Déclaration de Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, sur un nouveau partenariat économique franco-africain à développer, Paris le 4 décembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, sur un nouveau partenariat économique franco-africain à développer, Paris le 4 décembre 2013.

Personnalité, fonction : BRICQ Nicole.

FRANCE. Ministre du commerce extérieur

Circonstances : Forum Afrique - France, à Paris le 4 décembre 2013

ti : Mesdames et Messieurs les Ministres et Ambassadeurs,
Monsieur le Président de la Banque Africaine de Développement,
Monsieur le Ministre de l'Economie et des Finances,
Mesdames et Messieurs,


L'Afrique est un continent riche de sa diversité. Il exige une approche fine pour être entendu et compris.

La France a certes un lien tout particulier avec les pays africains, comme en témoigne, par exemple, la présence de plus de 100 000 étudiants africains en France.

Elle éprouve pour le continent une forme d'empathie qui fait des pays africains autant de pays amis.

Mais nous le savons, nous, européens : aucun continent n'est uniforme. Cela implique qu'on se mette à l'écoute des attentes et des besoins des populations.

C'est pour cela que je me suis rendue en Afrique dès juillet 2012, avec un voyage au Maroc, auquel ont succédé des déplacements au Kenya, au Nigeria, au Ghana, en Côte D'ivoire, en Afrique du Sud, dans toute l'Afrique du Nord. Mais j'irai aussi dans des pays où se profilent des relations commerciales solides, comme le Mozambique, la Tanzanie ou l'Ethiopie, où je serai dans quelques jours.

Partout j'ai rencontré des femmes et des hommes ouverts sur le monde, soucieux d'attirer des investissements étrangers mais aussi d'investir à l'étranger, de nouer des partenariats, de prendre leur place dans l'économie mondiale et d'y apposer leur marque.

Partout j'ai rencontré des acteurs de la vie publique prêts à des réformes pour créer le meilleur climat d'affaires possible.

Mais, avec une croissance économique supérieure à 5% et dont tout le monde salue les perspectives, avec, pour la première fois de son Histoire, un PIB par habitant du continent supérieur à 1 000 dollars, avec des potentialités immenses et enviables, l'Afrique est aujourd'hui un continent où la concurrence est rude. La France ne la craint pas.

Je suis convaincue de la valeur ajoutée de nos Partenariats.

Il s'agit de mettre en avant, dans un contexte fortement concurrentiel, la qualité de l'offre française mais aussi sa capacité à respecter les équilibres des pays où elle veut se déployer (contenu local, de rechercher des partenariats avec les entreprises locales, formation, d'opérer des transferts technologiques et de savoir-faire, d'oeuvrer à la formation de la main d'oeuvre.

Il est donc urgent de prendre la mesure des enjeux, et ce d'autant plus que la nature des flux commerciaux liant l'Europe et l'Afrique, est, quant à elle, en pleine mutation.

Certes, les besoins en infrastructures demeurent importants en Afrique, l'OCDE les chiffrant à au moins 50 Mds € par an pendant 10 ans, et nous demeurons compétitifs sur certains projets d'infrastructures, a fortiori quand ceux-ci exigent des montages financiers complexes et de la technicité. Je pense au pont Henri Konan Bédié, dont j'ai visité l'impressionnant chantier le mois dernier à Abidjan.

Mais peu de grands contrats majeurs (eau, énergie, ferroviaire) ont récemment été emportés par des entreprises françaises.

Mais c'est surtout l'émergence des couches moyennes à l'échelle du continent, qui, modifiant les habitudes de consommation de millions d'Africains, nous impose de nous adapter.

C'est pourquoi il faut renforcer notre présence dans les secteurs de l'innovation, des nouvelles technologies et dans tous ceux qui ont trait à la ville durable dont on assiste à l'émergence sur le continent africain. Ainsi, plus de 80% de la population africaine est aujourd'hui connectée à un réseau de téléphonie mobile.

Or la France a les moyens de répondre à cette demande, notamment en s'appuyant sur ses entreprises déjà présentes sur le continent.

Et c'est dans ce sens qu'elle agit. Ainsi, l'Alliance numérique franco tunisienne, signée le 5 juillet dernier lors de la visite en Tunisie du président de la République, a d'ores et déjà permis la création de 20 binômes franco-tunisiens dans les domaines de l'e-santé, des incubateurs numériques, des systèmes d'information géographiques ou encore de l'édition logicielle.

Il faut aussi accompagner l'émergence de « villes durables » en Afrique, et participer à l'invention de la ville de demain sur un continent qui est au coeur des problématiques climatiques et environnementales contemporaines.

Dans ce domaine, les pays africains doivent pouvoir compter sur l'excellence de nos entreprises.

Près d'une centaine d'entreprises artisanes de la « ville durable » ont d'ailleurs été fédérées sous la marque « Vivapolis », que j'ai lancée en septembre dernier.

Mais il appartenait aussi à la France de définir et de déployer une action spécifique et rigoureuse pour répondre aux nouveaux défis qui sont les siens en Afrique.

C'est pourquoi j'ai défini trois axes principaux pour notre action commerciale en Afrique.

Il faut replacer l'Afrique Sub-saharienne au coeur de la politique commerciale de la France, et ajouter à la liste de nos partenaires traditionnels des partenaires avec lesquels nos relations sont encore trop timides.

Nous devons nous projeter partout où notre offre rencontre la demande africaine, et c'est pourquoi j'ai souhaité me déplacer là où nous étions peu ou mal identifiés comme partenaires économiques, tant à l'Est qu'au Sud, tant à l'Ouest qu'au Nord.

Faute d'en prendre réellement la mesure, la France perdra sur tous les tableaux.

Notre part de marché diminue nettement dans les pays d'Afrique francophone, où elle a été divisée par deux en 20 ans, passant de 31% à 13% en Côte d'Ivoire ou encore de 36% à 14% au Cameroun par exemple.

Et, en parallèle, nos parts de marché dans les pays africains anglophones peinent à décoller pour s'établir à 1,5% au Kenya et à 3,6% au Nigeria.

Pour intensifier nos relations commerciales avec l'Afrique sub-saharienne, la co-localisation constitue un outil efficace.

Elle consiste à servir les marchés locaux d'Afrique du Nord tout en servant ensemble les marchés d'Afrique subsaharienne.

Je pense ainsi à de nombreuses PME, qui, dans tout le Maghreb, se servent de leurs bases locales pour se positionner sur l'ensemble du continent, dans des pays qui deviennent dès lors de réels partenaires.

En dernier lieu, il faut structurer notre offre commerciale en coordonnant mieux l'action de nos grands groupes internationalisés et de nos entreprises moyennes et petites.

J'ai souvent entendu mes interlocuteurs africains me poser cette question : « pourquoi n'êtes-vous pas là ? » dans des pays où, effectivement, nos Majors étaient absentes.

J'agis donc pour que les Majors aient un rôle d'entraînement pour toutes les entreprises qui répondent à la demande africaine, sachant que les ETI et les PME sont créatrices d'emploi et responsables de 80% de notre chiffre d'affaire à l'export.

Pour soutenir une politique aussi volontariste, j'ai impulsé un renforcement de nos forces d'appui commercial en Afrique, que ce soit avec l'ouverture d'un bureau d'Ubifrance cette année au Kenya, au Nigeria ou encore au Ghana mais aussi au Sénégal et au Congo-Brazzaville l'an prochain. J'ai également décidé de renforcer nos capacités de financement en déployant sur tout le continent nos moyens d'action (FASEP et RPE).

Pas de nostalgie donc, mais une action patiente et déterminée dans l'intérêt bien compris de tous.

Il y a place pour une action conjointe, qui, pour la France comme pour les pays africains, doit se penser à l'échelle mondiale.

Mieux connectée au commerce international, l'Afrique serait aussi mieux en mesure d'y prendre sa place, toute sa place.

L'Afrique est éveillée. A nous de nous réveiller !


Source http://www.commerce-exterieur.gouv.fr, le 6 décembre 2013

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