Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à l'émission Les 4 Vérités de France 2 le 30 avril 2014, sur la coopération policière visant à prévenir les départs de ressortissants de l'Union européenne, notamment de jeunes, pour faire le djihad en Syrie, et diverses dispositions législatives destinées à démanteler les filières djihadistes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à l'émission Les 4 Vérités de France 2 le 30 avril 2014, sur la coopération policière visant à prévenir les départs de ressortissants de l'Union européenne, notamment de jeunes, pour faire le djihad en Syrie, et diverses dispositions législatives destinées à démanteler les filières djihadistes.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : Roland Sicard
Bonjour à tous, bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Roland Sicard
Vous avez annoncé la semaine dernière une série de mesures pour empêcher des jeunes français de partir faire le djihad en Syrie, vous êtes aujourd'hui à Londres pour aborder le même sujet, ça veut dire que c'est un problème européen ?

Bernard Cazeneuve
Oui c'est un problème européen et nous allons nous retrouver à Londres dans l'après-midi avec mon homologue britannique, mon homologue belge, mon homologue allemand de manière à faire le tour de cette question, à préparer une grande réunion qui rassemblera la plupart des pays occidentaux le 8 mai à Bruxelles. Que voulons-nous faire ensemble ? D'abord essayer de faire en sorte que les images, les vidéos, les insolentes propagandes qui sont diffusées sur Internet et qui parviennent à embrigader, à endoctriner un très grand nombre de ressortissants de nos pays

Roland Sicard
C'est par internet que ça passe d'abord ?

Bernard Cazeneuve
Beaucoup, l'internet joue un rôle déterminant dans l'endoctrinement de nos ressortissants et notamment de nos ressortissants les plus jeunes. Donc notre objectif c'est de faire en sorte qu'il y ait une démarche commune qui associe d'ailleurs les Etats-Unis, j'ai rencontré hier la conseillère du président Obama en charge de ces questions pour couper ces images et ces véhicules de propagande sur internet. Deuxièmement nous avons à faire travailler ensemble nos services de renseignements, ce qui est fait pour identifier, pour comprendre, pour prévenir est utile et puis bien entendu, nous devons aussi agir pour valoriser ce qui est fait par la communauté internationale en Syrie pour que la paix retrouve ses droits et que la barbarie, la violence cessent.

Roland Sicard
On avait parlé d'un numéro vert pour aider les familles, est-ce qu'il est en place ? Est-ce qu'il existe ?

Bernard Cazeneuve
Oui, ce numéro vert a été mis en place hier, la plate-forme permettant aux familles de se mettre en contact avec le ministère de l'intérieur

Roland Sicard
On va le voir d'ailleurs.

Bernard Cazeneuve
a été mis en place dès vendredi et hier le numéro vert a été activé, c'est le 0800 005 696.

Roland Sicard
Quelle est l'utilité pour ce numéro vert ? C'est vraiment très important ?

Bernard Cazeneuve
Il s'agit pour nous de faire en sorte à travers ce numéro, que les familles qui sentent que des membres de la famille et notamment des jeunes et parfois même des mineurs sont en train de basculer, lorsqu'il y a une interrogation et qu'un dispositif doit être mobilisé pour éviter que le départ ne se produise, de voir l'ensemble des administrations de l'Etat entrer en action. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle j'ai donné une instruction aux préfets pour les personnes du ressort de leur territoire qui nous sollicitent, de bien vouloir mettre en place un accompagnement sur mesure. Parfois ce sont les services de la protection judiciaire de la jeunesse, parfois ce sont les services éducatifs, parfois ce sont des services sociaux, il s'agit de tout faire pour que la famille qui est confrontée à type de problème soit encore une fois accompagnée et encadrée. Ça c'est pour le volet préventif, mais comme je vous l'ai signalé tout à l'heure, notre objectif au sein de l'Union européenne, c'est de démanteler ces filières djihadistes. Comme elles agissent sur internet, notre objectif c'est de faire en sorte que par la coopération de nos services, par les actions que nous engageons en commun, nous parvenions à identifier les pourvoyeurs de haine, les recruteurs de djihadistes, de manière à démanteler les filières et nous sommes résolus à le faire.

Roland Sicard
Au niveau français il y aura un projet de loi, qu'est-ce qu'il y aura dedans ?

Bernard Cazeneuve
Ce projet de loi qui portera diverses dispositions relatives à la sécurité, qui nous permettra d'agir dans ce domaine comprendra la disposition très précise. J'ai indiqué que nous voulions empêcher nos ressortissants de partir en Syrie. Et que dès lors que nous aurions des signalements, dès lors que des familles nous aurons indiqué des risques nous inscririons ces personnes sur le système d'information Schengen pour que la coopération entre les pays de l'Union européenne permettent d'éviter le départ. Nous les inscririons sur le fichier des personnes recherchées, cela appelle une disposition législative. J'ai indiqué que les interceptions de sécurité pourraient être gardées plus longtemps pour permettre aux enquêtes de se déployer. C'est actuellement dix jours, il faut que nous puissions aller jusqu'à un mois. Ça appelle une disposition législative. J'ai indiqué aussi que nos enquêteurs pourraient aller sur le net sous pseudonyme, ce qui n'est pas possible dans le cadre de la législation en vigueur pour entrer dans ces réseaux et aider à leur démantèlement. Voilà les dispositions législatives que nous allons prendre. Ce sont des dispositifs qui sont destinés encore une fois à démanteler les filières dans le respect strict des libertés publiques et sous le contrôle du Parlement.

Roland Sicard
Beaucoup de ces jeunes vont revenir en France, c'est un vrai danger ?

Bernard Cazeneuve
Nous sommes organisés, c'est aussi un élément du plan pour faire en sorte que ces retours en France fassent l'objet immédiatement de mesures mettant ces ressortissants hors d'état de nuire. Ils sont passibles de sanctions pénales parce qu'ils ont commis des fautes pénales. Agir en bande organisée en lien avec une entreprise terroriste, en association de malfaiteurs, ça appelle une sanction pénale. Et nous déclencherons l'action publique à chaque fois que nous avons des éléments qui justifient qu'on le fasse.

Roland Sicard
Est-ce qu'il ne faut pas aussi les réinsérer ?

Bernard Cazeneuve
C'est important bien entendu de prendre toutes dispositions pour que tous ceux qui s'apprêtent à partir et qui souffrent parfois de fragilité psychologique ou d'un sentiment de relégation puissent être accompagnés, réinsérés et que nous le fassions à la fois avec une mobilisation de tous les dispositifs existants et de la fermeté. Et nous voulons aussi agir en milieu carcéral, parce que la pensée djihadiste, la pensée radicale, se développe dans les prisons et nous avons, Christiane Taubira et moi, engagé une action conjointe pour qu'en milieu carcéral la pensée radicale soit là aussi combattue.

Roland Sicard
Est-ce que la France est une cible pour le terrorisme islamiste ?

Bernard Cazeneuve
Mais aujourd'hui il y a une coopération très forte de l'ensemble des pays de l'Union européenne parce que cette violence qui se déploie en Syrie, dans ces groupes djihadistes, avec beaucoup de barbarie, de cruauté, représente un risque pour l'ensemble des pays des ressortissants. Donc il faut s'organiser pour faire en sorte que ce risque soit maîtrisé. Et le plan que nous proposons est un plan destiné à protéger les Français de ce risque.

Roland Sicard
Autre sujet, il y a eu un 7ème règlement de compte hier à Marseille, on a l'impression qu'on n'arrive pas à régler le problème marseillais.

Bernard Cazeneuve
Non, c'est une erreur, nous avons mobilisé beaucoup de moyens à Marseille, deux zones de sécurité prioritaire, la mise en place d'un préfet de police, 300 postes.

Roland Sicard
Est-ce qu'il en faut plus ?

Bernard Cazeneuve
300 postes supplémentaires dans les services de sécurité. Quel est le résultat ? Une diminution de 14% de l'atteinte aux personnes par violence. Une diminution de 8% de l'atteinte aux biens. Pour ce qui concerne les règlements de compte, il y avait 7 règlements de compte à Marseille en 2007. Il y en avait 30 en 2012, nous sommes passés en 2013 sous la barre des 20. Et notre objectif c'est en nous attaquant aux avoirs illicitement acquis, en nous attaquant aux trafics d'armes, et notamment des armes de guerre, en nous attaquant aux crimes organisés de faire en sorte que ces règlements de comptes cessent. Mais ils diminuent comme les atteintes aux biens, comme les atteints aux personnes parce que nous avons mobilisé des dispositifs puissants. Et l'efficacité d'une politique de sécurité c'était le but de ma visite à Marseille, c'est de la voir se déployer dans la durée pour qu'elle donne des résultats avec la plus grande fermeté, la plus grande détermination. Et en procédant à quelques ajustements lorsque c'est nécessaire. Et pour procéder aux bons ajustements il faut être constamment en échange avec les acteurs de terrain, les acteurs de la police, de la gendarmerie, de la préfecture, les élus locaux. J'ai vu l'ensemble de ces acteurs à Marseille vendredi.

Roland Sicard
Merci.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 5 mai 2014

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