Tribune de Mme Fleur Pellerin, ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique, dans "Libération" le 6 décembre 2013, sur le développement du financement participatif pour aider à la croissance des entreprises innovantes. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Tribune de Mme Fleur Pellerin, ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique, dans "Libération" le 6 décembre 2013, sur le développement du financement participatif pour aider à la croissance des entreprises innovantes.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur.

FRANCE. Ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique

ti : Les Français veulent être acteurs de leur économie et ne pas rester des spectateurs passifs. L'explosion du « participatif » dans presque tous les segments de la société illustre bien cette dynamique, que le numérique accélère. Cette économie et cette société collaborative qui se mettent peu à peu en place transforment la consommation, la production, l'organisation de nos entreprises et même la manière d'associer les citoyens à une politique publique. Il est grand temps aujourd'hui de donner également sa chance au financement participatif pour permettre aux Français de pouvoir financer des projets auxquels ils croient.

Les perspectives sont enthousiasmantes. En 2013, la collecte mondiale par des plateformes de financement participatif dépassera 3 milliards de dollars, et les montants levés doublent tous les ans ! Le financement participatif est donc un formidable levier de croissance pour les start-up de notre pays. La French Tech, c'est-à-dire l'ensemble de nos entreprises innovantes, doit en tirer le meilleur parti.

Cette lame de fond traduit un changement de culture : chaque citoyen s'engage au côté de projets auxquels il adhère, qu'il soutient avec son épargne et ses convictions. C'est le contraire de la finance sans visage qui a fait tant de mal à l'économie. C'est un véritable engagement collectif, où le financeur s'investit pleinement dans le projet qu'il choisit d'appuyer. Cette démarche est pour moi un élément essentiel de cette économie collaborative qui émerge.

Le financement participatif est un mouvement de fond, dont la France ne peut se tenir éloignée. Mieux, la France peut en devenir une référence mondiale.

Ne nous y trompons pas, la réforme proposée par le Président de la République, au sortir des Assises de l'entrepreneuriat, est une petite révolution, notamment vis-à-vis du monopole bancaire. Aujourd'hui en France, comme dans tous les pays du monde, de nombreuses possibilités de financement participatif sont tout simplement interdites par la règlementation financière. Cette règlementation a son utilité, car elle protège les consommateurs des informations trompeuses ou des fraudes, mais elle a été pensée avant l'ère d'internet. Cette règlementation est désormais trop rigide et, pour tout dire, obsolète. A Bercy, notre projet, c'est de lever les interdits pour adapter cette réglementation à la transformation numérique en marche, qui est amenée à s'étendre à tous les pans de la société et de l'économie, tout en continuant à protéger les consommateurs des abus. Notre responsabilité politique est d'expliquer, de stimuler et d'accompagner cette transformation. Avec cette réforme, la finance entre dans l'ère du numérique. Non pas la finance pour la finance, mais au service des entreprises, des associations et des créations artistiques en France !

Dans le reste du monde, quelques pays bougent, mais, à y regarder de plus près, les ouvertures réelles sont timides. Aux Etats-Unis, qui ont beaucoup communiqué sur le sujet, le crowdfunding a longtemps été réservé aux particuliers possédant un patrimoine financier supérieur à 1 million de dollars, et c'est encore le cas au Royaume-Uni. Ce n'est pas le projet que nous portons en France car le financement participatif doit toucher tout le monde ! Les Etats-Unis viennent de proposer un assouplissement, mais il reste limité, car il restreint la participation annuelle d'un particulier à 5% de son revenu tous projets confondus ! L'Italie a elle-aussi autorisé le financement participatif, mais à la condition expresse qu'une banque participe à chaque levée de fonds.

Qu'on ne se méprenne donc pas sur le niveau d'ambition de la réforme initiée en France. Nous sommes en avance et notre pays peut devenir le pionnier du financement participatif en Europe voire dans le monde.

Pour atteindre cet objectif, j'ai proposé une méthode au Président de la République François Hollande : la participation. C'est bien le moins pour élaborer les conditions de développement de la finance participative ! C'est pour cela que j'ai organisé une consultation publique ouverte en ligne pendant 6 semaines, qui a permis à chacun de proposer ses idées. C'est pour cela qu'avec le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault nous rencontrons tous les mois des entrepreneurs innovants. Nous allons maintenant avec tous les acteurs du « crowdfunding » français et les autorités de régulation, concevoir la législation la plus ambitieuse possible. L'attente est forte et nous serons au rendez-vous.

Innover, ouvrir le jeu et donner aux Français la capacité d'être des acteurs de leur économie : le financement participatif est, avec l'innovation, l'entrepreneuriat et le numérique que je porte au gouvernement, au coeur de notre projet de transformation de la France.


Source http://www.redressement-productif.gouv.fr, le 10 décembre 2013

Rechercher