Interview de M. Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, à "France Info" le 20 mars 2014, sur les commandes aux chantiers navals de Saint-Nazaire, sur les enjeux de la mise en place du pacte de responsabilité avec les entreprises. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, à "France Info" le 20 mars 2014, sur les commandes aux chantiers navals de Saint-Nazaire, sur les enjeux de la mise en place du pacte de responsabilité avec les entreprises.

Personnalité, fonction : MOSCOVICI Pierre, LEYMARIE Jean.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti : JEAN LEYMARIE
Bonjour, Pierre MOSCOVICI.

PIERRE MOSCOVICI
Bonjour.

JEAN LEYMARIE
Les chantiers de Saint-Nazaire et c'est une bonne nouvelle, vont donc construire deux gros paquebots de croisières. L'armateur MSC vient de passer commande, on l'a appris cette nuit. Ca représente au bas mot 1 milliard et demi d'euro. Pouvez-vous dire ce matin, que les chantiers de Saint-Nazaire sont sauvés Pierre MOSCOVICI ?

PIERRE MOSCOVICI
Ils ont une charge de travail très importante, on avait déjà annoncé une commande d'ampleur à peu près équivalente, pour le plus gros paquebot du monde, c'était il y a un an. Et là, tout à l'heure, les chefs d'entreprise signeront à Bercy, en ma présence la lettre d'intention d'une commande en effet de deux bateaux, pour un armateur qui est italo-suisse, qui s'appelle MSC, ça représente 1 milliard et demi d'euro. Et pour situer les choses, c'est en vérité 16 millions d'heures de travail, 16 millions d'heures de travail. 16 millions d'heures de travail, ce qui donne une sécurité pour 2000 personnes, pour plusieurs années. Et c'est la preuve de l'excellence de cette entreprise, c'est l'excellence de ses chantiers qui est confirmée, avec aussi l'appui des financements à l'export que nous avons perfectionné depuis deux ans, avec Nicole BRICQ. Mon ministère a été très impliqué dans la conclusion de cette affaire et c'est encore une fois une récompense de la compétitivité des entreprises françaises. Je me réjouis de cette excellente nouvelle. Il y a déjà un an et demi j'avais été questionné sur l'avenir des chantiers de Saint-Nazaire, j'avais dit le gouvernement fera tout pour qu'ils soient sauvés, avec les deux commandes, celle de décembre 2012 et puis celle-ci, on voit au contraire qu'ils ont une charge de travail qui sera plein pot. Et c'est mérité. Parce que vous savez, il faut y aller, moi, j'y étais à Saint-Nazaire, avec le Premier ministre, Jean-Marc AYRAULT, il y a une technologie française qui est absolument admirable. Je suis très heureux qu'on ait cette commande très importante, je suis très heureux qu'il y ait ces 16 millions d'heures de travail, et ces 1 milliard 4 de commandes pour Saint-Nazaire.

JEAN LEYMARIE
Les Coréens qui possèdent les Chantiers envisagent de les vendre. L'Etat lui, est toujours actionnaire des Chantiers à hauteur de 33 %, est-ce que l'Etat va rester dans le capital des Chantiers de Saint-Nazaire ?

PIERRE MOSCOVICI
Je l'ai dit, l'Etat est le garant des Chantiers de Saint-Nazaire, nous sommes…

JEAN LEYMARIE
Donc il y reste ?

PIERRE MOSCOVICI
Nous sommes à 33,3 %, il peut y avoir des difficultés de tel ou tel actionnaire coréen. Nous suivons l'évolution de l'entreprise évidemment, nous serons au côté de cette entreprise, je dirais quoiqu'il arrive, mais vous savez, ces commandes de toute façon, assurent que la partie française de cette entreprise mondiale, qui s'appelle STX soit performante, soit compétitive et…

JEAN LEYMARIE
Le dernier chantier naval civil en France.

PIERRE MOSCOVICI
Oui, peut-être le dernier, mais vraiment un chantier d'excellence et qui peut compter sur l'appui de l'Etat. Il a pu compter sur l'Etat pour mettre en oeuvre les financements à l'export qui permettent dans le respect des règles européennes, bien sûr de boucler ce type de commande, il peut compter dans l'avenir sur le soutien de l'Etat.

JEAN LEYMARIE
Votre chantier à vous, en ce moment, Pierre MOSCOVICI, c'est le pacte de responsabilité, avec des baisses de cotisation pour les entreprises, vous savez qu'une partie de la gauche s'y oppose, certains ont manifesté encore cette semaine. Est-ce que ça vous pose un problème ?

PIERRE MOSCOVICI
Non, parce que ce qui est en cause, c'est la croissance et l'emploi. Ce qui est en cause c'est la lutte contre le chômage. Ce qui est en cause, c'est plus d'investissement, pour plus de croissance et ce que je sais moi, comme ministre de gauche, car je suis ministre socialiste, je le revendique, je l'assume, j'assume toute la politique de solidarité qui a été conduite depuis deux ans, j'assume les créations d'emploi dans l'Education nationale, comme les réformes des retraites mais nous avons besoin d'une économie plus compétitive. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas décrocher la France, c'est la 5ème économie du monde, c'est la deuxième économie en Europe, et ça, ça passe en effet par ce pacte de responsabilité. Grand choix du président de la République et qui aura j'en suis persuadé un effet sur la croissance. Nous avons une croissance d'ores et déjà de 1 % par an, à peu près prévu pour 2014, 1,7 pour 2015. Nous devons, nous pouvons faire plus. C'est ça l'enjeu et je crois qu'il faut que tout le monde le comprenne. Et c'est la raison pour laquelle, en effet, nous procédons à la fois des simplifications, simplification de la vie des entreprises, des relations entre les administrations et les entreprises, mais aussi à des baisses du coût du travail et encore à une fiscalité de l'entreprise qui doit être revue pour être plus stable et pour permettre d'investir plus. Investir, tel est le maître-mot pour la croissance, pour l'emploi…

JEAN LEYMARIE
Et beaucoup de vos électeurs disent et répètent qu'ils n'ont pas voté pour programme, et qu'ils s'en souviendront dimanche dans les urnes, aux municipales. On les entend dans les reportages sur FRANCE INFO aussi ?

PIERRE MOSCOVICI
Franchement, ce que nos électeurs doivent mesurer et je crois qu'ils le font, c'est que quand nous sommes arrivés aux responsabilités, la France à la fois avait décroché en terme de compétitivité, et avait des déficits qui étaient à la fois en terme structurel, comme on dit à Bruxelles et en terme nominaux, 5,3 % de déficits nominaux, 4 % de déficits structurels avait une situation de finances publiques extrêmement tendue. Ce gouvernement de Jean-Marc AYRAULT sous la responsabilité de François HOLLANDE est en train de redresser le pays, de redresser ses finances publiques, de redresser son appareil productif. Mais il le fait au service des Français, au service des plus fragiles, au service des plus faibles et il le fait pour que nous ayons une économie plus forte qui puisse davantage investir et au final c'est l'emploi. Vous savez quand on parle pouvoir d'achat…

JEAN LEYMARIE
Vous n'avez aucun doute ?

PIERRE MOSCOVICI
Bah ! Des doutes, on en a toujours. On en a sur ce qu'on fait, moi, je voudrais que l'économie française soit déjà plus redressée, je voudrais que la croissance soit plus forte, quand je dis « je voudrais » je me bats pour ! Mais tous les jours, je suis au service des Français pour faire en sorte qu'en effet, il y ait plus d'emploi. Parce que la lutte contre le chômage, la lutte, le combat pour l'emploi, c'est ça, le combat central qui est le nôtre depuis 2012.

JEAN LEYMARIE
Vous cherchez également et c'est encore un chantier, 50 milliards d'économie. Les avez-vous trouvés, ce matin, Pierre MOSCOVICI ?

PIERRE MOSCOVICI
Nous sommes en train bien sûr, parce que je voudrais rappeler le calendrier, le 15 avril, c'est dans peu de temps, nous allons transmettre et au parlement et puis un peu plus tard à la Commission européenne, ce qu'on appelle le programme de stabilité de la France. Le programme de stabilité de la France, en application des traités, devra retracer à la fois le pacte de responsabilité, comment nous voulons que notre économie soit plus forte, soit plus compétitive, fasse plus d'investissement, mais aussi les réformes que nous faisons pour qu'elles aillent dans ce sens-là, je pense à la loi consommation que nous avons encore présentée hier avec Benoît HAMON, qui permette de baisser les prix et d'avoir plus de concurrence et puis enfin, il faudra avoir un programme d'économie précis, de 50 milliards d'euros et oui…

JEAN LEYMARIE
Précis, jusqu'où ? Précis jusqu'où monsieur le ministre ?

PIERRE MOSCOVICI
Il faudra que le parlement…

JEAN LEYMARIE
Pour nos auditeurs est-ce que ça veut dire des hôpitaux fermés, des classes fermées ?

PIERRE MOSCOVICI
Ca veut dire qu'il faudra faire encore une fois, des économies et aménager, revoir des politiques publiques. Je ne vais pas donner justement d'exemple de cette nature-là, parce que ce n'est pas du tout la méthode que nous avons. Nous travaillons autour du président de la République dans ce que l'on appelle conseil stratégique de la dépense publique, non pas en faisant du rabot, mais à chaque fois en nous disant telle ou telle politique publique est-elle efficace ? Peut-elle être réformée ? Quelles économies peut-on trouver ? Mais sans affaiblir le service public, parce que l'intention d'un gouvernement de gauche…

JEAN LEYMARIE
Est-ce que c'est possible ?

PIERRE MOSCOVICI
Oui.

JEAN LEYMARIE
50 milliards d'économies sans toucher au service public ?

PIERRE MOSCOVICI
Sans toucher, en le faisant évoluer. Mais l'idée de la gauche forcément c'est de conforter le modèle social, c'est de ne pas l'éroder, c'est toujours de lutter contre les injustices. J'ai prononcé le mot de « solidarité », la solidarité elle est au coeur, au coeur de notre démarche, mais on peut avoir une économie qui soit plus compétitive avec une société solidaire. Je rappelle qu'en France, nous avons tout de même 57 % de dépenses publiques dans le PIB et que nous voulons faire passer ça, à 54 % à la fin du quinquennat. Ca me parait encore raisonnable.

JEAN LEYMARIE
Vous avez cité Bruxelles, des négociations sont en cours sur l'Union bancaire négociations difficiles entre les Européens. Est-ce qu'elles aboutissent ces négociations Pierre MOSCOVICI ?

PIERRE MOSCOVICI
J'ai passé tout le début de la semaine, en concertation avec mes homologues, avec d'abord le président de l'Eurogroupe, monsieur DIJSSELBLOEM, le ministre néerlandais, avec Wolfgang SCHAUBLE, le ministre allemand, et je parlais à DIJSSELBLOEM très tôt ce matin, et je le félicitais, parce que oui, j'ai la sensation que nous sommes parvenus à un accord. Il faut encore le concrétiser dans la matinée, mais cet accord permettra qu'on mette en place une union bancaire, c'est-à-dire une vraie protection contre les faillites bancaires qui accordera d'ailleurs la responsabilité de ces faillites à ceux qui en seraient éventuellement les fauteurs. C'est-à-dire aux banquiers eux-mêmes et sera mis en place un fonds, qu'on appelle le Fonds de Résolution Unique de mutualisation qui permettra justement de faire face à tout ça. Et donc ce que nous sommes en train de faire, c'est très important, c'est de faire en sorte qu'on ne puisse pas voir la reproduction de la crise financière de 2008. Que ceux qui seraient responsables de faillite soient ceux qui paient. Et puis qu'il y ait là aussi une forme de solidarité européenne et tout ça…

JEAN LEYMARIEI
l y a un accord ce matin ?

PIERRE MOSCOVICI
Il y a un accord qui a été trouvé cette nuit, je veux en féliciter les négociateurs à commencer par les parlementaires européens, mais aussi le président de l'Eurogroupe. Nous avons bien travaillé ensemble. Il doit être, je crois, confirmé dans la matinée. Mais c'est majeur, majeur que l'union bancaire se construise, ça encore en 2012 ça n'existait pas. Nous sommes en train de conforter le système financier, non pas pour lui-même mais pour éviter que les pertes soient supportées par les contribuables et par les citoyens tout simplement. Mais qu'on puisse avoir un système de prévention et un système aussi de réparation, des faillites éventuelles. C'est majeur, majeur.

JEAN LEYMARIE
Pierre MOSCOVICI un remaniement est probable après les municipales. Souhaitez-vous rester à Bercy ?

PIERRE MOSCOVICI
Ecoutez, les remaniements, c'est le président de la République qui en décide. Moi, ce que je sais, c'est que je suis au travail, à ma tâche, que je n'ai jamais considéré cette tâche comme un tremplin…

JEAN LEYMARIE
Vous voulez rester à Bercy ?

PIERRE MOSCOVICI
Je suis là au service des Français, encore une fois, et je pense que le ministre des Finances et quelqu'un qui doit avoir une certaine forme de stabilité, on parlait de l'Europe, oui, c'est vrai que défendre les positions de la France à Washington, à Bruxelles, à Berlin, être présent dans les négociations, mais aussi être auprès des entreprises, je le serais tout à l'heure avec MSC, parler aux Français et leur dire, à quel point nous avons à coeur que la solidarité fonctionne, bon, moi, je suis au travail sans arrêt. Je suis au service moi, je suis un serviteur de l'Etat, un serviteur de mon pays, c'est le président de la République qui décide. Ce que je sais, c'est que je le vois tous les mardis à 17 heures, et que nous travaillons en confiance comme nous le faisons depuis des années, c'est tout !

JEAN LEYMARIE
Merci, Pierre MOSCOVICI.

PIERRE MOSCOVICI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2014

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