Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RTL le 16 janvier 2014, sur le plan de réforme des ZEP et l'échec scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RTL le 16 janvier 2014, sur le plan de réforme des ZEP et l'échec scolaire.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un élève sur cinq en France est scolarisé en zone d'éducation prioritaire, les ZEP créées il y a plus de trente ans, vous allez présenter tout à l'heure un plan complet de réforme de ces ZEP avec l'objectif de leur donner davantage de moyens pour parvenir à de meilleurs résultats, c'est votre intention, les résultats ne sont pas bons aujourd'hui ?

VINCENT PEILLON
Non et ils sont de plus en plus mauvais.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Carrément.

VINCENT PEILLON
Je vous donne un exemple et ce sont des chiffres qui sont cruels, je les ai donnés à la représentation nationale hier, les élèves lorsqu'ils sortent en fin de 3ème, 79% hors éducation prioritaire, ne maîtrisent pas les compétences en lecture, en écriture. 42% seulement les possèdent…

JEAN-MICHEL APHATIE
En zone prioritaire…

VINCENT PEILLON
79 les possèdent…

JEAN-MICHEL APHATIE
…les possèdent en zone non prioritaire.

VINCENT PEILLON
C'est un écart de 37%, ça veut dire qu'il n'y a même pas un enfant sur deux qui… bon, dans les cinq dernières années, le déclin scolaire qui justifie la refondation, sur l'ensemble des enfants c'est une baisse de 5 points de la maîtrise de ces compétences, en ZEP c'est de 13 points, presque le triple.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et pourtant on consacre plus de moyens aux ZEP que dans les autres zones, donc…

VINCENT PEILLON
C'est le contraire, c'est ce qu'avait montré la COUR DES COMPTES il y a deux ans et c'est la question de l'affectation de l'argent public. C'est la grande hypocrisie française, on fait croire, y compris à ceux qui sont dans les ZEP, qu'on leur donne davantage, or ce qu'a montré la COUR DES COMPTES à plusieurs reprises mais qui avait attiré vraiment notre attention là-dessus il y a deux ans, 50% de plus en termes d'argent public pour un élève du centre parisien que pour un élève de Créteil. Et c'est pour ça qu'il ne s'agit pas de faire plus, mais dans l'affectation des moyens programmés jusqu'à 2017 pour l'Education nationale, j'ai choisi d'affecter prioritairement les moyens. Plus de maîtres que de classes pour changer les pédagogies, l'accueil des moins de 3 ans, la journée continue en collège pour tenir les enfants dans le collège et les faire travailler, de mettre ces moyens prioritairement dans les endroits où nous avons les plus mauvais résultats. En se fixant un objectif car le problème de l'action publique française c'est l'objectif, on l'a vu sur les décrocheurs, on s'est fixé un objectif, on l'a atteint. Dans le quinquennat, et nous l'avons voté dans la loi de refondation, je souhaite que l'écart de performance scolaire entre les élèves dans ces zones et les autres, soit réduit à 10%. Il est de plus de 30 aujourd'hui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ca c'est le but, combien vous allez mobiliser financièrement de moyens pour parvenir à ce but ? Peut-être embaucher, mieux payer les professeurs qui sont sur place ? Quels moyens, quelle enveloppe financière allez-vous consacrer à ce projet Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
Il n'y a pas, contrairement à ce que j'ai lu, un euro de plus par rapport à la loi de programmation de l'école et donc comme je vous l'ai dit…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez affecter différemment ?

VINCENT PEILLON
…je les affecte différemment et je souhaite même qu'on aille encore plus loin dans cette façon de travailler. J'imagine que, et là on verra les ajustements, mais d'ici 2017 c'est une enveloppe de plusieurs centaines de millions d'euros par l'affectation des 7.000, plus de maîtres que de classes, c'est-à-dire au moins un par école de l'éducation prioritaire, au moins une classe des moins de 3 ans dans tous ces endroits, des assistants d'éducation pour la journée continue, la demi-heure pour les parents le matin et l'amélioration. L'essentiel des indemnités compte pour que les équipes restent, mais l'essentiel et ce que demandent les professeurs, c'est, un : pouvoir travailler en équipe, accueillir les parents et là nous donnons une heure et demie aux professeurs de décharge, mais enfin on le voit dans les classes préparatoires, ils en ont parfois six ou huit, donc une heure et demie et deuxièmement, c'est de la formation continue. Les professeurs eux-mêmes disent, pour traiter la difficulté scolaire nous avons besoin de pouvoir changer nos méthodes de travail et puis l'introduction du numérique que je vais favoriser dans ces endroits car il permet la réussite d'un certain nombre d'élèves. Donc je dirais car je ne veux pas ne pas répondre à la question…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous répondez à la question, quelle enveloppe ?

VINCENT PEILLON
Que ce serait 300 à 400 millions d'euros qui seraient réaffectés prioritairement dans ces zones.

JEAN-MICHEL APHATIE
Que vous prendrez donc ailleurs, cet ailleurs étant pour l'instant inconnu.

VINCENT PEILLON
Non il est connu, c'est des créations de postes, elles sont programmées, cette année je vais créer 10.000 postes, au lieu de les mettre et de les éparpiller, de les saupoudrer y compris dans des endroits où ils ne sont pas utiles, je dis devant la Nation, nous avons un problème, je viens d'en donner les chiffres, la COUR DES COMPTES nous l'a dit, le haut conseil de l'éducation, donc maintenant nous mettons l'argent public là où il doit être le plus efficace. Mais tout ça est programmé et ne demande pas de dépenses supplémentaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous aurez l'occasion Vincent PEILLON dans le dialogue tout à l'heure avec les auditeurs de répondre soit à des parents d'élèves, soit à des professeurs qui vous appelleront et qui demanderont des précisions ?

VINCENT PEILLON
Avec plaisir…

JEAN-MICHEL APHATIE
Question de philosophie politique Vincent PEILLON si vous l'acceptez, vous êtes professeur de philosophie, donc il n'y a pas de raison : un ministre peut-il reconnaître des évidences ou bien justement le pouvoir se révèle-t-il dans la négation de l'évidence ? Alors c'est un peu tordu, on va passer aux travaux pratiques…

VINCENT PEILLON
Non, non je suis pour, au contraire, je suis pour… vous savez l'évidence c'est le plus beau concept cartésien…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes capable de reconnaître des évidences ?

VINCENT PEILLON
L'évidence c'est ce qui permet de reconnaitre la vérité, il faut reconnaitre des évidences, maintenant on va voir le piège que vous m'avez tendu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Travaux pratiques : pour la droite, la gauche de la gauche, les syndicats, les Allemands, les journalistes, François HOLLANDE a pris un sacré virage économique à droite lors de sa conférence de presse. Les seuls qui nient ce virage économique, ce sont les ministres, pourquoi ?

VINCENT PEILLON
Pas seulement, il y a aussi beaucoup de gens qui suivent la politique depuis longtemps. Chaque fois que la gauche gouverne, ça commence avec les Républicains opportunistes, on lui fait un procès…

JEAN-MICHEL APHATIE
Des Républicains opportunistes…

VINCENT PEILLON
…opportunistes c'est-à-dire vous savez l'opportunisme c'est Jules FERRY, on dit, ah mais vous n'êtes pas assez radicaux parce qu'on a une image de la gauche qui est toujours d'ailleurs dans l'opposition, de contestation, de radicalisation, le mythe révolutionnaire demeure…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mon ennemi c'est la finance !

VINCENT PEILLON
… c'est chaque fois, on l'a connu avec MITTERRAND, 83, mais la finance n'est pas en jeu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mon ennemi c'est la finance !

VINCENT PEILLON
Mais il n'y a pas une mesure annoncée par HOLLANDE qui soit favorable à la finance et d'ailleurs vous m'accueillez ce matin parce qu'en dehors de la bonne santé économique du pays, de la capacité à créer de l'emploi et à faire de la croissance il me semble que c'est quand même plus de gauche que de droite depuis un moment…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais la droite a déstabilisé, quand elle écoute François HOLLANDE elle dit « oh, on nous a piqué le programme », ils sont bêtes alors ?

VINCENT PEILLON
Oui, enfin non, je ne veux pas dire qu'ils sont bêtes, mais je veux dire qu'il y a… c'est étonnant en France l'écart entre les réalités et les discours qu'on tient dessus. Donc je continue, 83 MITTERRAND, on aurait pu faire avec MENDES. On recommence avec JOSPIN et c'est chaque fois le même débat, ça nous vieillit d'ailleurs vous comme moi parce qu'on a l'impression le matin…

JEAN-MICHEL APHATIE
Moi ça me rajeunit.

VINCENT PEILLON
Tant mieux, on lit la même chose qu'il y a 20 ans, 30 ans etc, les mêmes débats…

JEAN-MICHEL APHATIE
Entre la tonalité de campagne de François HOLLANDE…

VINCENT PEILLON
Avec les mêmes mots usés…

JEAN-MICHEL APHATIE
…et sa conférence de presse mardi, il y a un abime Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Excusez-moi, la maitrise des déficits a toujours été au coeur et comment on ferait autrement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais pas la baisse des charges, pas la baisse des dépenses publiques…

VINCENT PEILLON
…la baisse des cotisations sur les entreprises en gardant le même niveau de protection, parce que c'est l'essentiel, en avançant sur des questions de société, là ça va être la loi de fin de vie après le mariage pour tous. En faisant des priorités, l'égalité à l'école c'est la première des inégalités l'école, ce sont bien des réformes de gauche, il faut aussi les financer. Dons l'idée que la gauche gouverne mal, vous savez que quand Lionel JOSPIN arrive en 97, la droite elle-même avait dit qu'elle avait géré calamiteusement, nous sommes obligés de redresser les comptes sociaux, les comptes publics, nous sommes obligé de diviser le chômage des jeunes par deux. Nous revenons après dix ans de droite, on retrouve la même calamité…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc pat de virage à droite ?

VINCENT PEILLON
Mais évidemment non, mais une gauche qui doit gouverner…

JEAN-MICHEL APHATIE
La gauche de la gauche qui est inquiète, pas de raison…

VINCENT PEILLON
…gouverner dans la durée et servir l'intérêt de son pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui mais ça c'est autre chose…

VINCENT PEILLON
Non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le discours n'a pas changé ?

VINCENT PEILLON
La gauche est toujours au service de son pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord, très bien, vous êtes un peu isolé, enfin il n'y a que les ministres qui disent ça quoi.

VINCENT PEILLON
Ca n'est pas gênant, l'important c'est que l'action soit celle-là. Mais quand même, vous ne pensez pas que c'est une politique de gauche de donner la priorité à l'école, je vois d'ailleurs qu'elle est contestée encore par certains à droite et en particulier pour les fragiles ? Ce n'est pas une politique de gauche lorsqu'on fait la réforme fiscale de d'abord s'attaquer au patrimoine, aux grandes fortunes, à ceux qui sont dans les tranches supérieures de l'impôt sur le revenu ? Vous ne pensez pas que la garantie loyer c'est une mesure de gauche, ce qu'on a fait sur le logement ? Vous ne pensez pas, vous avez évoqué Benoît HAMON, que la loi sur la consommation et l'action de groupe ce sont des mesures de gauche ? Donc c'est une action de gauche, ça n'empêche pas et d'ailleurs elle a même besoin de l'efficacité économique et lutter contre le chômage me semble être une action pleinement de gauche.

JEAN-MICHEL APHATIE
Allez, on a tous la berlue, deux petites questions pour terminer, vous avez des nouvelles de Valérie TRIERWEILER ?

VINCENT PEILLON
Non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle peut rester première dame ?

VINCENT PEILLON
Ecoutez, moi je me suis fixé une règle, c'est de séparer strictement les commentaires…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une question politique.

VINCENT PEILLON
Non, pas pour moi et je dois vous dire et vous le savez d'ailleurs, que j'ai toujours été extrêmement choqué lorsqu'on cherche à mélanger les deux registres, ça vaut pur les politiques ; j'ai pu constater parfois que ça aussi pour les journalistes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je n'ai pas bien compris le sens de la réflexion, mais nous en reparlerons avec Vincent PEILLON plus tard, qui est avec les auditeurs ?

VINCENT PEILLON
Oui.

LAURENT BAZIN
C'est l'essentiel, 8h15 donc, Vincent PEILLON et toutes vos questions au 3210 et au 64900, cote « matin » pour vos questions par SMS n'hésitez pas. 07:56:06. FIN@ 8h15 - Deuxième partie, avec les auditeurs

VOIX OFF
Posez toutes vos questions à Vincent PEILLON, sur RTL, au 32.10.

VOIX OFF
Prenez la parole, sur RTL.

LAURENT BAZIN
Vincent PEILLON est revenu dans le studio pour répondre à vos questions, et je vous en remercie, Monsieur le Ministre de l'Education nationale.

VINCENT PEILLON
Merci à vous.

LAURENT BAZIN
Bonjour Christophe.

CHRISTOPHE
Bonjour.

LAURENT BAZIN
Christophe, d'Issoire, vous êtes professeur de technologie. Je précise que vous n'enseignez pas en ZEP, hein, je crois.

CHRISTOPHE
Non, je n'enseigne pas en ZEP.

LAURENT BAZIN
Allez-y, votre question au ministre.

CHRISTOPHE
Oui, bonjour Monsieur le Ministre.

VINCENT PEILLON
Bonjour.

CHRISTOPHE
Enchanté de pouvoir vous parler. Donc je vais vous dresser un petit peu ma situation. J'étais dans un lycée professionnel, et par mesure de carte scolaire, je suis TZR et je fais les remplacements professeur de technologie en collèges. Donc j'ai fait plusieurs collèges, j'ai commencé par des classes de 30/32, et là actuellement je suis dans un petit collège en Haute Loire, où j'ai des classes entre 16 et 22 élèves, et là je peux vous garantir que je vois la différence de travail. Quand on enseigne à des élèves où on est une vingtaine par classe, et des élèves où ion est une trentaine par classe, je peux vous dire que ce n'est pas du tout le même travail. J'ai entendu un petit peu l'émission, les élèves qui parlaient, le manque d'autorité du professeur, etc. etc., quand ont est à 20, l'autorité est là, quand on est à 30, on peut faire ce que l'on veut, l'autorité, au bout d'un moment, ça nous échappe.

LAURENT BAZIN
Donc, votre question, Christophe, c'est quoi ?

CHRISTOPHE
Donc, ma question, c'est : j'ai entendu tous les moyens que vous allez développer pour mettre en oeuvre une meilleure réussite, mais je ne vous ai pas entendu parler, justement, d'une diminution d'élèves par enseignant. Et à mon avis, de par ma petite expérience professionnelle, je peux vous dire pourtant que c'est le jour et la nuit.

VINCENT PEILLON
D'abord, vous avez parfaitement raison, c'est-à-dire que nous savons, et ce n'est pas toujours d'ailleurs exactement ce que pensent les gens, mais nous savons qu'il y a un nombre d'élèves optimum, pour la réussite éducative, c'est pas nécessairement 15/18, il y a un moment où on contraire il y a un manque d'émulation, mais c'est entre 20 et 25, et vous avez raison, la plupart de nos classes sont bien plus chargées. Comment peut-on faire qu'il y ait moins d'élèves par classe ? Eh bien ça veut dire qu'il faut qu'il y ait plus de professeurs, ça s'appelle un taux d'encadrement. De 2007 à 2012, 80 000 postes ont été supprimés, non seulement il y avait beaucoup d'élèves par classe, et les taux d'encadrement se sont dégradés considérablement, mais on ne trouvait même plus de professeurs, ni pour les embaucher, ni pour remplacer lorsque les professeurs sont malades. Et donc, toute notre politique, toute notre politique consiste précisément à répondre à la question que vous posez, c'est-à-dire être capable, d'abord, dans ce pays, de recruter des professeurs, en faisant de ce métier une certaine attractivité, eh y mettant un certain nombre de moyens, parce que ça a un coût pour le budget de l'Etat, c'est les 50 000 postes programmés par le président de la République, et puis bien entendu, et ça j'y tiens absolument, en concentrant d'abord ces moyens, là où les classes sont le plus difficile pour les professeurs. Vous êtes professeur de collège, je vous donne un exemple, parce que ça n'a pas été relayé, mais dans le plan que j'annonce, il y a 4 000 postes qui seront affectés, spécifiquement dans les années qui viennent, aux collèges, et aux collèges, évidemment, d'abord, les plus difficiles, pour permettre de travailler en groupes, de diviser les classes par deux et d'avoir de meilleurs résultats. Tout ce que nous avons dit aussi ce matin, qui concerne aussi le primaire, sur par exemple plus de maitres que de classes, c'est l'amélioration des taux d'encadrement, c'est la possibilité...

LAURENT BAZIN
Vous avez un objectif, Vincent PEILLON ? Vous pouvez nous dire, aujourd'hui, en moyenne, c'est combien d'élèves par classe, au collège ?

VINCENT PEILLON
Ah c'est très variable...

LAURENT BAZIN
En moyenne.

VINCENT PEILLON
C'est très variable selon les niveaux, c'est très variable selon, en moyenne...

LAURENT BAZIN
Il y a fréquemment des classes de 30, 278, 29, 30 élèves. Votre objectif, c'est des classes à 25 ?

VINCENT PEILLON
Déjà, en éducation prioritaire, nous sommes en dessous, donc ça dépend des éléments, nous sommes en dessous à peu près de 3. Oui, il faut se fixer un objectif qui est de diminution. Mais, vous voyez ce que vient de dire aussi ce professeur...

LAURENT BAZIN
Mais pas fixer d'objectifs en donnant un nombre.

VINCENT PEILLON
Non, je...

LAURENT BAZIN
Ça n'a pas de sens.

VINCENT PEILLON
Si, mais je veux vraiment essayer de vous montrer la réalité des problèmes français. En Haute Loire, c'est-à-dire en zone, qui est une zone rurale, ce monsieur dit : j'ai des classes de 16 22. Lorsqu'il était en zone urbaine, il avait des classes beaucoup plus chargées.

LAURENT BAZIN
C'est ce que dit Christophe, oui.

VINCENT PEILLON
D'accord, donc vous avez un déséquilibre territorial important en termes éducatifs. Si vous dites, et vous savez que la France peut se réjouir d'avoir de la démographie, donc j'ai 40 000 élèves de plus, en primaire cette année, ça absorbe des milliers de postes, pour le même taux d'encadrement, et 30 000 en lycées. Si je dis : il faut quand même essayer de mettre davantage de postes en zones urbaines, puisque c'est là que sont ces enfants, eh bien vous avez des manifestations dans toute la France, des territoires ruraux, et donc nous n'arrivons pas à équilibrer actuellement le taux d'encadrement entre les zones urbaines et entre les zones rurales. Exemple actuel, puisqu'il y a de très fortes polémiques à Toulouse. Toulouse, sur le centre-ville, vous avez plus d'élèves, et nous avons mis plus de postes, pour ne pas dégrader le taux d'encadrement, et par contre, évidemment les zones rurales où nous perdons des enfants, il y a moins de postes. Donc vous avez aussi cela à prendre en compte et c'est des choix nationaux à faire. Alors, aujourd'hui, le taux d'encadrement, avec cette hausse démographique, est en train de baisser un peu, c'est d'ailleurs l'objectif que j'avais donné l'année dernière, aucun département ne doit avoir son taux d'encadrement dégradé, comme c'était le cas les dernières années, mais il s'améliorera plus, je le redis ce matin, dans les zones où il y a le plus de difficultés scolaires.

LAURENT BAZIN
Merci Christophe. Bonjour Denis, de Nantes.

DENIS
Oui, bonjour Laurent, bonjour Monsieur le Ministre.

VINCENT PEILLON
Bonjour.

DENIS
Alors, moi, ma question. J'ai ma fille qui est étudiante en master d'anglais dans la région parisienne, et dans le cadre de sa deuxième année de formation, elle se retrouve à enseigner 6 heures, et elle a atterri dans une ZEP, et je voudrais savoir si vous trouviez ça normal pour une jeune sans expérience, d'atterrir dans les quartiers plutôt difficiles, on va dire ?

VINCENT PEILLON
Ecoutez, a dépend de l'accompagnement dont elle bénéficie. Je ne crois pas qu'il faut totalement sortir, et vous avez vu, c'est quand même 20 %, hein, les Zones d'éducation prioritaire en France c'est 20 % de l'ensemble de l'Education nationale. Ces jeunes, comme d'autres, peuvent être appelés demain, d'ailleurs, à travailler dans ces zones. Ce que je crois, c'est que l'on doit former les enseignants, qu'on doit les accompagner, et c'est ce que nous faisons avec les écoles supérieures, vous dites d'ailleurs qu'elle fait 6 heures, vous vous souvenez qu'il y a deux ans encore c'était pas 6 heures, c'était 18 d'emblée. Donc c'est quand même très important et le reste des heures, j'espère qu'elle est accompagnée, c'est en tout cas ce que j'ai demandé. Mais je voudrais insister là-dessus, ce que nous devons...

LAURENT BAZIN
C'est le cas, Denis, votre fille est accompagnée ou est-ce qu'elle enseigne toute seule ?

DENIS
Alors, elle a une tutrice, mais elle a du mal, beaucoup, à l'avoir, elle a du se battre pour en obtenir une, si vous voulez.

VINCENT PEILLON
Ça ne m'étonne pas, et vous voyez, c'est un des problèmes que nous avons là, c'est la remise en place de tout ça. Les jeunes qui seront même nommés, mais les jeunes et les moins jeunes d'ailleurs, qui seront nommés en Zone d'éducation prioritaire, on appellera ça autrement, hein, les REP, ceux-là auront un tuteur, pourront choisir leur poste, viendront avant la rentrée, auront de la formation continue. Imaginez, dans le primaire c'est 9 journées pleines pour se concerter avec les collègues et 3 journées pleines pour se former. Il y aura des équipes de formateurs sur place, c'est ça qui est important, il faudrait que les uns et les autres on arrive à comprendre que la clef de la réussite, il y a 30 ans d'échec quand même, la clef de la réussite ça ne sera pas seulement les moyens. Oui, je mets les moyens quand ils sont utiles au changement des pédagogies, nous devons travailler différemment, travailler avec les parents, avoir des méthodes pédagogiques variées, nous servir du numérique, être capable, les uns et les autres de tisser des liens, qui sont des liens positifs pour les enfants. Il y a des expériences qui marchent, et l'ensemble de ce que nous avons fait, soit en regardant l'étranger, sans en regardant les territoires où il y a des résultats, ce sont des mesures qui doivent produire des effets, et nous nous évaluerons au fur et à mesure, car on ne peut pas continuer, même à prendre des mesures, même à mettre de l'argent et à ne pas avoir de résultats au bout.

LAURENT BAZIN
Vous avez été candidat dans la Somme, une dernière question. Vous venez de parler des territoires, vous qui avez été candidat, chez nous, dans la Somme, dit Patricia d'Abbeville, est- ce que vous accepteriez que la Picardie disparaisse ? Il y a déjà « Touche pas à ma Picardie », ça existe sur Internet ce matin. Etes-vous hostile à cette idée ?

VINCENT PEILLON
Non, pas du tout. Je n'ai pas seulement été candidat...

LAURENT BAZIN
D'accord pour la disparition de la Picardie.

VINCENT PEILLON
Ce n'est pas la question de la Picardie, je pense...

LAURENT BAZIN
C'est une question qui va se poser clairement.

VINCENT PEILLON
Je pense que nous avons trois sujets. Une dépense publique d'Etat, et vous avez vu, c'est quand même des économies importantes qu'il faut faire. il faut jouer là-dessus et d'ailleurs l'Education nationale, je le dis, parce qu'avec ces histoires de postes, les gens ne le mesurent pas. Nous faisons l'effort, j'y contribue, et je pense que c'est normal et que nous devons faire encore davantage. Il y a deuxièmement...

LAURENT BAZIN
Donc vous ne dites pas, ce matin, « Touche pas à ma Picardie ».

VINCENT PEILLON
Il y a, deuxièmement, les collectivités locales. J'ai été parlementaire dans la Somme, je connais bien les collectivités locales avec les différentes responsabilités que j'ai exercées, oui nous pouvons faire mieux pour la dépense publique, aussi avec les collectivités locales, en se regroupant, en définissant mieux quels sont... Et puis troisièmement, il y aura la question des dépenses sociales. Donc je crois que cette question, nous devons l'aborder tous ensemble...

LAURENT BAZIN
Suppression de la Picardie ou pas ?

VINCENT PEILLON
Nous devons l'aborder tous ensemble et nous...

LAURENT BAZIN
Suppression de Poitou-Charentes...

VINCENT PEILLON
Ah ah ah...

LAURENT BAZIN
Vous voyez ce que je veux dire ? Vous ne me répondez pas, vous ne voulez pas, je comprends, c'est embêtant pour vous, mais...

VINCENT PEILLON
Non, pas du tout, c'est que vous voulez créer des blocages et moi je veux réussir, et donc il y a une méthode pour ça, voyez, et donc ce travail va commencer. Mais sur la Picardie, je vous le dis, je la connais bien, la Somme Abbeville, l'Aisne vit à la fois sur le Nord, c'est le cas quand vous êtes en Thiérache, et lorsque vous êtes à Château-Thierry, vous vivez sur Reims, Champagne-Ardenne Nord. Lorsque vous êtes dans l'Oise, Oise Sud, vous vivez sur l'Ile-de-France. Bon, donc on a toujours eu un problème et j'ai toujours eu un problème comme responsable socialiste de l'ensemble de la Picardie, à faire travailler cette région, ensemble. Maintenant, un salut amical à mes amis Picards.

LAURENT BAZIN
Oui, et un joker au passage. Merci d'avoir été notre invité, ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 janvier 2014

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