Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec BFM TV le 11 décembre 2013, sur l'intervention militaire française en Centrafrique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec BFM TV le 11 décembre 2013, sur l'intervention militaire française en Centrafrique.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la défense;

ti :
Jean-Jacques BOURDIN
Deux soldats Français tués en République Centrafricaine, c'était dimanche soir, dans quelles circonstances exactes, Jean-Yves LE DRIAN ?

Jean-Yves LE DRIAN
Eh bien les soldats Nicolas VOKAER et Antoine LE QUINIO étaient partis accomplir une mission de désarmement dans la nuit avec plusieurs de leurs camarades, il y a eu un affrontement avec des éléments incontrôlés manifestement de la CELEKA, il y a eu des échanges de tir violents et ils ont été blessés d'abord, ramenés à l'aéroport de Copo (phonétique) où sont basées nos forces et, ensuite, ils sont décédés dans l'antenne chirurgicale. Je les ai connus ! J'ai beaucoup d'émotion parce qu'il se trouve qu'ils sont… qu'ils appartiennent au Régiment, au 8e Régiment d'Infanterie de Marine, parachutistes d'infanterie de marine de Castres et j'étais allé à Castres très peu de temps avant et j'avais vu leurs camarades, et j'avais vu leurs camarades à Libreville 10 jours avant. Voilà ! Je suis très ému, je pense à leurs familles, je pense aussi à leurs camarades. C'était de très beaux soldats, qui étaient à leur troisième engagement, ce n'était pas… c'était des soldats aguerris.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Ils avaient 23 et 22 ans tous les deux.

Jean-Yves LE DRIAN
Oui !

Jean-Jacques BOURDIN
Jean-Yves LE DRIAN des ex-SELEKA ou des SELEKA - ex, ex, pas ex, je ne sais pas…

Jean-Yves LE DRIAN
C'est compliqué !

Jean-Jacques BOURDIN
Qui leur ont tiré dessus…

Jean-Yves LE DRIAN
Oui !

Jean-Jacques BOURDIN
Ce sont des hommes qui soutiennent le Président en place, enfin le Président autoproclamé Michel DJOTODIA, autoproclamé…

Jean-Yves LE DRIAN
Ce n'est pas si simple !

Jean-Jacques BOURDIN
Ce n'est pas si simple que ça, parce que certains ont déposé les armes – sont rentrés dans les casernes – et pas les autres. La complexité de la situation à Bangui et dans toute la République Centrafricaine…

Jean-Yves LE DRIAN
C'est une situation très compliquée ! Parce qu'il y a eu un coup d'Etat de Michel DJOTODIA, appuyé par des groupes armés, des milices venant d'une partie du territoire mais venant aussi d'autres pays, le chef de transition du gouvernement, monsieur DJOTODIA, a désavoué une partie de ses forces mais il y a quand même une partie qui reste sous son autorité. Il faut désarmer, autrement la situation sera ingérable, il faut désarmer tout le monde, à la fois les différentes milices qui se réclament de la SELEKA – qu'elles soient intégrées ou pas aux forces armées de Centrafrique – et les anti-BALAKA qui sont des milices aussi, plus ou moins organisées, qui sont des milices…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Milices chrétiennes qui ripostent…

Jean-Yves LE DRIAN
Qui ripostent, on peut le dire…

Jean-Jacques BOURDIN
Qui ripostent aux musulmans …

Jean-Yves LE DRIAN
Oui ! Parce qu'il y a…

Jean-Jacques BOURDIN
De monsieur DJOTODIA.

Jean-Yves LE DRIAN
Parce qu'il y a…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Ce n'est pas aussi simple que ça !

Jean-Jacques BOURDIN
Bon !

Jean-Yves LE DRIAN
Mais parce qu'il y a une tendance lourde à l'affrontement confessionnel qu'il faut absolument éviter.

Jean-Jacques BOURDIN
A l'affrontement confessionnel.

Jean-Yves LE DRIAN
Et ça passe par le désarmement de tous et la mission des forces africaines et françaises c'est d'engager le désarmement et de le réaliser le plus vite possible.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est une mission militaire ou une mission de police ? Parce que…

Jean-Yves LE DRIAN
On ne peut pas dire que ce soit une mission de police ! Parce que lorsque vous avez des troupes armées de cette manière, même si l'armement est plutôt léger – mais en tout cas elles sont toutes armées – c'est une mission militaire, c'est une mission militaire qui doit permettre le rétablissement d'une solution politique indispensable et qui doit voir le jour en 2014.

Jean-Jacques BOURDIN
Le père de l'un des deux soldats tués raconte dans LE PARISIEN ce matin : « on avait échangé par SMS le jour même, dimanche, il m'avait décrit ce qu'il avait vu dans la journée, il avait assisté à des scènes atroces, dès que les soldats Français désarmaient des miliciens musulmans ils les voyaient se faire lyncher…

Jean-Yves LE DRIAN
Eh oui !

Jean-Jacques BOURDIN
Par une foule de chrétiens en pleine rue et l'armée ne pouvait rien faire pour empêcher cela ».

Jean-Yves LE DRIAN
Et, d'abord, parce qu'il y a eu des massacres…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Il y a peu de jours qui ont été initiés par les groupes de la SELEKA et qu'il y a des espèces de représailles, de revanches, de règlements de compte qui s'effectuent dans une situation très tendue, avec des relents d'affrontements confessionnels mais aussi des gens qui sont dans la faim, dans le dénuement, il y a aussi des pillages parce que ce pays est extrêmement pauvre. Ces populations ont subi la terreur, des violences depuis plusieurs mois, on en parle beaucoup, mais cette situation-là on la connait depuis déjà plusieurs mois, sauf qu'elle n'était pas médiatisée, aujourd'hui c'est médiatisée, tant mieux - parce que tout le monde prend conscience de la gravité de la situation de ce pays - mais lorsque François HOLLANDE est allé aux Nations Unies en septembre alerter l'opinion internationale sur le drame qui se joue en Centrafrique, honnêtement personne n'en parlait beaucoup et, heureusement, on en parle, heureusement on le voit.

Jean-Jacques BOURDIN
Je vais y revenir ! Pays immense, plus grand que la France, 5 millions d'habitants…

Jean-Yves LE DRIAN
Oh ! Pas 5 millions, 4 millions et demi...

Jean-Jacques BOURDIN
A peine 5 millions d'habitants...

Jean-Yves LE DRIAN
4 millions et demi.

Jean-Jacques BOURDIN
4 millions et demi, mission très difficile. Vous avez dit au début : « la mission sera courte », intervention qui va durer quand même au moins quelques mois ?

Jean-Yves LE DRIAN
Non ! Je n'ai jamais dit…

Jean-Jacques BOURDIN
Non ! Dimanche…

Jean-Yves LE DRIAN
Que l'intervention durerait 3 jours.

Jean-Jacques BOURDIN
Non ! Bon.

Jean-Yves LE DRIAN
L'intervention durera…

Jean-Jacques BOURDIN
Moment court, c'est ce que vous avez dit.

Jean-Yves LE DRIAN
Moment court, mais moment court… une opération militaire ça prend du temps de toute façon.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
J'entends ici ou là qu'il faut aller plus vite, mais on est là que depuis… on a désarmé que depuis lundi, donc il faut assurer le désarmement systématique avec le soutien des forces africaines, de l'ensemble…

Jean-Jacques BOURDIN
De toutes les milices ?

Jean-Yves LE DRIAN
De l'ensemble des acteurs, de toutes les milices, c'est le message qu'a indiqué Fran…

Jean-Jacques BOURDIN
Et même des soldats Tchadiens ou Soudanais…

Jean-Yves LE DRIAN
De toutes les milices…

Jean-Jacques BOURDIN
Brigands ou pas, qui viennent aider ?

Jean-Yves LE DRIAN
Sauf…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Sauf les forces qui sont mandatées par les Nations Unies, parce que les forces françaises et les forces africaines sont mandatées par la communauté internationale pour faire en sorte que la sérénité, la sécurité reviennent dans ce pays et, les autres, il faut qu'ils soient désarmés, et ensuite on pourra rétablir la sécurité, les éléments fondamentaux d'un état qui est aujourd'hui dans l'inexistant pour permettre une solution politique…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc ça va durer…

Jean-Yves LE DRIAN
C'est…

Jean-Jacques BOURDIN
Ca va durer…

Jean-Yves LE DRIAN
C'est… j'ai donné l'indication de 6 mois, c'est une indication…

Jean-Jacques BOURDIN
6 mois !

Jean-Yves LE DRIAN
Je pense significative et qui devrait permettre à la France…

Jean-Jacques BOURDIN
Dans 6 mois la situation sera rétablie ?

Jean-Yves LE DRIAN
Ah ! Eh bien je ne peux pas vous le dire, monsieur BOURDIN…

Jean-Jacques BOURDIN
Non ! Non, non.

Jean-Yves LE DRIAN
Non ! Ce n'est que le début…

Jean-Jacques BOURDIN
C'est votre objectif ?

Jean-Yves LE DRIAN
C'est l'objectif !

Jean-Jacques BOURDIN
C'est l'objectif.

Jean-Yves LE DRIAN
On ne peut pas dire au début d'une intervention : « on va arrêter tel jour à telle heure ».

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Non ! Mais bien sûr, mais évidemment, évidemment.

Jean-Yves LE DRIAN
Et d'autant plus que… d'autant plus que la responsabilité de la France dans cette affaire c'est aussi de faire en sorte que les forces africaines assurent le relais, pour l'instant ces forces que l'on appelle la - qu'on va appeler la MISKA dans quelques jours – ces forces sont de l'ordre de 2.500 à 3.000 militaires, les chefs d'Etat et de Gouvernement africains qui ont été réunis par le Président de la République à Paris samedi dernier ont décidé d'augmenter leur présence et de faire en sorte qu'il y ait 6.000 militaires membres de la MISKA et c'est d'ailleurs mandaté par les Nations Unies.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais, dites-moi, ce matin j'avais…

Jean-Yves LE DRIAN
Donc, ça, c'est très matin.

Jean-Jacques BOURDIN
Alors ce matin… Oui ! Oui, j'avais notre envoyé spécial sur place à Bangui qui nous racontait que la population centrafricaine ne faisait pas confiance à cette force africaine...

Jean-Yves LE DRIAN
Oui !

Jean-Jacques BOURDIN
Attitude des civils, par exemple qui ont peur. Pourquoi ? Parce qu'il y a des Tchadiens dans cette force…

Jean-Yves LE DRIAN
Oui ! Mais, attendez…

Jean-Jacques BOURDIN
Eh bien oui ! Des soldats que beaucoup de Centrafricains considèrent comme des alliés du pouvoir en place, vous savez bien, ils sont musulmans, enfin bon…

Jean-Yves LE DRIAN
Il y a un état-major des forces africaines qui travaille désormais avec l'état-major français du Général SORIANO, nous avons mis des officiers Français dans l'état-major des forces africaines, ces forces africaines vont avoir un nouveau commandant – un nouveau général dans quelques jours - qui est un général Camerounais. Les forces camerounaises, les forces tchadiennes, les forces gabonaises, les forces angolaises, ce sont des forces sérieuses, ils ont besoin d'être secondées par les forces françaises…

Jean-Jacques BOURDIN
Par les forces françaises !

Jean-Yves LE DRIAN
Ce que nous faisons. Demain il va y avoir des forces du Burundi, après-demain d'autres pays africains, je pense qu'il y a une prise de conscience de la part des chefs d'Etat et de Gouvernement africains de leurs responsabilités et du fait que, s'il y avait permanence d'un état failli en Centrafrique, c'est leur propre sécurité qui serait remise en cause, d'où la nécessité de rétablir une solution politique au cours de l'année 2014. Dans la feuille de route, qui avait été par les chefs d'Etat et de Gouvernement de la région à Libreville et N'Djamena, il avait été dit : « il faudra des élections en 2015 », ils ont décidé d'accélérer - et ils ont raison - mais il faut remettre en place un processus, c'est-à-dire il faut reconstituer l'état civil, il faut des cartes…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc, l'élection en 2015...

Jean-Yves LE DRIAN
L'élection en 2014, en 2014.

Jean-Jacques BOURDIN
En 2014 l'élection.

Jean-Yves LE DRIAN
En 2014, c'était indiqué 2015, et les chefs d'Etat et de Gouvernement africains ont décidé de l'avancer en 2014. Très bien ! Mais, avant cela, il faut que la sécurité revienne et la sécurité ça passe par le désarmement.

Jean-Jacques BOURDIN
Bien ! Jean-Yves LE DRIAN, la visite de François HOLLANDE était elle opportune ou pas - vous avez vu toutes les polémiques autour de cette visite, oh petite polémique autour de cette visite – annoncée 12 heures à l'avance, visite qui a mobilisé une partie du contingent français pour sécuriser le Président et ceux qui étaient avec lui ?

Jean-Yves LE DRIAN
C'est le chef des armées…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Il envoie les forces en Afrique…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Il prend des risques avec ces forces, il est en Afrique, il est normal qu'il s'arrête les saluer, c'est quand même la moindre des choses, c'est le bon sens, c'est de sa responsabilité.

Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi sommes-nous seuls en Afrique, pratiquement seuls ?

Jean-Yves LE DRIAN
Mais nous sommes… Je vous l'ai dit tout à l'heure…

Jean-Jacques BOURDIN
J'oublie les forces africaines, enfin je les oublie, mais l'Europe…

Jean-Yves LE DRIAN
Je ne vois pas pourquoi on les oublierait !

Jean-Jacques BOURDIN
Non ! Non, vous avez raison…

Jean-Yves LE DRIAN
Parce que nous ne sommes pas seuls, parce que…

Jean-Jacques BOURDIN
Non ! Non, mais je les oublie parce que vous les avez mentionnées.

Jean-Yves LE DRIAN
Non ! Seulement ça, parce que nous sommes mandatés par les Nations Unies…

Jean-Jacques BOURDIN
Bon !

Jean-Yves LE DRIAN
Et par la communauté internationale…

Jean-Jacques BOURDIN
Bon !

Jean-Yves LE DRIAN
Avec les forces africaines, le mandat est clair.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais est-ce que nous sommes mandatés par l'Union européenne ?

Jean-Yves LE DRIAN
Nous sommes mandatés par les Nations Unies, par la communauté internationale…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Par les Nations Unies. Mais je…

Jean-Yves LE DRIAN
Donc, à partir de ce mandat-là, qui est un mandat qui est destiné aux forces africaines et à la France, aux deux, pas à d'autres…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Bien ! Nous le respectons…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Nous réagissons tout de suite…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Dès que le mandat…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Mais…

Jean-Yves LE DRIAN
J'y viens !

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Allez-y.

Jean-Yves LE DRIAN
Dès que le mandat a été donné nous sommes intervenus, parce qu'il fallait intervenir tout de suite - en raison des violences et des massacres que vous connaissez et qui sont maintenant médiatisés, il y en a eu d'autres avant qui n'étaient pas connus – il fallait agir vite, et, maintenant, nous sommes en discussion nos amis Européens, nous aurons des soutiens européens dans le cadre de cette mission.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Mais : « Nous aurons…

Jean-Yves LE DRIAN
Mais nous allons…

Jean-Jacques BOURDIN
A chaque fois on nous dit : « Nous aurons du soutien européen », mais Jean-Yves LE DRIAN…

Jean-Yves LE DRIAN
Là, le mandat…

Jean-Jacques BOURDIN
L'Europe…

Jean-Yves LE DRIAN
Le mandat… Monsieur BOURDIN !

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous ne regrettez pas quand même son absence, franchement soyons honnêtes ?

Jean-Yves LE DRIAN
Mais je pense que les Européens seront au rendez-vous, ils ont commencé, les Britanniques, les Belges…

Jean-Jacques BOURDIN
Un avion !

Jean-Yves LE DRIAN
Mais ça va venir !

Jean-Jacques BOURDIN
Un avion les Britanniques, un.

Jean-Yves LE DRIAN
Les Britanniques, les Belges, les Danois, les Polonais…

Jean-Jacques BOURDIN
Les Belges rien… (brouhaha)…

Jean-Yves LE DRIAN
Mais vous allez voir ! Ce n'est pas en 3 jours que ça se fait, c'est une opération…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Eh bien nous on y va.

Jean-Yves LE DRIAN
Eh bien il y a un mandat des Nations Unies qui est destiné aux forces africaines…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Et à la France…

Jean-Jacques BOURDIN
Bon ! Alors…

Jean-Yves LE DRIAN
Les forces africaines et la France sont au rendez-vous, et maintenant…

Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ne pas créer...

Jean-Yves LE DRIAN
Et maintenant je souhaite que d'autres viennent s'associer à notre démarche, les contacts que j'ai avec mes collègues Européens sont plutôt positifs et donc je pense que…

Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ne pas créer…

Jean-Yves LE DRIAN
Les Européens seront au rendez-vous.

Jean-Jacques BOURDIN
Un fonds d'opérations extérieures, un fonds européen d'opérations extérieures, un fond qui financerait ces opérations, qui participerait au financement de ces opérations ?

Jean-Yves LE DRIAN
Ce qu'il faut créer en priorité, oui, c'est une force d'intervention africaine. Parce que la sécurité des Africains doit être prise en charge par les Africains eux-mêmes, au sommet…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! Mais sont-ils capables seuls…

Jean-Yves LE DRIAN
Au sommet… (brouhaha)…

Jean-Jacques BOURDIN
De prendre en charge la sécurité ?

Jean-Yves LE DRIAN
Avec le soutien pour la mise en oeuvre de ces forces africaines…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ! De la France.

Jean-Yves LE DRIAN
De la France et de l'Europe…

Jean-Jacques BOURDIN
Et de l'Europe.

Jean-Yves LE DRIAN
Mais il faut que les Africains créent cette force.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais je vous pose une question…

Jean-Yves LE DRIAN
Parce que dans le cas précis de la République Centrafrique la logique aurait été que la force d'intervention qui agit là maintenant – et c'est le cas de la France en particulier – soit assumée par une force africaine d'intervention rapide, les chefs d'Etat et de Gouvernement africains lors du Sommet Paix et Sécurité ont décidé de le faire, tant mieux, il est temps, mais c'est bien que les Africains prennent conscience que leur sécurité doit être une sécurité collective et ne doit pas être une sécurité attentive, de patience, par rapport à une initiative complémentaire, d'assistance…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais que pensez-vous…

Jean-Yves LE DRIAN
De la France.

Jean-Jacques BOURDIN
De cette idée d'un fonds européen permettant de financer ces opérations extérieures ?

Jean-Yves LE DRIAN
Le problème ce n'est pas le financement des opérations extérieures, c'est la volonté politique européenne d'intervenir, le chemin…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui !

Jean-Yves LE DRIAN
Mais je pense qu'elle va être…

Jean-Jacques BOURDIN
Elle n'est pas là !

Jean-Yves LE DRIAN
A ces rendez-vous-là.

Jean-Jacques BOURDIN
Dites-moi ! Il y a un sommet européen bientôt-là…

Jean-Yves LE DRIAN
Bien sûr ! La semaine prochaine.

Jean-Jacques BOURDIN
Des chefs d'Etat et de Gouvernement ?

Jean-Yves LE DRIAN
C'est une question qui peut être posée intelligemment sur la manière dont les groupements tactiques, ce qu'on appelle les groupements tactiques, c'est-à-dire des forces qui sont en réserve, en attente d'intervention sur du théâtre extérieur puissent être mobilisées…

Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ne pas le boycotter si l'Europe ne met pas la main à la poche ?

Jean-Yves LE DRIAN
Eh bien la question ne se pose pas comme ça ! Il faut construire l'Europe de la Défense mais l'Europe de la Défense ne pourra se construire…

Jean-Jacques BOURDIN
D'accord ! Mais…

Jean-Yves LE DRIAN
Oui ! Mais elle ne pourra se construire lorsqu'il y a un élément de décision politique, parce que lorsque l'on…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais vous êtes déçu par l'attitude européenne, franchement ?

Jean-Yves LE DRIAN
Non !

Jean-Jacques BOURDIN
Non ! Non, pas du tout, non ?

Jean-Yves LE DRIAN
Parce que les Européens vont répondre aux demandes que nous leur formulons dans le cadre d'une résolution des Nations Unies.

Jean-Jacques BOURDIN
Bon !

Jean-Yves LE DRIAN
Je redis que c'est une résolution des Nations Unies, qui va bien au-delà de l'Europe, et que la force africaine qui va de mettre en place sera de nature à assurer la transition, il faut la transition politique.

Jean-Jacques BOURDIN
Les opérations extérieures ont coûté combien, vont coûter combien pour l'année 2013, un peu plus d'un milliard d'euros, c'est cela ?

Jean-Yves LE DRIAN
Oui ! 1,2 milliard.

Jean-Jacques BOURDIN
Un peu plus d'un milliard d'euros.

Jean-Yves LE DRIAN
En 2013…

Jean-Jacques BOURDIN
Combien provisionnées ? 440 millions d'euros…

Jean-Yves LE DRIAN
450 !

Jean-Jacques BOURDIN
450.

Jean-Jacques BOURDIN
450. Et la différence, vous prenez où ?

Jean-Yves LE DRIAN
Il faut mettre les choses très clairement Monsieur BOURDIN.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui.

Jean-Yves LE DRIAN
En 2013 les dépenses d'opérations extérieures ont été d'1,2 milliard. Pourquoi ? Parce qu'il y avait l'Afghanistan, parce qu'il y a eu le Mali, et parce qu'il y a des présences, au Liban ou ailleurs, qui se maintiennent. Sur ce milliard deux il y a une partie qui est assurée par le budget de la Défense, et le surcoût est assuré collectivement et mutualisé au niveau de l'Etat, donc ça n'ampute pas les investissements du budget de la Défense.

Jean-Jacques BOURDIN
Ni matériels, ni les achats…

Jean-Yves LE DRIAN
Ni matériels… à l'euro près Monsieur BOURDIN, à l'euro près.

Jean-Jacques BOURDIN
Ça ne coûte rien au budget de la Défense ?

Jean-Yves LE DRIAN
Au budget de la Défense, c'est partagé, c'est de la responsabilité collective.

Jean-Jacques BOURDIN
Ça a coûté 1,3 milliard en 2012, je crois, on est à 1,2 milliard en 2013…

Jean-Yves LE DRIAN
A peu près, et en 2014 ça sera moins…

Jean-Jacques BOURDIN
Ça va coûter combien ?

Jean-Yves LE DRIAN
Puisque le Mali, nous sommes en diminution…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, moins…

Jean-Yves LE DRIAN
Puisque l'Afghanistan nous sommes quasiment partis, et donc nous avons provisionné 450 millions d'euros. L'opération centrafricaine est beaucoup moins onéreuse…

Jean-Jacques BOURDIN
Combien ?

Jean-Yves LE DRIAN
Je ne peux pas l'identifier maintenant, parce qu'on ne sait pas la durée, mais l'opération est beaucoup moins onéreuse que l'opération du Mali. Pourquoi…

Jean-Jacques BOURDIN
Elle est plus difficile comme opération ?

Jean-Yves LE DRIAN
Ah oui, beaucoup plus difficile, je trouve. Elle est moins onéreuse parce que ça demande moins d'armement, moins de transports, moins de logistique, etc., mais elle est beaucoup plus délicate parce que l'identification de l'adversaire n'est pas si simple et qu'il y a des éléments de la Seleka, voire même des anti-Balaka, qui se fondent dans la population. C'est pour ça, il faut désarmer, et le désarmement de population dans un milieu urbain, avec des hostilités et des volontés de représailles de part et d'autre, c'est un travail extrêmement délicat, il faut de la part de nos soldats de la vigilance, du courage, de la minutie dans l'intervention, c'est ce qu'ils font.

Jean-Jacques BOURDIN
Les 1600 hommes ne sont pas encore totalement en place.

Jean-Yves LE DRIAN
Ils sont quasiment déployés.

Jean-Jacques BOURDIN
Ils sont quasiment déployés, ça y est ?

Jean-Yves LE DRIAN
Oui, à l'heure actuelle.

Jean-Jacques BOURDIN
Pas plus, ça suffit 1600 ?

Jean-Yves LE DRIAN
Dans l'état actuelle des choses, pas plus, dans la mesure où parallèlement les forces africaines se renforcent et qu'il y a une bonne coordination qui se met en place entre l'Etat-major français et l'Etat-major africain.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous avez des nouvelles – je change, je parle du Mali – de l'enquête sur la mort de mes deux confrères ?

Jean-Yves LE DRIAN
Elle est en cours, mais…

Jean-Jacques BOURDIN
Rien de nouveau ?

Jean-Yves LE DRIAN
Mais comme c'est une enquête qui est dans les mains de la justice, c'est la justice qui doit faire son travail.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais vous n'avez pas d'information particulière à ce propos ?

Jean-Yves LE DRIAN
Non.

Jean-Jacques BOURDIN
Bien. Parlons du budget de la Défense, qui a été adopté par le Sénat.

Jean-Yves LE DRIAN
La loi de programmation, c'est plus que le budget.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est plus que le budget, oui, c'est le budget futur.

Jean-Yves LE DRIAN
C'est les 6 ans qui sont devant nous…

Jean-Jacques BOURDIN
Voilà, le budget futur.

Jean-Yves LE DRIAN
Qui a été approuvé hier soir par le Sénat, après avoir été approuvé par l'Assemblée nationale, ça trace les perspectives de nos capacités dans les 6 ans qui viennent…

Jean-Jacques BOURDIN
J'ai vu que les écologistes avaient voté contre.

Jean-Yves LE DRIAN
Les écologistes ont voté contre…

Jean-Jacques BOURDIN
Décidément, c'est difficile cette cohabitation gouvernementale.

Jean-Yves LE DRIAN
Je le regrette, mais je constate que le débat sur les risques et les menaces de demain pour votre pays, et les moyens d'y répondre, qui est le débat central de cette loi de programmation, et qui a eu lieu au Sénat, était un débat de très haute tenue, de très bon niveau, avec le souci de faire en sorte que la sécurité de notre pays soit partagée, que ça dépasse les clivages partisans. Il y a des positions différentes, c'est bien normal en démocratie, mais il y a eu un débat vraiment de grande qualité, avec l'intérêt commun de faire en sorte que notre pays assure sa sécurité et ses responsabilités, et c'est pourquoi au Sénat il y a eu un certain nombre de votes, du centre et de la droite, qui ont rejoint le vote des socialistes et l'abstention des communistes. Je regrette que les écologistes n'aient pas été à ce rendez-vous.

Jean-Jacques BOURDIN
Le logiciel Louvois.

Jean-Yves LE DRIAN
Je ne sais si les auditeurs connaissent…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, c'est le logiciel qui sert à payer les soldes…

Jean-Yves LE DRIAN
C'est le logiciel fou.

Jean-Jacques BOURDIN
Le logiciel fou du ministère de la Défense.

Jean-Yves LE DRIAN
C'est le logiciel fou, c'est un dispositif qui…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, informatique.

Jean-Yves LE DRIAN
Qui était censé payer les soldes de l'ensemble de nos militaires, qui a été mis en place en 2010/ 2011, que j'ai trouvé en arrivant, et qui était complètement anarchique, qui aboutissait à ce que les soldats soient payés un mois et pas payés le mois suivant, que les soldes soient versées de manière erratique, que les primes ne soient pas intégrées, bref, un dispositif insupportable, qui touchait le moral des militaires, parce que quand vous êtes en opération extérieure et que votre épouse vous dit je n'ai pas reçu la solde ce mois-ci, c'est très grave, c'est tout à fait inacceptable pour un pays comme le nôtre…

Jean-Jacques BOURDIN
Il va être remplacé, donc…

Jean-Yves LE DRIAN
J'ai décidé de l'arrêter.

Jean-Jacques BOURDIN
Il va être arrêté et remplacé…

Jean-Yves LE DRIAN
Et remplacé par un système…

Jean-Jacques BOURDIN
Avant la fin 2014.

Jean-Yves LE DRIAN
Le plus vite possible.

Jean-Jacques BOURDIN
Si vous pouvez.

Jean-Yves LE DRIAN
Le prototype sera en place avant la fin 2014.

Jean-Jacques BOURDIN
Avant la fin 2014.

Jean-Yves LE DRIAN
Et après, chargé par l'expérience, éclairé par tous les déboires que j'ai pu rencontrer et que les soldats ont pu rencontrer depuis plus d'1 an, je vais expérimenter très concrètement pour voir si ça marche. Une des raisons pour lesquelles ce dispositif Louvois a été aussi scandaleux et aussi insupportable c'est parce qu'on ne l'a pas expérimenté avant, on n'a pas vérifié si ça marchait.

Jean-Jacques BOURDIN
Qui est fautif ?

Jean-Yves LE DRIAN
Je pense que la responsabilité est collective. Je n'ai pas voulu faire de polémique sur le sujet, parce que je trouve que sur ces enjeux de Défense et de sécurité, et sur le moral des soldats, on ne fait pas de polémique, mais j'ai mis de l'ordre dans le processus de décision pour…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous avez sanctionné ?

Jean-Yves LE DRIAN
J'ai mis de l'ordre.

Jean-Jacques BOURDIN
Mettre de l'ordre ça veut dire sanctionner, si j'ai bien compris.

Jean-Yves LE DRIAN
J'ai fait en sorte que ça ne se passe plus comme ça.

Jean-Jacques BOURDIN
Il a été développé quand d'ailleurs ce… ?

Jean-Yves LE DRIAN
2010, 2011, 2012.

Jean-Jacques BOURDIN
2010, 2011, 2012.

Jean-Yves LE DRIAN
Non, je n'étais pas en fonctions.

Jean-Jacques BOURDIN
Non non, vous n'étiez pas en fonctions, d'autres étaient ministres.

Jean-Yves LE DRIAN
J'assume la responsabilité, je prends ce relais, il y a une continuité républicaine et quand il s'agit…

Jean-Jacques BOURDIN
C'était qui le ministre, Hervé MORIN, non ?

Jean-Yves LE DRIAN
Quand il s'agit de la solde des soldats il y a là un sujet d'une très grande sensibilité, j'assume, mais je n'étais pas là à ce moment-là.

Jean-Jacques BOURDIN
Vous assumez. Bien. Dernier mot, parce que ça revient sans cesse dans la bouche de mes auditeurs, c'est à propos de cette intervention en République centrafricaine, pourquoi est-ce que nous y sommes allés. Nous y sommes allés, vous l'avez expliqué, pour rétablir l'ordre, pour mettre en place… mais, est-ce que nous n'avons pas d'intérêts, quels sont nos intérêts, j'oublie les intérêts stratégiques et militaires, quels sont nos intérêts économiques ?

Jean-Yves LE DRIAN
C'est un des pays les plus pauvres du monde, honnêtement nos intérêts économiques sont extrêmement marginaux, par contre notre intérêt c'est la sécurité, notre sécurité. Il y a un chaos humanitaire, une émotion par rapport à ce que l'on voit dans les images à la télévision, les assassinats, les enfants qui meurent, etc., il y a cette compassion, mais il y a aussi le fait que s'il y avait au centre de l'Afrique un Etat failli, un désordre permanent, c'est l'ouverture à tous les terrorismes possibles. Vous avez à côté Boko Haram, vous avez à côté des chefs de guerre congolais à l'Est de la République centrafricaine qui ne demandent qu'à faire de cet Etat une base de départ pour d'autres aventures…

Jean-Jacques BOURDIN
Il y a aussi du pétrole, de l'uranium, des diamants, des…

Jean-Yves LE DRIAN
C'est très peu, ce n'est vraiment pas le sujet. Le sujet c'est…

Jean-Jacques BOURDIN
Dans le voisinage.

Jean-Yves LE DRIAN
Dans le voisinage, mais notre sujet c'est la sécurité de notre pays, aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2013

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