Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à France 2 dans l'émission "Les 4 vérités" le 6 fevrier 2014, sur l'avenir des réformes de société, notamment la loi sur la famille et la procréation médicalement assistée (PMA), la concurrence entre taxis et voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) et le pacte de responsabilité. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à France 2 dans l'émission "Les 4 vérités" le 6 fevrier 2014, sur l'avenir des réformes de société, notamment la loi sur la famille et la procréation médicalement assistée (PMA), la concurrence entre taxis et voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) et le pacte de responsabilité.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, SICARD Roland.

FRANCE. Premier ministre;

ti : ROLAND SICARD
Bonjour à tous. Bonjour, Jean-Marc Ayrault.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonjour.

ROLAND SICARD
Le gouvernement a donc décidé de retirer du programme la loi sur la famille. Ca créait un malaise dans la majorité, l'opposition, elle, parle de reculade. Est-ce que comme elle le dit, le gouvernement ne cède pas trop souvent ? Trop vite ? Ce n'est pas votre impression ?

JEAN-MARC AYRAULT
Vous savez, moi, je vais vous dire en toute sérénité, que je suis le Premier ministre, chef d'une équipe gouvernementale, qui n'est pas là pour gérer les affaires courantes. Je suis là pour poursuivre le chantier des réformes qui a été engagé depuis le début du quinquennat du président de la République. Moi, j'ai une feuille de route et je la relis régulièrement, c'est la déclaration de politique générale que j'ai faite en juillet 2012 et qui reflète l'ensemble des engagements du président de la République, pour son quinquennat. Et quand je regarde ce que nous avons fait depuis des mois, depuis 20 mois, il n'y a jamais eu autant de réformes engagées en France. Moi, je suis le garant de la poursuite des réformes. Et cela vaut aussi pour la famille. Mais en même temps, je suis pour que ces réformes s'engagent dans un climat apaisé alors que là on est dans une espèce de surenchère et d'hystérisation. Je ne veux pas que les partisans du conservatisme, j'allais dire même du retour en arrière, de la réaction proprement dite, qui vont sur le pavé, qui par exemple veulent même remettre en cause la loi Veil sur l'avortement qui est l'IVG, qui était une loi de progrès. C'est ceux-là ! Et je veux que ça ne soit pas eux qui dominent les débats et donc je veux faire en sorte qu'on démine et qu'on aille à l'essentiel par le dialogue. Mais en même temps, je ne renoncerais pas aux réformes y compris pour améliorer la vie des familles.

ROLAND SICARD
Ça veut dire que cette loi sur la famille, elle est reculée, mais qu'elle sera quand même présentée ?

JEAN-MARC AYRAULT
D'abord il y avait un grand projet…

ROLAND SICARD
A quelle échéance ?

JEAN-MARC AYRAULT
Qui a été préparé et qui n'est pas encore abouti, par Dominique Bertinotti, qui fait un travail formidable.

ROLAND SICARD
La ministre de la Famille.

JEAN-MARC AYRAULT
Cette concertation va se poursuivre tout au long de l'année 2014. Mais il y a un certain nombre de dispositions très concrètes, que je sais que les parlementaires vont reprendre par des propositions de loi. Je prends un exemple, vous avez des hommes qui montent dans les grues, vous vous souvenez de ces évènements spectaculaires, douloureux, je ne dis pas qu'ils ont raison, mais ça exprime un malaise, par exemple concrètement, c'est la question de l'exercice de l'autorité parentale, lorsqu'il y a séparation, lorsqu'il y a divorce. Les textes actuels représentent bien des opportunités, mais elles ne règlent pas tout. Il y a des mesures concrètes, qui sont à l'ordre du jour, que les parlementaires vont reprendre. Le gouvernement est tout à fait prêt à les examiner, sans tarder. Après, il y a des questions plus complexes, sur lesquelles il faut dépassionner et sortir surtout de tous les faux débats, on a dit par exemple qu'on voulait à travers ce projet de loi, mettre en place la gestation pour autrui, la GPA, c'est absurde ! Qu'on voulait mettre en place…

ROLAND SICARD
Les mères porteuses.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, qu'on voulait mettre la théorie du genre à l'école. Que des mensonges, qu'il faut absolument combattre. Je ne suis pas dupe ! Il y a des forces réactionnaires dans notre pays, celles qui veulent revenir en arrière, comme en Espagne. Ces forces réactionnaires montent partout en Europe. Donc moi, si j'ai un appel à lancer et je le lance ce matin, c'est aux forces de progrès qui ne sont pas seulement de la gauche, mais beaucoup à gauche, qui veulent que le mouvement continue. Mais enfin, c'est mon gouvernement qui a fait voter la loi pour le mariage pour tous ! Ce n'était pas facile, est-ce que nous avons cédé ? Nous l'avons fait ! C'est mon gouvernement qui a fait voter la fin du cumul des mandats, on en parlait depuis 30 ans. C'est mon gouvernement qui va faire voter avec Najat Vallaud-Belkacem, la loi pour renforcer les droits des femmes égalité homme/femme dans notre société. Donc on va continuer, nous incarnons la République du progrès. Et je n'ai pas du tout l'intention de renoncer, c'est le sens de tout mon combat.

ROLAND SICARD
Ca veut dire que les réformes de société vont continuer, même si la priorité c'est le chômage ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais écoutez, ce que j'aimerais qu'on retienne de 2014, parce qu'il faut se poser la question : qu'est-ce qu'on va retenir de 2014 dans quelques années ? Est-ce que la France a été à la hauteur pour sortir de la crise économique et sociale la plus terrible depuis les années 30 ? Après 5 ans de croissance zéro, entre 2007 et 2012 avec tous les dégâts sociaux, humains, dans les territoires, que ça continue de faire. Est-ce que la France aura pris le tournant de la relance économique. Au moment où la croissance repart en Europe, c'est le sens du pacte qui a proposé le président de la République. C'est un appel…

ROLAND SICARD
On va y revenir, mais simplement…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais c'est très important…

ROLAND SICARD
Une question, une question sur la PMA. Les Verts annoncent qu'ils feront une proposition de loi là-dessus, comment vous allez faire ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais les Verts, les Verts ont leur position et ils sont pour la PMA depuis toujours. Mais le président de la République a saisi…

ROLAND SICARD
Vous la refuserez ? Vous la refuserez ?

JEAN-MARC AYRAULT
Le président de la République a saisi sur cette question, qui fait débat, je le sais. C'est-à-dire l'aide à la procréation qui existe pour les couples hétérosexuels, pour les parents qui ne peuvent pas avoir d'enfant et il y a une demande d'extension, pour les couples féminins. C'est une question difficile, une question de société, et qui ne peut pas être improvisée, qui renvoie à des débats de bioéthique. Et on voit bien qu'il y a là, des clivages dans la société. Mais le président de la République a eu la sagesse de saisir le Comité National d'Ethique, comité consultatif, qui lui-même s'est saisi. Et le président Ameisen, qui est le président de ce comité, a dit qu'il avait besoin de temps et qu'il ne rendrait pas son avis avant fin 2014-début 2015. Alors de grâce n'ayons pas en permanence des polémiques et c'est ce qui était en train de se passer lundi matin. Avec le président de la République nous avons décidé d'y mettre fin. N'ayons pas de faux débat sur des questions qui ne se posent pas maintenant, mais qui dans la société française, à un moment ou à un autre, vont se poser. Alors prenons le temps et surtout évitons de toujours à opposer les uns aux autres et à caricaturer. Parce que c'est franchement…

ROLAND SICARD
Lundi matin, justement, Manuel Valls…

JEAN-MARC AYRAULT
La politique des rumeurs, moi, j'en ai assez !

ROLAND SICARD
Lundi, justement, Manuel Valls avait fait des annonces. Est-ce qu'il n'a pas parlé un petit peu trop vite ?

JEAN-MARC AYRAULT
Vous avez que sur la PMA, je viens de vous donner l'explication. Mais Manuel Valls est ministre de l'Intérieur, et il fait très bien son travail, on part de loin, vous savez, sur la situation de la sécurité. Il y a énormément à faire ! Et il se bat et moi, je suis totalement à ses côtés pour que l'insécurité recule dans notre pays.

ROLAND SICARD
Mais est-ce qu'il ne marche pas un peu sur vos platebandes si j'ose dire ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non ! Absolument pas ! Quand un ministre du gouvernement s'exprime sur un sujet qui ne relève pas de son ministère, en l'occurrence il est ministre de l'Intérieur et il a beaucoup de travail et je le soutiens totalement, je le répète. Il a le devoir, ce ministre de défendre la politique de tout le gouvernement. C'est vrai pour tous les ministres, moi, je suis le chef d'une équipe gouvernementale, qui a un projet à mettre en œuvre. Et ce projet c'est le redressement économique du pays, c'est le redressement social, mais c'est aussi des réformes de société. Et je n'ai pas du tout l'intention de renoncer à cela, parce que c'est ma mission. Moi, je vais vous dire, c'est très simple ! Dans ma situation, je suis serein pourquoi ? Parce que je n'ai qu'une préoccupation ! C'est que la France reparte de l'avant, sur la base des engagements pris par le président de la République. Et il n'y a que ça qui me préoccupe. Je n'ai pas un plan de carrière, je n'ai pas une réflexion sur le coup d'après. Ça ne m'intéresse pas. C'est ce qui fait que je suis heureux dans ce que je fais…

ROLAND SICARD
Mais est-ce que…

JEAN-MARC AYRAULT
Parce que je veux servir mon pays, avant tout le reste.

ROLAND SICARD
Est-ce que François Hollande vous a parlé de votre avenir ? Est-ce que vous allez rester à Matignon après les élections ?

JEAN-MARC AYRAULT
Vous savez de quoi on parle avec le président de la République tous les jours ? Ou très souvent dans des entretiens réguliers que j'ai et j'ai la chance de les avoir, parce que c'est important pour moi et pour lui, on parle de la France. On parle de l'avenir de la France et on n'a qu'une obsession, c'est la réussite du pays. Et quand je vous disais tout à l'heure…

ROLAND SICARD
Vous ne parlez pas de l'avenir de Jean-Marc Ayrault à Matignon ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, ce n'est pas ça, qui est important ! Franchement ce n'est pas ça qui est important ! Ce que ce dont nous parlons, c'est la réussite des engagements que le président a pris pour la France. Vous savez, cette responsabilité, elle est lourde, on part de loin, on part d'un pays divisé, on part d'un pays où il y a une partie des Français qui doutent même de la République. Et quand la République ne tient plus sa promesse, la promesse de la République c'est quoi ? C'est l'égalité des droits, c'est la laïcité, c'est la qualité de vivre ensemble, c'est l'espérance aussi d'avoir un progrès pour soi-même et ses enfants, le progrès social ; c'est aussi la générosité, et quand une partie des Français ont le sentiment qu'ils décrochent sur le plan social ou qu'ils ont l'impression d'être abandonnés, j'ai peur qu'ils décrochent de la République. Et donc ce que nous avons comme obsession, le président de la République comme moi-même, c'est que la République vive, réussisse, mais qu'elle donne à chacun de ses enfants la perspective de leur réussite individuelle aussi. Donc c'est comme ça, que la République se renforcera. C'est un combat ça !

ROLAND SICARD
Pour réduire le chômage, est-ce qu'il ne faut pas d'autres mesures, plus de concurrence ? On a l'exemple des taxis par exemple en ce moment, est-ce qu'il ne faut pas plus de concurrence, dans ce domaine des taxis ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, il faut être très pragmatique.

ROLAND SICARD
Ils refusent cette concurrence ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, ils ne refusent pas cette concurrence. Simplement, il ne faut pas que cette concurrence soit déloyale. C'est d'ailleurs le sens des décisions que le gouvernement avait pris, mais qui ont été remis en cause, par le Conseil d'Etat. Donc nous allons reprendre ce travail, pour qu'à la fois on puisse améliorer le service rendu aux usagers et puissent trouver un taxi. Et puis en même temps faire en sorte que la profession de taxi qui nécessite un investissement vous savez ça coûte quand même 200 000 euros pratiquement pour un taxi, pour s'installer, il ne faut pas qu'il y ait de disparité à ce niveau-là. Parce qu'à ce moment-là on créait des distorsions de concurrence. Il y a ceux qui auront moins de charges et qui pourront offrir des prix abordables et des services abordables. Et puis les autres qui devront payer beaucoup plus. Donc pour réussir à trouver la solution, nous allons reprendre le travail avec une nouvelle mission qui va être confiée à une personnalité, pour qu'on trouve la solution, c'est-à-dire à la fois ne pas dépénaliser une profession et en même temps améliorer la qualité du service rendu, parce que c'est un peu le sens de votre question.

ROLAND SICARD
Il faut aussi baisser les dépenses, réduire les dépenses, on parle du gel de l'avancement des fonctionnaires ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ca, il y a une rumeur, parce qu'on est au pays des rumeurs ! On dit même que le Crédit agricole va disparaître, on dit n'importe quoi ! Et on répète comme si c'était une vérité. Et on met même en cause un ministre, qui s'appelle Vincent Peillon avec qui j'avais rendez-vous hier matin, et qui me disait exactement le contraire. Comment allons-nous redonner confiance alors que cette confiance a été altérée pendant 5 ans, à cause de la politique du gouvernement précédent, aux fonctionnaires. J'étais à Metz, il n'y a pas longtemps, j'ai adressé un message de confiance aux fonctionnaires. On ne fera pas la réforme des services publics, il faut en faire une, sans adhésion des fonctionnaires. Donc il faut dialoguer, c'est ce que Marylise Lebranchu a d'ailleurs commencé à faire. Mais encore une fois, je termine sur un point central, le pacte de responsabilité, il est en marche maintenant, il faut le réussir. Il s'adresse aux forces économiques, ils s'adressent aux forces sociales, j'ai reçu les partenaires sociaux, c'est-à-dire comment on va faire pour les contreparties. Je leur ai écrit, syndicats, patronat, vous avez un mois, pour nous faire des propositions de méthodes, pour savoir comment on va investir, comment on va créer les emplois, comment on va mieux former les jeunes, les seniors et ça, c'est le pacte dans sa globalité. Et puis les réformes, la remise à plat de la fiscalité des entreprises, la remise à plat de la fiscalité des ménages, j'ai installé des groupes de travail hier, donc le pays est en marche pour continuer les réformes. Les réformes pour que…

ROLAND SICARD
Le MEDEF demande plus ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais le MEDEF demande…

ROLAND SICARD
Plus de baisses de charges ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais écoutez, si nous faisons déjà tout ce que le président de la République a annoncé, c'est ce que nous sommes en train de préparer, tout en maîtrisant la dépense publique, par des réductions de la dépense publique, pour justement, financer ça, non pas par plus d'impôt, mais par des économies. Alors je crois que le pays ira mieux. Donc ne perdons pas de temps, ne soyons pas dans la surenchère permanente. Là, il y a ces rendez-vous de 2014 et j'aimerais qu'on dise dans quelques années : la France n'a pas raté le rendez-vous, la France est repartie de l'avant, et je crois que le choc de mobilisation qu'a voulu provoquer le président de la République au moment des vœux, au moment de sa conférence de presse, pour que toutes les forces vives du pays se mobilisent, c'est ça qui restera et c'est ça notre responsabilité pour que ça marche. Moi, j'ai envie de la réussite de la France.


Source http://www.gouvernement.fr, le 10 février 2014

Rechercher