Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à RMC le 3 janvier 2014, sur la politique de la famille, notamment le divorce par consentement mutuel et les prestations familiales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à RMC le 3 janvier 2014, sur la politique de la famille, notamment le divorce par consentement mutuel et les prestations familiales.

Personnalité, fonction : BERTINOTTI Dominique, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la famille;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin Dominique BERTINOTTI, ministre déléguée à la Famille, bonjour.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous ce matin. Je vais commencer par le divorce par consentement mutuel. Christiane TAUBIRA a commandé un rapport, ce rapport sera rendu dans quelques jours, des décisions seront prises rapidement. Ce rapport – on en avait déjà parlé sur RMC – préconise, préconise lorsqu'il y a divorce par consentement mutuel de ne plus passer devant un juge mais de passer devant directement un simple greffier. C'est une bonne idée ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
En tout cas ce qui est une bonne idée, c'est la simplification, je pense que cette période du divorce est en général une période plutôt quand même conflictuelle, il n'est pas forcément utile d'ajouter du conflit au conflit. Et la durée des procédures quelques fois justement, au lieu d'être dans l'apaisement, sont dans la complexité. Donc là où il y aura des hommes et des femmes qui sont absolument d'accord, pourquoi ne pas simplifier les procédures ? Les choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi éviter de passer devant un juge ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Pourquoi éviter de passer devant un juge ? Parce que je vais vous dire comment ça se déroule aujourd'hui. En fait, quelle que soit votre situation et quel que soit l'état de conflit, vous passez au mieux 18 minutes devant le juge. Est-ce que ces 18 minutes sont 18 minutes qui peuvent régler plusieurs années de vie commune, le sort des enfants. Alors vous savez, c'est pour ça que nous sommes en train – parallèlement à cette solution-là – de travailler en particulier sur le recours à la médiation pour tous les couples qui divorcent et pour lesquels, là il y a source de très grands conflits pour faire en sorte que les enfants ne soient pas des otages de conflits d'adultes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que si j'ai bien compris, quand il y a consentement mutuel…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Simplifier, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Simplifier, on va devant un greffier…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est la solution qui va être retenue, si j'ai bien compris.

DOMINIQUE BERTINOTTI
En tout cas, c'est une des solutions qui est proposée par le rapport.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle a vos faveurs…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais je pense que pour ce qui est de l'ordre de la simplification, oui puisque nous, nous travaillons parallèlement – y compris dans les situations conflictuelles – pour mettre de la médiation. Et justement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, ça permettrait de mettre plus de médiation lorsqu'il y a conflit ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Absolument, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si je comprends bien.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc d'un côté on va plus vite, on désengorge la justice…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Pour ceux qui sont en accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour ceux qui sont d'accord, et pour ceux qui ne sont pas d'accord on met en place une véritable médiation ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui exercerait cette médiation ? Le juge ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, la médiation est exercée soit par des médiateurs professionnels…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça existe déjà.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ça existe déjà, et on est en train de voir et d'étudier dans le cadre de la future loi « Famille » si éventuellement même des avocats peuvent aussi assumer des tâches de médiation. L'idée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que des avocats, au lieu d'aller devant un juge sans vraiment grande raison, serait plutôt habilité à s'occuper d'une médiation.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais pourquoi ? Parce que précisément, là aussi ça désengorgerait le travail des juges aux affaires familiales. Et on sait qu'en plus, tout ce qui est acquis par la médiation est beaucoup plus durable. Parce que qu'est-ce qui se passe dans une situation conflictuelle ? Vous allez devant le juge, le juge tranche, arbitre, en général l'un des deux n'est pas satisfait, ça veut dire que 6 mois après tout le monde revient devant le juge. Alors que la médiation, c'est vraiment l'idée de trouver le meilleur contrat possible, en particulier lorsqu'il y a des enfants. Et lorsqu'il y a justement ce contrat qui est trouvé grâce à la médiation, on s'aperçoit que c'est beaucoup plus durable, et donc on ne vient pas encombrer à nouveau la justice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce sera dans la loi « Famille ».

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, la loi médiation sera dans la loi « Famille », absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dominique BERTINOTTI, dernière question sur le sujet et puis on va passer à autre chose, est-ce que faciliter le divorce ne dévalorise pas le mariage ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Il ne s'agit pas de faciliter le divorce. Le divorce, ce qu'il faut bien voir dans nos histoires de famille aujourd'hui, c'est que… on peut en penser ce que l'on veut, un couple sur deux se sépare…

JEAN-JACQUES BOURDIN
130.000 divorces par an, 215.000 mariages, 204.000 pacs.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, voilà, et on constate qu'on va vers cette séparation. Est-ce que le fait de complexifier, de rendre difficile, de rajouter (je le répète) du conflit au conflit va améliorer les relations entre les deux protagonistes ? Certainement pas. Donc je crois que de toute façon quand on se marie – et comme ancien maire d'arrondissement moi j'ai officié – on lit les articles du Code civil, il y a des droits et des devoirs ; et quand on se sépare on garde des droits et des devoirs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Vous êtes ministre déléguée à la Famille, parlons du pacte de responsabilité rapidement. Baisse… vous avez écouté comme moi le président de la République mardi soir, baisse des charges patronales payées par les entreprises, simplifications administratives, en contrepartie embauches et dialogue social. Baisse des charges de l'ordre de 25 à 30 milliards d'euros, c'est ce que tout le monde…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Vous êtes bien informé, moi je ne sais pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas ça, non ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ça fait partie… non mais le Haut conseil au financement de la protection sociale vient d'être saisi, précisément pour réfléchir sur ce que pourrait être la baisse des cotisations patronales à destination du financement de la branche famille, c'est ça la vraie question. Donc c'est quelles doivent être les sources de financement de la branche famille, ça n'aura pas d'incidence sur le niveau des prestations familiales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement…

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'est deux choses différentes. Donc qui doit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura aucune incidence sur le niveau… les prestations…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Pourquoi voudriez-vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Familiales ne baisseront pas ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Les prestations familiales ne baisseront pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors qui va payer ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Alors c'est effectivement une interrogation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est une bonne question.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Et c'est une très bonne question, le Haut conseil au financement va remettre son rapport au mois de mai, et proposera des scénarios y compris sur jusqu'où peut-on éventuellement baisser les cotisations patronales, et est-ce que le coût du travail doit supporter une part du financement de la branche famille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il faudra bien que quelqu'un finance !

DOMINIQUE BERTINOTTI
Absolument, mais ça sera… vous savez c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui… on peut augmenter la CSG, on peut quoi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisque vous dites « on ne baisse pas les prestations »…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Aujourd'hui toutes les pistes sont étudiées par le Haut conseil au financement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut supprimer le quotient familiale, je sais qu'il y a débat, vous êtes favorable à la suppression du quotient familial ou pas ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Il y a… moi je ne peux pas répondre à cela, pourquoi, je vais vous dire. Parce qu'aujourd'hui, il faut raisonner globalement, la branche famille appartient à l'ensemble de la Sécurité sociale. Nous avons un devoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est en déficit d'ailleurs de 2.600.000.000.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Exactement, donc il faut trouver un équilibre entre les différentes branches de la Sécurité sociale. Donc nous regardons sur les sources de financement de la branche famille, mais je le répète, le niveau de financement de la branche famille ne sera pas touché. C'est un investissement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais où est-ce qu'on peur trouver…

DOMINIQUE BERTINOTTI
A l'égard de la jeunesse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vous pose la question…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Et qui est un investissement fort du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Dominique BERTINOTTI, où peut-on trouver l'argent qui va compenser la baisse des charges payées par les entreprises ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Eh bien ! On verra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, je ne vous demande ce qui va être décidé, mais où, donnez-moi quelques pistes.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais c'est… vous avez la CSG, la TVA, d'autres branches, un redéploiement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut augmenter la TVA encore.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, un redéploiement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut augmenter la CSG.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je ne privilégie aucune…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut supprimer le quotient familial…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Aucune piste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut moduler les Allocations familiales en fonction des revenus ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ça non, je vais vous dire pourquoi, parce que précisément il y a une réforme de la politique familiale qui a eu lieu en juin 2013, et dans laquelle le principe de l'universalité des Allocations familiales a été réaffirmé haut et fort…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne toucherez pas aux Allocations familiales.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ensuite, nous avons effectivement touché au plafond du quotient familial, qui a touché…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout à fait, vous l'avez baissé.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, on l'a baissé, qui a touché 12 % des familles les plus aisées, ce qui veut dire que 88 % des familles n'ont pas été concernées. Et en même temps, c'est ce qui a permis d'aider et d'augmenter des prestations en direction des familles qui en ont le plus besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le quotient familial…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Les familles monoparentales ou les familles nombreuses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pardon mais le quotient familial bénéficie d'abord aux familles les plus aisées.

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'est exact.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous supprimez le quotient familial…

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'est exact.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous gagnez 15 milliards d'euros…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais je ne vous ai jamais parlé de suppression du quotient familial ; et d'autre part nous sommes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je fais le calcul.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Nous sommes dans une volonté d'avoir une politique familiale (je veux dire) redistributive, c'est-à-dire qui permette à chaque famille quel que soit son niveau de ressource de pouvoir éduquer son enfant dans des conditions satisfaisantes. Après, il peut y avoir des différences mais il y a… un enfant quel qu'il soit, il a besoin de se nourrir, de se vêtir, d'aller à l'école, d'avoir des loisirs, des vacances. C'est ces besoins élémentaires qui sont à assurer et je le dis avec beaucoup de fermeté, pourquoi ? Parce que nous avons en France un taux d'enfants pauvres qui est bien trop élevé et qui n'est pas supportable dans un pays comme la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dominique BERTINOTTI, puisqu'on parle d'enfants, parlons des crèches. 100.000 places promises en juin dernier, je me souviens, vous en êtes où ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
275.000 places.

JEAN-JACQUES BOURDIN
275.000 mais 100.000 places…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Solutions d'accueil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Solutions d'accueil.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, des 0-3 ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 100.000 en crèche.

DOMINIQUE BERTINOTTI
100.000 en crèches collectives, 100.000 auprès des assistantes maternelles et 75.000 pour la préscolarisation des 2-3 ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est-ce que vous en êtes ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Alors nous sommes en train… vous avez entendu le président lors de ses voeux qui dit « dépenser mieux », eh bien ! Pour dépenser mieux, nous avons mis en place des schémas territoriaux où nous mettons au niveau du département tous les acteurs qui travaillent dans la petite enfance autour d'une même table, autour du préfet, avec vocation de définir les objectifs. Vous avez des départements qui sont aujourd'hui à 20 % de taux d'accueil des 0-3 ans, quand d'autres sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
28 % en Seine-Saint-Denis, 75 % en Bretagne.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, et certains même dépassent les 80 %. Vous vous rendez bien compte que c'est très inégalitaire pour des familles. On demande à des familles de changer d'emploi, et donc quelques fois changent de département, et en même temps nous ne sommes pas dans la capacité à leur offrir la même qualité de service public.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors qu'allez-vous faire ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Donc nous avons investi financièrement de façon tout à fait conséquente, et nous allons demander à chaque département de se fixer des objectifs très clairs. Par exemple la Seine-Saint-Denis, il faudrait qu'elle atteigne dans les 5 ans (je pense) doublement de ce nombre de places en crèche, et nous mettrons les moyens financiers qui iront avec.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 15 départements seront prioritaires ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
15 départements sont expérimentaux, c'est-à-dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sont expérimentaux.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, et ensuite ça sera généralisé à l'ensemble des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A partir de quand ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, tout de suite ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La PMA, est-ce qu'elle est abandonnée, est-ce qu'elle sera dans la loi « Famille » ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, elle ne sera pas dans la loi « Famille », je le dis très clairement. Nous avons… d'abord parce que le président de la République a saisi – si l'on se souvient de ses propos – le Comité consultatif national d'éthique, que celui-ci n'a pas encore rendu son avis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il retarde sa décision d'ailleurs, son avis.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Et qu'il s'exprimera sur la PMA mais aussi sur d'autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
mi-2014 dit-on.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, et que tout ce qui concerne l'adoption, la médiation, le statut du beau-parent ne peut pas attendre et se soumettre au calendrier du Comité consultatif national d'éthique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors oui parce que dans cette loi « Famille », on a parlé de la médiation tout à l'heure, il y aura aussi l'instauration d'un statut de beau-parent…

DOMINIQUE BERTINOTTI
La médiation, si vous me permettez, c'est ce qui permettra aussi aux pères qui revendiquent beaucoup plus la garde alternée de trouver justement peut-être un moyen d'avoir une meilleure entente sur le mode…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle doit être systématisée ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, je suis contre la systématisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De la garde alternée.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Parce que le vrai problème, c'est que les parents s'entendent, la garde alternée c'est des conditions très contraintes, il faut habiter à proximité, il faut avoir les mêmes capacités d'hébergement, il faut tenir compte de l'âge des enfants, donc ce n'est pas cela la vraie solution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Instaurer un statut du beau-parent, enfin bon ! On a déjà parlé de ces sujets…

DOMINIQUE BERTINOTTI
En fait, c'est une loi qui est centrée sur l'enfant, l'enfant est confronté aujourd'hui à une diversité des modèles familiaux. C'est comment, quel que soit le modèle familial dans lequel il est amené à vivre – et quelques fois il vit dans deux modèles familiaux, successivement différents – nous lui assurons de nouvelles sécurités, de nouvelles protections juridiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'on parle des mères, les mères voilées qui accompagnent leurs enfants lors de sorties scolaires, moi je me mets à la place d'une mère qui a l'habitude de vivre voilée, je ne parle pas de voile intégral, je parle de voile simple, et qui veut accompagner son enfant en sortie scolaire, on lui dit non. Est-ce juste sincèrement ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je vais vous dire deux choses, moi je suis très attachée à la laïcité, je pense que c'est une force de la cohésion sociale de la France. Et j'estime qu'effectivement, l'école est alors pour le coup le lieu de la grande neutralité laïque. Dans les crèches aussi, je le dis, dans les crèches qui sont des crèches publiques, des crèches associatives financées par de l'argent public, il est important que la neutralité soit respectée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les crèches, mais je vous parle des sorties scolaires.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, dans les sorties scolaires, Vincent PEILLON s'est exprimé, il y a le maintien de la circulaire Luc Chatel. Moi je vais dire très clairement, je pense qu'il faut que le dialogue prévale, il ne faut pas confondre ce qui est de l'ordre de la mission de service public…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on n'interdit pas systématiquement ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je pense que le dialogue doit prévaloir, doit prévaloir. De toute façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on doit – s'il y a dialogue – permettre à une femme voilée d'accompagner son enfant lors d'une sortie scolaire ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je pense qu'il faut arriver peut-être à la convaincre que le voile n'est pas forcément un facteur d'émancipation, je le dis aussi très clairement, c'est peut-être la femme que je suis qui dit très clairement qu'à un moment donné il faut que les femmes aient quand même une liberté de pouvoir être libres dans leur corps. Mais je tiens aussi à ce que la notion de dialogue puisse prévaloir, parce que les mères qui accompagnent n'ont pas une vocation d'éducation, de formation. Que la dialogue se fasse, je pense qu'il se fait aujourd'hui entre les enseignants et les mères qui souhaitent accompagner les enfants lors de sorties.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une question sur le cannabis à usage thérapeutique, est-ce que vous êtes favorable à une légalisation à usage thérapeutique, parce que je sais que…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Il y a un médicament qui utilise effectivement les vertus du cannabis, en tant que médicament ça ne pose pas de problème puisque c'est la délivrance avec une ordonnance, ce n'est pas la même chose qu'ensuite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sinon on ne va pas plus loin ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
La position du gouvernement n'a pas changé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'a pas changé. Et Ségolène ROYAL qui doit retrouver une place importante, vous êtes très proches…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De Ségolène ROYAL Dominique BERTINOTTI, je le sais, mais comment, mais quelle place, faire revenir Ségolène ROYAL au gouvernement ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
D'abord ce n'est pas de ma compétence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord mais vous le souhaiteriez ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais je pense… moi ce que je souhaite très clairement, c'est que la voie politique de Ségolène ROYAL puisse être à nouveau entendue, parce que je crois que la gauche a besoin absolument pour réussir de tous les talents. Et Ségolène ROYAL est un de ces talents, avec une spécificité politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi n'est-elle pas ministre alors ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais parce que le gouvernement a été constitué en juin 2012.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc lors du prochain remaniement, vous souhaitez qu'elle entre au gouvernement ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je souhaite qu'elle joue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Disons clairement les choses.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Un rôle politique important, elle contribuera au succès de la gauche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dominique BERTINOTTI, je voudrais venir sur un terrain personnel, vous avez appris à tout le monde que vous aviez souffert d'un cancer qui s'est déclaré en mars 2013, enfin…

DOMINIQUE BERTINOTTI
En février, en février.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En février 2013. Vous êtes allée voir le président de la République je crois, vous lui avez dit : voilà ma situation. Que vous a-t-il dit ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je lui ai dit… je lui ai présenté ma situation et je lui ai dit que je n'avais pas l'intention d'en parler. Et il m'a simplement répondu avec beaucoup (je dirai) d'humilité et de pudeur : c'est ton choix et je le respecte. Et j'ai été très sensible à ses propos effectivement de respect dans une situation qui n'était pas forcément au départ facile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, facile. Ça a duré plusieurs mois avec les traitements… enfin je ne vais pas entrer dans les détails. Un jour… vous avez continué à travailler, et puis un jour vous avez décidé d'en parler, pourquoi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, d'abord parce que c'était une affaire qui était à mettre au passé et donc… et que je me suis rendue compte au travers de la fréquentation à l'hôpital d'autres patientes, d'autres malades que le cancer véhiculait encore beaucoup d'angoisse, beaucoup d'idées mortifères et que la société avait un… il fallait faire changer le regard de la société sur cette maladie. Vous avez par exemple des jeunes femmes – mais aussi des jeunes hommes – qui sont touchés par d'autres types de cancer qui vont être guéris et qui vont malheureusement et contre leur gré traiter l'étiquette de cancéreux toute leur vie, pourquoi ? Parce que quand ils vont vouloir acheter un appartement, la banque va leur rappeler, que dans les milieux professionnels ça n'est pas simple que de dire que l'on a un cancer sans que plein d'images très noires, très sombres, comme si on devenait brusquement handicapés de quelque chose… donc il y avait nécessité je pense de dire très clairement « les cancers ça se soigne, que l'on peut éventuellement – si on a une constitution pour cela et si on le souhaite – pouvoir continuer à travailler », et dire à une société : mais écoutez, on va vivre de plus en plus vieux, tous ne vont pas arriver sans être malades, et pourtant il faut que l'on continue à vivre et à avoir un véritable avenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, là je comprends…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Donc c'est pour tous ceux qui guérissent du cancer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce message-là que vous avez voulu transmettre ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Aient un véritable avenir et changer nos mentalités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais Dominique BERTINOTTI, certains disent : Dominique BERTINOTTI, elle a eu la possibilité de pouvoir continuer à travailler, elle donne parfois un exemple qui n'est pas un exemple que tout le monde…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je ne postule à aucune valeur d'exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je dis il y a des femmes… il y a des femmes qui sont dans l'impossibilité…

DOMINIQUE BERTINOTTI
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez lu les remarques qui ont été faites.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, absolument. Mais tant mieux parce que cela veut dire qu'il y a eu un vrai débat. Moi ce que j'ai constaté dans tous les témoignages que j'ai eus, d'une part il n'y a aucune critique de notre système de santé, ce qui veut dire que notre système de santé est de qualité et que l'on soigne très bien quiconque, quel que soit son niveau social. Après il y a tout ce qui est l'autour de la maladie et qui est déterminant, y compris dans la thérapie, y compris dans le soin. Et c'est là où les inégalités ressurgissent, face au travail, face aux transports, face aux possibilités d'être aidé. Prenez le cas d'une femme… on a de plus en plus de familles monoparentales, donc ce sont des femmes avec enfants, elles tombent malades, il faut pouvoir continuer à élever ses enfants, il faut concevoir des systèmes d'aide temporaires… d'aide familiale temporaires pour ces femmes. Est-ce qu'on le fait aujourd'hui ? Très peu, pas suffisamment. Est-ce que les chefs d'entreprise ont… moi je plaide en tant que ministre de la Famille pour une meilleure conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle. Eh bien ! De temps en temps, un salarié c'est aussi un salarié malade. Faut-il l'exclure, le mettre en retrait ? Quand je lis certains témoignages où l'on entend que certains – pour se faire soigner – ont joué sur leurs RTT pour ne pas avoir à dire, dans quelle société vit-on. Donc à un moment donné, il faut que le monde du travail, le monde de la finance comprennent que ce qui fait aussi avancer une société, c'est quand on met l'humain au coeur des dispositifs, de temps en temps un salarié il est parent, de temps en temps un salarié il est malade, ça ne change rien en rien ses compétences, sa valeur. C'est ça qui fera qu'on regagnera aussi de la confiance qui est indispensable pour notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Dominique BERTINOTTI, ministre déléguée à la Famille.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 janvier 2014

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