Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique, à "France 2" le 26 décembre 2013, sur les débats autour de la 4G pour la téléphonie mobile et sur les créations d'emploi générées par l'économie numérique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique, à "France 2" le 26 décembre 2013, sur les débats autour de la 4G pour la téléphonie mobile et sur les créations d'emploi générées par l'économie numérique.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique;

ti : Thierry BECCARO
Il est 07h51, voici « Les 4 vérités ». Jeff WITTENBERG reçoit aujourd'hui Fleur PELLERIN, ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Economie numérique. Bonjour.

Jeff WITTENBERG
Bonjour à tous, bonjour à vous, Fleur PELLERIN.

Fleur PELLERIN
Bonjour.

Jeff WITTENBERG
Et parmi vos nombreux sujets ministériels, il y a la téléphonie mobile. Alors, aux pieds des sapins, hier, on a du trouver beaucoup de téléphones portables, avec l'incontournable abonnement 4G qui fait autorité désormais. Les opérateurs se sont livrés à une guerre des tarifs et des déclarations, depuis quelques semaines. Que peut faire l'Etat, face à une situation qui devrait plutôt bénéficier aux consommateurs ?

Fleur PELLERIN
Eh bien l'Etat, déjà, a fait pas mal de choses, puisque c'est notamment grâce aux décisions qui ont été prises récemment, à la fois par l'Autorité de régulation du secteur des télécoms, et par le gouvernement, d'attribuer justement ces licences 4G, que les consommateurs peuvent aujourd'hui bénéficier de cette technologie qui, effectivement, je ne sais pas si vous avez pu la tester, apporte un meilleur service. Donc, nous avons déjà fait ça, maintenant c'est vrai que les opérateurs se sont livrés à une surenchère, à des déclarations, une guerre des prix, mais moi, ce qui m'inquiète un petit peu dans cette situation, c'est que j'ai peur que le consommateur, finalement, n'y comprenne plus rien, ne sache plus comment acheter et comment trouver le bon forfait.

Jeff WITTENBERG
Madame PELLERIN, quand l'opérateur FREE, pour ne pas le citer, affiche des prix spectaculairement plus bas que la concurrence, pourquoi n'en aurait-il pas le droit ?

Fleur PELLERIN
Il en a absolument le droit, mais...

Jeff WITTENBERG
Qu'est-ce qui vous gêne ? Qu'est-ce qui vous gêne, en l'occurrence ?

Fleur PELLERIN
Alors, moi je n'ai pas du tout de problème avec FREE, j'ai fait les mêmes remarques sur la transparence et la loyauté de l'information fournie aux consommateurs, au moment où SFR et ORANGE ont lancé il y a quelques mois leurs premières offres 4G. Ce qui est important, c'est de, aujourd'hui, de mettre en face d'un prix, un réseau, une couverture, une qualité de service, et c'est ça qu'il faut expliquer aux gens. Il y a des prix à 2 €...

Jeff WITTENBERG
Vous dites qu'il y a de la tromperie face aux consommateurs...

Fleur PELLERIN
Il n'y a pas de tromperie, mais il faut bien expliquer ce que l'on achète pour 2 €, 10 €, ,20 €, 40 €, etc. Parce que, aujourd'hui, un forfait, c'est une quantité de données par mois, que vous pouvez regarder sur votre téléphone, c'est une qualité de réseau. Si vous êtes dans une ville qui n'est pas bien couverte par votre opérateur, ça n'a pas tellement de sens de payer pour un service que vous ne pourrez pas utiliser. Voilà ce genre d'informations.

Jeff WITTENBERG
Néanmoins, quatre grands opérateurs téléphoniques, est-ce que ce n'est pas trop, pour un marché comme la France, tout simplement, qui n'est pas extensible à l'infini ?

Fleur PELLERIN
Je pense que dire trop ou pas assez, ça n'a pas beaucoup de sens en soi, ça dépend...

Jeff WITTENBERG
Il y a des restructurations, néanmoins, dans certaines entreprises.

Fleur PELLERIN
... ça dépend des marchés. C'est vrai qu'aux Etats-Unis, par exemple, on voit bien qu'il y a deux opérateurs qui sont en train d'essayer de fusionner, pour revenir à un marché à trois, mais dans l'absolu, ça ne veut rien dire. Il faut trois, il faut quatre, pourquoi pas cinq, pourquoi pas deux...

Jeff WITTENBERG
Oui, mais c'est de l'emploi qui peut être perdu chez certains opérateurs, qui font des restructurations.

Fleur PELLERIN
C'est de l'emploi qui pourrait être perdu s'il y avait aujourd'hui une concentration du secteur qui ne soit pas bien maitrisée. Moi, je n'ai pas d'avis sur la question, je suis arrivée alors que le marché était à quatre, donc j'essaie de faire fonctionner ce marché à quatre, avec Arnaud MONTEBOURG c'est ce que nous faisons depuis 18 mois. S'il y a des projets, ensuite, industriels, qui font sens et qui n'ont pas un impact sur l'emploi, négatifs, l'Autorité de la concurrence regardera et le gouvernement prendra des positions, mais encore une fois, aujourd'hui, on n'en est pas là du tout.

Jeff WITTENBERG
On va beaucoup parler d'emploi aujourd'hui, puisque sont attendus les chiffres du chômage. L'un des secteurs les plus « prometteurs », c'est celui de la haute technologie. Vous allez vous rendre dans quelques jours à Las Vegas, je crois, pour le Consumer électronic show, le CES, c'est un peu le salon mondial du high-tech. Où en est la France, aujourd'hui, dans ce domaine ?

Fleur PELLERIN
Je crois que la France a vraiment tous les atouts pour être une grande nation du numérique, et donc moi, mon travail aussi, en tant que ministre chargée de l'Economie numérique, c'est de faire en sorte que les entreprises françaises, qui sont extrêmement créatives, extrêmement dynamiques, puissent trouver en France le bon environnement, financier, règlementaire, pour assurer leur croissance, et pour que l'on ait aussi des champions mondiaux, parce que c'est vrai que l'Europe, aujourd'hui, est un peu faible dans la matière, par rapport aux Etats-Unis, donc, moi, mon objectif, c'est de faire que de belles entreprises françaises puissent devenir des entreprises mondiales.

Jeff WITTENBERG
Ça c'est l'objectif, mais quels sont les domaines, on parle de hautes technologies, on a toujours eu des sujets un petit peu, qui paraissent utopiques, la téléphonie intuitive, l'impression en 3D, j'en cite quelques-uns, quelle est l'application concrète, quel est le débouché concret, en termes d'emplois pérennes ? On ne le saisit pas toujours.

Fleur PELLERIN
Aujourd'hui, on estime qu'il y a à peu près un peu plus d'un million d'emplois dans le coeur de l'économie numérique, c'est-à-dire tout le logiciel, etc., mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de perspectives d'emploi, aux Etats-Unis, par exemple, plus de 2/3 des nouveaux emplois sont créés par les start-up, en France, 80 % des emplois sont créés par les PME, alors pas seulement de haute technologie, mais on voit bien que ce sont des emplois de demain qui sont créés dans ces entreprises qui sont aussi sur les marchés de demain, donc moi je pense qu'il y a vraiment un réservoir de croissance dans ce secteur, et d'ailleurs l'association qui rassemble tout le capital risque, vient de publier des statistiques la semaine dernière, pour expliquer que dans les entreprises dans lesquelles ils ont investi, 80 000 emplois ont été créés l'année dernière, c'est beaucoup, c'est beaucoup.

Jeff WITTENBERG
Il faut quand même beaucoup de start-up, pour compenser la fermeture d'une usine, et les plans sociaux tels qu'on en a vus aussi nombreux cette année 2013.

Fleur PELLERIN
Oui, mais ce sont des entreprises qui ont eu des taux de croissance parfois extrêmement rapides, qui peuvent passer de, en 5 ans, de 0 à 800, 900 salariés, comme ça a été le cas d'une belle entreprise qui s'appelle CRITEO, qui vient d'être cotée en Bourse, au Nasdaq aux Etats-Unis. Voilà, ce sont des success-story, qui sont extrêmement rapides, parce que les cycles d'innovation, dans l'économie numérique, sont très rapides.

Jeff WITTENBERG
On le disait, les chiffres de l'emploi vont être connus aujourd'hui, s'ils confirment l'embellie du mois d'octobre, telle qu'on avait pu la voir fin novembre, là on aura les chiffres de novembre, on va sans doute dire que c'est le résultat des emplois aidés et que ça ne reflète pas l'économie réelle. Est-ce que ce n'est pas une réalité, puisqu'on sait que beaucoup d'emplois d'avenir, notamment, indiquent, font en sorte que ce chômage diminue aujourd'hui en France ?

Fleur PELLERIN
Vous savez, les emplois aidés, c'est l'économie réelle. Je pense que, prenez un jeune qui était au chômage, et c'est le cas de 25 % des jeunes, et c'est pire encore pour ceux qui ne sont pas diplômés, qui aujourd'hui a un emploi, mais pas seulement un emploi, une formation, qui va assure son employabilité future, c'est-à-dire sa capacité après l'emploi aidé, l'emploi d'avenir, à trouver un autre emploi dans le secteur marchand cette fois, c'est quelques chose qui est très important, c'est de l'économie réelle. Donc, les gens qui critiquent les emplois aidés, c'est totalement absurde.

Jeff WITTENBERG
Mais, est-ce que la croissance est là ? L'INSEE a dit qu'elle était poussive...

Fleur PELLERIN
Alors, vous avez raison. Vous avez raison...

Jeff WITTENBERG
... et c'est celle-là qui va vraiment créer des emplois.

Fleur PELLERIN
Ces dispositifs sont très importants, parce qu'il est très important, enfin, aujourd'hui on ne peut pas se satisfaire d'un taux de chômage des jeunes de plus de 25 %. Et le signal positif depuis quelques mois, c'est que ce taux... le taux de chômage des 18/25 ans, diminue depuis 3 ou 4 mois, de manière continue, donc ça c'est un signe qui est extrêmement encourageant. Et si ce sont... enfin, si des emplois aidés en sont responsables, c'est une bonne chose, parce qu'encore une fois, ça donne une formation aux jeunes.

Jeff WITTENBERG
Vous vous attendez un chiffre en baisse, aujourd'hui ?

Fleur PELLERIN
C'est ce que prédit l'INSEE, moi je n'ai pas de boule de cristal. Je pense qu'il y a un certain nombre de dispositifs que nous avons mis en place, que ce soit sur le front de l'emploi, avec ces emplois aidés, on a parlé d'emplois jeunes, mais il y a d'autres contrats aidés, où d'autres mesures que nous mettons en place pour relancer aussi notre économie, redresser notre économie, qui commencent à porter leurs fruits. Mais, après, c'est vrai qu'il faut regarder ça dans la longueur. Période, deux mois de suite, ce n'est pas suffisant pour faire une tendance.

Jeff WITTENBERG
En tout cas, François HOLLANDE a engagé sa crédibilité, il a annoncé tout au long de l'année que l'inversion de la courbe du chômage aurait lieu fin 2013, si elle n'a pas lieu, est-ce que sa crédibilité n'est pas en jeu, et deuxième question, est-ce que Jean-Marc AYRAULT peut rester à Matignon, dans ces conditions ?

Fleur PELLERIN
Non, je crois que la crédibilité c'est la continuité de l'action qui est menée, c'est d'être constant, à la fois dans la priorité exprimée, qui est la jeunesse et qui est l'emploi, c'est vrai, et la croissance.

Jeff WITTENBERG
Jean-Marc AYRAULT, il faut qu'il reste Premier ministre ?

Fleur PELLERIN
Mais bien sûr, enfin, ça n'a pas de lien. Je crois que ce qui est important, c'est d'être constant dans les efforts que nous menons, et je crois que ce gouvernement l'est depuis 18 mois.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 janvier 2014

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