Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à Europe 1 le 27 décembre 2013, sur les chiffres du chômage et la situation économique en décembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à Europe 1 le 27 décembre 2013, sur les chiffres du chômage et la situation économique en décembre 2013.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, KARA Alexandre.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social;

ti :


Alexandre KARA
Alors Michel SAPIN, c'est vous qui aviez raison, le mois dernier, en commandant les chiffres du chômage, vous étiez prudent, vous appeliez à la prudence. Eh oui, vous aviez raison, car en novembre, les chiffres sont mauvais ?

Michel SAPIN
Ces chiffres du chômage tous les mois, il y a deux manières de les regarder. Et les deux manières sont vraies. Il y a la manière de l'immédiat et l'immédiat, c'est au fond, la manière habituelle de commenter sur EUROPE 1, sur telle télévision ou telle autre, et je ne vous en ferais pas reproche, consiste à regarder le chiffre du mois. Et puis il y a une autre manière qui consiste à regarder les tendances. Dans quelle tendance allons-nous ? Est-ce que ça va en augmentant le chômage ? Ou est-ce que ça va en diminuant. Et sur la tendance elle-même, oui, depuis le début de l'année, nous avons fait reculer le chômage et ce 4ème trimestre amorce la baisse du chômage. Donc les deux langages sont vrais. La seule différence, c'est que moi, je ne suis pas là pour être au jour le jour. Je ne suis pas un ministre du quotidien. Vous êtes un journaliste du quotidien, je ne suis pas un ministre du quotidien. Je suis un ministre de la durée. Je veux que les choses bougent dans la durée. Et je veux que l'inversion qui est en train de naître, l'inversion de la courbe du chômage, pour le dire en langage commun, que le recul du chômage soit un recul durable, beaucoup plus fort qu'aujourd'hui, aujourd'hui, ce sont les prémices. Beaucoup plus fort, dans la durée, parce que c'est de cela donc les Français ont besoin.

Alexandre KARA
Michel SAPIN, le journaliste du quotidien que je suis, a remarqué que dans la catégorie A, il y avait 17 800 chômeurs de plus, ce qui vient presque effacer la baisse du mois précédent. Et c'est sur cette catégorie que vous avez fondé votre promesse d'inversion de la courbe du chômage ?

Michel SAPIN
Bien sûr, c'est la catégorie de ceux qui sont au chômage complètement. Donc vous pourriez aussi dire que dans l'autre catégorie baissait, qui augmentait le mois dernier, cette fois-ci ça baisse. C'est ça, ces chiffres du chômage au mois le mois. Ce sont des chiffres surtout dans ces périodes-là, qui monte un mois, qui baisse un autre mois, donc ce qui compte, je ne vais pas en faire une querelle statistique, ce qui compte c'est de regarder comment ça bouge. Combien y avait-il de chômeur de plus au premier trimestre de 2013 ? 30 000 par mois. Combien y avait-il de chômeurs de plus de la catégorie A, celle sur laquelle vous mettez, à juste titre le doigt, au deuxième trimestre de cette année ? Il y en avait 18 000 de plus. Combien y en avait-il au troisième trimestre de plus chaque mois ? 5500 de plus. Combien y en a-t-il de plus dans les deux premiers mois du quatrième trimestre ? Non, ce n'est pas en plus, c'est en moins. C'est en moins, donc on peut regarder les choses comme on veut ! Vous connaissez le fameux dialecte chinois, « quand le sage montre les étoiles, le sot regarde le doigt. » Moi, je regarde les étoiles.

Alexandre KARA
Mais finalement, c'est bien ce que l'on vous reproche Michel SAPIN, c'est de regarder les choses comme vous voulez ! Parce que le mois dernier, vous aviez 20 500 chômeurs de moins dans la catégorie A, et c'était une victoire. Aujourd'hui, vous avez 17 800 chômeurs de plus dans la catégorie A, et vous dites : Non, on ne parle plus en mois, on parle en trimestre. Alors effectivement, dans ce cas-là, vous changez les règles du jeu en court de route.

Michel SAPIN
Vous voyez comme vous êtes capable de vous contredire en l'espace de peu de temps ! Vous avez commencé en me disant : vous avez été prudent le mois dernier. Oui, j'ai été prudent le mois dernier parce que je sais que d'un mois sur l'autre les choses peuvent varier. Donc je…

Alexandre KARA
Oui, mais vous ne parliez pas trimestre le mois dernier, vous parliez de mois, vous parliez de résultats mensuels.

Michel SAPIN
Je ne criais pas victoire, ou alors, c'est vous qui vous trompez dans votre première intervention. Non, je le fais avec prudence et je le fais à caque fois avec prudence. Et je disais, il y a encore quelques jours, sans connaître les chiffres, qu'il y aurait des mois à la hausse et des mois à la baisse, mais que la tendance elle-même était une tendance à la baisse. Et puis au fond, il y a un truc qui finit par me blesser, parce que on ne parle pas de courbe, on ne parle pas de statistiques, on ne parle pas de chiffres du chômage, on parle de personnes. On parle d'hommes, de femmes, de jeunes hommes et de jeunes femmes. Et cette manière de traiter les gens uniquement de manière statistique, mais je me demande comment elles ressentent ça de l'autre côté ? Quand elles sont aujourd'hui encore au chômage et qu'elles recherchent un emploi, ou quand elles ont trouvé par exemple, un emploi d'avenir, quand une jeune femme, un jeune homme a trouvé là, parce qu'on lui a offert une solution, un vrai boulot, avec une vraie formation et elle se dit je ne suis qu'un chiffre ! Non, elle est un avenir retrouvé, elle est une confiance retrouvée, pas suffisamment, parce qu'ils ne sont pas suffisamment nombreux, mais c'est ça qui est la bataille que nous menons, qui est une bataille par définition très difficile, comme toujours dans ces périodes de retournement, très compliquée, très difficile, mais c'est au jour le jour, au mois le mois, qu'on la gagne cette bataille.

Alexandre KARA
Là encore vous avez eu raison, Michel SAPIN, ce matin on avait des auditeurs sur l'antenne, qui nous disaient : mais pourquoi, le gouvernement s'acharne à communiquer sur la baisse alors que nous, on ne retrouve pas du travail, parce qu'autour de nous, il y a des tragédies effectivement et pour nous, c'est irritant d'entendre le gouvernement qui dit : ça baisse, alors qu'on a le sentiment que le chômage monte autour de nous ?

Michel SAPIN
Mais quand il y avait deux millions de chômeurs, c'est-à-dire au moment où Nicolas SARKOZY a été élu, quand il est parti, il y en a eu 3 millions, 1 million de plus, juste un petit rappel, comme ça, au passage. Quand il y avait 2 millions de chômeurs…

Alexandre KARA
Depuis que vous êtes arrivés, il y a eu plus de 300 000 chômeurs en plus.

Michel SAPIN
Quand il y avait 2 millions de chômeurs, il y avait 2 millions de chômeurs de trop. Quand il y a un million de chômeur, il y a 1 million de chômeur de trop. Et ceux à qui vous dites : le chômage recule, alors qu'ils sont encore au chômage, évidemment, il réagisse comme vous le dites vous-même. Donc il faut toujours aussi être très modeste sur ces chiffres-là. C'est une bataille gigantesque. Elle est menée, elle est en train d'être gagnée, elle est en train d'être gagnée pas à pas, je le répète, mois après mois, chômeur après chômeur. On va continuer, et cette bataille-là que les Français nous demandent de mener, non pas pour des glorioles d'un jour. Non pas pour comment dirais-je une tristesse d'un mois. Parce qu'un mois, un chiffre augmenterait, ce n'est pas le chiffre qui compte, c'est ce qu'il y a derrière. Mais parce que c'est notre mission, c'est ma mission que de faire progressivement reculer le chômage, avec bien sûr, des politiques de l'emploi, des solutions qu'on apporte à ceux qui sont dans la plus grande difficulté. Le jeune, mais mettons le doigt là aussi où ça fait mal, il y a aujourd'hui beaucoup plus de chômeurs de longue durée, qu'il y a 6 mois. Et c'est donc des drames pour ces gens-là. Il y a beaucoup plus de personnes de plus de 50 ans au chômage, là, ça n'a pas reculé, sur le chômage des 50. Donc il faut qu'on mette le paquet pour reculer aussi, le chômage des plus de 50 ans. C'est ça notre bataille et quand François HOLLANDE nous a donné comme objectif d'inverser la courbe du chômage, il se comporte en général en chef. Un général en chef qui dirait : mais moi, je n'ai qu'une seule chose à faire, regarder le nombre des chômeurs augmenter ? Non ! Nous sommes là pour faire reculer le chômage et nous commençons à le faire reculer.

Alexandre KARA
Mais Michel SAPIN, même votre point fort ne va pas au mois de novembre, vous parliez du chômage des jeunes, justement, les moins de 25 ans qui avait reculé, vous aviez réussi à le faire reculer depuis mai et désormais, il augmente même légèrement, mais il augmente de nouveau ?

Michel SAPIN
Là aussi, enfin, oui, ça augmente de 2000 au mois de novembre. Et ça baisse de combien depuis le mois de mai dernier ? C'est une des plus grandes batailles que nous ayons gagnée, c'est la bataille avancée du chômage. Il y a 23 000 chômeurs de moins, parmi les moins de 25 ans. Alors vous en avez 2000 de plus au mois de novembre, et vous allez dire ça annule les 23 000. Non, vous le savez bien ! Et c'est la raison pour laquelle, ces commentaires au mois le mois, qui sont parfaitement légitimes, les chiffres eux-mêmes sont donnés au mois le mois. Il faut les regarder avec un peu d'intelligence et un peu de perspective.

Alexandre KARA
Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous n'avez pas fait assez d'emploi aidé ?

Michel SAPIN
Non, ça veut dire que d'un mois sur l'autre, pour des raisons purement statistiques sur lesquelles je ne vais pas revenir ici, il peut y avoir des hausses et des baisses. Ce qui compte, c'est la tendance, vous savez ce que c'est qu'une tendance ? 30 000 chômeurs de plus au début de l'année, cette fois-ci au quatrième trimestre, les deux premiers mois du 4ème trimestre, on est en moins. Le chômage recule. C'est ça, une vraie tendance. C'est ça qui permet de voir dans quelle direction l'on va.

Alexandre KARA
Michel SAPIN, je vous propose justement un petit retour en arrière, c'était il y a un an, presque jour pour jour, les voeux de François HOLLANDE.

François HOLLANDE
Toutes nos forces seront tendues vers un seul but, inverser la courbe du chômage d'ici un an. Nous devrons y parvenir coûte que coûte.

Alexandre KARA
Vous n'aviez pas assez de force pour y parvenir, puisqu'il n'y aura pas d'inversion de la courbe au 31 décembre 2013 ?

Michel SAPIN
D'abord vous n'en savez rien, puisque vous n'avez pas les chiffres du mois de décembre et qui seront donnés fin janvier. Mais je ne vais pas pinailler comme ça ! Je ne suis un pinailleur…

Alexandre KARA
Michel SAPIN, vous disiez souvent qu'il fallait trois mois consécutifs de baisse…

Michel SAPIN
Et je n'aime pas les pinailleurs où qu'il soit !

Alexandre KARA
Ce qui n'est pas le cas.

Michel SAPIN
Donc je n'aime pas les pinailleurs non plus où qu'ils soient. Mais donc, la question n'est pas celle-là ! Vous avez un président de la République, vous imaginez que ce jour-là, là, quand il a présenté ses voeux, il aurait dit : bon écoutez, moi, pour cette année 2013, je ne souhaite qu'une seule chose, c'est que le chômage augmente ! Non ! Il n'est pas là pour ça, il est là pour fixer le cap. Le cap, c'est la bataille contre le chômage. Il est là pour fixer un objectif : l'inversion de la courbe du chômage. Il est là pour constater aujourd'hui, que cette inversion est amorcée. Vous les prenez pour ce que c'est, c'est une vérité, l'inversion est amorcée.

Alexandre KARA
Je le prends pour ce que c'est, c'était une promesse, c'était une promesse qui engage la crédibilité du président de la République et de son gouvernement ?

Michel SAPIN
Non, nous ne sommes pas dans le temps des promesses. Nous ne sommes pas dans le temps des promesses, nous ne sommes pas dans le temps des élections. Nous sommes dans le temps de la responsabilité, on n'est pas là pour faire des promesses aux Français. Quand il s'agit du chômage, lorsqu'il s'agit d'une année 2013 sans aucune élection, ce n'est pas le problème. On n'est pas là, pour préparer une élection, on est là pour changer les choses, pour les Français. Et nous le faisons avec détermination, dans un contexte difficile. Avec une montée du chômage, tellement puissante, quand nous sommes arrivées, que pour arriver à l'arrêter déjà, il faut un effort considérable, pour faire diminuer, il faut un effort considérable et cet effort, il continuera parce que c'est ça qui nous permettra de faire reculer durablement le chômage.

Alexandre KARA
Michel SAPIN est-ce qu'il était raisonnable de la part du président de la République de fixer une date, de fixer un terme, est-ce qu'il n'est pas tombé lui-même, dans le propre piège de sa promesse ?

Michel SAPIN
Nous sommes dans un monde où vous considérez toujours les politiques comme des gens incapables. Et moi, je considère que les politiques, la politique, ça peut avoir un effet sur la réalité, à partir du moment où on est mobilisé, à partir du moment où on a des objectifs. Ce n'est pas des promesses, où on a une volonté. Il faut l'affirmation de cette volonté, l'affirmation de cette volonté, c'est le rôle du président de la République et heureusement qu'il était là pour nous dire en 2013, il faut inverser la courbe du chômage. Sinon, il n'y aurait pas eu la mobilisation que vous ne voyez pas, mais moi, je vois sur le terrain, je vois les gens de pôle emploi, je vois les gens dans les missions locales, ceux qui s'occupent des jeunes. Je vois tous les acteurs de l'emploi, sur le territoire français. C'est une mobilisation considérable, je vois aussi des entreprises, qui elles, pour certaines d'entre elles, font des efforts, décident dès maintenant d'embaucher un jeune plutôt que d'attendre encore quelques mois. C'est ces efforts-là qui sont en train de payer.

Alexandre KARA
J'entends bien, Michel SAPIN.

Michel SAPIN
Donc on peut être dans tous les scepticismes qu'on voudra…

Alexandre KARA
J'entends bien, Michel SAPIN. Mais ce n'est pas une question de scepticisme…

Michel SAPIN
Ça ne change rien, au fait que le général en chef, il est là, pour mobiliser ses troupes et c'est ce qu'il a fait !

Alexandre KARA
Mais vous ne pouvez pas admettre que vous avez perdu une bataille. Ca ne veut pas dire pour autant, que vous avez perdu la guerre ?

Michel SAPIN
Mais on n'est pas dans une guerre, ou dans une bataille, on n'est pas un truc au jour le jour. On est en train de faire reculer, ça se voit quand on regarde les chiffres. Tous les gens qui connaissent le sujet, qui ont de la mémoire, qui ont de la perspective, qui ont de la profondeur, qui savent regarder dans le temps, qui ont regardé ce qui s'était passé, dans les autres moments où il y a eu des retournements de cette nature. Où il y a eu des inversions de courbe, quand on regarde les moments par le passé, où il y a eu des inversions de courbe, ça a toujours été des batailles comme ça, avec un mois qui augmentait, un mois qui baissait, même qui baissait un peu plus que celui qui augmentait après, c'est ce qui est en train de se passer aujourd'hui. Donc l'inversion de la courbe, elle est là. Le chômage il est en train de baisser, trop modestement, il faut l'amplifier, il faut le mettre dans la durée, c'est ce que nous faisons, c'est ce qui nous rend faible.

Alexandre KARA
Ce n'est pas le chômage qui baisse, Michel SAPIN. C'est la hausse du chômage qui baisse aujourd'hui.

Michel SAPIN
Non, non, non, arrêtez avec vos hausses du chômage, je ne sais pas ce que ça veut dire, ça c'est du SARKOZY. Bien ! Moi, je ne suis pas SARKOZY, je constate simplement…

Alexandre KARA
C'est exactement la manière dont Nicolas SARKOZY se défendait.

Michel SAPIN
Je constate simplement que pour les mois d'octobre et de novembre, le chômage a baissé en France.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 janvier 2014

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