Interview de Mme Cécile Duflot, ministre de l'égalité des territoires et du logement, à France Info le 30 janvier 2014, sur le gaz de schiste, le bilan de la construction de logements en 2013 et la garantie universelle des loyers (GUL). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Cécile Duflot, ministre de l'égalité des territoires et du logement, à France Info le 30 janvier 2014, sur le gaz de schiste, le bilan de la construction de logements en 2013 et la garantie universelle des loyers (GUL).

Personnalité, fonction : DUFLOT Cécile.

FRANCE. Ministre de l'égalité des territoires et du logement

ti : JEAN LEYMARIE
Bonjour, Cécile DUFLOT.

CECILE DUFLOT
Bonjour.

JEAN LEYMARIE
Arnaud MONTEBOURG continue à défendre le gaz de schiste. Ça fait un moment qu'il le défend. Est-ce que ça vous dérange ?

CECILE DUFLOT
Ecoutez, d'abord, il y a une chose important, c'est qu'il y a la position du gouvernement qui a été réitérée à de nombreuses reprises, par le ministre de l'Ecologie, par le Premier ministre et même affirmé fortement par le président de la République. Donc c'est ça l'essentiel. Ensuite ce que je constate, je ne parle pas pour mon collègue Arnaud MONTEBOURG, dont on connait le caractère et les modes d'expression. C'est qu'il y a des sortes de vague d'opération sur le gaz de schiste exactement comme ce qu'on avait connu sur les OGM, qui ressemblent à de l'intoxication, qui sont nourris par des lobbies, des intérêts économiques…

JEAN LEYMARIE
Qui fait de l'intoxication ?

CECILE DUFLOT
Un certain nombre de gens qui sont promoteurs de cette idée-là !

JEAN LEYMARIE
Mais ma question portait sur Arnaud MONTEBOURG, est-ce qu'Arnaud MONTEBOURG fait de l'intoxication ?

CECILE DUFLOT
Je dis que ceux qui aujourd'hui expliquent que l'avenir énergétique c'est d'essayer d'aller chercher en fracturant le sous-sol, en faisant des explosions, qui mettent en danger les ressources d'eau, notamment la dernière goutte de l'ultime goutte de pétrole, se trompent ! Pourquoi ? Parce que le vrai bon scénario c'est la transition énergétique. C'est-à-dire la capacité de produire des énergies qui sont des énergies propres et renouvelables. C'est là qu'il faut consacrer notre énergie intellectuelle, les chercheurs, le travail scientifique. Des pays comme le Danemark, aujourd'hui sont capables d'assurer 100 % de leur besoin en électricité par la production éolienne. Donc il faut savoir que ce chemin-là, la Chine le prend, d'autres pays le prennent. C'est aujourd'hui qu'il faut le prendre. Il ne faut pas s'accrocher aux énergies fossiles, et puis il faut aussi faire un travail sur les économies d'énergie. Ça se sait peu ! Mais le plan de rénovation énergétique de l'habitat qu'on a lancé, il est allé dès l'année 2013, au-delà de ses objectifs. On parle souvent des objectifs pas tenus, en matière de rénovation énergétique de l'habitat, nous y arrivons et nous allons aller encore plus loin. Parce que les gens qui nous écoutent, aujourd'hui, s'ils veulent faire des économies, c'est sur leur facture de chauffage qu'il est rapide et facile de le faire.

JEAN LEYMARIE
Selon LE CANARD ENCHAINE, le ministre du Redressement productif veut publier un rapport sur une nouvelle technique qui utilise…

CECILE DUFLOT
C'est votre copain du matin !

JEAN LEYMARIE
Du fluor propane, avez-vous lu ce rapport Cécile DUFLOT ?

CECILE DUFLOT
Non, mais quand je vous disais, il y a beaucoup de fables autour de cette histoire, vous vous souvenez des avions renifleurs, vous vous souvenez d'autres sujets, on se souvient de ce qui a été dit sur la Pologne, qui avait des ressources extraordinaires où on voit qu'un certain nombre de pétroliers se retirent de la Pologne, parce que ça ne fonctionne pas ! Autour du pétrole, autour de cette énergie et de ce produit si précieux, parce qu'il peut faire des millions de choses, parce qu'il peut produire des plastiques extraordinaires. Je pense que nous devons avoir une approche comme un bien de première nécessité, c'est-à-dire qu'il faut le conserver et il faut développer d'autres énergies. Et donc je pense que sur cette question énergétique, il ne faut être pas dupe de l'opération régulière, tous les trois mois, quatre mois, cinq mois, ces temps-ci, il y a des grands articles, des promoteurs…

JEAN LEYMARIE
Donc pour vous, cette technique n'est pas « plus propre » entre guillemets que les autres ?

CECILE DUFLOT
Aujourd'hui, d'ailleurs, c'est un rapport qui a été rendu par des parlementaires qui sont très favorables, au gaz de schiste, ils disent qu'aujourd'hui on ne peut produire du gaz de schiste, pour la bonne et simple raison que les gaz et huiles de schiste sont emprisonnés dans des pierres très dures, qu'en les fracturant. Donc ça veut dire fracturer le sous-sol avec tout ce que ça représente comme conséquence, mais aussi avec ce que ça empêche comme transition énergétique.

JEAN LEYMARIE
Les propos d'Arnaud MONTEBOURG ne vous mettent pas mal à l'aise au gouvernement ? Vous vous y sentez toujours à l'aise ?

CECILE DUFLOT
La question c'est de savoir ce que l'on fait monsieur LEYMARIE. Et ce que l'on fait, c'est ce qu'a dit le président de la République, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'exploitation, pas d'exploration de gaz de schiste. Mais ça nous permet de débattre de ce sujet pendant 20 minutes. Moi, ça ne me gêne pas, mais en même temps, je pense qu'il faut arrêter cette espèce de petite provoc régulière.

JEAN LEYMARIE
Le président de la République, puisque vous parlez de ses objectifs, en a un donné un ! Pour le logement, 500 000 logements par an, l'an dernier, seulement 332 000 logements ont été construits, c'est non seulement loin de l'objectif, mais moins que l'année précédente. Pourquoi ?

CECILE DUFLOT
D'abord parce qu'on est dans une crise compliquée. Mais cet objectif de 500 000, il est intéressant. Ce n'est pas un objectif facile…

JEAN LEYMARIE
Est-ce que c'est un objectif comme pour le chômage, inversion de la courbe etc. ?

CECILE DUFLOT
Je vais vous dire, il y a quelque chose de similaire, c'est la mobilisation et la volonté de s'attaquer à une crise. C'est tout aussi insupportable de faire face à la crise du logement que nous connaissons aujourd'hui, que de savoir qu'il y a de millions de familles dans notre pays qui sont dans une grande inquiétude à cause du chômage. La crise du logement, pour s'attaquer aux racines du problème, il faut construire 500 000 logements par an. Depuis 30 ans en France, il y a eu 3 années où on a dépassé les 375 000 mises en chantier par an. Donc c'est un objectif qui est très éloigné pour tout le monde. Mais c'est l'objectif rigoureux pour s'attaquer à la difficulté profonde que connait notre pays. Donc il faut garder cet objectif, mais il faut se dire que ce n'est pas avec les moyens habituels que nous allons y arriver. Donc la politique du logement, c'était trois étapes, une étape d'urgence dont vous avez dit, effectivement la situation de 2013, n'était pas satisfaisante, mais on craignait qu'elle soit pire. Donc nous avons résisté avec les professionnels dans une période difficile. Puisque par exemple, il y a eu plus 14 % d'autorisation pour des logements sociaux. Donc la mobilisation à la fois contracyclique et en faveur du logement social, elle a tenu ses promesses. Et deuxièmement, il y a la loi Alur qui va être votée dans quelques jours, qui va permettre de changer structurellement la question du logement, notamment avec l'encadrement des loyers, parce qu'il fallait mettre fin à cette espèce de folie sur les prix de l'immobilier. Et puis il faut et c'est ce que nous faisons, avec tous les professionnels, avec tous les intervenants du secteur de la construction, essayer de casser ce plafond de verre, qui nous empêche de dépasser 400 000 mises en chantiers par an, et atteindre cet objectif. Ça passe par la baisse des coûts de constructions, ça passe par des nouvelles techniques constructives, je pense à la construction bois où on va plus vite et moins chère et on est très efficace en matière d'émission de gaz à effet de serre, notamment. Mais ça passe aussi par la possibilité de mobiliser les terrains, le foncier, et aussi de construire par exemple un étage supplémentaire sur certains bâtiments, ça peut fonctionner, ça peut être très confortable, c'est un chantier très vaste.

JEAN LEYMARIE
Sur les loyers, madame la ministre, vous défendez toujours la garantie universelle des loyers, vous étiez venue nous en parler, il y a quelques mois. Vous la vouliez obligatoire, finalement, elle va être facultative. Je rappelle juste d'un mot, c'est une garantie publique contre les impayés. Sécurité sociale du logement disiez-vous à une époque. Pourquoi avez-vous reculé Cécile DUFLOT ?

CECILE DUFLOT
Alors d'abord, il n'y a aucun changement, sur la garantie universelle des loyers, la seule chose qui a changé, c'est la taxe qui était obligatoire. Désormais, mais je vous invite, alors là, faites du « fact checking » journalistique, regardez ce que je vous avais dit, cette garantie se substitue à la caution. C'est-à-dire qu'elle remplacera la caution. Ce sera une garantie publique, gratuite…

JEAN LEYMARIE
On pourra toujours utiliser le système de la caution ?

CECILE DUFLOT
Oui, mais enfin, il faudra être idiot pour utiliser un système qui ne fonctionne pas aujourd'hui, puisqu'il y a moins de 50 % des cautions qui sont mobilisables, qui est très inégalitaire, alors qu'il y aura une garantie efficace sur le montant du loyer, public et distribué par des prestataires qui seront très proches des propriétaires. Pourquoi vous avez du mal à y croire, comme tout le monde ? Parce que c'est un droit nouveau, parce qu'on créait un dispositif plus intelligent, plus robuste qui va aussi prévenir les expulsions. Vous savez, on est à quelques jours de l'anniversaire de l'appel de l'Abbé Pierre, qui est pour moi un sujet essentiel, parce que…

JEAN LEYMARIE
On va en parler d'ailleurs sur FRANCE INFO.

CECILE DUFLOT
Oui, parce que ce qu'il disait, c'était qu'il était inacceptable que des gens soient à la rue. Pourquoi il y a des gens qui sont à la rue ? Parce que et je fais le lien avec ce que vous disiez sur le chômage, aujourd'hui, on vit une crise sociale. Et cette crise, elle a des conséquences, je pense en particulier aux plus de 50 ans, qui réussissent à résister avec leurs indemnités pendant un an, deux ans et puis ensuite se trouvent complètement coincés. Et donc nous devons mener la bataille sur tous les fronts. Mais la garantie universelle des loyers, c'est un droit nouveau. Oui, ce sera une garantie pour tout le monde, oui, elle sera universelle puisqu'elle sera ouverte à tous, sans aucune distinction et elle aidera davantage les plus jeunes, qui sont ceux qui ont le plus de mal pour avoir à un logement, parce qu'aujourd'hui, il y a une forme de discrimination, soit on a un carnet d'adresse ou de la famille, et c'est plus facile d'accéder au logement, soit on peut en être durablement exclu.

JEAN LEYMARIE
Les professionnels de l'immobilier ont beaucoup attaqué votre projet, pendant des mois, ont-ils gagné ?

CECILE DUFLOT
Ecoutez, moi, je sais qu'effectivement certains étaient opposés à l'encadrement des loyers, opposés à la garantie universelle, et pourtant c'est des choses que j'avais annoncé depuis le début…

JEAN LEYMARIEI
ls ont obtenu ce changement au moins sur la garantie universelle des loyers ?

CECILE DUFLOT
Mais je vous dis que la garantie universelle des loyers, elle est exactement comme nous avions eu l'idée, c'est-à-dire un dispositif universel, qui s'adresse à tous, gratuit, ça c'est effectivement…

JEAN LEYMARIE
Mais qui ne remplace pas la caution ?

CECILE DUFLOT
Si qui remplace la caution. Si qui remplace la caution. On ne pourra pas cumuler les deux. Donc ça remplacera la caution, le travail d'ailleurs va se poursuivre au Sénat et j'invite tous ceux qui se posent des questions à regarder ce qu'est le travail parlementaire, sur le site du Sénat, et vous verrez. Mais je sais que certains ont raconté une légende autour de cette garantie universelle des loyers. La meilleure démonstration, ce sera quand elle sera effective et qu'elle permettra à des jeunes, à des familles, à des couples de 40 ans, qui travaillent, qui ont deux enfants et à qui on demande encore que leurs parents se portent caution, d'être dans une autre logique et d'être plus autonomes. Voilà, ce sera un vrai progrès social, vous verrez.

JEAN LEYMARIE
Depuis quelques jours, dans le secteur du logement, dans votre secteur Cécile DUFLOT, une nomination est critiquée, celle de Thomas LE DRIAN, le fils du ministre de la Défense. Il a rejoint le comité exécutif du directoire de la SNI, le premier bailleur social de France. Il a seulement 29 ans, l'opposition dénonce du favoritisme. Est-ce que vous défendez cette nomination ?

CECILE DUFLOT
D'abord ce n'est pas une nomination. Il y a environ 800 organismes de logement social en France. Ce sont des organismes privés, qui décident de leurs recrutements. Je ne suis pas DRH des organismes de logements sociaux.

JEAN LEYMARIE
On parle du groupe de la CAISSE DES DEPOTS là ?

CECILE DUFLOT
Oui, mais il s'agit d'une société de droit privé qui fait ses propres recrutements. Ca c'est un premier élément. Le deuxième élément c'est que les bailleurs sociaux ont un devoir d'exemplarité, dans leur mission, dans leur manière d'exercer leur mission. Et là, l'Etat a le pouvoir de contrôler la manière dont les organismes de logements sociaux remplissent leurs missions, dans leur manière de travailler, mais surtout dans l'atteinte de leurs objectifs de construction. Et ça, la ministre que je suis, y suis, y est très, très sensible.

JEAN LEYMARIE
Elle vous choque ou pas cette désignation ?

CECILE DUFLOT
Il se trouve que, mais franchement, je vous le dis, les règles de recrutement sont des règles de recrutement, d'un organisme privé. Oui, ce qui aurait pu me choquer, c'est si la ministre que je suis ou un membre du gouvernement nommait des proches à tel ou tel poste. Ce n'est pas le cas, il ne faut pas tout mélanger. Je le dis, un organisme privé qui recrute des collaborateurs dans un cadre qui est un cadre normal. Et ensuite, un devoir celui de construire des logements sociaux. Mais si vous me permettez un mot ! Je sais que vous n'avez pas envie, mais je vais vous le dire quand même. J'ai entendu hier, de la part…

JEAN LEYMARIE
C'est l'horloge, c'est tout !

CECILE DUFLOT
De la part des députés UMP des propos absolument abjects, des mises en cause personnelles, je pense que certains députés UMP font n'importe quoi aujourd'hui. Et moi, je pense à ceux de droite qui ont eu un peu honte hier, je pense qu'il est très bien qu'il y ait une droite républicaine dans notre pays, qui ne s'abaissent pas à des polémiques qui sont des polémiques assez désastreuses.

JEAN LEYMARIE
Merci, Cécile DUFLOT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 janvier 2014

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