Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la coopération universitaire et scientifique entre la France et la Chine, à Wuhan le 7 décembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la coopération universitaire et scientifique entre la France et la Chine, à Wuhan le 7 décembre 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage en République populaire de Chine du 5 au 8 décembre 2013 - Interventionn à l'université de Wuhan le 7

ti : Monsieur le Gouverneur de la Province de Hubei,
Monsieur le Maire de Wuhan,
Monsieur le Président de l'Université,
Mesdames et Messieurs les doyens des facultés,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs les étudiants,
Chers amis,


Il y a presque cinquante ans, le Général de Gaulle décidait, au nom de la France, d'établir des relations diplomatiques avec la Chine. Ce geste historique et visionnaire fut alors accompagné de la nomination de Lucien Paye comme premier ambassadeur de France à Pékin.

Ce choix n'avait rien d'anodin, puisque Lucien Paye était un ancien normalien, agrégé et docteur ès-lettres et qu'il avait occupé, quelques années plus tôt, les fonctions de ministre de l'éducation nationale. La volonté était claire : c'était celle de placer les échanges culturels, éducatifs et scientifiques au cœur de la nouvelle relation franco-chinoise.

En cinquante ans, la Chine, ce très grand pays, ce très grand peuple, s'est profondément transformée et modernisée. Elle est devenue la deuxième puissance économique du monde et aspire à exercer les responsabilités qui vont de pair avec ce statut.

Cette renaissance de la Chine s'est accompagnée de la construction d'un partenariat stratégique global avec la France qui nous permet de répondre ensemble à tous les défis :

- le défi de la paix et de stabilité, dans un monde encore trop souvent déchiré par les conflits ;

- le défi de la construction d'un nouvel ordre mondial, face aux risques découlant des grands déséquilibres qui ne pourront se résorber que par une coordination internationale accrue ;

- le défi de la préservation de notre planète qui est menacée par la surexploitation des ressources naturelles, qu'on a cru bien trop longtemps sans limite, comme par les désordres climatiques.

Tous ces défis, nous pouvons et nous voulons les affronter ensemble. C'est le sens du dialogue politique que les autorités chinoises et françaises entretiennent au plus haut niveau et dont une nouvelle page s'est ouverte avec la visite du Président de la République, en avril dernier, et ma première rencontre avec votre Premier ministre Li Keqiang, hier à Pékin.

Tous ces défis appellent une pleine conscience et une mobilisation de nos peuples, dont le dialogue n'a jamais été aussi nécessaire. C'est pourquoi la coopération culturelle et les échanges d'étudiants et de chercheurs demeurent, cinquante ans plus tard, au cœur de la relation franco-chinoise.


Mesdames et Messieurs,

A Wuhan, qui s'enorgueillit d'être la ville la plus francophile de la Chine, je me devais d'aller à votre rencontre. Je vous remercie de m'accueillir aujourd'hui dans l'architecture remarquable de l'ancienne bibliothèque de votre université.

Je sais que vous y recevez des hôtes illustres, comme récemment le prix Nobel de littérature, Jean-Marie Gustave Le Clézio. Sa personne porte ce qui fait l'identité française : la créativité ; l'ouverture au monde ; la passion pour le dialogue des cultures ; la capacité à s'engager pour les grandes causes planétaires.

C'est forte de cette identité que la France envisage l'avenir de sa relation avec la Chine, dans tous les domaines.

En matière universitaire et scientifique, elle est prête à partager avec votre pays une excellence qui lui vaut une reconnaissance internationale. La France se situe, par exemple, en deuxième position pour les médailles Fields, la plus haute récompense dans le domaine des mathématiques. Cette excellence explique également la vitalité particulière de l'innovation, que nous souhaitons encore renforcer.

Dans notre coopération universitaire et scientifique, Wuhan occupe une place à part. C'est, en effet, votre université qui a pris l'initiative, au début des années 1980, de créer une classe de mathématiques franco-chinoise, ouvrant ainsi la voie à la mise en place d'une filière d'enseignement reposant sur les méthodes françaises. Les étudiants de l'époque sont maintenant devenus professeurs et enseignent, y compris en France.

Au fil du temps, WuDa a noué des liens privilégiés avec de nombreuses universités et grandes écoles françaises : avec l'université de Paris-Sud, dans les mathématiques ; avec celle de Lille, en pharmacie ; avec celle de Lyon pour la physique. Une filière de formation médicale en français a même été développée avec le CHU de Nancy, qui conduit avec son partenaire chinois des recherches de pointe dans le domaine de l'ingénierie cellulaire et tissulaire.

C'est aussi entre ces murs que l'Alliance française de Wuhan s'est installée. Elle prépare, chaque année, des centaines d'étudiants chinois qui sont intéressés par un parcours universitaire en France ou dans un pays francophone.

Car, on ne le sait pas suffisamment, le français est la seule langue avec l'anglais à être parlée sur les cinq continents. Elle connaît aujourd'hui une dynamique d'expansion, liée au développement du continent africain.

Tout comme l'enseignement du chinois a bénéficié de l'ouverture du système éducatif en France, je forme le vœu que des sections internationales de français puissent être rapidement créées dans les lycées chinois.

Enfin, votre université a su développer de nombreux partenariats avec la France. Ils prennent la forme traditionnelle des doubles diplômes ou de programmes bilatéraux, mais également, de manière plus novatrice, celle de structures conjointes franco-chinoises associant nos établissements respectifs.

L'institut franco-chinois de management et d'ingénierie, qui est le résultat d'une coopération entre le Conservatoire national des Arts et Métiers et votre école internationale de programmation informatique, en est un exemple emblématique. D'autres projets sont en cours, en particulier entre Aix-Marseille Université et l'Université technologique de Wuhan. Je souhaite qu'ils puissent rapidement se concrétiser.


Mesdames et Messieurs,

Ce bilan remarquable, que je tiens à saluer, place votre ville comme un partenaire privilégié dans la perspective du renforcement de la mobilité étudiante entre nos deux pays.

Aujourd'hui, la France est le quatrième pays d'accueil des étudiants chinois, avec 35.000 d'entre eux sur son territoire qui sont en passe de devenir la première communauté étudiante étrangère. 8.500 Français poursuivent, quant à eux, leurs études en Chine.

L'objectif est de passer, à court terme, à 50.000 étudiants chinois en France et à 10.000 étudiants français en Chine. Il est aussi qualitatif, avec la volonté de donner la priorité aux masters et aux doctorats, ainsi qu'à la mobilité encadrée par des partenariats universitaires.

Dans cette perspective, il convient de tirer le meilleur parti des programmes qui ont été mis en place. France Excellence finance des bourses de master. Xu Guanqi [« Su Gouangue tchi »] contribue au montage de nouvelles coopérations universitaires. Cai Yuanpei [« Tsaï Yuanne Peille »] soutient la mobilité doctorale entre équipes de recherche chinoises et françaises.

Cette mobilisation, elle répond à une ambition simple : celle de mettre la jeunesse au cœur de notre partenariat. Car, c'est vous, les représentants de la jeunesse, qui formez l'avenir de l'amitié franco-chinoise.

Et l'avenir, nous pouvons l'envisager avec une confiance d'autant plus grande que les liens tissés chaque jour patiemment contribuent à dépasser ce qui nous sépare pour nous retrouver ensemble. Comme le disait Confucius, nous sommes « frères par nature, mais étrangers par l'éducation ». La coopération universitaire et scientifique sert donc au rapprochement entre nos deux pays et entre nos deux peuples.

En cela, nous sommes fidèles à la vision qu'avait présentée le Général de Gaulle, lors de sa conférence de presse du 31 janvier 1964 où il avait expliqué sa décision d'établir des relations diplomatiques avec la Chine qui à l'époque – et c'est un euphémisme – n'allait pas de soi.

« Il se peut, dans l'immense évolution du monde, qu'en multipliant les rapports entre les peuples, on serve la cause des hommes, celle de la sagesse, du progrès et de la paix ». « Il se peut qu'aussi les âmes, où qu'elles soient sur terre, se rencontrent un peu moins tard au rendez-vous que la France donna à l'univers, voici 175 ans, celui de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ».

Ce message, qui nous renvoie aux brillantes idées des Lumières qui sont aussi en Chine une source d'inspiration, conserve toute sa modernité.

Je suis certain que ce message sera dans tous les esprits lorsque nous fêterons, le 27 janvier prochain, le 50ème anniversaire de nos relations diplomatiques. Des célébrations que je souhaite, avant toute chose, tournées vers l'avenir.


Vive la Chine !
Vive la France !
Vive l'amitié franco-chinoise !


Source http://www.gouvernement.fr, le 9 décembre 2013

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