Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé à RMC le 15 janvier 2014, sur le financement de la politique familiale et la réorganisation de la politique de santé. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé à RMC le 15 janvier 2014, sur le financement de la politique familiale et la réorganisation de la politique de santé.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre des affaires sociales et de la santé;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Bonjour ! S'il y avait une invitée à recevoir ce matin c'est bien Marisol TOURAINE, bonjour Marisol TOURAINE…

MARISOL TOURAINE
Bonjour, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de la Santé, des Affaires sociales, vous êtes au coeur du dispositif annoncé hier par François HOLLANDE, nous allons y revenir… nous allons y revenir. Mais l'actualité nous bouscule, hôpital de Chambéry, est-ce que vous confirmez la mort d'un quatrième bébé ?

MARISOL TOURAINE
Il y a un quatrième bébé qui est mort, il est trop tôt pour savoir si les causes de son décès sont les mêmes que celles des trois enfants : Emilie, Théo et Chloé. Ce que je veux dire c'est que j'ai lancé une enquête systématique sur tous les décès d'enfants qui sont intervenus dans les établissements qui utilisaient les mêmes poches d'alimentation du laboratoire MARETTE, nous obtiendrons l'ensemble des résultats en milieu de semaine prochaine sans doute. Dans le même temps, je veux dire que j'ai lancé une enquête sur l'organisation au sein de l'hôpital de Chambéry et la semaine prochaine nous disposerons de l'ensemble des résultats de cette enquête. A partir de là, je verrais si de nouvelles décisions s'imposent. Mais je veux rassurer, les poches MARETTE ne sont plus dans les établissements, ne sont plus dans les hôpitaux et donc il n'y a pas d'inquiétude à avoir à l'égard de l'alimentation des enfants qui ont besoin d'être malheureusement alimentés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Mais, Marisol TOURAINE, deux questions complémentaires : est-ce que ce bébé est décédé dans le service de réanimation néonatale de Chambéry ?

MARISOL TOURAINE
A priori, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Et est-ce que ce bébé avait reçu le contenu d'une poche d'un nutriment de ce laboratoire MARETTE ?

MARISOL TOURAINE
Oui ! Il avait reçu une poche de nutriment de ce laboratoire, mais pas du même lot, j'insiste, et c'est d'ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas du même lot !

MARISOL TOURAINE
Puisqu'il est décédé à une époque qui n'est pas la même. Donc, effectivement nous avons besoin de poursuivre l'enquête. Je l'ai dit, je rendrai public l'ensemble des éléments dont je dispose – sans doute vers le milieu de la semaine prochaine – après en avoir informé les familles concernées, car elles sont les premières à devoir être informées, je crois que c'est ce que nous leur devons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marisol TOURAINE, autre question d'actualité - puis nous entrons dans la conférence de presse de François HOLLANDE - le Président Algérien BOUTEFLIKA est actuellement hospitalisé en France, vous confirmez, Val de Grâce ?

MARISOL TOURAINE
Il est hospitalisé en France, je ne donnerai pas davantage d'information.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hospitalisé en France pour des examens ou est-ce que c'est son état de santé…

MARISOL TOURAINE
Ecoutez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui s'est détérioré ?

MARISOL TOURAINE
Je n'ai pas d'éléments à donner sur l'état de santé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les connaissez les éléments ?

MARISOL TOURAINE
Je n'ai pas d'éléments à donner…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MARISOL TOURAINE
Ni à commenter l‘état de santé de tel ou tel patient, quelle que soit l'identité des patients qui séjournent dans les hôpitaux françaises, ils ont le droit au secret médical.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! J'ai compris, j'ai compris. Qui paie le séjour de monsieur BOUTEFLIKA ?

MARISOL TOURAINE
Ecoutez l'Algérie règlera les frais liés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle règle à chaque fois ?

MARISOL TOURAINE
L'Algérie règle. Nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la Sécurité Sociale par exemple ?

MARISOL TOURAINE
Nous avons… sur le cas algérien, je crois qu'il faut distinguer deux choses : ce qui se passe aujourd'hui, c'est-à-dire aujourd'hui nous avons ré-établi des procédures qui permettent à l'Algérie de payer pour les hôpitaux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MARISOL TOURAINE
Lorsqu'ils sont utilisés par des Algériens ; nous avons un contentieux qui continue, qui est celui de la dette…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MARISOL TOURAINE
Et nous poursuivons les discussions, j'ai eu l'occasion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien l'Algérie doit-elle à la France ?

MARISOL TOURAINE
Ecoutez ! Nous avons une discussion à avoir avec l'Algérie, ça fait partie de la…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Mais combien doit-elle ?

MARISOL TOURAINE
Ca fait de la négociation, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'il y a peut-être des économies, combien doit-elle ?

MARISOL TOURAINE
Donc ça fait partie de la négociation, les sommes sont significatives mais ça fait partie de la négociation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas me donner la somme ?

MARISOL TOURAINE
Parce que… Parce que nous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marisol TOURAINE ?

MARISOL TOURAINE
Parce qu'une des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne comprends pas cette trans…

MARISOL TOURAINE
Non ! Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce manque de transparence ?

MARISOL TOURAINE
Non ! Ce n‘est pas un manque de transparence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !

MARISOL TOURAINE
Un des débats est de savoir si... nous ne sommes pas certains de pouvoir retracer l'ensemble des séjours qui ont eu lieu, donc nous allons essayer de toper - passez-moi l‘expression – sur un montant forfaitaire, les discussions sont en cours, je souhaite qu'elles puissent aboutir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous mettez d'accord sur un montant forfaitaire ?

MARISOL TOURAINE
Exactement ! Donc, nous allons… j'espère que nous allons aboutir, cela fait des années…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a combien de temps que…

MARISOL TOURAINE
Ah ! Cela fait des années que la discussion a lieu, bien avant l'arrivée aux responsabilités de ce gouvernement. Les discussions ont été accélérées, je souhaite qu'elles puissent aboutir, car c'est un point qui me semble nécessaire pour… Comment dire ? La transparence des relations entre nos deux pays. Mais je sais que l'Algérie est sensible à la préoccupation française…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, je n'aurais pas de chiffre ?

MARISOL TOURAINE
Non ! Je souhaite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, je n'aurais pas de chiffre ?

MARISOL TOURAINE
Je souhaite pouvoir vous en annoncez un prochainement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Marisol TOURAINE, pacte de responsabilité, allégement du coût du travail, d'ici 2017 fin des cotisations familiales payées par les entreprises, ça représente trente milliards a dit le Président de la République hier…

MARISOL TOURAINE
Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains disent trente-cinq milliards, mais…

MARISOL TOURAINE
Non ! Les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MARISOL TOURAINE
Trente-cinq… ce sont deux chiffres qui sont tous les deux justes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y ! Oui.

MARISOL TOURAINE
Trente milliards c'est ce que paient les entreprises, trente-cinq c'est ce qui va pour la politique familiale en comptant la contribution de l'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord !

MARISOL TOURAINE
Donc qui n‘est évidemment pas concerné par…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, les deux chiffres sont justes.

MARISOL TOURAINE
Les baisses de charges, par définition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

MARISOL TOURAINE
Des entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trente milliards, on est bien d'accord. Il y a déjà les vingt milliards du CICE, ça ne se cumule pas, c'est ce qu'a dit le Président de la République…

MARISOL TOURAINE
Le Prési…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, il reste dix milliards d'euros d'allégement de charges en plus du CICE, on est bien d'accord ?

MARISOL TOURAINE
Oui ! Qu'es-ce qu'a dit le Président de la République hier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui.

MARISOL TOURAINE
Parce qu'il a tenu un discours de mobilisation, de rassemblement pour l'emploi ? Il a appelé à un compromis social historique et qui doit permettre aux entreprises, aux partenaires sociaux, au gouvernement de trouver un accord pour favoriser l'emploi, parce que l'exigence qui est la nôtre - qui est celle du Président de la République, qui s'est posé hier en Président de l'Emploi – c'est au fond d'amplifier, d'accélérer les orientations qui avaient été annoncées au cours des mois derniers pour créer des emplois. Pour cela, il faut aller plus loin que ce qui a déjà été fait, le crédit… le pacte de compétitivité, le CICE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Le CICE, oui.

MARISOL TOURAINE
Il a été mis en place il y a plus d'un an, donc il n'y a pas de changement de politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Qui fonctionne moyennement d'ailleurs, enfin bon…

MARISOL TOURAINE
Il n'y a pas de changement de politique, il y a une accélération, une amplification…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà ! Une amplification de dix milliards de plus.

MARISOL TOURAINE
Et le fait… il s'agit aussi d'inscrire dans la durée un dispositif d'allégements de cotisations qui, jusque-là, était prévu de façon transitoire. Est-ce que les entreprises vont souhaiter garder le CICE et puis compléter ce CICE par une partie de baisse de charges ou est-ce qu'elles vont souhaiter qu'il n'y ait plus de CICE et que tout se transforme en baisse de charges ? La discussion va s'engager…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Va s‘engager !

MARISOL TOURAINE
Et, donc, nous allons discuter de la façon d'atteindre ce résultat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord ! D‘atteindre ce résultat. Bien !

MARISOL TOURAINE
Parce qu'au fond il faudra faire des économies, il nous faudra…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr ! Je vais y revenir d'ailleurs…

MARISOL TOURAINE
Réorienter un certain nombre d'aides…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors…

MARISOL TOURAINE
Par exemple de l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-nous, parce que les questions sont posées par nos auditeurs - j'en suis absolument certain - est-ce que les allocations familiales vont diminuer ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non !

MARISOL TOURAINE
Je veux dire que les prestations, la politique familiale elle est maintenue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà ! Elle est maintenue.

MARISOL TOURAINE
Ce qu'a dit le Président de la République hier c'est que cette politique familiale était une politique importante pour notre pays, qui n'est d'ailleurs pas simplement une politique sociale, c'est une politique de rassemblement, de cohésion, de confiance dans l'avenir, cette politique-là il n'y a pas de raison que ce soit les entreprises qui apportent leur financement puisqu'il y a des parents qui ne sont salariés. En revanche, est-ce que cela doit remettre en question la politique elle-même ? La réponse est clairement non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Et…

MARISOL TOURAINE
Donc, il y aura le maintien du financement de la politique familiale. La question à laquelle nous devons apporter des réponses - et la discussion est engagée avec l'ensemble des partenaires – c'est d'où va venir l'argent, concrètement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais y venir !

MARISOL TOURAINE
D'où va venir l'argent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y venir !

MARISOL TOURAINE
Pour financer cette politique familiale ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marisol TOURAINE, dernière question concernant les allocations familiales, est-ce que le montant des allocations sera modulé en fonction des revenus ? C'est oublié cette idée ?

MARISOL TOURAINE
C'est une position, une option qui avait été mise sur la table l'année dernière dans le cadre d'un rapport…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui, je m'en souviens.

MARISOL TOURAINE
Un autre choix a été fait qui a été celui de l'abaissement du quotient familial…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous dites non ?

MARISOL TOURAINE
Aujourd'hui la politique familiale est ce qu'elle est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

MARISOL TOURAINE
Et nous devons réfléchir à la manière de la financer dans la durée et de manière qui soit une manière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas question de moduler...

MARISOL TOURAINE
Comment dire, fondée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En fonction des revenus ?

MARISOL TOURAINE
Aujourd'hui la question ne se pose pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Marisol TOURAINE, donc il va falloir trouver de l'argent, pour trouver de l'argent il faut faire des économies, donc qui va faire des économies ? Pas nous, parce que les impôts maintenant…

MARISOL TOURAINE
Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca va… Bon !

MARISOL TOURAINE
Non ! Je crois que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors… Attendez ! Attendez, attendez. L'Etat, les collectivités territoriales et la Sécurité Sociale, on est bien d'accord ?

MARISOL TOURAINE
Absolument !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! L'Etat, Eh bien l'Etat il s'agit de réduire…

MARISOL TOURAINE
Oui ! Mais nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certaines dépenses ?

MARISOL TOURAINE
Réduire des dépenses, mieux organiser les institutions, on peut donner des exemples, il y a beaucoup d'agences qui existent et qui parfois font des choses qui sont assez proches les unes des autres, donc nous sommes en train de travailler pour voir s'il n'y a pas des agences qui peuvent être fusionnées, certaines supprimées, des organismes simplifiés, cela apporte des économies et ça fait partie du travail des économies pour l'Etat. Il y aussi des économies, le Président de la République l'a indiqué hier, qui viendront de la réorganisation de nos collectivités territoriales, il s'agit d'être plus efficaces au niveau local…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Thierry MANDON, ce matin sur RMC, nous a annoncé quinze régions au lieu de vingt-deux…

MARISOL TOURAINE
Ecoutez ! Je ne sais pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous confirmez ?

MARISOL TOURAINE
Non ! Je ne sais pas si ce sera quinze, le Président de la République a indiqué qu'il y aurait une réduction, on peut dire que ce sera sans doute autour d'une quinzaine, mais je n'ai pas d'éléments précis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Bon.

MARISOL TOURAINE
Sur ce point-là. En revanche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les départements alors, expliquez-nous l'avenir des départements. Si bien compris, les Conseils généraux des zones rurales seront maintenus, en revanche les Conseils généraux des zones urbaines vont être noyés dans une nouvelle administration ?

MARISOL TOURAINE
Ecoutez ! Je vais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Soyons clairs !

MARISOL TOURAINE
Je vais vous donner un exemple précis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez ! Allez.

MARISOL TOURAINE
C'est comme ça que je crois que nos auditeurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y !

MARISOL TOURAINE
Et nos téléspectateurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et nos téléspectateurs vont comprendre, oui.

MARISOL TOURAINE
Comprendront le mieux. Qu'est-ce qui s'est passé autour de Lyon, dans le département du Rhône ? Il y a évidemment un Conseil général pour l'ensemble du département et puis il y a l'Agglomération de Lyon - qui est une métropole – qui devient une agglomération extrêmement forte, ce qui a été décidé à Lyon c'est que pour le territoire qui est couvert par l'Agglomération lyonnaise eh bien c'est l'Agglomération lyonnaise qui prend en charge…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui décide, qui centralise.

MARISOL TOURAINE
L'ensemble des décisions et des prestations et le Conseil général ne s'occupe plus de secteur-là mais s'occupe pour l'essentiel du reste du département. Eh bien c'est sans doute une évolution de ce type-là qu'il faut faire dans les départements où il y a des agglomérations fortes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une disparation de certains départements, disons-le clairement ?

MARISOL TOURAINE
Pas nécessairement une disparition, c'est un recentrage sur les territoires dans lesquels les agglomérations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien ça permet…

MARISOL TOURAINE
Ne sont pas présentes. On doit pouvoir faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca va permettre de faire des économies en nombre de fonctionnaires territoriaux, par exemple ?

MARISOL TOURAINE
Faire des économies et surtout une plus grande rationalisation, une plus grande simplification aussi pour les habitants. Vous savez, vous savez vous êtes d'un habitant une ville, prenons chez moi la ville de Tours, vous êtes habitant de cette ville, pourquoi faut-il aller à la fois au guichet de la ville de Tours, au guichet du Conseil général si tout peut être concentré au même endroit ? Donc, nous allons voir quelles sont les fonctions qui vont évoluer, comment va se faire la simplification, la réorganisation ? Le travail est lancé, il n'a pas abouti, donc ne préjugeons pas des conclusions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! D'accord, mais je vous souhaite…

MARISOL TOURAINE
De ce processus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup de plaisir avec les élus locaux, nous verrons bien.

MARISOL TOURAINE
Je crois que les élus locaux sont prêts à s'engager, vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parliez des fonctionnaires…

MARISOL TOURAINE
Je suis élue locale aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Bon, eh bien nous verrons.

MARISOL TOURAINE
Et les élus locaux sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons ce que dit le Sénat par exemple.

MARISOL TOURAINE
Beaucoup plus modernisateurs que ce que certains imaginent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Marisol TOURAINE, une question n'a pas été posée au Président de la République hier, puisqu'on a parlé beaucoup d'économie, le nombre de fonctionnaires, est-ce que vous allez baisser le nombre de fonctionnaires ? Là, il y a peut-être des économies à faire, ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Eh bien la baisse des fonctionnaires trouve des limites, elle ne peut pas être faite de manière systématique et érigée comme une espèce d'obsession…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Mais…

MARISOL TOURAINE
Comme c'était le cas sous le gouvernement précédent, avec des résultats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous allez baisser le nombre de fonctionnaires, ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Avec des… là où les fonctionnaires ne sont pas utiles, nécessaires, si les fonctions disparaissent, eh bien ils vont évoluer, mais les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors est-ce que vous allez baisser globalement le nombre de fonctionnaires ?

MARISOL TOURAINE
Le nombre de fonctionnaires n'a pas à baisser en soi, on verra s'il y a des endroits…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne le baisserez pas donc ?

MARISOL TOURAINE
Où ils doivent diminuer, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Globalement, vous ne le baisserez pas ?

MARISOL TOURAINE
Ils vont baisser là où les fonctions qu'ils exerçaient ne sont plus exercées. En revanche, je prends l'exemple de l'Education nationale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Eh bien oui.

MARISOL TOURAINE
Qui est une priorité, on ne va pas baisser le nombre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous ne ferez pas d'économies, vous ne ferez pas d'économies sur le nombre de fonctionnaires ?

MARISOL TOURAINE
L'enjeu ce n'est pas de dire : je baisse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Là… Là pas d'économies là ?

MARISOL TOURAINE
On n'annonce pas par principe des baisses de fonctionnaires, il faut en finir avec ce que j'ai déjà qualifié de fonctionnaires basching, on ne peut pas avoir des politiques publiques qui soient des politiques fortes… et on a des politiques sociales, des politiques éducatives, des politiques de logement qui sont importantes, sans avoir personne pour les mener et, donc, essayons d'éviter ces raccourcis qui consisteraient à faire du fonctionnaire le…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le bouc émissaire !

MARISOL TOURAINE
Comment dire ? Le bouc émissaire des politiques. Nous avons engagé des économies extrêmement fortes, un programme d'économies extrêmement fort et c'est à cela que nous devons nous atteler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Sécurité Sociale, là aussi il va falloir faire des économies, le Président de la République l'a dit.

MARISOL TOURAINE
Oui ! Mais nous en faisons déjà, et le Président de la République d'ailleurs l'a rappelé. C'est pour cela qu'il s'agit bien d'une amplification, d'une mise en cohérence et non pas d'un tournant et encore moins...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment allez plus loin dans les économies ?

MARISOL TOURAINE
D'un virage.

MARISOL TOURAINE
Je vais vous donner des exemples.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

MARISOL TOURAINE
La sécurité sociale. L'assurance maladie aujourd'hui, puisque la réforme des retraites a été faite, elle va permettre de dégager des économies. La politique familiale a été revue l'année dernière ; cela va permettre également de dégager des économies. Aujourd'hui, nous devons amplifier la réorganisation de notre politique de santé. Je prends des exemples précis : les médicaments. On le sait, en France on consomme plus de médicaments que dans d'autres pays, des médicaments qui sont plus chers et qui sont en général le dernier cri, si vous voulez du médicament, le dernier-né qui logiquement coûte donc plus cher. Nous devons regarder cela attentivement et faire en sorte que les génériques se développent davantage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment faire ? comment faire ? Il faut mobiliser les médecins, les patients. Les patients !

MARISOL TOURAINE
Oui. Les pharmaciens, je dois le dire, ont joué le jeu de façon extrêmement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors qui ne joue pas le jeu ? Les patients et les médecins ?

MARISOL TOURAINE
Il faut accompagner les évolutions, rassurer les patients qui jouent le jeu aussi puisque, dans les pharmacies, on leur vend des médicaments génériques mais qui sont toujours un peu inquiets à tort, je veux le dire. Il faut lancer des campagnes d'information, ce que je vais faire, et nous avons besoin de sensibiliser les médecins dans les hôpitaux ou dans leur cabinet en ville pour qu'ils prescrivent à la fois moins mais surtout qu'ils prescrivent de façon plus maîtrisée et qu'ils n'hésitent pas à prescrire des génériques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de venir sur la fin de vie, puisque ça a été aussi l'un des aspects de la conférence de presse du président de la République, juste rassurer là encore : pas de réduction de la prise en charge, pas de nouveau forfait ou de nouveau déremboursement, Marisol TOURAINE.

MARISOL TOURAINE
Non, parce que vous savez, la méthode a été utilisée par le gouvernement précédent avec des résultats qui sont indémontrables puisque le déficit de la sécurité sociale a augmenté et les droits sociaux ont été affaiblis. Donc je veux dire que le gouvernement précédent a réussi le prodige d'accroître le déficit de la sécurité sociale tout en diminuant les droits de nos concitoyens avec des franchises, des forfaits qui ne sont plus remboursés. Ça n'est pas la démarche. Depuis que je suis en charge de la santé, il n'y a pas eu de nouveau déremboursement, il n'y a pas eu de franchise nouvelle. La volonté qui est la mienne, qui est celle du gouvernement, et qui a été martelée hier par le président de la République, c'est de dégager des économies en restructurant, en concentrant les dépenses sur nos priorités mais sans diminuer notre niveau de protection sociale. Parce que, vous savez, la force de la France c'est de pouvoir compter sur une protection sociale, une sécurité sociale qui couvre bien, qui protège bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui va coûter de plus en plus cher, il faut le savoir.

MARISOL TOURAINE
Qui coûtera plus cher si nous ne faisons pas d'économies et c'est pour cela que nous la réorganisons pour garantir une bonne protection et en même temps une maîtrise des dépenses. C'est ça qui fait la différence entre la droite et la gauche. C'est que nous faisons des économies pour garantir la protection des Français et pas simplement pour baisser les impôts, et pas pour baisser les impôts de ceux qui ont les revenus les plus élevés, ce qui était le choix du précédent gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marisol TOURAINE, je termine avec la fin de vie. Je lis ce qu'a dit le président de la République hier : « Il s'agit de permettre à toute personne majeure atteinte d'une maladie incurable, provoquant une souffrance psychologique physique insupportable et qui ne peut être apaisée de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité. » Ça veut dire quoi ? Ça veut dire le suicide assisté ?

MARISOL TOURAINE
Cela veut dire que la situation aujourd'hui n'est pas satisfaisante et malheureusement, nous le voyons dans l'actualité avec le cas dramatique de Vincent LAMBERT. Il nous faut donc faire évoluer le droit. Que peut-on proposer ? Cela résultera des discussions et des concertations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une loi avant la fin de l'année ?

MARISOL TOURAINE
Une loi sera proposée largement avant la fin de l'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera avant l'été ?

MARISOL TOURAINE
Écoutez, nous allons voir. Autour de l'été sans doute. Je ne veux pas m'engager sur un calendrier précis parce qu'il faut laisser le temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2014 en tous les cas.

MARISOL TOURAINE
En 2014 très clairement. Il s'agit de donner le temps à la concertation pour que nous puissions si possible, et c'est ce que je souhaite, nous aboutissions à une position consensuelle. Ce sont des sujets douloureux, des sujets difficiles qui ne devraient pas opposer la droite et la gauche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il ne s'agit pas d'opposer la droite et la gauche. Mais lorsque le président de la République dit : « Il s'agit de permettre à toute personne majeure atteinte d'une maladie incurable de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée », ça veut dire légaliser le suicide assisté, non ? Non ? Oui ou non ?

MARISOL TOURAINE
Attendez, cela peut déboucher sur des options différentes. Vous parlez du suicide assisté ou de l'assistance au suicide qui est une formule d'ailleurs assez rude. Les citoyens qui se sont réunis à la demande du comité consultatif national d'éthique ont indiqué que cela leur paraissait être une voie à explorer dans certaines conditions. Nous allons donc explorer différentes options, cette voie parmi d'autres, mais nous allons engager la consultation et la concertation. Je crois qu'il ne faut pas partir avec l'idée définie, précise de ce à quoi nous devons aboutir. Nous devons engager la concertation de façon ouverte, tout en rappelant qu'à côté de la loi il nous faut amplifier ce qui est fait pour les soins palliatifs et permettre à nos concitoyens qui sont en fin de vie de mourir dans des conditions qui soient des conditions répondant mieux à leurs attentes. Je pense en particulier au fait que soixante dix à quatre-vingts pourcents des Français souhaiteraient mourir chez eux, alors qu'ils meurent à l'hôpital et cela, nous devons l'entendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marisol TOURAINE d'être venue nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 janvier 2014

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