Déclaration de M. Kader Arif, ministre des anciens combattants, sur le Concours national de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 19 décembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Kader Arif, ministre des anciens combattants, sur le Concours national de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 19 décembre 2013.

Personnalité, fonction : ARIF Kader.

FRANCE. Ministre des anciens combattants

Circonstances : Cérémonie de remise des prix du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD), à Paris le 19 décembre 2013

ti :
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Recteur,
Madame la Présidente du jury,
Mesdames et Messieurs les Présidents de fondations,
Mesdames et Messieurs les proviseurs, chefs d'établissements et les enseignants,
Mesdames et Messieurs les anciens de la France Libre, Résistants et Déportés,
Mesdemoiselles et Messieurs les lauréates et lauréats,
Mesdames et Messieurs,


Je dois vous dire tout d'abord l'immense plaisir qui est le mien de participer comme l'année dernière à la remise des prix du Concours national de la Résistance et de la Déportation aux côtés de mon collègue et ami, Vincent Peillon.

Un immense plaisir d'abord d'assister à cette magnifique expression de la transmission de la mémoire. L'image que j'ai devant moi, cette assistance où les plus jeunes sont assis à côtés d'anciens Résistants, Déportés et Libérateurs, des héros de notre pays, parle d'elle-même et se passe de tout commentaire.

Un immense plaisir aussi de me retrouver en ces lieux, en Sorbonne. Car la Sorbonne a aussi été un haut lieu de la Résistance.

Je pense à ce 26 juillet 1940, où, durant la projection d'un film, Christian Rizo et Félix Kaver, étudiants, jetèrent sur le public quelques tracts reprenant l'appel de Maurice Thorez et Jacques Duclos : « jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves ».

Je pense à Claude Santelli, lycéen à Louis-le-Grand qui se rendait régulièrement à la bibliothèque de la Sorbonne pour y travailler et qui, un jour, déposa dans les toilettes de la bibliothèque un petit papier où il avait écrit « lundi11 novembre, tous à l'Etoile à 17h ».

Près de 500 professeurs, étudiants et anciens étudiants de la Sorbonne sont morts pour la France de 1939 à 1945. Parmi eux, Stéphane Piobetta, agrégé de philosophie, compagnon de la libération et inhumé dans la crypte de la Sorbonne. Parmi eux aussi André Zirnhel, compagnon de la Libération, parachutiste de la France Libre et tué en Libye en juillet 1942.

Je ne pouvais participer à cette cérémonie aujourd'hui sans leur rendre un hommage appuyé.

Le Concours national de la Résistance et de la Déportation est une occasion unique et privilégiée de faire s'interroger les plus jeunes sur ces temps sombres de l'histoire. Il permet de les faire réfléchir à l'exigence de transparence et de vérité, mais aussi de construire leur vie de citoyen.

Car si ce concours, créé en1961, est l'un des vecteurs essentiels de la transmission de la mémoire, il est également un vecteur d'éducation civique pour le présent.

Je veux saluer ici le travail remarquable des fondations et de tous les enseignants investis dans ce magnifique projet. Car ce concours pédagogique, le plus important au niveau national, contribue aussi à renforcer le lien entre les deux grandes institutions que sont la Défense et l'Éducation nationale.

Plus de 34 000 élèves ont participé au concours cette année. Aujourd'hui, les lauréats des 18 prix nationaux sont parmi nous. Vous avez été invités à travailler sur le thème : « communiquer pour résister ».

Vos travaux rappellent que ce combat a été décisif, un combat pour la circulation de l'information malgré la censure et la répression.

Que signifie communiquer, pour des résistants condamnés à vivre dans la clandestinité ? Vous avez, par vos recherches et vos rencontres, tenté de répondre à ces questions. Ma propre expérience au cours des 18 derniers mois, au contact de ceux qui m'ont fait l'honneur de me livrer leur histoire, m'a aussi apporté un éclairage particulier. Cet éclairage, je tiens à vous le faire partager.

Communiquer pour résister, c'était publier un journal au péril de sa vie comme l'a fait par exemple Marie-Thérèse Fainstein en imprimant « l'Avenir Normand ». Marie-Thérèse Fainstein qui nous a quittés il y a 2 semaines, et je tenais ici à lui rendre hommage.

Communiquer pour résister, c'était établir des ponts entre les différents mouvements de résistance, à l'image de Mme Zoé Mathon, qui parcourait des kilomètres à vélo pour remettre des films et des radios à son chef de réseau. J'ai eu le plaisir de la décorer de la Légion d'honneur le mois dernier à Lille.

Je me souviens de son étonnement et de sa surprise de recevoir une décoration pour des actes qu'elle ne jugeait pas héroïques. Je me souviens de son émotion, de notre émotion à tous, lorsque son arrière-petit-fils, âgé de 4 ans, lui remit la médaille.

Je pense à beaucoup d'autres de ces héros dont certains sont parmi nous aujourd'hui, et je les en remercie très sincèrement.

Communiquer pour résister… cette phrase prend tout son sens en ce lieu puisque c'est dans les caves de la Sorbonne que fut imprimé clandestinement d'août 1941 à septembre 1942 le plus important journal de la Résistance, « Défense de la France ».

Quel beau symbole, que cela soit ici que vous soyez récompensés, chers jeunes, pour votre réflexion sur le sens de l'engagement et sur le sens du sacrifice, au service de la Liberté et de la Justice.

En cette période de commémoration du 70ème anniversaire de la seconde guerre mondiale, le gouvernement souhaite mettre à l'honneur le courage des femmes et des hommes qui se sont battus pour notre pays, qui ont résisté à la barbarie.

Plusieurs initiatives ont été menées en ce sens. D'abord le soutien au projet de loi faisant du 27 mai la journée nationale d'hommage à la Résistance. Une journée attendue depuis longtemps, qui s'inscrira dans le calendrier national mais aussi, et c'est sa particularité,dans le calendrier scolaire.

Ainsi, au-delà de celles et ceux qui comme vous ont eu cette démarche volontaire pour participer au concours, chacun sera invité à réfléchir aux valeurs de la Résistance et à celles portées par le programme du Conseil national de la Résistance.

Seconde initiative, que nous souhaitons porter avec Vincent Peillon, c'est de donner un nouvel élan à ce concours. Le passage de la mémoire à l'histoire représente pour nous tous un défi, auquel nous devons répondre.

Si le CNRD requiert le concours et la participation active des élèves, il ne sollicite pas moins les enseignants qui sont là pour les accompagner dans leurs recherches. C'est pourquoi nous adresserons ensemble un courrier à l'ensemble des recteurs pour souligner l'importance du concours, son intérêt pédagogique et son actualité dans le calendrier commémoratif actuel, en rappelant également les outils à la disposition des enseignants.

Et je tiens à remercier tous ceux qui sont présents ici et dont je sais l'investissement personnel pour soutenir leurs élèves.

La communication globale sur le concours doit également être améliorée. Le CNRD mérite une attention nationale forte.

Le concours pourrait aussi être mieux connu du grand public en bénéficiant du parrainage d'un éminent historien ou d'une figure emblématique de la Résistance française.

La cérémonie de remise des prix nationaux pourrait également être davantage liée aux commémorations du 70ème anniversaire de la libération du territoire. C'est une réflexion qui doit s'engager dès maintenant, pour la remise des prix de l'année 2014 qui sera si fortement marquée par le retour à la République.

Enfin, les travaux des élèves pourraient être mieux valorisés, notamment à travers un partenariat avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel et l'Institut national de l'audiovisuel.

Les cérémonies organisées au sein des départements avec les services de l'ONAC-VG ont aussi leur rôle à jouer.

Elles doivent permettre de donner au concours la plus grande visibilité possible, en particulier dans la presse quotidienne régionale. Ce fut notamment le cas, en septembre dernier, lorsque j'ai eu le plaisir de remettre les prix du concours en Corse à l'occasion des cérémonies commémoratives du début de l'insurrection du 9 septembre 1943.

Je terminerai en félicitant tous les collégiens et lycéens qui ont participé à ce concours. Je vous remercie, chers élèves, de faire vivre la mémoire nationale, dans sa diversité.

Je vous remercie, mesdames et messieurs qui avez marqué l'histoire de notre pays, de nous enseigner les valeurs d'humanisme, de tolérance et de justice.

J'aimerais terminer mon propos en rappelant ce que disait Jean Jaurès : « L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir ».

Merci à vous tous de transmettre l'histoire de ces temps sombres et douloureux, pour faire porter aujourd'hui sur les visages de nos élèves, l'invincible espoir.


Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.ffr, le 20 décembre 2013

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