Interview de Mme George Pau-Langevin, ministre des outre-mer, au journal "Les Nouvelles calédoniennes" le 29 avril 2014, sur les accords de Matignon et l'accord de Nouméa, les relations entre l'Etat et la Nouvelle-Calédonie notamment en matière de transfert de compétences, et la gestion de l'exploitation du nickel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme George Pau-Langevin, ministre des outre-mer, au journal "Les Nouvelles calédoniennes" le 29 avril 2014, sur les accords de Matignon et l'accord de Nouméa, les relations entre l'Etat et la Nouvelle-Calédonie notamment en matière de transfert de compétences, et la gestion de l'exploitation du nickel.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre des outre-mer

ti : Les Nouvelles calédoniennes : Vous accédez au ministère des Outre-mer au moment où la Nouvelle-Calédonie va entrer dans la dernière mandature de l'accord de Nouméa. Est-ce une responsabilité supplémentaire ?

George Pau-Langevin : C'est en tout cas une responsabilité importante. Ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie montre que l'on peut trouver des solutions originales pour résoudre des problèmes de coexistence. Ce qui se joue aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie peut d'ailleurs servir d'exemple. Je souhaite donc que nous trouvions la bonne formule pour nous inscrire dans la continuité des moments clefs de l'histoire calédonienne qu'ont été les accords de Matignon puis l'accord de Nouméa.

Les Nouvelles calédoniennes : Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, une liste unitaire indépendantiste va concourir aux élections provinciales dans le Sud. On trouve dans cette liste le Parti socialiste calédonien. Qu'en pensez-vous ?

Le fait qu'il y ait des socialistes présents sur cette liste ne signifie pas que le gouvernement se sente particulièrement tenu par telle ou telle position locale. Nous respecterons ce qui sortira des urnes et nous n'avons pas à prendre position avant ni à choisir à la place des Calédoniens.

Les Nouvelles calédoniennes : Le sénateur Pierre Frogier a affirmé que le ministère des Outre-mer n'était plus adapté aux particularités du dossier calédonien. Il estime que les interlocuteurs changent trop souvent. Que lui répondez-vous ?

C'est une position un peu curieuse. Les ministères peuvent effectivement changer, mais le ministère des Outre-mer ne change pas plus vite que d'autres. Et nous continuerons d'appliquer, en accord avec Matignon, une politique gouvernementale qui se situe dans la logique de l'accord de Nouméa. Quand l'Etat prend des engagements, il est normal de se tenir à ce qui a été dit auparavant.

Les Nouvelles calédoniennes : Avez-vous l'intention de rencontrer rapidement les acteurs politiques calédoniens ?

Je reçois beaucoup de parlementaires depuis ma nomination, mais je n'ai pas eu le temps de rencontrer les acteurs calédoniens. Je suis évidemment disposée à les recevoir dès que leur emploi du temps le leur permettra. Je n'envisage pas de me rendre en Nouvelle-Calédonie avant le scrutin à venir, mais je m'y rendrai au mois de juillet ou au mois d'août afin de prendre sur place la mesure des choses. Cette visite pourrait aussi être l'occasion, si un consensus se dégageait sur sa tenue, de préparer le Comité des signataires.

Les Nouvelles calédoniennes : Les indépendantistes s'interrogent sur la vitesse à laquelle sont effectués les transferts de compétences. Leur inquiétude vous paraît-elle légitime ?

Il me semble que les transferts suivent leur cours normal. On peut vouloir aller vite, mais il faut aussi que les choses se fassent correctement, dans le respect des uns et des autres. Pour exercer de nouvelles compétences, il faut être suffisamment armé pour pouvoir le faire dans de bonnes conditions. Nous, nous préparons les choses, nous faisons en sorte que cela soit prêt techniquement. Il appartient ensuite aux élus et au Congrès de se prononcer sur le bon moment. Nous avons un devoir sur le plan technique, mais ce n'est pas à nous de décider du rythme.

Les Nouvelles calédoniennes : Que vous inspire l'initiative du Sénat coutumier, qui vient de rédiger une charte du peuple kanak ?

Je pense que le fait de coucher noir sur blanc une tradition orale est une initiative positive. Il s'agit là d'une responsabilité qui appartient aux autorités coutumières. Ce qui est certain, c'est que pour nous, qui ne sommes pas Kanak, il peut être très utile de disposer de ce type de références afin de saisir les principes et les valeurs qui fondent cette culture.

Les Nouvelles calédoniennes : La France sera probablement condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme en raison des conditions de vie des prisonniers du Camp-Est. Vous êtes avocate de formation. Qu'est-ce que cela vous inspire et que comptez-vous faire ?

C'est un sujet qui est pris en main. Le Camp-Est va être modernisé et je sais qu'il existe le projet de construire une antenne pénitentiaire dans le Nord pour permettre aux détenus originaires de cette province de se rapprocher de leur environnement. Il est évident que mon souhait pour la Nouvelle-Calédonie, comme pour ailleurs en outre-mer, est que l'on dispose d'installations qui soient à la hauteur de ce qu'exige une démocratie moderne.

Les Nouvelles calédoniennes : Les élus calédoniens ont du mal à définir une stratégie commune concernant l'exploitation du nickel. Que peut apporter le ministère des Outre-mer dans la gestion de ce dossier ?

C'est un dossier essentiel puisque c'est ce qui permet au territoire de tirer parti de ressources importantes. Mais je rappelle que c'est un dossier qui est déjà dans les mains des provinces, ce qui a une signification politique qui n'est pas négligeable. Il est bon que chaque province puisse intervenir, avec une réelle marge d'autonomie, dans la gestion d'une ressource aussi importante. Je crois que les différents acteurs se parlent et essaient de mettre sur pied une politique commune. Nous ne pouvons que souhaiter que ce dialogue continue. Nous sommes prêts à apporter notre contribution mais je considère qu'il est très important que les provinces aient un pouvoir réel. Il n'est donc aucunement question pour nous de les en dessaisir d'une manière ou d'une autre en intervenant dans un tel dossier.

Les Nouvelles calédoniennes : Certaines personnalités politiques réclament une montée de la Nouvelle-Calédonie à 51 % dans le capital de la SLN. Quel est votre avis ?

C'est un vieux sujet. Ces débats théoriques sont intéressants mais ne résument pas à mon avis une politique industrielle.

Mais l'usine du Nord s'est bâtie sur ce modèle… Justement, si l'on tient compte de l'autonomie des provinces et si l'on considère qu'il y a plusieurs usines sur le sol calédonien, on doit pouvoir accepter que les autorités provinciales aient des approches différentes de ces questions. Et ce n'est pas à moi de leur dire quel choix elles doivent faire. Cela relève des compétences locales. On peut leur apporter une expertise technique mais on ne va pas gérer l'exploitation du nickel calédonien depuis Paris.

source http://www.outer-mer.gouv.fr, le 5 mai 2014

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