Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à RMC le 5 février 2014, sur le report du projet de loi sur la famille, notamment l'adoption d'enfants et la PMA. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à RMC le 5 février 2014, sur le report du projet de loi sur la famille, notamment l'adoption d'enfants et la PMA.

Personnalité, fonction : BERTINOTTI Dominique, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la famille;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin est Dominique BERTINOTTI. Bonjour.

MADAME LA MINISTRE DOMINIQUE BERTINOTTI
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre déléguée à la Famille. On a beaucoup parlé de vous.

DOMINIQUE BERTINOTTI
On a beaucoup parlé de la famille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous savez que vous êtes courageuse ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Merci ! Je le prends comme un compliment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes courageuse en ce moment ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je me considère fidèle à mes engagements et à ce que je suis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et fidèle au président de la République.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Et fidèle au président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, ce projet de loi, ex-projet de loi sur la famille ne sera pas discuté, ne sera pas déposé.

DOMINIQUE BERTINOTTI
En tant que tel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En tant que tel. Nous allons revenir sur les amendements qui seront proposé dans les mois qui viennent, Dominique BERTINOTTI. Ne pas le déposer, le faire disparaître, est-ce une décision du président de la République ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'est une décision de l'exécutif bien évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc du président de la République.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Et du Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et du Premier ministre.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand a-t-elle été prise ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Lundi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle a été prise lundi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Écoutez, officiellement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle n'a pas été prise avant ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Écoutez, moi je ne suis pas dans le secret des Dieux. En tous cas, ce que je peux dire c'est que moi, à titre personnel, j'ai été informée lundi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez été informée que lundi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui. Je pense qu'il faut retracer un petit peu le fil de l'histoire du lundi. Il y a eu des prises de position d'un de mes collègues, puis du président de groupe. Il était peut-être temps de mettre un terme - je le dis là avec beaucoup de force – de mettre un terme à ce qui devenait totalement irrationnel, totalement absurde. On ne discutait plus de la loi famille, on discutait à propos de, pour du côté de la Manif pour tous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
GPA, PMA.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Voilà, parler de la PMA et de la GPA, voire de la théorie du genre, de choses qui, de toute façon, ne figuraient pas dans la loi famille, que je ne cessais de répéter depuis des mois et des mois, et l'irrationnel l'a emporté sur tout. À partir du moment où vous êtes dans un débat où l'irrationnel l'emporte sur tout, il faut savoir mettre un stop pour pouvoir reposer, dans des conditions saines, rationnelles, les vrais éléments qui figuraient dans cette loi famille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dominique BERTINOTTI, vous avez été prévenue lundi du retrait. On est d'accord ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lundi matin, votre collègue Manuel VALLS était sur RTL. Il affirmait que le gouvernement s'opposerait à tout amendement sur la PMA et la GPA. D'abord, de quoi se mêlait-il, Manuel VALLS ? Franchement ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Moi, je suis très honorée que le ministre de l'Intérieur s'intéresse aux questions de famille. Oui, absolument ! Je pense que ça démontre une chose, au-delà de la plaisanterie. La famille, nos concitoyens sont très défiants. Il y a une seule chose dans laquelle ils gardent leur confiance : c'est précisément la famille. C'est pour ça que tout le monde – tout le monde, tout le monde ! – s'empare de cette question de la famille parce qu'effectivement chacun peut avoir son avis, son regard, la façon de se projeter dans l'avenir. Donc moi, je me félicite que tout le monde s'y intéresse, y compris dans mes collègues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lui disait ça lundi matin, puis le président du groupe a dit une chose un peu différente dans les heures qui viennent. Ensuite, le Premier ministre a soutenu Manuel VALLS, puis finalement la décision est tombée : plus de projet. Terminé le projet !

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dommage parce que vous aviez bien travaillé. On va y revenir d'ailleurs. Vous aviez bien travaillé. Dites-moi, ça ne vous fait pas mal au coeur de voir tout ça ? Combien de temps vous aviez travaillé sur ce projet ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Nous travaillons depuis plusieurs mois, depuis plusieurs mois avec…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de commissions, de rapports ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Attendez. C'est le produit à la fois de – moi, j'ai consulté plus d'une soixantaine d'associations qui, pour un certain nombre d'entre elles, ont remis leurs propres conclusions. Nous avons constitué quatre groupes d'experts, c'est une soixantaine d'experts qui ont travaillé là-dessus. Il y a un vrai travail qui est mené, qui continuera à être mené. Mais à partir du moment où on ne parlait plus de ce qui était le vrai contenu de la loi famille, et que ça devenait prétexte à descendre dans la rue et à faire du Hollande bashing pour être simple, alors il fallait se déplacer. Je vais vous dire : moi je fais de la politique depuis suffisamment longtemps, et je suis aussi une grande amatrice de voile. Vous savez en voile, quand vous voulez aller d'un point à un autre, ce n'est jamais la ligne droite. Ce n'est jamais la ligne droite. Il faut savoir tirer débord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gouvernement à tirer à bord si j'ai bien compris.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Exactement, mais ça ne nous empêche pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En prenant une autre direction.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non ! non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez revenir ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Exactement, exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Exactement, et c'est ça qui est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais y revenir mais je voudrais épuiser ce moment politique parce que j'ai entendu les réactions et vous aussi. Un sénateur socialiste qui ne comprend pas pourquoi vous n'avez pas démissionné par exemple.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ce n'est pas dans mon tempérament.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y avez pensé ou pas ? sincèrement ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, je vais vous dire non parce que précisément je n'ai jamais été mise en cause, y compris ni par le président ni par le Premier ministre, donc ça ne m'a pas effleurée et je pense que j'ai des convictions qui sont à porter dans ce gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. La PMA, vous souteniez la PMA il y a un an.

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'est exact.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous étiez au Cambodge.

DOMINIQUE BERTINOTTI
(rires) Non, je n'étais pas au Cambodge !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'était pas au Cambodge ? C'était où ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'était le Premier ministre qui était au Cambodge.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, vous étiez ici. Le Premier ministre au Cambodge, vous avez repris. Je me souviens de ça, oui.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je pense qu'il faut savoir que la politique, c'est aussi savoir tenir compte de l'instant et du moment. Je pense que fondamentalement, un jour ou l'autre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à la PMA ou pas, Dominique BERTINOTTI ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je vais vous dire. Cela ne se fera pas dans l'immédiat, mais dans deux ans, dans trois, dans cinq ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin du quinquennat, c'est possible ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je ne sais pas, je suis incapable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ou pas ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Il faudra aborder cette question de la PMA. À titre personnel, tout le monde sait que j'y suis favorable, mais je suis aussi consciente et une politique responsable, qu'aujourd'hui le temps de la PMA n'est pas venu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'est pas venu, donc il va falloir attendre.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Il va falloir attendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La PMA peut-être avant la fin du quinquennat. Pas impossible.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je ne m'y risquerai pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que, dites-moi, la PMA c'est une justice, non ? Comment se fait-il qu'on donne la possibilité à des couples hétérosexuels d'avoir des enfants grâce à la PMA et pourquoi on ne donne pas cette possibilité aux couples de lesbiennes, ou aux célibataires ou aux veuves ? C'est une inégalité ou pas ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais je ne veux pas rouvrir le débat et je vais vous dire pourquoi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Parce que le comité consultatif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi avoir peur du débat ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais nous n'avons pas peur du débat ! Le débat est aujourd'hui dans les mains du comité consultatif national d'éthique qui peut y mettre beaucoup de sérénité, de mesure, de pondération et de répondre à cette question : doit-on ou ne doit-on pas ouvrir la PMA aux couples de même sexe ? J'espère que le CCNE travaillera vite et apportera des réponses circonstanciées parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors si le comité d'éthique dit oui à la PMA, vous faites quoi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Laissez-moi finir sur cette question. Parce que la PMA, c'est quelque chose qui s'est créée maintenant il y a plusieurs dizaines d'années et qui a besoin peut-être au-delà de la question de l'ouverture aux couples de même sexe, d'être repensée dans sa globalité. Même dans les couples hétérosexuels, je ne suis pas sûre que l'accès aujourd'hui à la procréation médicalement assistée soit totalement égalitaire sur l'ensemble du territoire. Peut-être que le comité consultatif voudra réenvisager la globalité des modalités d'accès à la PMA. On peut le faire avec mesure et pondération.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord, alors Dominique BERTINOTTI, imaginons que le comité consultatif dise oui à la PMA. Vous faites quoi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
On verra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous suivez l'avis ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
On verra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous suivez ? C'est ce qu'avait dit le président de la République, ce n'est pas moi qui l'ai dit.

DOMINIQUE BERTINOTTI
On verra ce que le président de la République décidera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La loi famille, juste encore, j'entre sur les autres points de la loi famille. Simplement deux commentaires. Un Monde d'Avance, vous connaissez ? C'est un courant du Parti socialiste de Benoît HAMON, d'Henri EMMANUELLI, qui écrit : « Ce recul doit être apprécié avec beaucoup de gravité. En renonçant à mettre en oeuvre dans des délais prévus un engagement pris par le président de la République, le gouvernement prend le risque de se couper d'une partie de son électorat ». Et Un Monde d'Avance engage le gouvernement à revenir sur sa décision. Vous avez vu, ça ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Vous me l'apprenez. C'est très intéressant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous le donne, je vous le donne.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Donnez-le moi, je vais méditer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et Anne HIDALGO qui ne comprend pas le retrait, vous avez vu ? « Je regrette que l'on ait reculé devant des groupes ultraconservateurs ». C'est vrai que vous avez reculé devant un groupe ultraconservateur ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je pense qu'il faut bien prendre en compte à quoi ça sert, dans les conditions d'un débat qui sont aujourd'hui totalement biaisées, qui sont totalement irrationnelles, est-ce qu'on pouvait se donner des chances de voir légitimement passer ce projet de loi famille avec son vrai contenu dans ces conditions-là ? Moi je réponds : dans les conditions actuelles, non. Donc il faut avoir la sagesse de dire : il faut le faire autrement, différemment, prendre plus de temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va y venir. C'est dur la politique, non ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ça demande beaucoup de persévérance et de conviction.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parfois, il faut avoir un bon estomac pour bien digérer tout ce qu'on avale.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Mais beaucoup de force.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et beaucoup de force, oui. Dominique BERTINOTTI, regardons un peu ce que contenait votre projet de loi qui était très intéressant par ailleurs au-delà de ces querelles.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, oui. Mais il reste très intéressant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il le reste. Une prémajorité à seize ans, c'est ce que vous envisagiez.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Une interrogation, effectivement. Effectivement, aujourd'hui ce que l'on constate, c'est que les jeunes ont des droits, les jeunes de moins de dix huit ans ont des droits qu'ils connaissent très, très mal. Je suis sûre qu'ils ne savent pas qu'à dix sept ans par exemple, ils peuvent s'engager dans l'armée. Si on leur demande à quel âge est considérée la majorité sexuelle, je ne suis pas sûre qu'ils le sachent, donc ils ont des droits très éparpillés. L'interrogation, c'était de se dire à partir de l'âge de treize ans, est-ce qu'on ne peut pas définir des tranches d'âge dans lesquelles on leur fait prendre conscience qu'ils acquièrent progressivement des droits et en particulier entre l'âge de seize et dix huit ans, avant de tomber dans la pleine et entière citoyenneté. Est-ce qu'il n'y a pas de nouveaux droits ? Par exemple on autorise un jeune à devenir un travailleur, un salarié à seize ans ; en même temps, il ne peut pas avoir passé son permis de conduire. Or, on sait qu'il y a des métiers qui exigent d'avoir son permis de conduire. On est dans des situations où il s'agissait de remettre de la cohérence et de se dire aussi : est-ce qu'ils ne peuvent pas par exemple, puisque c'est un apprentissage à la citoyenneté, participer de façon consultative à des conseils municipaux pour devenir des citoyens éclairés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dominique BERTINOTTI, justement des propositions de loi socialistes seront déposées, ce qui permettra la discussion à l'Assemblée nationale, des propositions que vous allez soutenir, que le gouvernement va soutenir, vous-même.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Il faut voir le contenu mais je pense qu'il y aura une cohérence avec…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prête à soutenir ces propositions de loi ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Nous allons voir ce que le parlement propose de façon explicite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le statut de beau-parent, les familles recomposées, le divorce, je crois au mois d'avril. C'est bien ça ? C'est bien ça ce qui est prévu ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
J'attends d'entendre à nouveau Bruno LE ROUX faire ses propositions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sur ces sujets-là, si ça reprend votre texte, vous soutenez ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Bien évidemment. Ce texte était fait pour quoi ? Pour tout simplement dire : aujourd'hui, on a une diversité des modèles familiaux. Les enfants peuvent être confrontés dans leur propre existence d'enfant à justement des modèles familiaux différents. Comment on leur assure de nouveaux repères ? de nouvelles sécurités ? De nouvelles protections juridiques ? Nous étions en train, et j'espère que je le mettrai désormais au futur ; nous allons proposer de nouveaux repères. C'est peut-être cela qui dérange fondamentalement la droite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le statut de beaux-parents, vous pensez que ça dérange ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
D'abord, ce n'est pas un statut : c'est des outils juridiques qui vont être mis à disposition des familles qui souhaitent que le beau-parent se voit reconnue une place en accord avec les parents biologiques de l'enfant. Il y a des beaux-parents qui depuis l'âge de deux ans ou trois ans, élèvent leurs beaux-enfants. Des liens se créent. Est-ce qu'il n'est pas légitime de leur reconnaître des droits, y compris à transmettre ? à transmettre une partie de leur patrimoine ? ou bien d'être reconnus comme assurant et concourant à l'éducation de ces enfants ? Je pense que c'est des mesures de sécurisation. On explique très clairement à l'enfant qui est qui, qui a des droits, qui a des devoirs, et je pense que c'est dans un sens au contraire de sécurisation de ces nouveaux modèles familiaux. Le débat avec la droite, avec l'extrême droite ou avec ceux qui sont très conservateurs, il est assez simple. Ils ont un modèle unique qu'ils veulent imposer à l'ensemble de la société. La société, je dis bien la société car ce n'est pas une affaire de gouvernement ou de parti, fait autrement et nous, en tant que gouvernement, nous avons la responsabilité d'apporter de nouveaux cadres juridiques à ces nouveaux modèles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
À vos yeux, la famille c'est quoi ? C'est un homme, une femme et des enfants ? Ou c'est aussi autre chose ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non mais moi, je n'ai pas du tout la volonté de dire : la famille, ça ne doit être qu'un couple, ça ne doit être qu'un couple avec enfant. Ce n'est pas ça, le problème. C'est de définir les rôles. Par exemple, prenons le cas sur la médiation. Nous souhaitons que, qu'on soit concubin, pacsé ou marié, lorsqu'on a un enfant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Séparation.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non. Lorsqu'on a un enfant, on sache déjà – parce que les concubins par exemple, lorsqu'ils ont un enfant, savent-ils qu'ils ont une autorité parentale qu'ils partagent et que même s'ils se séparent, les deux parents gardent l'autorité parentale sur leur enfant. Nous souhaitons donc mieux les informer sur leurs droits et les devoirs que cela suppose. Leur dire que s'ils se séparent, ils peuvent avoir recours à la médiation et éviter de faire en sorte que dans les séparations conflictuelles, l'enfant soit pris en otage et se trouve dans une sorte de très mauvais conflit de loyauté à l'égard de son père ou de sa mère. Est-ce que ça, ce n'est pas aller vers plus de sécurité et plus, au contraire, de renforcement de la famille ? Ce n'est pas à nous de dire c'est la famille idéale. Ce n'est pas notre propos.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dominique BERTINOTTI, ça veut dire que tous ces points, il y a aussi la simplification de l'adoption simple qui est aussi une des idées.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Là aussi, j'ai entendu beaucoup de choses, parce qu'on brandit ce qui pourrait faire peur. Nous n'avons pas l'intention de revenir sur l'adoption plénière. Sur l'adoption simple, elle s'adresse – quand on réfléchit, elle est très peu pratiquée. C'est-à-dire qu'on maintient les liens biologiques mais on permet effectivement d'être éduqué et élevé par une autre famille qui acquiert donc des droits. Nous avons des enfants qui sont enlevés de leur famille parce qu'ils sont en situation de danger, qui ne vont jamais retourner dans leur famille originelle, et qui vont avoir un parcours quelquefois depuis très jeune, depuis l'âge de six mois, un an, jusqu'à dix-huit ans, où ils vont être de famille d'accueil en foyer avec une difficulté à créer de nouveaux liens affectifs, dire : on facilite l'adoption simple pour ces enfants et ton fait en sorte qu'on protège et les parents qui seraient candidats à l'adoption simple, et l'enfant qui serait aussi volontaire, pour dire : cette adoption est irrévocable, au moins jusqu'à l'âge de la majorité. Est-ce qu'offrir une seconde chance familiale à ces enfants, leur permettre de développer de nouveaux liens affectifs, c'est quelque chose de révolutionnaire ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Donc tous ces points reviendront.

DOMINIQUE BERTINOTTI
J'espère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce projet de loi va revenir par bribes, découpé en morceaux.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Peut-être, mais en tous cas ça faciliterait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous soutiendrez si tous ces points sont développés à travers des amendements ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Juridiquement bien définis, évidemment j'en suis, je dirais, la garante et nous avons travaillé ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernier mot sur le plan cancer, quelques mots simplement, parce qu'il y a un aspect dans le plan cancer, au-delà des inégalités contre lesquelles il faut lutter, inégalités sociales, inégalités devant la maladie.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Inégalités territoriales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Inégalités territoriales, il y a aussi le droit à l'oubli, ce qui m'intéresse beaucoup. Qu'est-ce que vous proposez à travers ce plan cancer en ce qui concerne le droit à l'oubli ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
C'est un nouvel élément fondamental. Le droit à l'oubli, c'est pour bien expliquer, jusqu'à présent qu'on ait un cancer jeune ou moins jeune, de toute façon la société, aussi bien au travail, dans le monde des assurances, dans le monde de l'immobilier, vous garde, vous placarde sur le front l'étiquette de cancéreux. Donc c'est plus difficile pour avoir un prêt, les taux d'assurance sont beaucoup plus élevés et on vous rappelle, au-delà de ces difficultés matérielles, on vous rappelle régulièrement que vous avez eu un cancer, comme si vous étiez en survie et non pas en vie. Donc le droit à l'oubli, c'est une façon de dire : une fois que le cancer est guéri – or, il y a un cancer sur deux qui se guérit et ce taux va aller en augmentant – c'est de dire : voilà, oui il y a eu cette maladie, il n'y a plus de justification à ce que celui ou celle qui a eu le cancer ne soit pas considéré comme un citoyen ordinaire et bénéficie aussi bien au travail que dans les prêts, la vie de tous les jours, des mêmes droits.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et des mêmes droits. Maintenant, il va falloir négocier avec les assureurs.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, mais vous savez, je pense qu'il y a une vraie pression de la société, ne serait-ce que parce qu'on vit de plus en plus vieux et que cette maladie est une maladie qui devient quelque part courante. Pourquoi elle devient courante ? Parce qu'on la soigne aussi de mieux en mieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Dominique BERTINOTTI d'être venue nous voir ce matin. Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 février 2014

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