Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, sur les énergies renouvelables et le déréglement climatique, à Paris le 6 février 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, sur les énergies renouvelables et le déréglement climatique, à Paris le 6 février 2014.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Colloque annuel du syndicat des énergies renouvelables, à Paris le 6 février 2014

Messieurs les Ministres,
Madame la Directrice exécutive de l'Agence internationale de l'énergie,
Monsieur le Directeur général de l'Agence internationale des énergies renouvelables,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,


On peut se poser la question de savoir ce que vient faire un ministre des affaires étrangères français dans une réunion sur les énergies renouvelables. Je voudrais ici vous expliquer pourquoi j'ai compris que l'on m'y ait invité.

Il y a à cela plusieurs raisons. La première, c'est que j'ai mis la diplomatie économique au premier rang de mes priorités. Je considère qu'il n'y a pas de diplomatie puissante s'il n'y a pas d'économie puissante. Tout le monde doit donc travailler en ce sens, y compris le Quai d'Orsay. Il se trouve que le secteur des énergies renouvelables est un secteur porteur et d'avenir. Cela représente plus de dix milliards d'euros de chiffre d'affaire et plus de 100 000 emplois. C'est un secteur d'excellence où les Français sont très bons. C'est l'une des raisons pour lesquelles je venais vous dire que les diplomates, partout dans le monde, sont à votre disposition pour vous appuyer.

C'est la seconde fois que nous nous voyons. La première fois, c'était à l'occasion du retour de M. Francis Collomp, lorsque je l'ai ramené après l'année qu'il a passé comme otage. C'est un homme extraordinaire, vous le constaterez tout à l'heure et cela me fait plaisir d'être là. Bien sûr, la première fois que nous nous sommes vus, les conditions n'étaient pas tout à fait les mêmes. Il sortait d'un an de captivité. À présent, il va se retrouver dans le grand amphithéâtre de l'UNESCO, c'est bien différent. Ce n'était d'ailleurs pas prévu à l'époque. Je me suis dit en venant : je ne sais pas si M. Collomp a été scout, mais vous savez que l'on donne aux scouts des noms de Totem. Lorsque je vois la vie de M. Collomp, ses passions, et ce qui lui est arrivé, si j'avais un Totem à lui donner, je dirais : «énergies renouvelables». Je me félicite que vous l'ayez choisi pour ce trophée.

L'autre raison pour laquelle je suis là, je vais y consacrer les minutes qui viennent, c'est qu'il se trouve que l'année prochaine la France va accueillir la conférence mondiale sur le climat que l'on appelle COP21. Ce sera un énorme rendez-vous, avec des conséquences positives, nous l'espérons, tout à fait fortes.

Lorsque le président de la République a dit que la France se portait candidate pour accueillir la COP21, avec Philippe Martin et Pascal Canfin, nous sommes allés à Varsovie pour présenter notre candidature, qui a été retenue. Il est vrai que notre mérite était diminué par le fait que nous étions les seuls candidats. Lorsque donc, nous avons été élus par acclamation comme l'on dit, beaucoup de délégués des autres pays sont venus me voir en me présentant à la fois leurs félicitations et leurs condoléances.

Des félicitations parce que, sans employer de trop grands mots - et pourtant ils le sont -, c'est l'avenir de l'humanité qui va se jouer là. Des condoléances parce que l'on ne peut pas dire que les précédentes conférences aient été des succès massifs. On en comprendra l'enjeu : c'est tout simplement de réaliser une inversion très forte dans les prévisions. Comme on l'a dit, les prévisions ne sont pas de deux degrés d'augmentation de la température à terme. Aujourd'hui, il y a d'ailleurs une conférence sur ce sujet avec plusieurs spécialistes et les prévisions dont on nous parle sont beaucoup plus volontiers proches de quatre ou cinq degrés.

Je n'aime pas l'expression «réchauffement climatique» car elle n'est pas exacte scientifiquement, dans la mesure où ce bouleversement va se traduire dans certains cas par un refroidissement. Et puis, ce terme, «réchauffement climatique», donne une image assez paisible. Si vous parlez de réchauffement climatique à Dunkerque, je ne suis pas certain qu'il y ait de grandes contestations. Je ne pense même pas d'ailleurs qu'il faille parler de changement climatique car le changement est souvent perçu comme positif. Je parle pour ma part de dérèglement climatique et pour rendre hommage à notre collègue britannique qui a terminé son exposé en disant «Europe leads», ce qui est tout à fait remarquable et sur quoi nous serons d'accord avec lui, c'est le terme «climate disruption», dérèglement climatique, bouleversement climatique. Il faut parvenir à inverser cela.

Je me trouvais l'autre jour à Davos où il y avait une réunion sur le climat et M. Al Gore qui était là, très éloquent, très compétent, disait qu'il n'y a plus les mêmes contestations sur l'existence du phénomène ou sur son origine que celles qui existaient encore il y a quelques années. La réalité du phénomène, sa menace est maintenant acceptée par tous les gens qui réfléchissent ou simplement qui sont intellectuellement honnêtes. Il faut donc changer tout cela et faire en sorte que l'humanité puisse encore vivre. Cela passe par des modifications profondes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et les énergies renouvelables ont un rôle absolument majeur à jouer en ce sens.

Cette COP21, nous commençons à la préparer dès maintenant avec Philippe Martin, avec Pascal Canfin et Nicolas Hulot, sous l'impulsion et la direction du président de la République. Nous la préparons avec de nombreux collègues internationaux, c'est la raison pour laquelle on m'a demandé, en ma qualité de ministre des affaires étrangères, d'en assurer la coordination.

Varsovie, c'était il y a quelques semaines ; Lima, au Pérou, ce sera à la fin de l'année. Le 23 septembre prochain, il y aura également une réunion extrêmement importante, à l'occasion de laquelle le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, demandera aux leaders politiques du monde entier d'afficher des engagements en vue de la COP21, car nous ne pouvons réussir à Paris, en décembre 2015, que si, en amont, des engagements ont été pris.

Je ne suis pas un spécialiste, j'essaie seulement petit à petit de comprendre de quoi il s'agit. J'ai vu de nombreux responsables qui connaissent très bien ces sujets et depuis longtemps. Je leur ai posé à tous la même question : Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire ? Je n'ai pas demandé ce qu'il fallait faire pour que cela réussisse mais que faut-il éviter. Ils m'ont tous fait la même réponse : il ne faut pas s'y prendre au dernier moment. Or, les grands responsables politiques arrivent et pensent qu'en une nuit de résolutions, nous parviendrons à régler le problème. C'était le cas à Copenhague et on a malheureusement vu le résultat. Il faut s'y prendre très à l'avance, ce qui veut dire travailler avec l'ensemble des pays, travailler avec nos amis péruviens comme on travaille aussi avec nos amis polonais et faire en sorte que très vite, les objectifs soient affichés. C'est là où intervient l'Europe.

J'en parlais avec mon voisin britannique. Le président Barroso a donné, au nom de la commission, des objectifs que vous connaissez : moins 40 % en 2030 pour les émissions par rapport à 1990 et que les énergies renouvelables, représentent au moins 27 % au plan européen de la production d'énergie et ceci sans spécification nationale. Certains pays voudraient qu'il y ait des spécifications nationales, d'autres pays en revanche voudraient qu'il n'y en ait aucune ou que ce soit moins élevé. Il faut à un moment prendre ses responsabilités.

Nous pensons que la proposition Barroso est bonne. Simplement, si nous voulons que l'Europe ait son mot à dire et note l'exemple dans le bon sens, il faut, j'y insiste, qu'au mois de mars, la proposition du président Barroso devienne une décision des différents pays de l'Europe.

Pourquoi ? Comme vous le savez, il va y avoir des élections européennes et un certain nombre de membres de la commission seront candidats aux élections européennes. La nouvelle commission ne sera en place qu'au 1er novembre de cette année, ce qui signifie, quand on regarde le calendrier, que si la décision n'était pas prise fermement en mars lors du conseil européen, l'Europe n'aurait alors rien à proposer et qu'elle ne pourrait pas jouer le rôle d'exemple qu'elle doit jouer dans la préparation de la COP21. Il est donc impérieux que tous les pays fassent pression pour que ce soit en mars et pas après que la décision soit prise.

Comment abordons-nous cette COP21 ? La présidence n'a pas à dicter les choses, elle doit aider, elle doit catalyser. Mais ce qui me paraît évident, en discutant avec les uns et les autres, c'est que d'une part, il faudra des engagements juridiquement contraignants même s'ils sont différenciés. D'autre part, il y a des circonstances favorables. Les États-Unis d'Amérique sont sous cette seconde présidence Obama certainement plus enclin à favoriser des solutions alors que cela n'avait pas été le cas par le passé. La Chine, pour des raisons à la fois sociales, politiques et environnementales veut évoluer et évidemment son rôle est tout à fait majeur. L'amplification du phénomène et la prise de conscience vont dans le bon sens mais il reste beaucoup d'obstacles et beaucoup de pays restent réticents.

À nous, tous ensemble, d'essayer de les convaincre. Là où je veux insister, c'est que pour les convaincre, je ne pense pas qu'il faille faire essentiellement une description apocalyptique même si les conséquences de notre inaction sont négatives. Il faut aussi donner une vision positive. Dans notre jargon, nous parlons d'agenda positif c'est-à-dire, et je rejoins les exposés excellents qui viennent d'être faits, montrer qu'il ne s'agit pas seulement et essentiellement d'une contrainte, même si cela existe, mais aussi d'une occasion de croissance, de créations d'emplois, d'un modèle qui soit plus positif pour l'humanité en général et pour les différents pays. Pour montrer que cet agenda positif existe, Mesdames et Messieurs, vous êtes les mieux placés.

Nous allons essayer de travailler dans ce sens en disant qu'il y a un risque considérable, il y a des solutions techniques et ces solutions apportent aussi avec elles, des éléments de croissance, de développement, des éléments d'amélioration de la vie qui fournissent une chance extraordinaire pour nos sociétés.

Voilà l'esprit dans lequel nous travaillons.

Je suis venu vous dire tout simplement, qu'autant nous sommes à votre entière disposition pour favoriser partout dans le monde les énergies renouvelables, pour, bien sûr, promouvoir nos entreprises et les entreprises européennes, , pour montrer que des solutions techniques existent et que cet agenda positif est là devant nos yeux, à condition que nous sachions nous en servir.

Voilà en quelques mots ce que je voulais vous dire et comme un ministre des affaires étrangères doit savoir remplir tous les rôles, je vais demander, avec son accord, au président de bien vouloir monter sur scène ainsi qu'à Éric qui vient d'écrire un très beau livre sur le Mali et à Francis Collomp, baptisé donc Énergie renouvelable, de nous rejoindre. Ainsi je crois, mon rôle aura été rempli.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 février 2014

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