabilisé la situation dans la zone euro mais il faut se rappeler que toute cette crise des subprimes, la crise financière, a eu un impact terrible et c'étaient des millions de destructions d'emplois, des fermetures de sites, des gens qui souffrent, des territoires impactés. Pendant cinq ans, la France a connu une croissance zéro. Là, nous sommes en train de sortir de cette croissance zéro, les perspectives sont une reprise de la croissance d'ici la fin de l'année et une croissance plus importante d'environ un pourcent l'année prochaine, et 1,7 en 2015. C'est-à-dire qu'on va dans cette direction, ce n'est pas au moment où nous avons fait des efforts, où les Français ont fait beaucoup d'efforts, y compris sur le plan fiscal, qu'on va baisser la garde parce que les choses vont dans la bonne direction. Mais je peux comprendre le doute des Français parce que cinq ans de croissance zéro, ça finit par mettre un coup au moral des gens, surtout qu'à chaque fois ça se traduit par des souffrances dans certaines régions et dans certains milieux sociaux, et c'est très important de prendre cela en compte. Mais je veux voir la réalité en face : le redressement du pays pour le remettre sur les rails, c'est ma mission.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez lancé, Jean-Marc AYRAULT, une réforme fiscale.

JEAN-MARC AYRAULT
Remise à plat de notre système fiscale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous voulez prendre des mesures rapides applicables, dites-vous, dès 2015.

JEAN-MARC AYRAULT
Première étape en 2015.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelles sont les mesures pour être un peu concret ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, je ne veux pas entrer dans les mesures.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les mesures immédiatement applicables ?

JEAN-MARC AYRAULT
Jean-Michel APHATIE, il faut expliquer pourquoi j'ai engagé cette remise à plat

JEAN-MICHEL APHATIE
Allez-y.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, je vais vous le dire. La France, pour paraphraser le général de GAULLE, est un pays quand même très difficile à gouverner avec trois cent quatre-vingts taxes et impôts nationaux, locaux, et cætera, et cætera. Et puis, c'est l'instabilité : vingt pourcents de notre législation fiscale change tous les ans, chaque année au moment du vote du budget. Vous voyez le stress que c'est. Ensuite, c'est un système qui est devenu de plus en plus incompréhensible, illisible. Vous prenez votre bulletin de salaire – je ne sais pas si vous avez regardé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le nombre de lignes de prélèvements.

JEAN-MARC AYRAULT
Combien de lignes ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne les ai pas comptées.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est le pays d'Europe où il y en a le plus : vingt, trente lignes, ça dépend. Il faut simplifier tout cela parce que sinon, il n'y a plus d'adhésion. Adhésion à l'impôt, adhésion aux prélèvements fiscaux, il y a un doute qui s'installe. Je vais prendre deux exemples pour montrer que c'est incompréhensible. L'impôt sur les sociétés : on pense que tout le monde paye pareil, les grandes, les moyennes, les petites. Pas du tout ! Les petites et les moyennes payent plein pot et les grandes, par un système d'optimisation, ne payent pas la totalité voire parfois s'en exonèrent. Est-ce que c'est acceptable ? Ça devient incompréhensible et ça devient injuste. Si je prends les salariés – je vais prendre les salariés les moins bien payés – voyez, ceux qui ont un tout petit salaire mais qui font l'effort d'aller chercher un boulot et qui travaillent dur : ils ont le bénéfice de la prime pour l'emploi. Vous savez quand est-ce qu'ils la reçoivent ? C'est un chèque de l'État : ils la reçoivent un an après, une fois qu'ils ont fait leur déclaration d'impôts. Dès qu'ils commencent à travailler, ils payent la CSG tout de suite, donc c'est un impôt, et puis ils attendent un an pour avoir une aide de l'État. Est-ce que ça peut continuer ? Non. La remise à plat est indispensable.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous êtes favorable à la retenue à la source ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ça fait partie du débat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez une opinion personnelle ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je n'ai pas d'opinion personnelle.

JEAN-MICHEL APHATIE
La progressivité de la CSG ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il y a déjà un prélèvement à la source, Jean-Michel APHATIE. Il y a plusieurs prélèvements à la source.

JEAN-MICHEL APHATIE
Par exemple la CSG.

JEAN-MARC AYRAULT
Il y a les cotisations, il y a la CSG, il n'y a que l'impôt sur le revenu qui n'est pas prélevé à la source. Donc ça serait sûrement plus simple mais ça demande à être étudié. Moi, je m'engage – il y a quatre principes qui vont conduire cette remise à plat. La simplification : qui paye quoi, pourquoi ; la stabilité parce que c'est très important pour les entreprises et les ménages, on ne va pas changer tout le temps les règles ; le troisième principe c'est tout ce qui doit stimuler le travail, l'investissement, l'emploi et assurer la garantie que les services publics seront bien gérés et fonctionneront ; puis le dernier point, parce que c'est l'essentiel, c'est la justice. Mais ça ne peut se faire qu'à une condition tout ça, parce que ces quatre engagements que je prends, le premier engagement c'est qu'il n'y aura pas d'augmentation globale de la fiscalité. Ça, c'est très important.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il y aura des transferts.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais il y en a toujours quand on fait des réformes. Attendez, la justice…

JEAN-MICHEL APHATIE
La justice sera gagnante et les catégories sociales, moyennes ou populaires seront perdantes.

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non, c'est vous qui le dites. Ce n'est pas du tout le but, ce n'est pas du tout le but. Ce n'est pas du tout le but parce qu'aujourd'hui, ce sont les catégories populaires et les catégories moyennes qui payent le plus. Vous regardez exactement comment ça se passe : les dix pourcents les plus riches, ce n'est quand même pas ceux qui payent le plus. Mais je voudrais ajouter un point : c'est qu'on ne réussira pas ça, et c'est le deuxième engagement que je prends, sans baisser la dépense publique. J'ai dit tout à l'heure qu'elle était passée de 52,6 et quatre points à 56 aujourd'hui, presque 57. Ça pèse très lourd. Nous nous engageons, le gouvernement s'engage à abaisser la dépense publique d'ici la fin du quinquennat de cinquante milliards. On a commencé déjà et on les seuls à l'avoir fait d'ailleurs, je le fais observer : cinquante milliards. C'est énorme, c'est un gros effort, ça demande de la concertation. Et puis enfin, moi je veux que ça se fasse dans la transparence. Vous me posez une question technique, vous me dites : « Est-ce qu'il y aura le prélèvement à la source ? » Toutes les hypothèses, toutes les solutions qui seront proposées soit par les partenaires sociaux que j'ai consultés, soit par les groupes parlementaires, seront mises sur la table. Bercy à livre ouvert, tout ça sera accessible directement aux Français. C'est nouveau, c'est une méthode nouvelle, je ne veux pas que ça se passe en catimini. Je veux que les Français en permanence puissent juger de ce qui sera entrepris et ensuite, le gouvernement décidera et le parlement votera.

JEAN-MICHEL APHATIE
Jusqu'à quand, Jean-Marc AYRAULT ? L'écotaxe sera-t-elle suspendue ? Un de vos ministres a dit au moins jusqu'en janvier 2015 parce qu'il faut une loi de finance pour modifier l'écotaxe.

JEAN-MARC AYRAULT
Jean-Michel APHATIE, il faut des décisions législatives si on doit la modifier.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc au moins jusqu'en janvier 2015 ? Vous le confirmez ?

JEAN-MARC AYRAULT
Est-ce qu'on peut rappeler ce que c'est que l'écotaxe avant de donner des dates tout le temps ?

JEAN-MICHEL APHATIE
On l'a beaucoup dit.

JEAN-MARC AYRAULT
Vous l'avez dit ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce qu'est l'écotaxe ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je vais le redire. Je vais le redire parce que c'est quand même important.

JEAN-MICHEL APHATIE
Peut-être qu'on l'a mal dit, on s'est peut-être mal expliqué.

JEAN-MARC AYRAULT
Ce n'est pas vous que je critique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, allez-y.

JEAN-MARC AYRAULT
Je dis simplement que l'écotaxe est issue du Grenelle de l'Environnement, et lorsqu'elle a été mise en place, ce n'était pas pour boucher les trous du budget de l'Etat, c'était pour financer les investissements dans les infrastructures, notamment de transport ferroviaire, de transferts modaux des camions vers le train, donc ce n'est pas contre les camions…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc c'est nécessaire, c'est ce que vous voulez dire…

JEAN-MARC AYRAULT
Mais c'est nécessaire !

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, quand allez-vous l'appliquer ?

JEAN-MARC AYRAULT
Et comme ça a été voté à la quasi-unanimité…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est la question…

JEAN-MARC AYRAULT
Moi, j'ai proposé au président de l'Assemblée nationale, Claude BARTOLONE, qui l'a accepté, de mettre en place une évaluation de l'écotaxe, comment elle a été conçue, comment ça se passe dans les autres pays qui l'ont mise en place, et quelles solutions on peut trouver, parce qu'il y a eu des problèmes, vous voyez, la Bretagne a été impactée et c'est vrai que c'était injuste, il fallait corriger ça. Et donc moi, ce que je veux, ce que je souhaite, c'est que sur un sujet comme ça, qui est d'intérêt national, vous demandez aux Alsaciens, toutes tendances politiques confondues, s'ils sont pour l'écotaxe, eux, ils ont compris…

JEAN-MICHEL APHATIE
Eux sont pour…

JEAN-MARC AYRAULT
… Ecotaxe en Allemagne, tous les camions traversent en permanence l'Alsace…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous demandez aux Bretons, toutes tendances confondues, ils sont moins pour…

JEAN-MARC AYRAULT
Et l'écotaxe, c'est aussi pour les camions étrangers, tous ceux qui viennent d'Europe centrale, tous ceux qui viennent de… mais tout ce que je souhaite, c'est que les partis politiques qui l'ont votée, les députés qui l'ont votée, puissent se mettre d'accord, qu'on aille vers un consensus, qu'est-ce qu'est l'intérêt de la France ? Est-ce que c'est d'investir dans les infrastructures de transport pour l'avenir, pour remettre à niveau notre système ferroviaire par exemple, pour le rendre plus performant, plus respectueux de l'environnement, est-ce qu'on peut se mettre d'accord ? Moi, je dis à ceux qui l'ont votée…

JEAN-MICHEL APHATIE
Maintenant, sur le principe…

JEAN-MARC AYRAULT
Ceux qui l'ont votée : travaillez, alors, mais travaillez…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord, mais pas de date pour l'instant…

JEAN-MARC AYRAULT
… Pas de date, parce que je propose une méthode, je dis aux responsables politiques du pays : soyez responsables, les Français vous regardent, arrêtez de faire des jeux politiciens tous les matins, parce qu'il y a des choses plus importantes, c'est l'intérêt supérieur du pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nos confrères de FRANCE INFO ont rendu publique une information étonnante ce matin, François HOLLANDE aurait été opéré de la prostate en février 2011, quelques semaines avant sa candidature à la primaire socialiste. Une intervention qui n'apparaît ni dans son agenda de l'époque, dit FRANCE INFO, ni sur les bulletins présidentiels. Il s'agit d'une opération bénigne, sans conséquences, et sans suivi médical, d'après l'Elysée. Etiez-vous au courant, Jean-Marc AYRAULT ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais écoutez, je n'ai pas à donner des informations qui relèvent de la vie privée…

JEAN-MICHEL APHATIE
La question est simple, c'est si… ben, là, ça ne l'est plus, et puis, il s'agit du président de la République…

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien écoutez, c'est la vie privée… il n'était pas président de la République quand il a eu cette petite intervention bénigne…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il aurait peut-être pu le dire si elle a existé, donc vous semblez le confirmer, pendant la campagne présidentielle…

JEAN-MARC AYRAULT
Ben, je crois que l'Elysée l'a confirmée, non, l'Elysée l'a confirmée…

LAURENT BAZIN
L'Elysée l'a confirmée, en effet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce matin.

JEAN-MARC AYRAULT
En quoi ça avait un rapport avec la campagne présidentielle…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce matin…

LAURENT BAZIN
Jean-Marc AYRAULT, il ne vous a pas échappé que la prostate est un siège de cancer…

JEAN-MARC AYRAULT
Ah non, non, non, écoutez…

LAURENT BAZIN
Et que la question peut se poser de manière légitime, puisque vous parliez de transparence sur la réforme fiscale…

JEAN-MICHEL APHATIE
La question…

JEAN-MARC AYRAULT
Monsieur BAZIN…

JEAN-MICHEL APHATIE
La question est : est-ce que vous étiez au courant ?

JEAN-MARC AYRAULT
Le nombre de Français hommes qui sont confrontés à des problèmes de prostates à partir de la cinquantaine, etc., c'est assez banal, non ?

LAURENT BAZIN
Oui…

JEAN-MARC AYRAULT
Est-ce qu'on ne peut pas respecter ça ? Parce que, à travers la personne de François HOLLANDE, qu'il faut respecter, mais qui n'était pas président de la République pour cette petite opération, il y a beaucoup d'autres Français, est-ce qu'on est toujours obligé d'étaler la vie publique, enfin, je ne sais pas, vers quoi on va, je ne sais pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
On a beaucoup raisonné sur la transparence en matière de santé…

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien, la transparence, depuis qu'il est président de la République, François HOLLANDE s'est engagé à la transparence…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc, peut-être que si ça avait été dit, ça aurait été transparent…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, mais, s'il avait été opéré deux ans, trois ans après, il aurait fallu qu'il raconte aussi ? Non, mais attendez, je ne sais pas où on va, il y a une espèce de dérive, on doit en permanence rendre compte de tout, enfin, je ne sais pas, moi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc c'est une information…

JEAN-MARC AYRAULT
Si j'ai un gros rhume demain matin, et que je suis indisposé, que je ne viens pas à une séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, est-ce que ça ne va pas faire un événement politique ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien, on se soucierait de votre santé…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, mais franchement ! Moi, je suis très sympathique, je vous remercie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ben voilà, vous allez bien ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ça ne m'étonne pas de vous, moi, pour l'instant, ça va très bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon, très bien. Vous, vous êtes en bonne santé ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je suis en forme, et surtout qu'il faut l'être pour la mission qui est la mienne.

LAURENT BAZIN
Et donc on n'est pas inquiet pour François HOLLANDE ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais il n'y a aucune raison de l'être, et je suis surpris qu'on fonctionne comme ça. Et vous savez, il y a beaucoup de Français que ça étonne, et parfois, on se dit : mais c'est quoi la politique ? C'est quoi l'information ? Moi, ce matin, on a parlé de choses essentielles, c'est quand même ça qui est important, et pour le reste, François HOLLANDE est président de la République, il s'est engagé à la transparence, et il a respecté ses engagements.

LAURENT BAZIN
Et il est en bonne santé, dit le Premier ministre ce matin.

JEAN-MARC AYRAULT
Ah, et le Premier ministre et le président de la République aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 décembre 2013

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