Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, à "RTL" le 21 janvier 2014, sur la recapitalisation de l'entreprise PSA, avec l'entreprise chinoise Dongfeng et l'Etat français. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, à "RTL" le 21 janvier 2014, sur la recapitalisation de l'entreprise PSA, avec l'entreprise chinoise Dongfeng et l'Etat français.

Personnalité, fonction : MONTEBOURG Arnaud, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre du redressement productif;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour, Arnaud MONTEBOURG.

ARNAUD MONTEBOURG
Bonjour, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
La société PSA qui fabrique les véhicules PEUGEOT CITROEN a officiellement confirmé hier sa décision d'augmenter son capital de 3 milliards d'euros. Une première augmentation de capital dit PSA serait réservée au partenaire chinois DONGFENG, puis viendrait une deuxième augmentation de capital, à laquelle DONGFENG participerait et que l'Etat français dit PSA pourrait accompagner. Cette présentation des choses vous convient-elle Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, l'Etat est prêt, nous l'avons depuis longtemps à PSA, Pierre MOSCOVICI et moi-même, puisqu'il s'agit d'un projet de développement et de croissance mondiale pour PSA et c'est aussi une alliance. Une alliance entre finalement deux industriels DONGFENG qui est un industriel chinois, de taille modeste, comme d'ailleurs PSA, 3 millions de véhicules, l'un et l'autre. Ce sont des acteurs régionaux qui décident ensemble de fabriquer un géant mondial. Pour donner un exemple, PSA fabrique 3 millions de véhicules dans le monde, et RENAULT NISSAN 8 millions. Donc on voit la différence des tailles et ne pas aujourd'hui, augmenter sa taille, c'est risquer l'élimination. Et c'est d'ailleurs puisque PEUGEOT et CITROEN avaient raté ces 10 dernières années sont internationalisation, qui ne veut pas d'ailleurs dire délocalisation, comme l'avait réussi VOLKSWAGEN, comme l'a réussi RENAULT NISSAN. Le risque c'est que PSA disparaisse de la carte mondiale. Donc notre soutien à cette alliance intelligente qui est une alliance industrielle, évidemment se manifeste par notre disponibilité pour entrer dans le capital.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour rentrer dans le capital. Les trois partenaires ! PSA, DONGFENG, Etat à parts égales ou comme on croit le comprendre dans le communiqué de PEUGEOT, DONGFENG est favorisé par rapport à l'Etat ?

ARNAUD MONTEBOURG
C'est une discussion en cours. Mais vous comprenez bien que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quel est votre but ? Votre objectif ?

ARNAUD MONTEBOURG
Nous en avons discuté avec les autorités chinoises. Pourquoi ? Parce que DONGFENG est une entreprise publique, donc il y a en fait, une alliance…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'Etats.

ARNAUD MONTEBOURG
Une forme d'alliance entre deux Etats, disons-le nettement. Une alliance industrielle et cette alliance, elle garantit l'équilibre de, finalement des projets. Elle garantit aussi l'ancrage français et en même temps la croissance et le développement, dans la zone asiatique. Car DONGFENG cherche à se développer en Asie. C'est une entreprise qui n'a pas de technologie, qui n'a pas de marque et qui cherche à en acquérir et souhaite le faire avec un partenaire européen.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc les trois partenaires à égalité ? Les trois partenaires à égalité ?

ARNAUD MONTEBOURG
Nous le voyons comme ça ! Pourquoi ? Parce qu'il s'agit en fait d'une alliance sur pied d'égalité et qui permet à la France et à PSA de se déployer à nouveau et surtout de garantir un très bon niveau de production, de ses usines, de ses centres de décision, de ces centres de recherche développement en France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il y a discussions encore, donc visiblement…

ARNAUD MONTEBOURG
C'est une discussion en cours, je ne peux pas vous donner des détails sur quelque chose qui n'est pas achevé.

JEAN-MICHEL APHATIE
On parle de 14 % pour chacun des trois partenaires, ça paraît crédible ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je ne peux pas vous donner de détails, mais vous voyez bien à peu près, ce qui se dessine.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les marchés qui vont vite dans ces histoires, parlent de lion à trois têtes, ce qui est une manière de dire que trois blocs égaux pour diriger une entreprise, ça ne peut pas marcher. Ca n'est pas inquiétant ça ?

ARNAUD MONTEBOURG
D'abord, ce sont des gens qui ont des accords, ces trois têtes n'en font qu'une ! D'abord parce que les actionnaires, vous savez…

JEAN-MICHEL APHATIE
Peut-être ! Peut-être pas !

ARNAUD MONTEBOURG
Ne dirigent pas les entreprises. Les actionnaires, ils les surveillent, ils les épaulent, les soutiennent, ils les soutiennent financièrement, par des idées. Mais les actionnaires ne dirigent pas les entreprises, c'est les directions opérationnelles. Et nous avons toute confiance en Carlos TAVARES qui va succéder à Philippe VARIN, dans les mois qui viennent, par une transmission douce, parce que c'est un professionnel de l'automobile, qui a une vision de l'innovation en la matière et donc il a fait la preuve, quand il était numéro deux de RENAULT.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est l'Etat qui va présider le conseil de surveillance, après cette opération ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ces décisions ne sont pas prises, mais une chose est sûre, c'est qu'être présent dans le capital de PSA, c'est un acte de patriotisme industriel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ça suppose que finalement l'Etat qui intervient de multiples manières, il organise la résistance économique, lorsque nous avons des défaillances d'entreprise. Il remet de l'ordre dans le désordre, c'est le cas dans les télécoms. Il investit là où nous avons à trouver des solutions pour garantir, protéger, défendre des intérêts industriels. C'est le cas ! Nous avons, vous savez, 71 % participations dans les grandes entreprises françaises, qui pèsent 68 milliards. Nous avons décidé d'ailleurs d'en vendre de façon homéopathique, à petites doses, dans un certain nombre d'entre elles, pour réinvestir dans une entreprise comme par exemple PSA. Ca ne coûtera pas d'argent aux contribuables, c'est de la gestion dynamique pour agir conformément à des stratégies industrielles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez vendre des participations dans d'autres sociétés…

ARNAUD MONTEBOURG
C'est déjà fait ! Vous savez qu'on a vendu pour 1,9 milliard EADS, SAFRAN notamment, on a les participations qui nous permettent de le faire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qui vous permettent d'entrer au capital de PEUGEOT sans que ça coûte de l'argent aux contribuables, d'accord !

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, je rappelle par exemple que la Banque Publique d'Investissement que nous avons crée, a 1500 participations dans des entreprises, des PME que vous ne connaissez d'ailleurs peut-être pas ! Mais pour plusieurs milliards, donc nous le faisons tous les jours. Et que ce soit dans des PME ou des grands groupes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc ce serait logique que l'Etat préside le conseil de surveillance ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je ne peux pas vous répondre monsieur APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'accord doit-il être bouclé avant le 19 février, date de présentation des résultats financiers de PSA ?

ARNAUD MONTEBOURG
En tout cas, les choses avancent bien. Le voyage en Chine a été très productif, et je crois qu'il y a une compréhension mutuelle de l'ensemble des parties, ce qui nous permet d'imaginer un rebond que nous espérons spectaculaire de PSA. Je dois dire que d'ailleurs…

JEAN-MICHEL APHATIE
Avant le 19 février l'accord ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je le pense, c'est ce que je viens de vous dire. Je ne peux pas le garantir, car cela doit être fait dans les délais qui sont prévus par les organes de direction.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que cet accord vous garantit l'emploi pour les 100 000 personnes qui travaillent actuellement en France pour PSA ?

ARNAUD MONTEBOURG
D'une certaine manière oui, parce que d'abord le groupe PSA s'est engagé. Il s'est engagé vis-à-vis des organisations syndicales, de l'Etat, et il s'est engagé à produire un million de véhicule en France. C'est-à-dire plus qu'aujourd'hui. Il s'est engagé à affecter à chacun des sites français, un nouveau véhicule d'ici 2016, pour des investissements totaux de 1,5 milliard que permet précisément cette augmentation de capital. Donc nous avons des engagements du groupe PSA, c'est un accord de compétitivité, qui a été signé par 63 % des salariés à travers leurs organisations syndicales. Donc nous avons un dispositif de retour à la rentabilité, à la compétitivité, d'augmentation de capital, d'alliance industrielle mondiale. Nous avons tout pour réussir faire en sorte que PSA se remette à créer des emplois en France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Toutes les réponses définitives dans moins d'un mois, puisque le 19 février, la société présentera ses résultats financiers. Le président de la République présente ce matin, ses voeux aux partenaires économiques, vous croyez au pacte de responsabilité Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, je crois s'il est équilibré, c'est-à-dire les efforts qui sont faits par les Français, pour soutenir leurs entreprises, doivent être suivis de création d'emploi en nombre important. J'étais hier autour du préfet du Tarn avec des patrons ayant des petites entreprises dans le Tarn, il y avait le président du MEDEF, le président de la Chambre de Commerce, je leur ai dit : est-ce que vous êtes prêts à créer des emplois en contrepartie des baisses de cotisations familiales ? Ils ont tous répondu : oui, et nous prendrons des engagements, parce que nous y sommes prêts.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c'est extraordinaire ! Donc il suffit de baisser les charges pour créer des emplois. Pourquoi vous ne l'avez pas fait avant ? Pourquoi vous ne l'avez pas dit pendant la campagne ?

ARNAUD MONTEBOURG
Nous avons fait le CICE, monsieur…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi vous ne l'avez pas dit pendant la campagne électorale, si c'est si simple que ça ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je vais vous dire, monsieur APHATIE, que ce qui pour le moment bloque…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une découverte ?

ARNAUD MONTEBOURG
C'est plutôt les contreparties. Vous avez remarqué !

JEAN-MICHEL APHATIE
Non !

ARNAUD MONTEBOURG
D'ailleurs monsieur BERGER de la CFDT a dit : nous, nous voudrions que les contreparties soient sur la table ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Il suffit de baisser les charges pour créer des emplois ?

ARNAUD MONTEBOURG
Il faut aussi qu'il y ait un peu de croissance, vous avez remarqué, il faut les deux ! On a envie de répondre : les deux mon Général !

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, d'accord ! Voilà ! Arnaud MONTEBOURG, ministre du Redressement productif était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée !

LAURENT BAZIN
Merci, Arnaud MONTEBOURG. Bonne journée à vous !

ARNAUD MONTEBOURG
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 janvier 2014

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