Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec Europe 1 le 19 décembre 2013, sur l'avion Rafale, la défense européenne et sur les interventions militaires françaises. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec Europe 1 le 19 décembre 2013, sur l'avion Rafale, la défense européenne et sur les interventions militaires françaises.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : THOMAS SOTTO
Pour tout vous dire, exceptionnellement, Jean-Pierre ELKABBACH a enregistré son interview hier avec Jean-Yves LE DRIAN. Sauf que depuis, évidemment, on a appris que le Brésil n'achèterait finalement pas de Rafale. Je suis donc retourné voir le ministre de la Défense il y a quelques heures, on commence donc par ça, et vous retrouvez Jean-Pierre juste après.

JEAN-YVES LE DRIAN
Bonjour.

THOMAS SOTTO
Le gouvernement brésilien n'achètera pas de Rafale, c'est le Suédois SAAB avec son Gripen qui rafle le contrat portant sur l'achat de 36 appareils pour un montant estimé à environ cinq milliards de dollars. C'est un vrai coup dur pour la France, j'imagine que vous êtes déçu.

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, c'est une décision souveraine du Brésil, ça fait depuis plusieurs années que le gouvernement français, la société DASSAULT, d'autres partenaires, expliquent aux Brésiliens que le Rafale est un avion de très haute technologie et qui pouvait répondre aux besoins du Brésil, ils en ont décidé autrement, c'est leur libre responsabilité. Mais je fais remarquer deux choses, la première, c'est que, au Brésil, nous avons un partenariat de défense très important qui est en cours, aussi important financièrement que le Rafale, en particulier la mise en oeuvre d'une base navale et de la construction de quatre sous-marins à Itaguaï, qui se chiffrent à plus de six milliards d'euros. On n'en parle pas assez, mais ça marche.

THOMAS SOTTO
Ce n'est pas une stratégie de diversion, comme on dit chez les militaires, là, parce que la semaine dernière, quand François HOLLANDE était au Brésil, c'était bien pour essayer d'emporter la décision auprès Dilma ROUSSEFF…

JEAN-YVES LE DRIAN
Pas du tout, non, il y avait d'autres choses à faire au Brésil…

THOMAS SOTTO
Il y avait ça aussi…

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais il y avait aussi le Scorpène, et là, ça marche. Et puis, par ailleurs, il y a, avec le Brésil, une bonne collaboration sur la construction d'hélicoptères Caracal. Donc nous avons une relation de défense très significative avec ce pays, et qui continuera. Et puis, le Brésil, même si je dois décevoir les Brésiliens, ce n'était pas la cible prioritaire, et ce n'est pas la cible prioritaire du Rafale, nous avons d'autres prospects plus importants, plus significatifs…

THOMAS SOTTO
C'est l'Inde par exemple ?

JEAN-YVES LE DRIAN
L'Inde et le Golfe…

THOMAS SOTTO
Il y a une discussion exclusive avec l'Inde depuis 2012, on parle d'un contrat d'une valeur de treize milliards à peu près, treize milliards d'euros. Vous êtes confiant quand vous voyez que finalement, personne ne veut du Rafale, le Rafale n'a jamais réussi à s'exporter ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, le Brésil n'était pas notre cible prioritaire, donc c'est la décision du Brésil, et elle regarde les autorités de ce pays. Nous avons de bonnes raisons de croire que sur l'Inde et sur le Golfe, il y aura bientôt des résultats.

THOMAS SOTTO
Mais le Rafale est trop cher aujourd'hui ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, le Rafale est un avion de haute technologie, qui aujourd'hui est très compétitif par rapport aux missions que certains pays veulent lui donner.

THOMAS SOTTO
C'est aussi un échec industriel, un échec économique pour la France.

JEAN-YVES LE DRIAN
Ecoutez, non, enfin, vous êtes dans l'exagération, la réalité, c'est que, avec le Brésil, nous avons des relations de défense très significatives, qui se montent à six à sept milliards de dollars, c'est très important, et ça se continuera et il n'y a pas d'échec à cet égard, il y a une déception sur une cible qui n'était pas la cible prioritaire.

THOMAS SOTTO
Il faut poursuivre le programme Rafale coûte que coûte ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Bien sûr, c'est un très bon avion, la France en est très satisfaite, au Mali et ailleurs, cet avion a fait preuve de ses capacités, de ses performances, et le montrera dans d'autres prospects que nous avons aujourd'hui en exploitation et qui seront – j'en suis convaincu – seront aboutis rapidement.

THOMAS SOTTO
Mais aujourd'hui, il n'y a que l'armée française qui prend des Rafale, qui se sert des Rafale ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, et elle s'en porte bien.

THOMAS SOTTO
Et elle s'en porte bien. Jean-Pierre ELKABBACH, c'est à vous !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui et demain, sommet européen de la Défense, il était temps, c'est le premier sommet consacré à la Défense depuis cinq ans, vous l'avez préparé, vous l'avez voulu. Est-ce qu'on peut dire que cette fois, on attend des progrès, et des progrès concrets ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, il était temps, c'est d'ailleurs assez invraisemblable que depuis cinq ans, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne n'aient pas abordé les questions de défense, ça montre l'urgence d'aborder ces questions ensemble, et la France, dans la préparation de ce Conseil européen, a eu le souci de faire en sorte qu'il y ait des avancées concrètes, pragmatiques, pour permettre d'avancer dans ce Conseil…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il y a deux mots, Jean-Yves LE DRIAN, qui vont bientôt être à la mode par nécessité : coopérer, mutualiser.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, et le faire très concrètement et non pas dans les discours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors exemple ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Par exemple, dans le domaine opérationnel, il y a une question de sécurité de nos approvisionnements maritimes, sécurité des routes maritimes, c'est vrai dans la corne d'Afrique, on a mené une opération qui s'appelle l'opération Atalante, qui marche bien, qui est une opération européenne, eh bien, ayons une stratégie de sécurisation de nos approches maritimes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, c'est pour les mers et les océans…

JEAN-YVES LE DRIAN
Ça, c'est pour aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais le Sahel, les frontières ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Autre exemple, le Sahel, on voit bien que l'interrogation principale, c'est la sécurisation des frontières, est-ce que l'Europe peut agir avec les pays concernés pour mener des opérations de sécurisation ? Ça, c'est du concret. Et de la même manière, dans le domaine capacitaire, est-ce que l'on peut faire en sorte que nos moyens de transport soient mutualisés, des progrès vont sûrement être enregistrés, des progrès concrets, l'Europe de la Défense se fera de manière pragmatique et non pas de manière théorique, voilà ce que je veux dire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais par exemple, la France a acheté des drones d'observation aux Américains, les seuls qu'ils fabriquent, avec les Israéliens, des drones. Et ici, vous nous aviez promis pour la fin 2014 une dizaine de drones, mais on ne les verra pas dans le ciel de l'Europe ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Les drones dont nous avons fait l'acquisition seront en fonction à la fin de cette année, en Afrique, au Sahel, c'est là leur principale mission, et les deux premiers sont arrivés et seront en exploitation, mais au niveau européen, est-il normal que les Européens, qui ont tant de technologie dans le domaine de l'avionique, soient incapables de produire eux-mêmes un drone de nouvelle génération ? Ma réponse est non. Est-ce qu'on peut se mettre ensemble pour produire ces nouvelles machines pour l'horizon 2022, 2023, mais on commence maintenant ? J'espère que la réponse sera oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Yves LE DRIAN, vous rentrez de Bangui, est-ce que les milices chrétiennes et musulmanes acceptent maintenant d'être cantonnées et désarmées ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Depuis que nous sommes là, avec les forces africaines, qui jouent un rôle tout à fait significatif, on a pu constater – j'ai pu constater moi-même – une baisse de la tension. je suis très frappé, Monsieur ELKABBACH, de la qualité des autorités religieuses là-bas, que ce soit l'imam de la conférence islamique, que ce soit l'archevêque ou que ce soit le président de la conférence évangélique, ils appellent au calme, ils appellent à la sérénité, ils font en sorte que leurs représentants dans les quartiers fixent une population dans la sérénité, et cela aide beaucoup les forces françaises, qui font un travail très difficile…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est bien que les autorités religieuses soient influentes maintenant alors qu'elles ne l'ont pas été. Des pays européens vont, paraît-il, déployer des soldats en Centrafrique, on dit que les Belges promettent 150. 1°) : vous confirmez ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne confirme rien tant que les gouvernements ne se sont pas exprimés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui d'autre pourrait venir ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vous dis que je ne confirme rien…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui vous souhaiteriez ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Le maximum, mais pour l'instant, nous avons un soutien logistique, et j'espère que nous aurons un soutien au sol, parce que ça permettra en particulier d'accélérer notre pénétration dans les autres villes de Centrafrique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quelle sera la mission au sol de ceux qui viendraient ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, de nous aider à poursuivre ce que j'appelle le désarmement impartial, et de nous aider à protéger l'aéroport de M'Poko, qui est l'aéroport où nous sommes basés, et où il y a beaucoup de réfugiés en ce moment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On disait que les Français resteraient six mois, aujourd'hui, on dit : le temps qu'il faut, c'est-à-dire plus que six mois ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Quand on commence une opération, ça ne fait que quinze jours, on ne fixe pas la date de fermeture, ce ne serait pas sérieux de la part d'un ministre de la Défense…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… Six mois alors…

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, on a dit : le périmètre est d'environ six mois, bon, on verra si c'est cinq mois ou si c'est sept mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous répétez le temps qu'il faut. Dernière question sur le Mali, il n'est pas encore pacifié, il paraît qu'il y a encore des attentats, et il y en a, Al Qaïda et l'Aqmi, qui restent présents, est-ce que vous confirmez, Jean-Yves LE DRIAN, que des chefs exécution d'Aqmi ont été arrêtés ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a encore quelques poches dont nous nous préoccupons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il est vrai qu'une dizaine de terroristes ont été arrêtés…

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, nous avons mené des opérations de contre-terrorisme qui ont donné des résultats les jours derniers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire une dizaine de chefs terroristes ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Pas tous des chefs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, ou des chefs exécutants…

JEAN-YVES LE DRIAN
Nous avons agi pour, et nous continuons à agir pour éradiquer toute trace liée à Al Qaïda, à Aqmi en particulier, je vous rappelle que, Aqmi, c'est une filiale d'Al Qaïda.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous êtes sur la trace de Mokhtar BELMOKHTAR, qui est le chef de tant d'attentats ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a Mokhtar BELMOKHTAR, qui a été à l'origine de l'attentat aussi en Algérie, et puis, il y a d'autres groupes, vous savez, ces groupes terroristes, ils vont et viennent, se rassemblent, se dispersent, et il faut donc les suivre de près. Et c'est le rôle que nous confions à nos forces pour l'année 2014, puisque nous gardons un millier de soldats au Mali, dont la mission principale désormais, c'est le contre-terrorisme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque, pour les fêtes de fin d'année, combien de soldats français seront-ils en Opex, en opération extérieure ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Si l'on compte toutes les opérations extérieures où la France est présente, c'est environ 8.000 soldats aujourd'hui en opérations extérieures, alors si on intègre le Liban, le Mali, la Côte d'Ivoire, la République Centrafricaine, oui, ça fait du monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous irez les voir sans doute ?

JEAN-YVES LE DRIAN
J'irai les voir, oui, comme j'y vais, comme je vais chaque année.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 décembre 2013

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