Déclaration de Mme Yamina Benguigui, ministre de la francophonie, sur les efforts en faveur de l'enseignement du français en Afrique, à Paris le 20 mars 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Yamina Benguigui, ministre de la francophonie, sur les efforts en faveur de l'enseignement du français en Afrique, à Paris le 20 mars 2014.

Personnalité, fonction : BENGUIGUI Yamina.

FRANCE. Ministre de la francophonie

Circonstances : Lancement du programme « 100 000 professeurs pour l’Afrique » à l’occasion de la journée internationale de la Francophonie, à Paris le 20 mars 2013

ti : Monsieur le Ministre des affaires étrangères,
Madame la Présidente d'Universcience,
Monsieur le Président de l'Institut français,
Monsieur le vice-Recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie,
Monsieur le Directeur général de TV5 Monde,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers Invités, Chers Amis,


«100.000 professeurs pour l'Afrique, l'avenir de la langue française dans le monde».

Ce projet est né de la volonté du président de la République et du ministre des affaires étrangères de relancer la Francophonie.

C'est lors de mes tout premiers voyages en Afrique et au Maghreb que j'ai pris conscience que l'avenir de la langue française reposait sur la qualité de l'enseignement et de la formation.

À Alger, à Bamako, à Brazzaville, partout, inlassablement, la même demande m'était faite : nous avons besoin de former nos formateurs.

Face à l'affaissement de la langue française, partout la même urgence à agir en faveur d'une meilleure transmission du français dans des pays où l'enseignement et la formation sont une priorité pour l'avenir des populations.

Cet impératif, je l'ai ressenti en juillet 2012, lors de mon déplacement à Durban pour le 13ème Congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), en échangeant avec ces enseignants venus de 150 pays du monde, dont les constats étaient parfois alarmants - l'âge moyen des professeurs du supérieur dans certains pays, comme par exemple en République démocratique du Congo, est celui du départ à la retraite !

Et pourtant, j'ai profondément éprouvé à Durban, comme dans la trentaine de pays où je me suis rendue ensuite, une conviction intacte quant à l'avenir du français, de la part de celles et ceux qui assurent avec courage et enthousiasme l'apprentissage et la transmission de la langue : les professeurs.

C'est avec eux et pour eux, et en lien avec notre opérateur, l'Institut français, que le ministère des affaires étrangères, à travers sa direction générale de la mondialisation, a élaboré ce programme ambitieux, «100.000 professeurs pour l'Afrique», qui induit un effet multiplicateur grâce au recours aux technologies numériques.

Le président de l'Institut français, M. Xavier Darcos, vous présentera ce programme dans quelques instants.

Je salue la présence à cette cérémonie de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, qui témoigne bien de la priorité que la France attache à la transmission du français en Afrique, où se joue l'avenir de la francophonie.

Sous l'effet de son dynamisme démographique, l'espace francophone est en effet en expansion rapide. En 2050, nous devrions compter 700 millions de francophones, dont 80 % en Afrique !

Le français sera la langue du travail et de la mobilité pour plus de 560 millions d'Africains, sur un continent qui devrait connaître une croissance à deux chiffres, un continent où se jouera le fabuleux destin de notre langue !

Cette projection ne deviendra réalité que si nous parvenons à relever le défi d'une éducation en français et au français de qualité et transformer les locuteurs virtuels de 2014 en locuteurs réels en 2050.


Mesdames et Messieurs, Chers Invités,

On parle beaucoup des MOOCS, les «Clom» en français, qui sont les «cours en ligne ouverts et massifs», et censés s'adresser à tous.

Tous les savoirs semblent aujourd'hui à portée du pouce pour reprendre la belle idée de Michel Serres.

Ce savoir en ligne disponible est un outil formidable, mais qui implique nécessairement la bonne maîtrise de la langue.

Prenons garde en effet à ne pas créer un nouveau plafond de verre : le plafond de verre numérique.

Si vous me permettez une métaphore, pour emprunter l'autoroute du savoir, il faut un véhicule : ce sont les ordinateurs et les tablettes. Mais cela ne suffit pas ! Il faut avant tout savoir conduire.

Il faut donc avoir son code : c'est l'apprentissage du français délivré au primaire. C'est toute la portée d'un programme comme Ifadem pour la formation des maîtres mené par l'Organisation internationale de la Francophonie et l'Agence universitaire de la Francophonie.

Il faut aussi apprendre la conduite avec un moniteur : c'est le secondaire et l'enseignement supérieur ; c'est ce que nous faisons avec «100.000 professeurs pour l'Afrique».

Un programme comme 100.000 profs met l'humain au coeur de la formation, avec un dispositif de tutorat pour accompagner ceux qui demain, seront chargés d'enseigner à distance par le numérique.

Je remercie donc tous les partenaires du programme «100.000 professeurs pour l'Afrique», son opérateur, l'Institut français, mais également l'Organisation internationale de la Francophonie, l'Agence universitaire de la Francophonie, les Alliances françaises, le Centre international des études pédagogiques, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France, l'Agence française pour le développement, TV5Monde et la Fondation Orange.


Mesdames, Messieurs,

En cette journée de célébration de la Francophonie, souvenons-nous que son père fondateur, Leopold Sedar Senghor, était lui-même enseignant.

On raconte qu'à Dakar, il avait fait placer un tableau noir dans la salle du conseil des ministres pour expliquer à ses collègues le sens et l'étymologie des mots, tant le sens de la pédagogie l'habitait de façon permanente.

Tableaux noirs hier, tableaux interactifs et écrans d'ordinateurs aujourd'hui.

Les supports pédagogiques changent, mais le bel idéal d'enseigner demeure : les écoles et les universités sont les lieux de «rendez-vous du donner et du recevoir» dont parlait Senghor, faisant de la Francophonie un espace dédié aux échanges humains entre des peuples frères qui ont le français en partage.

Le tournant numérique de l'enseignement du français repose tout autant sur le développement humain que sur le développement technologique, car c'est sur les femmes et les hommes qui la maîtriseront que repose l'avenir de la langue française dans le monde.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 mars 2014

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