Déclaration conjointe de MM. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, et Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur les relations franco-japonaises, à Paris le 9 janvier 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration conjointe de MM. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, et Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur les relations franco-japonaises, à Paris le 9 janvier 2014.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent, LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères; FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Point de presse conjoint avec leurs homologues japonais, à Paris le 9 janvier 2014

ti : M. Laurent Fabius - Mesdames et Messieurs,

Je suis évidemment très heureux de revoir M. Fumio Kishida que j'ai déjà eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois. Nous avons eu ce matin, d'abord séparément puis ensemble, des entretiens denses dans le cadre de cette novation puisque c'est ce que l'on appelle le 2+2.

Pourquoi ce 2+2 ?

C'est une décision qui a été prise à la fois par le président français et par le Premier ministre Abe, lors de la visite d'État du président français très réussie accomplie l'an dernier. Il y aura donc chaque année, au moins une réunion commune des ministres des affaires étrangères et des ministres de la défense du Japon et de la France. C'est un événement tout à fait exceptionnel puisque le Japon ne le pratique ainsi qu'avec très peu de pays et la France, jusqu'à présent ne l'a pratiqué qu'avec la Russie. C'est dire que cette initiative, cette nouvelle enceinte de dialogue correspond à une nouvelle étape de renforcement des relations franco-japonaises.

Aujourd'hui, nos entretiens sont aussi l'occasion de préparer la visite en France du Premier ministre Abe qui a été invité par le premier ministre français et qui devrait venir en France aux environs du mois de mai prochain mais je précise que la date n'est pas encore fixée. Cette visite sera l'occasion, j'en suis certain, d'avancées concrètes dans toute une série de domaines, en matière économique, en matière universitaire, dans les échanges de jeunes et dans le secteur du sport puisque Tokyo va accueillir les Jeux olympiques en 2020. Il y a également les domaines de la défense, de l'innovation, de l'énergie nucléaire et beaucoup d'autres où nous commençons ou même nous travaillons ensemble depuis longtemps et où la visite du premier ministre Abé devrait apporter un nouvel élan.

Je disais donc qu'il s'agit de la première rencontre en format 2+2 que nous tenons au niveau ministériel, conformément à ce qui avait été décidé en juin 2013. Le Japon est un partenaire tout à fait essentiel de la France, non seulement en Asie mais dans le monde entier. C'est pour nous un partenaire de confiance, une confiance qui est fondée sur un engagement de longue durée et un attachement commun à un monde qui privilégie les valeurs de liberté, de démocratie, de droit de la personne humaine, de respect de l'État de droit et de la paix.

Notre dialogue politique et de sécurité est global. Il a porté et il porte sur l'Asie, sur l'Afrique, sur le Moyen-Orient et sur le Pacifique. Et c'est dans cet esprit que nous soutenons ce qui est l'action internationale du Japon qui est très présent en faveur de la paix, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Nous apprécions en particulier - nous en avons beaucoup parlé ce matin - l'engagement du Japon en faveur de la stabilité et de la paix en Afrique ainsi que du développement puisque vous savez que c'est un continent où nous souhaitons travailler de plus en plus ensemble.

Les entretiens de ce matin ont été l'occasion d'approfondir des pistes concrètes de développement de nos relations bilatérales, d'évoquer les principales crises internationales et les questions auxquelles nous sommes confrontées y compris les questions de changement climatique.

Un communiqué conjoint sera publié à l'issue de notre rencontre, il résumera les axes principaux de travail que nous nous sommes fixés. Nous souhaitons notamment mettre en oeuvre des actions concrètes dans le domaine de la lutte contre la piraterie, dans celui du renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Nous souhaitons mettre en place une coopération en matière d'équipement de défense de nature à renforcer les bases technologiques et industrielles de défense de nos deux pays.

Nous sommes convenus de tenir une deuxième session de ce dialogue l'an prochain au Japon, ce qui nous permettra d'avancer encore plus dans une coopération de sécurité et de défense ambitieuse, en articulation avec les autres volets de notre coopération bilatérale, dans le cadre d'un partenariat large. Mais d'ici là, beaucoup de travaux concrets aussi auront eu lieu.

C'est donc un grand plaisir pour Jean-Yves Le Drian, pour moi-même et pour la République française que d'accueillir aujourd'hui nos deux amis. Je voudrais conclure mon propos. Ensuite mes amis s'exprimeront et nous répondrons à quelques questions.

Malheureusement, c'est une triste nouvelle, vous savez qu'une explosion a fait plusieurs morts et de nombreux blessés au Japon ce matin. Au nom de l'ensemble des Français, je voudrais exprimer nos condoléances et notre soutien au peuple japonais, au gouvernement japonais, aux personnes et aux familles qui malheureusement ont été tragiquement touchés dans cet accident.

M. Jean-Yves Le Drian - Je dirai juste quelques mots en complément avec mon collègue M. Onodera que j'ai le plaisir de revoir puisque nous nous sommes déjà rencontré à Singapour au courant de l'été. Nous avons constaté une concomitance heureuse des reprécisions stratégiques de politique de défense de nos deux pays, concordance des temps puisque les lignes directrices que vient d'évoquer le ministre des affaires étrangères japonais ont été validées il y a peu au Japon, dans le cadre du pacifisme proactif.

Le Libre blanc de la défense pour la France et la Loi de programmation militaire ont été validés à la fin de l'année dernière. Nous sommes donc dans une concomitance de phases.

Je remarque avec beaucoup d'intérêt que dans les lignes directrices de défense évoquées par mon collègue Onodera dans les entretiens de ce matin, il est particulièrement indiqué le partenariat de la France, un partenariat avec la France et dans le Livre blanc de la défense, nous avons mis l'accent sur la nécessité de notre présence en Asie, notre partenariat avec le Japon est affiché et affirmé et le fait que nous étions aussi une nation du Pacifique.

Les sujets que nous avons évoqués portent d'abord sur notre coopération opérationnelle, en particulier sur toutes les questions liées à la sécurité maritime car les enjeux de cette sécurité sont essentiels pour nous. Ils se portent à la fois sur la zone de Malacca, sur la zone de la Corne d'Afrique et sur la zone du Golfe de Guinée. Nous avons à cet égard une excellente collaboration bilatérale que nous avons décidé de renforcer.

J'observe d'ailleurs particulièrement deux points :

1 : sur la corne d'Afrique il y a une collaboration très fructueuse avec le Japon, à la fois en lien avec l'opération Atalante mais aussi avec le stationnement d'unités japonaises à Djibouti.

2 : enfin, sur la région de Malacca, nous avons décidé d'être rapidement partie prenante dans le dispositif qui assure la coordination de la sécurité de la navigation de la zone. Ce dispositif est dirigé et présidé par les autorités militaires japonaises.

Dans le domaine des équipements et des technologies, nous avons décidé la tenue d'un espace de dialogue de coopération qui se tiendra très rapidement. Il comprendra deux comités : l'un qui portera sur la coopération scientifique et technologique et la coopération industrielle, à la fois dans la recherche fondamentale sur des sujets comme les nanotechnologies, la robotique, les matériaux et la cyber-défense.

Dans le domaine de la coopération industrielle, les sujets liés aux hélicoptères de nouvelle génération, à la propulsion sous-marine et aux drones sous-marins seront les principaux sujets évoqués dans le cadre de ce forum. Pour ce qui concerne le comité des équipements, il se tiendra au mois d'avril 2014 à Tokyo. Parallèlement à cela, nous avons également convenus d'évoquer en commun, dans un comité spécifique, l'échange sur les dispositifs de contrôle des exportations, afin de bien identifier ce qui est exportation duale ou non.

Enfin, nous avons échangé sur les différents lieux de tensions et de menaces et nous avons pris en compte et apprécié l'importance que porte le Japon aux situations de crise en Afrique. Bref, il y a là, en matière de défense, une collaboration et une coopération qui va se renforcer dans le cadre du dialogue 2+2.

Q - (en japonais) Sur les îles Senkaku.

(...)

R - Là-dessus, bien sûr, nos amis japonais nous en ont parlé, nous ont exposé leur position que nous connaissons bien. Comme l'avait dit à Tokyo le président de la République, lorsqu'il a été reçu en visite d'État par nos amis japonais, la France ne prend pas partie dans les contentieux de souveraineté. Mais les tensions sont pour nous une source de préoccupations d'autant plus qu'une partie de l'Asie est une zone névralgique pour le monde et la sécurité mondiale.

Nous sommes attachés aux règlements pacifiques par le dialogue de tous les différends en conformité avec le droit international. Nous sommes attachés à la liberté de circulation, de navigation. Et il est important que toutes les formes de dialogue -? c'est un point sur lequel il a été beaucoup insisté -? soient utilisées. Nous souhaitons que, dans cette partie du monde, d'autant plus que nous sommes à la fois les amis du Japon, les amis de la Chine, des solutions soient trouvées qui permettent de baisser les tensions, parce que les tensions ne sont jamais salutaires.

(...)

R - M. Le Drian - Nous sommes tout à fait en phase à la fois dans le domaine de la coopération scientifique à vocation militaire et dans le domaine des capacités. Le comité dont nous avons décidé la mise en place sur ces sujets se réunira dès le mois d'avril à Tokyo.

Q - L'exportation de matériel français d'appontage d'hélicoptère vendu au Chinois fait-elle partie des sujets de cette rencontre ? La France préviendra-t-elle ses partenaires japonais lors des prochaines ventes de ce type de matériel non couvert par l'embargo de l'Union européenne contre la Chine ?

La visite du Premier ministre Shuzo Ape au sanctuaire Yazukumi a suscité inquiétude, mise en garde et colère des voisins du Japon. Comment la France voit-elle cet acte très controversée ?

R - M. Fabius - Sur la question du sanctuaire, ce sont des questions mémorielles qui sont toujours très délicates. Nous connaissons cela d'une autre façon puisque vous savez qu'il y a eu une tradition malheureuse et tragique de guerre entre la France et l'Allemagne. On sait que ce sont toujours des questions très délicates qui doivent trouver leurs réponses à la fois par le travail des historiens, par le débat démocratique et, surtout, par le respect de l'autre. Nous souhaitons qu'il y ait les meilleures relations possibles entre la Chine et le Japon. Ce sont deux grands pays qui sont nos amis. Cela passe par la volonté de tenir compte en même temps du passé et d'essayer de dépasser les séquelles du passé. C'est cet équilibre qu'il faut rechercher.

Sur l'autre sujet, que nous avions d'ailleurs abordé lorsque je m'étais rendu au Japon, la question des grilles d'appontage qui ensuite sont devenues complètement secondaires, c'est un matériel tout à fait banal qui, à ce titre, ne figure pas dans la liste des matériels sensibles. D'abord parce que cela coûte quelques milliers d'euros. Ensuite parce que c'est un matériel qui sert aux hôpitaux civils, etc. Je crois donc qu'il y a eu une erreur d'aiguillage. Ce n'est pas en faisant de ce sujet un sujet sensible alors qu'il ne l'est pas... La preuve qu'il ne l'est pas, c'est que ce n'est pas dans la liste des matériels précisément sensibles alors que nous sommes, en liaison bien sûr avec la réglementation européenne - très précise sur tout ce qui concerne les matériels sensibles. Je pense pour résumer que c'est un faux problème.

R - M. Le Drian - Je complète, à propos de la politique d'exportation. Nous avons décidé ce matin de nous informer mutuellement de nos systèmes de contrôle d'exportation, en particulier de la caractérisation de la capacité duale, pour que nous soyons en pleine transparence. C'est d'ailleurs ce que vient de dire le ministre des affaires étrangères japonais.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 janvier 2014

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