Déclaration de Mme Valérie Fourneyron, ministre des sports, de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative, sur les pratiques concernant l'éducation populaire et la réforme des rythmes scolaires, Paris le 11 décembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Valérie Fourneyron, ministre des sports, de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative, sur les pratiques concernant l'éducation populaire et la réforme des rythmes scolaires, Paris le 11 décembre 2013.

Personnalité, fonction : FOURNEYRON Valérie.

FRANCE. Ministre des sports, de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative

Circonstances : Rencontres de l'Observatoire de la Jeunesse à Paris le 11 décembre 2013

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C'est avec grand plaisir que je participe aujourd'hui à l'ouverture de ces Rencontres de l'Observatoire de la Jeunesse. Elles ont lieu chaque année dans un lieu emblématique de notre démocratie :

l'an dernier au Conseil économique, social et environnemental ; cette année dans un lieu historique de débat, fondement même de notre République, témoin de notre passé donc mais aussi théâtre de notre avenir.

Ces Rencontres ont de plus cette année une résonance historique particulière, puisque nous célébrons à cette occasion les 60 ans de l'INJEP. Cet établissement relevant de mon ministère a toujours été fortement marqué par l'éducation populaire et a su ces dernières années multiplier les partenariats avec les grands mouvements d'éducation populaire en tant qu'acteurs des politiques jeunesse.

Et avant de revenir sur les enjeux de ces Rencontres, je tiens à remercier Philippe Da Costa, Président de l'INJEP, pour son invitation et pour le travail de son équipe réunie autour d'Olivier Toche, Directeur de l'INJEP. Nous travaillons ensemble au quotidien.

Ces Rencontres sont consacrées cette année aux pratiques émergentes dans le domaine de l'éducation populaire. J'ai d'ailleurs consulté avec intérêt les documents préparatoires à ces Rencontres, le rapport d'étude remis en novembre par Emmanuel Porte, sous la direction de Jean-Claude Richez et Francine Labadie. Il témoigne de la grande richesse des initiatives de terrain, mais aussi de l'importance de temps d'échange comme celui-ci pour explorer les pratiques émergentes et construire l'avenir de l'éducation populaire. L'éducation populaire bénéficie aujourd'hui d'un nouvel élan, dans un contexte de mutations majeures. Le développement de la société de l'information et de la communication bouleverse le régime de partage des savoirs, les formes de l'engagement se renouvellent de manière forte, de nouvelles formes de lien social apparaissent. En parallèle, nous sommes engagés dans un processus de refondation des rythmes éducatifs, car en matière d'éducation, le « tout à l'école » n'est plus d'actualité. Cela se traduit par une mobilisation sans précédent dans le monde associatif et il est donc important que l'éducation populaire s'interroge sur ses contours, ses valeurs et ses pratiques.

A l'occasion de cet événement, vous, les acteurs de l'éduc'pop, vous appelez publiquement de vos vœux l'émergence d'une politique ambitieuse d'éducation populaire. Vous souhaitez que cette dernière ait un rôle et une place mieux définis, une visibilité et une lisibilité renforcées.

Pour ma part, ma conviction est établie depuis longtemps – je me suis déjà exprimée devant vous lors du Congrès de la Ligue de l'enseignement ou plus récemment devant la CNAJEP (la coordination des organisations de jeunesse et d'éducation populaire) : je suis persuadée que c'est dans l'éducation populaire que nous trouverons quelques unes des réponses que les institutions et les acteurs publics ne peuvent pas apporter. Nous avons besoin de vous. Vous avez un rôle important à jouer à nos côtés.


Cette journée d'échange porte sur le partage des savoirs et l'« empowerment » ou capacitation, c'est-à-dire le pouvoir d'agir. Savoir, pour agir – la mission même de l'éducation populaire. Or, depuis un an et demi, le ministère dont j'ai la charge soutient les organisations d'éducation populaire dans cette démarche.

Concernant le partage des savoirs, ces Rencontres interviennent au moment où se met en place la réforme des rythmes éducatifs. Vous le savez, il y a dans cette loi des leviers dont l'éducation populaire doit se saisir.

La réforme des rythmes éducatifs constitue une évolution essentielle pour les enfants et une opportunité majeure pour le secteur associatif de l'éducation populaire et du sport. Elle permet de reconnaître le rôle éducatif joué par les animateurs et l'importance des métiers de l'animation dans l'organisation des temps éducatifs. Nous devons développer cette filière et, en articulant mieux temps scolaire et périscolaire, assurer la continuité éducative dont nos enfants ont besoin et qui faisait défaut jusque là. Car ce temps périscolaire est l'occasion pour l'enfant de s'interroger sur ce qu'est la vie en société, il fait l'apprentissage du « vivre ensemble ». C'est un temps complémentaire du temps scolaire, où l'enfant participe à sa propre éducation.

Au-delà de ça, en confortant le rôle fondamental de l'éducation populaire auprès des enfants, cette réforme rappelle aussi à quel point l'éducation est importante à tous les âges de la vie.

Mais l'éduc'pop ne trouve pas sa place que dans cette réforme, sa mission historique et son ambition future sont beaucoup plus larges. Et, puisque l'on parle du contexte actuel, comment ne pas évoquer les domaines, si nombreux, où l'éducation populaire joue aussi un rôle essentiel ?

Nous vivons une période marquée par les doutes, les critiques, les peurs. Nous devons retrouver des repères solides et ancrer efficacement le débat démocratique dans la réalité. Les initiatives de l'éducation populaire qui donnent de la valeur à la parole, qui sont fondées sur la connaissance de l'autre sont donc vitales pour notre démocratie.

Faut-il le rappeler ? L'idée même d'association contient le souci démocratique. Car les associations, dans leur structure même, rassemblent une pluralité d'acteurs : institutionnels, associatifs, bénévoles, usagers, professionnels… Les instances statutaires sont des lieux débat et de prise de décisions. On l'oublie trop souvent : les pratiques d'éducation populaire associent exercice de la citoyenneté – je dirai même construction de la citoyenneté - et accès à la culture !

Les lieux de débat citoyen se faisant rares, il est de notre responsabilité de les promouvoir. Les mouvements d'éducation populaire redonnent goût à la chose politique, ce qui n'est pas anodin au vu des chiffres de l'abstention. Les associations d'éducation populaire complètent ainsi et soutiennent l'action de l'Etat. Et c'est d'autant plus important que leur effort est pour beaucoup dirigé vers les jeunes, qui se réapproprient ainsi le domaine politique, qui leur est encore trop souvent fermé.

Car ces lieux de parole sont en réalité des creusets de l'action. Ils réveillent chez les jeunes le goût de l'engagement, un engagement que le Ministère dont j'ai la charge a décidé de soutenir. La politique de jeunesse mise en place par le gouvernement repose sur plusieurs piliers. L'un d'entre eux est l'éducation populaire. Une cellule d'accompagnement a donc été mise en place au sein du ministère pour appuyer la création et le développement d'organisations de jeunes, dirigées par des jeunes, avec des moyens financiers adéquats. A plus long terme, vous savez que nous travaillons en interministériel à l'organisation du prochain Comité Interministériel de la Jeunesse, travaux auxquels sont associés pour la première fois les organisations de jeunes. Il permettra de faire le point sur les réformes en cours, à partir du travail de renseignement des indicateurs réalisé par l'INJEP, avec tous les ministères concernés, et de proposer de nouvelles mesures.


Mais il faut voir plus loin encore. Pour ce faire, le gouvernement veut aussi s'appuyer sur l'éducation populaire, car elle est un formidable outil d'innovation.

Comme je le disais tout à l'heure, notre société est en effet en train de vivre des mutations majeures. Les politiques publiques doivent s'adapter, c'est évident. Mais elles ont besoin d'un appui, d'un relais.

Ce relais, c'est l'éducation populaire : en constant renouvellement, elle reste une réponse valide aux interrogations qui traversent notre temps. Vous êtes le creuset de démarches et de projets innovants, qui font émerger de nouvelles problématiques sociales.

J'ai à cœur que les mouvements et associations d'éducation populaire retrouvent leur esprit pionnier et les moyens d'agir à long terme. Ces temps d'échange sont aussi pour nous un temps de réflexion nécessaire, pour promouvoir cette force d'innovation sociale.

Pour favoriser la créativité et les démarches d'éducation populaire dans ce domaine, nous lançons au début 2014 un appel à projets : 3 millions d'euros seront consacrés au financement d'actions innovantes dans 3 domaines : le numérique, les lieux innovants, les médias jeunes.

Ces projets inciteront les jeunes à s'investir, à s'engager, et vous savez que c'est un de mes souhaits les plus chers. Nous comptons sur vous pour relayer activement cet appel dans vos réseaux. L'enjeu n'est pas mince : il s'agit de laisser libre cours à la créativité de l'éducation populaire, pour qu'elle se dote elle-même de nouveaux espaces d'expression et d'animation pour la jeunesse.


Vous savez aussi que nous avons comme horizon, et nous nous y attelons sans relâche, de co-construire avec les mouvements d'éducation populaire les politiques publiques, pour assurer la participation citoyenne. Nous le faisons dans le champ de la jeunesse, nous devons élargir cette démarche à d'autres domaines.

Cette volonté est inscrite au fronton du ministère, dans son intitulé qui inclut désormais l'éducation populaire. Certains y ont vu une rupture, une nouveauté ; il ne s'agit en fait que de la restauration d'une continuité historique. L'éducation populaire a toujours été à nos côtés.

L'Etat se préoccupe aujourd'hui plus que jamais de la place des citoyens dans les politiques publiques qui les concerne.

Le Comité interministériel contre l'exclusion a préconisé dans son rapport d'appuyer les initiatives associatives et l'engagement citoyen (un champ où mon ministère intervient directement) et surtout de développer la participation des personnes en situation de pauvreté et de précarité à l'élaboration des politiques publiques. ATD Quart Monde a par exemple depuis longtemps mis en place sa propre université populaire, pour engager la réflexion sur ces sujets. De même, le comité interministériel des villes a décidé de donner toute leur place aux acteurs de proximité et aux habitants, en développant la participation citoyenne à tous les niveaux. Enfin, sur les 5 rapports participant à la redéfinition de la politique d'intégration, 2 proposent de mobiliser les citoyens par des démarches d'éducation populaire.

Vous le voyez, la parole du citoyen est prise en compte, ainsi que son pouvoir décisionnaire. Vous avez un rôle à jouer auprès de l'Etat, pour relayer et conforter cette participation citoyenne – un rôle que seuls les mouvements d'éducation populaire peuvent tenir !

Pour vous soutenir, les crédits mobilisés en faveur des associations ont donc été maintenus en 2014. L'époque d'une action unilatérale de l'Etat étant révolue, notre politique passe aujourd'hui par l'accompagnement des acteurs.

L'Etat entend donc et accompagne les transformations souhaitées par vos réseaux, tout en respectant le refus d'institutionnalisation de certains – c'est important de le souligner. Mon rôle, en tant que ministre, n'est pas de dire ce qui relève ou ne relève pas de l'éducation populaire ; c'est aux acteurs de s'en emparer. Mon rôle est de lui donner toute sa place, de l'aider dans son action et de favoriser sa prise en compte dans nos politiques publiques.


Cette journée sera donc une étape importante de la réflexion que mène sans cesse l'éducation populaire sur ses propres missions. C'est grâce à cette réflexion qu'elle est toujours en parfaite adéquation avec les préoccupations modernes.

Les associations d'éducation populaire seront ainsi les artisans d'un nouvel équilibre social. Equilibre entre les générations, les territoires. L'Etat veut agir, par votre intermédiaire, au plus près de la population dans toute sa diversité et dans le respect de son identité. Et je suis prête à vous aider, tant dans la réflexion, dans l'élaboration des propositions, que dans leur application sur le terrain.

Je suis moi-même venue à l'engagement politique par l'engagement associatif, qui était très fort dans ma famille. C'est dans le guidisme que j'ai goûté pour la première fois à l'action collection collective. Depuis, je n'ai jamais oublié à quel point le tissu associatif soutient et nourrit l'engagement des citoyens dans notre société.

Je terminerai donc en vous rendant hommage, vous tous qui faites vivre au quotidien, sur le terrain, l'éducation populaire dans toute sa diversité. Je vous remercie.


Source http://www.sports.gouv.fr, le 13 décembre 2013

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