Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la réussite scolaire et la santé à l'école, Paris le 31 mars 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la réussite scolaire et la santé à l'école, Paris le 31 mars 2014.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative

Circonstances : Ouverture du colloque sur le thème "réussite éducative, santé et bien être - Agir ensemble " à Paris le 31 mars 2014

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Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui pour prendre part au colloque organisé par l'association française de promotion de la santé scolaire et universitaire. Je tiens à remercier sa présidente, Marie-Claude Bravard, et à travers elle tous les membres de son association et tous ceux qui unissent leur savoir, leur compétence, leur détermination et leur dévouement pour combattre les problèmes de santé et de détresse que rencontrent nos enfants et pour promouvoir la santé à l'École. L'AFPSSU a plus de soixante dix ans d'existence et son travail d'action, d'information, de réflexion et de soutien en faveur de la santé des jeunes, de leur bien-être scolaire se doit d'être salué comme il se doit.

Faire en sorte que, selon l'intitulé du colloque qui nous réunit aujourd'hui, le bien-être à l'École soit une réalité plutôt qu'un mythe, exige de chacun de nous (professeurs, médecins, adultes et acteurs éducatifs dans leur ensemble) bienveillance et volontarisme. Car la bienveillance sans volontarisme est condamnée à rester lettre morte, comme le volontarisme sans bienveillance à rester lettre vide.

* Éducation et santé

Se soucier du bien-être des enfants, c'est faire en sorte de les introduire dans un monde nouveau pour eux. Dans un monde toujours plus vieux qu'eux et dont nous sommes les représentants, les responsables et les garants. Se soucier du bien-être des enfants, c'est les aider à entrer dans ce monde étranger et parfois hostile qui est le nôtre. Se préoccuper du bien-être des enfants et des jeunes à l'École, c'est d'abord se préoccuper de leur santé.

C'est dans cette perspective que la loi d'orientation et de programmation pour la Refondation de l'École, du 8 juillet 2013, fait de la santé des élèves une des priorités du ministère de l'éducation nationale et du ministère délégué à la Réussite éducative.

Éducation et santé : ce tandem, indissoluble dans l'action qui est la nôtre, nous intime de continuer à élaborer et à renforcer une approche de la prévention sanitaire qui s'adosse à une éthique de la responsabilité.

La prévention des conduites addictives et la sensibilisation aux comportements à risques dans leur ensemble visent à aider chaque adolescent et chaque jeune à s'approprier les moyens d'opérer des choix responsables qui permettent de mener une "vie bonne", tout autant pour soi que pour autrui.

* Guide pour une École bienveillante

C'est à cet effet qu'a été conçu le Guide pour une École bienveillante, qui constitue l'une des mesures annoncées lors du Comité interministériel de la jeunesse (CIJ) du 21 février 2013. Destiné aux équipes éducatives, il a pour objectif de les aider à mieux connaître et repérer les signes de mal-être des élèves, à agir en concertation et à être pleinement associées, sous la coordination des chefs d'établissement, à une politique éducative globale visant à établir un climat scolaire serein. Réalisé avec des experts et des personnels de terrain, ce document se veut pragmatique et adapté à la réalité quotidienne des établissements.

L'éducation à la santé est indissociable d'une éducation par la santé. Éduquer nos enfants à la santé, leur transmettre la santé comme une valeur et un savoir, c'est leur apprendre à être responsable pour eux-mêmes et pour ceux qui les entourent. C'est les inviter à faire le choix de la vie, et à se prémunir contre des conduites néfastes, dangereuses, et morbides pour eux-mêmes.

Notre action, comme elle s'y efforce chaque jour, doit continuer à s'adresser à des sujets humains, plutôt que de viser des cibles et des conduites anonymes. C'est la raison pour laquelle notre action de santé, si elle nécessite une vaste diffusion de l'information à l'intention du public, doit toujours veiller à cheminer de pair avec une adresse spécifique à chaque individu et à chaque adolescent.

Il ne suffit pas, hélas, de pointer la dangerosité des pratiques à risques pour les voir disparaître et pour convaincre l'adolescent qui s'y livre d'y renoncer. L'être humain, qu'il soit adolescent ou adulte, les sciences humaines nous l'ont appris, ne se réduit pas à un être de raison. Ses conduites à risques sont également des expériences vécues, prises dans des réalités subjectives qui constituent son histoire.

C'est pour ces raisons que notre conception de la prévention et de l'éducation sanitaire ne doit jamais s'égarer dans des visions trop abstraites, qui ne feraient pas assez place à la complexité de chaque adolescent.

Notre conception de la prévention et de l'éducation sanitaire doit, au contraire, continuer de se soutenir d'une proposition éthique qui rappelle à tous, hommes et femmes, parents, enfants et adolescents, que leur santé est la leur, qu'ils en sont tout autant les dépositaires que les garants.

La transmission de ce savoir sanitaire et la sensibilisation des publics concernés doit ouvrir le chemin d'une autonomie responsable, pour qu'advienne, en chacun de nos enfants, tout autant le souci de soi que le souci de l'autre.

* Le bien-être à l'École

Mais le bien-être, comme vous le savez, s'entend d'une acception plus large que celle de la seule santé. Le bien-être repose également sur le sentiment de confiance en soi et de confiance dans les autres, de paix et de sécurité à l'École, de plaisir à travailler, de succès dans son parcours scolaire et d'épanouissement individuel au sein de son environnement scolaire.

Comme l'a révélé l'enquête HBSC de 2010, et le précédent rapport PISA, les élèves français, s'ils aiment leur école, sont pourtant des élèves anxieux et peu confiants en eux-mêmes. Un élève sur deux seulement estime que ses résultats scolaires sont convenables, ce qui représente l'un des plus bas niveaux des pays de l'OCDE.

C'est une tradition française de voir dans ces doutes et ces scrupules le prix de l'excellence républicaine. Pourtant, face aux difficultés que rencontre notre système éducatif, la thématique du bien-être et de l'amélioration du climat scolaire passe souvent pour une préoccupation secondaire : la réussite scolaire ne doit-elle pas être la seule priorité de l'École ? Et le bien-être de l'enfant n'est-il pas seulement du ressort de la famille ?

* Le bien-être : une condition indispensable aux apprentissages

Nous pensons au contraire que l'un et l'autre sont, non seulement conciliables, mais également indissociables. C'était le philosophe Alain qui écrivait : "Ce n'est point parce que j'ai réussi que je suis content, mais c'est parce que j'étais content que j'ai réussi." Développer l'estime de soi, la confiance, l'initiative, la coopération, ce n'est pas seulement une condition de l'épanouissement personnel. C'est aussi un élément indispensable à l'acquisition des connaissances et à la réussite scolaire comme professionnelle.

C'est le principe même de l'école républicaine de considérer que tout enfant, sans distinction d'origine ou de milieu, est éducable. Qu'il possède en lui ces "semences de vérités" dont parlait Descartes et les moyens de construire sa réussite pour peu que l'on sache repérer et exercer ses capacités, qu'on lui fasse confiance et qu'on lui donne, y compris par l'exigence et l'autorité qui sont des marques de respect, les moyens de son progrès.

Une École de la bienveillance est une École qui fait sienne le geste du don, qui permet à l'élève de se rallier à lui-même, de devenir à lui-même sa propre promesse d'avenir. C'est une École de la confiance et de la générosité que nous devons bâtir pour parvenir à la réussite de tous. C'était Bossuet qui disait, dans l'un de ses célèbres sermons que "le défaut qui empêche les hommes d'agir, c'est de ne pas sentir de quoi ils sont capables."

* Pour une évaluation pédagogique

C'est dans cette perspective qu'il nous faut continuer à réfléchir ensemble pour faire évoluer les pratiques pédagogiques, notamment concernant la notation ou le redoublement.

L'évaluation doit être formatrice et permettre un progrès. L'évaluation ne doit pas être une sanction et marquer un arrêt. Elle doit être un encouragement et non un découragement. Elle doit constituer un outil d'émulation et non de jalousie.

La transmission du savoir s'appuie sur des valeurs fondamentales : l'apprentissage et la reconnaissance de la nécessité des règles, la solidarité, l'entraide, le goût de l'effort et le désir de progresser. A l'École, les élèves doivent apprendre que la notation n'est pas destinée à entretenir une rivalité agressive, mais peut au contraire prendre la forme d'une saine émulation. C'était La Bruyère, ce fin connaisseur du cœur humain, qui écrivait dans ses Caractères : "Il y a entre la compétition et l'émulation le même éloignement qu'entre le vice et la vertu."

Il nous faut veiller à ce que l'évaluation soit un élément et un instrument de la formation. Qu'elle juge le travail et non la personne. Il s'agit dans la notation, comme dans la réforme des rythmes scolaires, de donner du temps aux apprentissages, de donner aux enfants le temps de se tromper, de se corriger, de s'améliorer. Notre mission est de donner à chaque enfant la force d'aller chercher en lui-même les ressources pour se perfectionner et se dépasser.

* Les rythmes

C'est dans cette même démarche de bien-être qu'a été développée et mise en place la réforme des rythmes scolaires. Cette réforme partait de deux constats. D'une part, les rythmes scolaires de nos enfants étaient inadaptés à leurs besoins et à leurs capacités. Et d'autre part, ils étaient insuffisamment pensés au sein de la globalité des rythmes éducatifs. Les rythmes qui leur étaient imposés nuisaient à la qualité de leurs apprentissages et de leur bien-être.

Désormais le temps scolaire prend en compte le temps de l'enfant. Les enfants sont moins fatigués, et les heures de cours correspondent aux heures où ils sont les plus vifs et les plus concentrés. Par ailleurs, nous avons fait en sorte que les heures laissées vacantes en fin de journée représentent de véritables opportunités en matière éducative. Ces temps, après les cours, permettent de créer des ponts entre ce que l'enfant apprend en classe et ce qu'il fait après l'école.

* Rapprochement de l'École et des parents

Favoriser le bien-être à l'École, c'est contribuer à améliorer le climat scolaire en rendant l'École plus accueillante. Le sentiment d'appartenance à la communauté éducative est un élément déterminant, tant pour les professeurs, que pour les élèves et leurs parents.

La qualité du vivre ensemble dépend en grande part de la convivialité entre adultes et de la qualité de l'accueil des familles. Élèves, professeurs et parents doivent être incités à s'engager dans la vie scolaire de l'établissement. C'est à cet effet qu'a été conçue la circulaire interministérielle du 15 octobre 2013 qui a pour objectif de renforcer la coopération entre les parents et l'École dans les territoires.

Elle s'attache à rendre effectifs les droits d'information et d'expression des parents, à construire de nouvelles modalités de coopération entre l'École et les parents et assurer la coordination d'accompagnement à la parentalité avec l'ensemble des partenaires dans les territoires. Elle précise les conditions du déploiement d'espaces réservés aux parents au sein des établissements et soutient l'inscription d'actions d'accompagnement à la parentalité dans les projets d'École et d'établissement.

Les actions éducatives familiales permettront par ailleurs aux parents en situation de grande fragilité linguistique d'acquérir des compétences de base pour mieux accompagner la scolarité de leurs enfants.

* Une orientation choisie

Enfin, l'expérimentation du choix par les parents de la voie d'orientation en fin de troisième instaure un dialogue approfondi avec les parents et les équipes éducatives et accompagne les familles pour leur permettre d'effectuer leur choix en toute connaissance de cause. Depuis la rentrée dernière, treize académies et cent dix collèges se sont portés candidats à cette expérimentation. Laisser le dernier mot aux parents et à l'élève doit permettre d'améliorer l'orientation. De faire en sorte que celle-ci soit choisie et non subie afin de renforcer les relations École-parents, de prévenir le décrochage scolaire et de revaloriser l'orientation professionnelle qui devient un choix assumé et non une relégation liée à un niveau scolaire jugé insuffisant.

L'orientation tend à procéder dans notre système scolaire par exclusion successive des élèves aux résultats scolaires jugés insuffisants vers des filières moins considérées que la voie générale.

À l'issue du collège, près de la moitié des élèves considèrent que leur orientation est plus subie que voulue. Mieux tenir compte de l'avis des élèves, mais également de celui de leurs parents, favorise un sentiment de maîtrise sur leur parcours scolaire.

* Conclusion

La jeunesse n'est pas, comme je l'entends souvent, une "classe d'âge" ou une "catégorie de population". Elle constitue ce moment où s'élabore l'avenir. Lui accorder la priorité de notre action, c'est contribuer à façonner la génération des bâtisseurs de demain.

Les jeunes sont à la fois des nouveaux citoyens, en même temps qu'ils sont en train de devenir des citoyens. Il est de la responsabilité de l'École, non seulement de leur offrir les clés d'une vie sociale épanouie, mais également de les amener à assumer la responsabilité qui sera la leur dans le monde de demain.

Nous avons la lourde tâche d'introduire ces enfants et ces jeunes dans notre monde, de les accueillir avec bienveillance, de leur transmettre les savoirs et les valeurs qui sont les nôtres. Nous avons la responsabilité de leur permettre de devenir à leur tour des adultes dignes et des citoyens éclairés.

Cette responsabilité qui nous incombe, c'est une responsabilité envers la génération qui nous succède, mais c'est également une responsabilité envers le monde qui nous entoure.

C'est la raison pour laquelle notre travail à tous est si capital, et c'est la raison pour laquelle je tiens à vous remercier pour l'implication qui est la vôtre et qui vous honore.


Source http://www.education.gouv.fr, le 1er avril 2014

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