Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le partenariat économique entre la France et l'Algérie, l'enseignement du français à l'étranger, la simplification des démarches administratives pour les Français en Algérie et la politique des réformes en France, à Alger le 16 décembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le partenariat économique entre la France et l'Algérie, l'enseignement du français à l'étranger, la simplification des démarches administratives pour les Français en Algérie et la politique des réformes en France, à Alger le 16 décembre 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel en Algérie les 16 et 17 décembre 2013 - Réception offerte à la communauté française d'Alger en République algérienne démocratique et populaire, le 16

ti : … De la communauté française, après une longue journée d'échanges et de rencontres au plus haut niveau, j'ai rencontré il y a quelques instants des organisations non gouvernementales, représentatives de la société civile, qui se battent aussi pour faire valoir leurs droits, parfois dans des conditions difficiles. Il n'y a pas un endroit où je vais au nom de la France où je ne prends pas un moment pour rencontrer les ONG. C'est important qu'on écoute les difficultés, les aspirations, parce que la France, partout où elle est, défend à la fois ses intérêts, et c'est normal, mais défend aussi les valeurs qui la fondent et qui fondent notre réputation et notre rayonnement, donc partout dans le monde, que ça soit à Pékin, à Moscou ou à Alger, ce sont les mêmes valeurs et le même discours que je tiens au nom de la France.

Eh bien, Mesdames et Messieurs, ce soir, je suis heureux, mes chers compatriotes, de vous saluer du fond du cœur pour vous dire, venant de notre capitale, de Paris, hier soir, que les relations franco-algériennes, depuis la visite, il y a un an du président Hollande, la visite d'Etat, qui a été une vraie réussite, eh bien, je peux mesurer, à travers tous les contacts, tous les échanges, que j'ai pu avoir, que les ministres ont pu avoir, que les parlementaires ont eus, que ces relations sont au beau fixe. Nous sommes sur la bonne voie. Ça ne veut rien dire sur les difficultés que l'on a connues ou que l'on connaît, mais je crois que ces relations sont effectivement maintenant orientées dans un contexte nouveau.

Nous avons, malgré la douleur, malgré les vicissitudes de l'histoire, passé un cap, nous n'avons pas à oublier, nous n'avons pas à refuser l'acte de mémoire ou – comme l'avait dit le président Hollande – de dire la vérité sur ce qui fait la relation de l'histoire de l'Algérie et de la France, mais nous sommes en même temps depuis un an engagés, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal et moi-même, avec une feuille de route qui est très claire, c'est de relancer le partenariat, je dis bien le partenariat, entre la France et l'Algérie.

Et vous, Mesdames et Messieurs, dans vos différentes responsabilités et engagements professionnels, que vous travaillez dans les services représentant la France, dans des administrations, des entreprises ou des entreprises de grande taille ou des entreprises plus modestes, dans des associations ou exerçant d'autres responsabilités, culturelles ou cultuelles, eh bien, vous jouez un rôle dans la qualité de cette relation. Et je voulais vous en remercier. Parce que la feuille de route que nous avons reçue, le Premier ministre Sellal et moi-même, doit permettre de rendre concrets les engagements qui ont été pris, c'est-à-dire l'ensemble des relations entre la France et l'Algérie, le dialogue politique sur toutes les questions, et en particulier, les questions de sécurité, quand je dis les questions de sécurité, en rencontrant le Premier ministre, mais aussi le président Bouteflika, nous avons parlé du Mali, nous avons parlé de la République centrafricaine, nous avons parlé des risques terroristes avec une Lybie de plus en plus instable, et puis beaucoup d'autres sujets, qui nous sont communs.

Et puis, nous avons, bien entendu, parlé développement économique, non pas simplement comme des fournisseurs de l'Algérie, mais comme des partenaires de l'Algérie, pour construire ensemble un avenir économique équilibré, qui permette à l'Algérie de se projeter dans l'avenir, ne s'appuyant pas uniquement sur sa ressource énergétique, mais construisant aussi une économie plus dynamique, en montant en gamme, important davantage d'expertise technologique, et c'est l'intérêt de l'Algérie, mais c'est aussi, Mesdames, Messieurs, l'intérêt de la France. Et c'est pourquoi nous avons abordé les thèmes de la coopération dans le domaine de l'Education, dans le domaine universitaire, dans le domaine de la recherche, et bien entendu, occulté aucun problème, je pense à celui de la mobilité des personnes.

Dans tous ces domaines, au bout d'un an, depuis la visite présidentielle, les choses ont bougé, et ce qui avait été décidé il y a un an, c'est l'installation du comité intergouvernemental de haut niveau, qui s'est réuni pour la première fois, présidé ce matin par Abdelmalek Sellal, et nous avons pu, dans l'entretien bilatéral, puis, dans la réunion commune, avec les ministres de chacun de notre gouvernement, mesurer les pas qui avaient été faits. Ça, c'est un fait que je tiens à souligner devant vous, cette instance, ce comité intergouvernemental de haut niveau, vous pourriez me dire : il aurait pu exister depuis longtemps, eh bien, ce n'était pas le cas entre la France et l'Algérie, c'est la visite de l'année dernière qui a débloqué les choses.

Il existe déjà entre la France et le Maroc. Il existe aussi, bien sûr, depuis longtemps, il y a même un Conseil des ministres communs avec l'Allemagne. Mais il y a aussi quelque chose de similaire avec l'Espagne ou avec l'Italie, avec la Grande-Bretagne, et encore avec la Russie. Et donc avec l'Algérie, ça manquait, eh bien, cette méthode, cette façon de faire devrait inscrire dans la durée notre partenariat. Et puis, parallèlement, les entreprises, les grandes, les moyennes, les petites, les entreprises de taille intermédiaire, avec leurs partenaires algériens, ont constitué ce qu'on appelle le comité mixte économique franco-algérien. Il a été créé il y a un an, il a tenu toute sa première réunion le mois dernier. Jean-Pierre Raffarin a été chargé d'une mission, qu'il poursuit, et Jean-Louis Levet a été chargé (sic)… a été désigné – pardon – comme le haut responsable de la coopération industrielle et technologique franco-algérienne ; tous sont au travail.

Ça concerne beaucoup de secteurs, l'agriculture, l'agroalimentaire, la santé, il y a beaucoup de projets en Algérie, notamment d'hôpitaux, l'habitat, la construction, l'énergie, les finances, les transports, l'industrie automobile. s'agissant de la formation de la jeunesse, en matière d'enseignement supérieur, c'est le sens de ma rencontre demain avec les étudiants de l'Ecole nationale polytechnique à Oran, et puis, c'est aussi beaucoup d'autres programmes de formation professionnelle et technologique. J'irai demain à Oran à l'invitation du Premier ministre Sellal. Il m'a proposé de me rendre là-bas pour visiter cet institut polytechnique, nous visiterons aussi le chantier de l'usine RENAULT, qui va s'installer dans cette ville.

Et je voudrais vous en dire un mot à titre d'illustration de ce que j'ai appelé le partenariat économique franco-algérien. Une journaliste me demandait, un journaliste me demandait ce matin à la conférence de presse commune : mais alors, est-ce que vous allez rester, la France, comme le fournisseur de l'Algérie et rien d'autre ? J'ai dit : non, ce que nous voulons faire, c'est autre chose. Et à travers l'exemple de RENAULT, c'est le groupe RENAULT dans sa stratégie de développement mondial, et les grands groupes industriels de l'automobile, s'ils ne le font pas, eh bien, risquent le déclin, voire la disparition, doivent à la fois viser la clientèle en France, la clientèle en Europe, mais la clientèle où elle existe à l'échelle mondiale, c'est le cas encore la semaine dernière, à l'occasion de ma visite en Chine, c'est vrai pour RENAULT et c'est vrai pour PSA.

Mais s'agissant de l'Algérie, qui est à côté, qui est de l'autre côté de la Méditerranée, nous avons proposé aux Algériens, avec le groupe RENAULT, de créer une co-entreprise, propriété à 51% de la Société nationale automobile algérienne et 49, le groupe RENAULT. Mais c'est du gagnant/gagnant. C'est ça la nouvelle démarche. Et c'est vrai des autres projets, je ne vais pas tous les citer. Car une partie des éléments qui sont nécessaires à la construction des voitures RENAULT made in Algérie sont fabriqués en France, par des ouvriers et techniciens français, et puis, toute la recherche/développement est développée en France, et en même temps, cette usine va offrir du travail direct ou indirect, avec les entreprises sous-traitantes, et conquérir de nouveaux marchés.

Et tous ces bénéfices-là viendront consolider un groupe industriel qui doit continuer à se développer, toujours monter en gamme, et qui pour ça a besoin de capacités pour investir. Donc rester sur notre frontière nationale serait une faute contre l'emploi en France, et c'est ce que nous avons appelé le concept de la co-localisation. Donc c'est ce que nous voulons développer dans les années qui viennent, et j'ai besoin de votre concours, j'ai besoin de toutes les expertises, j'ai besoin des compétences, c'est vrai dans les grands groupes, c'est vrai dans les PME, et c'est ce que nous avons dit ce matin au forum économique franco-algérien.

Mesdames, Messieurs, ce n'est pas à vous que je l'apprendrais, la relation franco-algérienne est forte, mais elle est forte d'abord peut-être avant tout à travers sa dimension humaine, que vous représentez ce soir. Ceux qui, dès l'origine, ont fait le choix de demeurer dans l'Algérie indépendante, ils n'étaient pas beaucoup, mais ils ont été courageux, ils ont contribué à sa construction tout en restant fidèles aux valeurs de la France, et puis, je salue aussi nos compatriotes binationaux, ils sont nombreux, c'est eux qui forment la part la plus importante de notre communauté, vous portez une richesse particulière, cette richesse de la diversité, qui est une chance pour vous, mais qui est une chance aussi pour nos deux pays.

Et puis, il y a les expatriés, ceux qui ont décidé de venir s'installer ici, pour travailler, fonder une entreprise, enfin, pour des raisons diverses, les enseignants, les créateurs d'entreprises, qui sont de plus en plus nombreux, pour contribuer à la modernisation de l'Algérie dont je parlais il y a un instant. Eh bien, Mesdames, Messieurs, je voudrais aussi vous exprimer toute ma reconnaissance au nom de la France. Vous avez fait ce choix, non pas de partir très loin, l'Algérie, c'est finalement assez près, mais c'est quand même un pays différent, une culture différente, des habitudes de vie différentes, et ça demande de l'audace, et vous l'avez eue, et vous l'avez, et je crois que vous servez la France vous aussi, et je voulais vous en remercier.

Mais ce pays est magnifique, ce pays est splendide, et je souhaite aussi, et nous en parlions avec le président Bouteflika il y a quelques instants, et qu'il exprimait, lui, le souhait que ce pays soit plus visité par les touristes, et là, je crois qu'il y a aussi un champ pour l'avenir, qui, j'espère, sera développé fortement. Mais je voudrais revenir un instant à vos propres problèmes d'expatriés. Je connais vos difficultés, d'abord, la sécurité, ça reste un objet d'attentions quotidiennes, certes, la paix civile est revenue, mais qui est à l'abri de menaces, l'Algérie ne l'est pas, elles pèsent sur la sécurité régionale, et je me souviens des tragiques événements d'In Amenas, où j'étais en contact permanent avec le Premier ministre Sellal, et qui a été à un moment extrêmement violent, et qui a d'ailleurs conduit l'Algérie à veiller à la sécurité de sa frontière, en particulier avec le Mali.

En tout cas, ce que je puis dire, et je les en remercie, tous les fonctionnaires de notre ambassade, de nos consulats généraux, sont à votre côté, à votre disposition. Et puis, en même temps, vous avez des attentes qui sont parfaitement légitimes et qui ne concernent pas que l'Algérie, ce sont les attentes en matière de scolarisation. Avec l'AEFE, l'Agence de l'Enseignement du Français à l'Etranger, l'Etat y consacre des moyens importants. La mission laïque française, qui était représentée dans ma délégation, y joue aussi un rôle important. Et les établissements locaux sont homologués. Mais j'ai demandé à mon collègue, le Premier ministre Sellal, de l'aide pour concrétiser un certain nombre de projets concrets pour vous. Et il a pris l'engagement d'y répondre. Et j'en suis très heureux, parce que ce sont des sujets très concrets pour lesquels vous attendez déjà depuis longtemps des réponses, et je suis convaincu que nous les obtiendrons.

Et puis, il y a aussi le chantier de la simplification des démarches administratives pour votre installation et vos déplacements en Algérie, ça fait partie des discussions avec les autorités algériennes. Je connais aussi les difficultés de certains d'entre vous pour faire reconnaître la propriété de leurs biens immobiliers, là aussi, nous avons abordé cette question. Nous avons aussi abordé des questions douloureuses, et parfois dramatiques, comme le cas des déplacements illicites d'enfants, il y a effectivement des procédures judiciaires de la justice algérienne, mais il y a aussi une concertation avec les autorités algériennes, et comptez sur le gouvernement pour être attentif à chaque situation ; on nous avait même signalé des cas précis qui ont été abordés.

En tout cas, je voudrais dire pour conclure que même si je le répète, l'Algérie est proche de la France, géographiquement, elle est proche historiquement, elle est proche culturellement, elle est proche humainement, mais vous vivez en Algérie. Et quand on est un peu loin de la France, certes, pas très loin, on a souvent un regard différent sur son propre pays, et souvent, un regard plus lucide, parce qu'on va à l'essentiel, et aller à l'essentiel, c'est au fond d'abord être fier de son pays. On me demandait tout à l'heure, à l'occasion du point de presse, si la France était capable de respecter ses engagements pris vis-à-vis de l'Algérie, notamment dans le domaine économique, parce que la France serait en crise. Non, la France connaît, comme d'autres pays, une mutation profonde. Elle doit redresser un certain nombre de choses qui se sont dégradées, je pense aux comptes publics qu'il faut remettre à plat, et ce que nous avons engagé. Mais il faut aussi remettre notre appareil productif encore plus en situation de dynamique.

Mais quand je vois le dynamisme de nos entreprises, de nos grandes entreprises, de nos PME, quand je vois les initiatives des Français, à travers le monde, parfois dans les contrées les plus lointaines, alors je dis que la France a la capacité de répondre, à condition qu'elle se réforme, eh bien, elle se réforme ! Dans la nuit de vendredi à samedi, les partenaires sociaux se sont mis, même si ça a été difficile, d'accord pour réformer notre système de formation professionnelle ; c'est une première historique, c'est pour que les milliards d'euros consacrés à la formation aillent d'abord aux demandeurs d'emploi, aillent d'abord aux travailleurs les moins qualifiés, aillent aux jeunes qui ont besoin de se former, permettent la montée en gamme de notre économie, de nos entreprises, de notre industrie pour qu'elles soient plus compétitives, plus performantes.

Toutes ces réformes, nous les engageons, nous ne les engageons pas seuls, nous les engageons avec les partenaires sociaux, dans le dialogue, parfois, ce n'est pas facile, parfois, c'est conflictuel, mais allons à l'essentiel : la France a des atouts, la France peut réussir, les perspectives de croissance pour 2013 sont là, elles arrivent, 2014, la perspective, comme dans toute l'Europe, également positive, 2015, nous allons dans la bonne direction. Alors, ne regrettons pas d'avoir fait des efforts, ne regrettons pas d'avoir engagé des réformes. Parfois, le scepticisme s'exprime en disant : oui, mais est-ce que ça va marcher, est-ce que tout ça est bien utile ? Moi, je vous dis ma confiance.

Et plus on s'éloigne du territoire national, plus on se rend compte que les talents sont là, les talents des jeunes comme des moins jeunes, l'envie d'entreprendre, l'envie de prendre des risques, l'envie de se battre et d'être fier et de se battre pour la France ! Eh bien, Mesdames et Messieurs, merci d'avoir accepté cette invitation. Merci pour ce que vous faites pour la France ! Vive l'amitié entre l'Algérie et la France ! Vive la République et vive la France !


Source http://www.gouvernement.fr, le 19 décembre 2013

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