Interview de M. François Rebsamen, ministre du travail, de l'emploi et du dialogue social à France-Inter le 28 avril 2014, sur le dossier de reprise d'Alstom et le Pacte de responsabilité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Rebsamen, ministre du travail, de l'emploi et du dialogue social à France-Inter le 28 avril 2014, sur le dossier de reprise d'Alstom et le Pacte de responsabilité.

Personnalité, fonction : REBSAMEN François, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi et du dialogue social;

ti :


PATRICK COHEN
Bonjour François REBSAMEN.

FRANÇOIS REBSAMEN
Bonjour.

PATRICK COHEN
ALSTOM donc, l'un des fleurons de l'industrie française, qui va passer sous pavillon étranger, c'est une fatalité ou bien le gouvernement va tenter, ou tente, de s'y opposer ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Le gouvernement va, et le président de la République, va recevoir les responsables de GENERAL ELECTRIC, ce matin pour monsieur IMMELT, et puis sûrement monsieur KAESER, regarder les offres qui sont faites.

PATRICK COHEN
Et de SIEMENS, apprend-on à l'instant, les dirigeants de SIEMENS seront aussi reçus aujourd'hui par François HOLLANDE.

FRANÇOIS REBSAMEN
Voilà. Je ne savais pas si c'était aujourd'hui ou demain, donc confirmation en est faite, et donc examiner les offres, en termes d'emploi, en termes financiers bien sûr, en termes de synergies industrielles et puis maintien des centres de décisions, indépendance énergétique, bref, le dossier examiné complètement, voir s'il y a des complémentarités avec l'un et avec l'autre, Bernard GUETTA vient de développer des possibles complémentarités européennes entre SIEMENS et ALSTOM, encore faut-il que…

PATRICK COHEN
C'est votre avis aussi ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Encore faudrait-il que – je pense que tout ça va se négocier – encore faudrait-il que les complémentarités soient réelles. Quand j'entends dire que la branche transport de SIEMENS serait transférée en compensation à ALSTOM, encore faudrait-il que dans la branche transport il y ait les rames de métro, il y ait les tramways, et pas uniquement ICE, donc voyez…

PATRICK COHEN
ICE c'est le TGV allemand.

FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, pardon, et donc tout ça se vérifie en examinant, en réalité, le dossier lui-même.

PATRICK COHEN
Donc le gouvernement, si je comprends bien, essaye simplement de pousser une solution plutôt qu'une autre. Et vous, plutôt l'allemand SIEMENS que l'américain GENERAL ELECTRIC ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Ce n'est pas ce que j'ai dit, je n'ai pas…

PATRICK COHEN
Ma question c'était, est-ce qu'on peut s'opposer au démantèlement, ou au transfert, au passage à l'étranger d'une entreprise comme ALSTOM ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Je pense qu'il ne s'agit pas de passage à l'étranger, il y a des possibilités européennes de complémentarités, je sais ce que le président de la République avait dit en souhaitant qu'il y ait une sorte d'AIRBUS de l'énergie, AIRBUS de l'industrie, en termes de transport, tout ça s'examine avec les pièces du dossier dont je ne dispose pas aujourd'hui à cet instant.

PATRICK COHEN
Mais l'offre de SIEMENS n'a pas été encouragée par le gouvernement et par Arnaud MONTEBOURG ?

FRANÇOIS REBSAMEN
L'offre elle avait déjà été faite en réalité…

PATRICK COHEN
Et rejetée par le patron d'ALSTOM, qui avait même qualifié que c'était…

FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, monsieur Patrick KRON, vous savez…

PATRICK COHEN
« Monstre du Loch Ness » il avait dit, en parlant d'une possible alliance avec SIEMENS.

FRANÇOIS REBSAMEN
C'est vrai Patrick COHEN, mais je vous rappelle que monsieur Patrick KRON avait été écarté par Nicolas SARKOZY, la pièce avait été fermée, il avait été mis dehors de la pièce quand Nicolas SARKOZY discutait avec Mario MONTI déjà de l'avenir d'ALSTOM en 2004.

PATRICK COHEN
Et alors ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Ça prouve que le gouvernement français continue de s'intéresser au sort, à l'avenir, d'ALSTOM, et que les décisions de monsieur KRON elles ne peuvent pas se prendre sans l'accord de l'Etat français.

PATRICK COHEN
Est-ce que la comparaison avec 2004 vous est particulièrement profitable aujourd'hui François REBSAMEN ? Nicolas SARKOZY restera comme le sauveur d'ALSTOM, il y a 10 ans, pendant que François HOLLANDE sera celui qui aura laissé faire son démantèlement ?

FRANÇOIS REBSAMEN
D'abord vous n'en savez rien à l'instant où vous parlez, de ce qui sera décidé. Deuxièmement, écoutez, c'était visiblement que du provisoire ce qu'avait fait Nicolas SARKOZY, il avait supprimé 20 %...

PATRICK COHEN
Du provisoire qui a duré 10 ans quand même !

FRANÇOIS REBSAMEN
20 % des emplois ont été supprimés en 2004, tout avait été recédé à BOUYGUES en termes d'actions en 2008, ça avait permis d'ailleurs à l'Etat français, c'est vrai, de faire une bonne opération financière, je ne le nie pas, mais aujourd'hui ce sont les actions de BOUYGUES qui sont à nouveau cédées, et donc voyez, le ver était dans le fruit…

PATRICK COHEN
Sauf que l'Etat, en 2004, était provisoirement entré au capital d'ALSTOM, c'est une solution inenvisageable aujourd'hui, pour l'entreprise ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Je ne sais pas, je pense que rien n'est inenvisageable à cet instant, mais c'est vrai qu'en 2004 l'Etat n'avait pas été encore endetté par Nicolas SARKOZY comme il l'a été de 2008 à 2012, de 2007 à 2012, de 2007 à 2013.

PATRICK COHEN
ALSTOM c'est le symbole du déclin industriel français ou c'est le signe que la France attire des investisseurs étrangers ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Non, je ne pense pas. Il y a aujourd'hui, dans le monde, des mutations, on a des grands groupes industriels français – vous voyez, on dit aujourd'hui, on parle du regain industriel de la Grande-Bretagne alors même qu'on a dit il y a 10 ans que toute son industrie avait été démantelée, les groupes ont été rachetés - c'est les mouvements aujourd'hui, mondiaux, qui existent. Ce que je souhaite c'est que l'indépendance énergétique soit maintenue, que les centres de décisions restent en France, et puis, puisque je suis le ministre du Travail, de l'Emploi, évidemment que tous les emplois soient sauvegardés.

PATRICK COHEN
Vous serez tout à l'heure, François REBSAMEN, à la Maison de la chimie à Paris aux côtés de François HOLLANDE et de Manuel VALLS en présence des préfets, des sous-préfets, des directeurs d'administrations, des responsables de Pôle Emploi, pour quoi faire ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Pour mobiliser tous les acteurs de l'Etat sur le terrain. Vous savez, je pense qu'on a trop souvent tendance à considérer que parce qu'on prend une décision à Paris, ou parce qu'on annonce quelque chose à Paris, ça infuse dans nos territoires, dans nos régions, et donc là il s'agit de lancer une forte mobilisation pour l'emploi. On voit que quand l'Etat s'implique à travers des mesures précises on peut faire reculer le chômage sur un certain nombre de secteurs déterminés, je prends l'emploi des jeunes, par exemple, qui, grâce aux politiques de l'emploi qui ont été menées, a reculé sensiblement depuis 1 an, en tous les cas depuis que François HOLLANDE a été élu, donc les politiques de l'emploi, elles sont efficaces, mais pour être vraiment efficaces il faut que l'ensemble du personnel d'Etat, c'est-à-dire les préfets, les sous-préfets, les directs, Pôle Emploi, soient mobilisés, donc c'est une après-midi de mobilisation pour que chacun reparte avec une feuille de route très précise.

PATRICK COHEN
Sur l'emploi et sur le Pacte de responsabilité, sur les économies à réaliser dans ce qu'on appelle le train de vie de l'Etat. En attendant, est-ce que ce ne sont pas les députés socialistes qu'il faut convaincre, une mise en minorité de Manuel VALLS demain à l'Assemblée nationale, est-ce que ça ne serait pas un camouflet pour le nouveau Premier ministre, François REBSAMEN ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Si, vous avez raison, ce serait effectivement un camouflet, mais moi je ne l'envisage pas. Manuel VALLS se rend demain devant le groupe, il y a eu un dialogue, un échange, qui s'est fait entre la majorité, le groupe socialiste à l'Assemblée et le gouvernement, et le Premier ministre en l'occurrence, moi je pense que l'atterrissage va se faire et je n'imagine pas qu'il y ait des députés socialistes qui ne votent pas le Pacte de responsabilité et de solidarité et les mesures de stabilité qui sont présentées par…

PATRICK COHEN
Aucun ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Ah non, moi j'avoue que je ne comprendrai pas qu'il y en ait qui ne le votent pas. Je vois bien qu'il y en a qui sont tentés de le faire, mais…

PATRICK COHEN
Ça en ferait un paquet qui reviendraient sur leurs annonces de ces derniers jours.

FRANÇOIS REBSAMEN
C'est vrai, mais après tout ils peuvent être convaincus, je le crois, parce que Manuel VALLS a cette capacité de conviction, et puis on peut leur rappeler quand même sur quelle ligne politique ils ont été élus, et donc ils savaient très bien, quand ils se sont présentés aux élections législatives que le programme de François HOLLANDE c'était de redresser notre pays, les finances de notre pays, et de le faire dans la justice sociale, je crois que c'est ce qu'il fait, donc il faut qu'ils le comprennent.

PATRICK COHEN
Donc il y a une part d'hypocrisie, c'est-à-dire qu'ils ont accepté l'idée qu'il y aurait 50 milliards d'économies à faire d'ici à 2017, mais ils ne réalisaient pas, ou ils ne voulaient pas voir qu'est-ce que ça entraînerait comme conséquences précises dans les mesures annoncées par le gouvernement ?

FRANÇOIS REBSAMEN
C'est vrai que ce n'est pas facile, c'est plus facile d'arriver et de redistribuer, mais le socialisme de la distribution il ne peut se faire qu'une fois que l'offre a été accomplie. Donc, c'est une politique de l'offre que nous menons, et François HOLLANDE ne s'en était pas caché, cette politique de l'offre elle n'empêche pas la justice sociale, et donc il faut qu'ils le comprennent. Il n'y a pas, en l'occurrence, eu des municipalités qui ont été sauvées parce qu'elles faisaient une politique plus à gauche et d'autres parce qu'elles faisaient une politique plus à droite, regardez à Dijon par exemple.

PATRICK COHEN
Voilà, l'exemple de Dijon dont vous êtes le maire, non, vous n'êtes plus maire, ça y est…

FRANÇOIS REBSAMEN
Eh ben non !

PATRICK COHEN
Vous avez quitté ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Ah oui, bien sûr. Je sais que vous y tenez, moi aussi d'ailleurs, j'y tenais, j'y tenais…

PATRICK COHEN
Oui, vous, peut-être un peu moins, parce qu'on se rappelle de vos positions anticumul.

FRANÇOIS REBSAMEN
C'est un beau mandat, vous savez, franchement.

PATRICK COHEN
De quoi ?

FRANÇOIS REBSAMEN
D'être maire d'une ville comme Dijon, c'est même le plus beau des mandats.

PATRICK COHEN
Pour revenir d'un mot sur le Pacte de responsabilité, la fronde, ce qu'on appelle la fronde d'une partie des députés socialistes, le geste en faveur des petites retraites, celles en dessous de 1000 ou de 1200 euros, dont parle LES ECHOS ce matin, ça pourrait suffire à convaincre les députés récalcitrants ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, je pense que c'est une mesure qui est une mesure de justice sociale, qui pourrait les convaincre, peut-être faut-il, aussi, leur expliquer que le plan de pauvreté peut s'appliquer, celui qui avait été décidé par Jean-Marc AYRAULT.

PATRICK COHEN
Ah ! Il s'appliquera ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Ça je ne sais pas, c'est le Premier ministre qui en réservera la primeur aux députés.

PATRICK COHEN
C'est vous qui nous en parlez.

FRANÇOIS REBSAMEN
J'ai dit peut-être faudra-t-il leur dire aussi, sur le plan de pauvreté.

PATRICK COHEN
Que le plan de pauvreté ne sera pas rogné ou ne sera pas supprimé.

FRANÇOIS REBSAMEN
Non, il était décalé, mais il n'était pas rogné, ni supprimé.

PATRICK COHEN
Donc le décalage pourrait être réduit, c'est ça qu'on comprend ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Peut-être.

PATRICK COHEN
D'accord, très bien. Manuel VALLS Place Saint-Pierre pour la sanctification de deux Papes, le Premier ministre était à sa place dans cette cérémonie religieuse, François REBSAMEN ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Il représentait le gouvernement français, je crois qu'il y avait plus de 180 pays qui étaient représentés à un haut niveau, Manuel VALLS a choisi de s'y rendre pour représenter le gouvernement français, il est Premier ministre.

PATRICK COHEN
Il n'était pas obligé, François REBSAMEN.

FRANÇOIS REBSAMEN
Non, je pense qu'il a choisi.

PATRICK COHEN
Vous, le franc-maçon, vous y seriez allé ?

FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, je m'attendais à cela, mais ce n'est pas parce que je suis, ou j'étais, puisque je ne pratique plus, vous le savez, depuis 13 ans, franc-maçon, que je renie notre Histoire de France, il y a du catholicisme dans l'Histoire de France.

PATRICK COHEN
Donc c'était la place…

FRANÇOIS REBSAMEN
C'était le choix qu'il a fait…

PATRICK COHEN
Du Premier ministre, de représenter la République ?

FRANÇOIS REBSAMEN
D'aller représenter le gouvernement, voilà.

PATRICK COHEN
De représenter le gouvernement à cette cérémonie. François REBSAMEN, ministre du Travail avec nous jusqu'à 8H55, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de FRANCE INTER qui nous appellent au 01.45.24.7000.


source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mai 2014

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