Interview de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec RTL le 22 avril 2014, sur la situation en Syrie et sur les nouvelles attributions du ministère des affaires étrangères. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec RTL le 22 avril 2014, sur la situation en Syrie et sur les nouvelles attributions du ministère des affaires étrangères.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international;

ti : LAURENT BAZIN
Jean-Michel APHATIE, vous recevez donc ce matin le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Laurent FABIUS.

LAURENT FABIUS
Bonjour !

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous avons tous accueillis samedi avec une immense joie la nouvelle de la libération des quatre otages français retenus en Syrie pendant dix mois, ont-ils été détenus pour partie par des djihadistes français, Laurent FABIUS ?

LAURENT FABIUS
Euh ce que je sais, c'est qu'une partie de ceux qui les ont détenus, parlaient français…

JEAN-MICHEL APHATIE
Parlaient bien le français.

LAURENT FABIUS
On ne peut pas aller au-delà dans la mesure où notamment, beaucoup d'entre eux avaient des masques. Mais ils parlaient français oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ça repose la question terrible de ces jeunes français qui vont combattre en Syrie, qui peuvent éventuellement s'en prendre à des Français.

LAURENT FABIUS
Jeunes ou moins jeunes, oui ce n'est pas une question nouvelle, elle a été traitée de très près par Manuel VALLS lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, je me souviens qu'il y a déjà plusieurs semaines, nous avons eu sous la présidence du président de la République un conseil de défense sur ce sujet et c'est un très grand sujet parce qu'il y a des différences par rapport à avant. Maintenant les gens partent plus nombreux, plus jeunes et donc il y a toute une série de mesures qui ont été prises ou qui vont être prises…

JEAN-MICHEL APHATIE
On estime à combien le nombre de Français…

LAURENT FABIUS
Plusieurs centaines.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plusieurs centaines, 200, 500 ? Plusieurs chiffres circulent ?

LAURENT FABIUS
Prenez le chiffre du milieu oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le chiffre du milieu, donc 300, 400.

LAURENT FABIUS
Non, vous avez dit 500.

JEAN-MICHEL APHATIE
500 ah oui, le chiffre du milieu, 500. Un plan sera présenté demain en Conseil des ministres par Bernard CAZENEUVE ministre de l'Intérieur, pour faire quoi ? Eviter les départs si c'est possible ?

LAURENT FABIUS
Je laisse le soin au ministre de l'Intérieur de présenter ce plan mais il faut… notre, pas seulement le projet parce que beaucoup d'actions ont déjà été menées, notre action consiste à prendre les choses depuis l'amont jusqu'à, si je puis dire, l'aval. Alors l'amont c'est quoi ? c'est déceler tous ceux, en particulier les jeunes, qui sont portés vers cette dérive tragique et là, ça suppose notamment une surveillance de cyber parce que beaucoup de choses se font sur Internet et puis, il y a le passage pour ceux qui passent en Syrie, donc il y a toute une série de dispositions à prendre pour freiner, empêcher ce passage et puis il y a ce qui se passe là-bas et puis, il y a la question du retour et du suivi ou de la réintégration. Donc, mais c'est au ministre de l'Intérieur à dire ce qu'il aura à dire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Interdire le retour des djihadistes français c'est envisageable Laurent FABIUS ?

LAURENT FABIUS
Vous verrez les décisions qui seront proposées par le ministre de l'Intérieur.

JEAN-MICHEL APHATIE
La diplomatie française est mise en cause, certains disent : nous soutenons l'opposition armée à Bachar EL ASSAD et donc, c'est un encouragement fait à des jeunes français d'aller rejoindre cette opposition puisque nous la soutenons. Que répondez-vous à cette critique Laurent FABIUS ?

LAURENT FABIUS
Non, non, c'est une confusion totale. Non je n'ai pas entendu ça. C'est une confusion totale…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était dans le débat, ça a été dit dimanche.

LAURENT FABIUS
C'est vraiment une confusion. Bachar EL ASSAD, tyran absolu, 150.000 morts et ce monsieur, dans une parodie tragique, a le front de se présenter à une élection fantôme qui doit avoir lieu au mois de juin…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le 3 juin.

LAURENT FABIUS
…donc il n'est pas question de soutenir un seul instant monsieur Bachar EL ASSAD. Contre lui, qui a-t-il ? il a des groupes terroristes, essentiellement le EIIL et ce qu'on appelle le Front Nosra. Il n'est pas question pour nous ni pour aucun démocrate de soutenir ce front terroriste. Donc si on ne veut ni de Bachar EL ASSAD, ni des terroristes, il reste l'opposition qu'on appelle modérée, et cette opposition modérée est soutenue par une centaine de pays et c'est aussi notre cas. Voilà, ne faisons pas de confusion.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais l'incapacité, personne ne la reproche à la communauté internationale, mais c'est un constat, l'incapacité à faire partir Bachar EL ASSAD peut encourager des gens, des Frnaçais, à aller soutenir ceux qui combattent Bachar EL ASSAD.

LAURENT FABIUS
Non, aucune, aucune justification ne peut être donnée à ceux qui soutiennent les groupes terroristes. Vous avez vu comment nos journalistes, vos collègues ont été traités ? Sur le sol, dans le noir…

JEAN-MICHEL APHATIE
Des conditions terribles de détention.

LAURENT FABIUS
…des mauvais traitements à la limite de la torture et puis des assassinats, parce qu'il y en a beaucoup qui ont été assassinés. Donc il n'est pas question, si peut que ce soit, de soutenir ces groupes. Mais si on ne veut ni de Bachar EL ASSAD, dictateur, tyran, meurtrier, ni des groupes terroristes, la solution c'est une solution politique et qui est de soutien à l'opposition modérée. C'est ce que nous disons depuis le début. Malheureusement et encore il faut dire les choses telles qu'elles sont, monsieur Bachar EL ASSAD est soutenu par les Russes, par les Iraniens et par le Esbola et…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et son départ n'est pas envisageable aujourd'hui ?

LAURENT FABIUS
Il serait souhaitable…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est souhaitable mais rien ne permet de… enfin il s'installe…

LAURENT FABIUS
Les choses durent malheureusement avec des conséquences dramatiques en Syrie et sur les pays voisins. Vous voyez le Liban, vous voyez la Jordanie, vous voyez l'Irak. Donc c'est une situation terrible et nous disons que la seule solution est politique, encore faut-il que les pays impliqués acceptent ces solutions politiques.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc demain un plan anti djihadiste sera présenté en Conseil des ministres, pour en terminer vous l'avez évoquée d'un mot Laurent FABIUS, une élection présidentielle aura peut-être lieu quand même en Syrie le 3 juin…

LAURENT FABIUS
C'est une absurdité, la communauté internationale a dit, parodie tragique. Le 3 juin, je signale que les deux dernières fois monsieur Bachar a fait plus de 97 % des voix, donc là il a une légère marge de progression possible, c'est absurde. On est dans un pays en guerre où il faut plus de 10 ans de résidence sur place pour être candidat, il faut être soutenu par un certain nombre de députés alors qu'il n'y a que des députés soutenant monsieur Bachar EL ASSAD, donc la communauté internationale d'ores et déjà, a disqualifié cette parodie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Cette élection présidentielle n'apportera aucune légitimité à Bachar EL ASSAD ?

LAURENT FABIUS
Aucune !

JEAN-MICHEL APHATIE
Pendant ce temps en France nous avons un débat économique important, le Premier ministre a présenté un plan d'économies de 50 milliards la semaine dernière, les députés socialistes veulent amender ce plan, notamment revenir sur le gel des prestations sociales, que conseillez-vous au Premier ministre Laurent FABIUS ? De rester ferme sur son plan ou bien d'écouter les parlementaires socialistes ?

LAURENT FABIUS
Non, je crois qu'il y a une majorité de parlementaires socialistes qui trouvent que ce plan très équilibré, convient tout à fait et d'ailleurs je crois avoir lu dans un journal que c'est aussi l'opinion d'une majorité de Français, bien. L'idée de ce plan c'est quoi ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez vu que des parlementaires socialistes le contestent ?

LAURENT FABIUS
Oui, oui, je vais y venir dans un instant, je vais y venir dans un instant. L'idée c'est quoi ? il faut à la fois l'investissement et l'assainissement. L'investissement parce que si on veut plus d'emplois il faut plus de croissance, donc permettre aux entreprises d'être davantage à l'aise pour investir. Et d'autre part, il faut assainir la situation économique puisque nous avons un grand déficit d'où ce cadrage, 50 milliards d'économies et je pense que le cadrage est bien équilibré. Alors à partir de là, j'ai lu effectivement les journaux, il y a deux séries de propositions différentes. Vous avez des propositions de gens qui disent, non, non il ne faut pas 50 milliards, il faut soit 35 milliards, soit 80 milliards. Si c'est 35 milliards, il n'y a pas d'assainissement, si c'est 80 milliards, il n'y a pas d'investissements. Et puis vous avez un certain nombre de députés, j'ai vu des radicaux de gauche, peut-être quelques socialistes, qui disent, attention il faut trouver…

JEAN-MICHEL APHATIE
Petites retraites, gel des prestations sociales, il faut revenir là-dessus.

LAURENT FABIUS
Ca c'est au Premier ministre à arbitrer, mais de toutes les manières il y a toujours une discussion avec le groupe majoritaire et sur l'essentiel qui est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc le projet peut être un peu amendé.

LAURENT FABIUS
…dépenser moins et investir plus, ça, cet élément doit être absolument maintenant parce qu'il est fondamental.

JEAN-MICHEL APHATIE
La curiosité du remaniement Laurent FABIUS fait que, en plus d'être ministre des Affaires étrangères, vous êtes aussi le ministre du commerce extérieur et du tourisme…

LAURENT FABIUS
Ce n'est pas une curiosité, c'est une logique…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est nouveau disons.

LAURENT FABIUS
Oui c'est nouveau mais c'est une logique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Que personne n'avait perçue avant mais c'est désormais en oeuvre.

LAURENT FABIUS
Eh bien, je vais vous l'expliquer…

JEAN-MICHEL APHATIE
Rapidement.

LAURENT FABIUS
Tout simplement il y a pôle international, une partie… commerce extérieur par définition ça se fait à l'international et le tourisme pour une grande part, c'est international.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous voulez développer le tourisme, vous pensez qu'il y a une marge de manoeuvre pour développer le tourisme ?

LAURENT FABIUS
C'est un secteur absolument central en France, 7 % de l'emploi avec des marges de progression considérable, je vais recevoir les responsables du tourisme aujourd'hui, que ce soit les Français qui vont en France, plus beau pays du monde, ou les étrangers qui viennent en France. Il faut vraiment mettre l'accent là-dessus et avec mon collègue de l'Economie je vais m'en occuper.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut ouvrir les commerces le dimanche pour développer le tourisme en France.

LAURENT FABIUS
Il y a une certitude, c'est que le touriste qui vient le dimanche et qui se présenter dans un magasin qui est fermé, il ne va pas revenir le jeudi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc il faut en ouvrir le dimanche, d'avantage qu'il n'y en a d'ouverts.

LAURENT FABIUS
Pour les touristes il faut qu'il y ait une ouverture, compensée bien sûr pour les salariés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc, il faut revoir la loi.

LAURENT FABIUS
Il faut modifier un certain nombre de dispositions, j'y suis favorable.

JEAN-MICHEL APHATIE
Allez c'est dit, Laurent FABIUS, ministre de Affaires étrangères, du commerce extérieur et du tourisme ouvert le dimanche, était l'invité de RTL.

LAURENT BAZIN
Je ne suis pas sûr que ça ne soit pas de cette dernière partie finalement dont on parle le plus dans la journée qui s'annonce.

LAURENT FABIUS
Non, monsieur BAZIN, répétons, le touriste qui vient le dimanche et qui s'adresse à un magasin fermé, il ne revient pas le jeudi. Donc il faut trouver les modalités favorables à l'emploi, favorables aussi aux salariés pour aller dans ce sens-là, voilà.

JEAN-MICHEL APHATIE
On l'avait compris, c'est dit.

LAURENT BAZIN
Pour ouvrir le dimanche. Merci d'avoir été notre invité Laurent FABIUS, merci Jean-Michel APHATIE.

LAURENT FABIUS
Je vous en prie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Laurent.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 mai 2014

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