Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RTL le 25 avril 2014, sur la réforme des rythmes scolaires et le plan d'économies du gouvernement de Manuel Valls. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RTL le 25 avril 2014, sur la réforme des rythmes scolaires et le plan d'économies du gouvernement de Manuel Valls.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :


LAURENT BAZIN
Jean-Michel APHATIE, vous recevez donc ce matin Benoît HAMON, le ministre de l'Education nationale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Benoît HAMON.

BENOIT HAMON
Bonjour Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Avant de parler des rythmes scolaires, nous diffusons ce matin un témoignage sur RTL qui fait beaucoup réagir les auditeurs et qui les bouleverse, une jeune femme de 29 ans a été agressée mardi soir dans le métro de Lille, il y avait plusieurs adultes, plusieurs personnes dans la rame de métro et personne n'est venu à son secours. Elle raconte avec des sanglots dans la voix l'agression sexuelle dont elle a été l'objet. Vous avez une réaction face à sujet, qui dit quelque chose de notre société ?

BENOIT HAMON
C'est difficile déjà de juger toutes ces personnes, dès lors que confrontées à cette situation, on ne sait pas ce que soi-même on aurait fait face à la violence d'un homme. Mais ça dit beaucoup l'indifférence qui est celle qui frappe cette société, où finalement on préfère mettre de côté la violence qui existe, l'exclusion que l'on croise tous les jours, chacun dans son couloir de nage et regardant devant soi. Et ça dit que le lien social, les solidarités sont aujourd'hui ébranlés, touchés par à la fois la crise et puis aussi par une forme de délitement moral de la société éthique. Et c'est ce qui, comme ministre de l'Education nationale, là pour le coup m'interroge, dès lors que nous avons en charge la formation des enfants, l'apprentissage de valeurs comme le respect, tout ça évidemment c'est une leçon qui est une leçon dont nous devons tous apprendre. Et puis en même temps, j'ai une pensée pour cette jeune femme qui a vécu là une expérience qui est forcément une expérience extrêmement douloureuse pour elle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà ! On l'a entendue ce matin sur l'antenne de RTL, elle est effectivement très émouvante et ce qui lui est arrivé est évidemment très violent. Donc voilà ce à quoi je voulais vous faire réagir. Vous avez promis Benoît HAMON, je vous cite, un assouplissement significatif de la réforme des rythmes scolaires engagée par votre prédécesseur Vincent PEILLON. Quel est concrètement l'assouplissement que vous avez décidé dans cette réforme des rythmes scolaires ?

BENOIT HAMON
Moi, je voudrais commencer par le départ, qu'attend-t-on de l'école et notamment de l'école primaire, qu'à la fin du CM² quand les enfants entrent en 6ème, ils sachent écrire, compter, lire, parler correctement le français. Or aujourd'hui, il y a de plus en plus d'enfants en situation d'échec sur ces apprentissages fondamentaux, au moment où ils entrent au collège. Et cet échec ne va que croissant, il y a une vraie dégringolade aujourd'hui de l'école française dans tous les classements internationaux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc réformer le temps scolaire, c'est faciliter…

BENOIT HAMON
Réforme le temps scolaire…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'apprentissage de ces…

BENOIT HAMON
Leur permettre en tout cas de concentrer, permettre de concentrer ces apprentissages fondamentaux au moment où les enfants sont les plus attentifs, les plus concentrés, là où on a ce qu'on appelle « un pic de vigilance », ce qui n'est contesté par aucun expert.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc là maintenant…

BENOIT HAMON
D'où la réforme des rythmes scolaires qui maintiendra les 5 matinées qui avaient été pensées, imaginées par Vincent PEILLON, mon prédécesseur. Donc nous conserverons ce socle…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas de retour aux 4 jours, 5 matinées…

BENOIT HAMON
Pas de retour aux 4 jours. Quels sont les deux assouplissements que nous allons mettre en oeuvre ? D'abord la possibilité pour les maires de concentrer les activités périscolaires, non pas sur toutes les journées mais sur une seule demi-journée, de façon à faciliter par exemple en milieu rural une organisation du temps scolaire qui permet de passer des partenariats avec des associations, avec un conservatoire, avec d'autres communes, et d'organiser plus simplement ce temps périscolaire. D'autre part…

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur une seule demi-journée ?

BENOIT HAMON
Sur une seule demi-journée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans la semaine, c'est-à-dire il y aura école tous les matins de la semaine…

BENOIT HAMON
Et il y aura 3 après-midi, en tout cas sur le temps scolaire, et il y aura une après-midi consacrée au temps périscolaire. On peut imaginer qu'une commune X le fasse le lundi, une commune Y sur la même intercommunalité le mardi, que des intervenants interviennent sur les activités périscolaires dans toutes ces écoles, ce qui permet de surcroît pour les élus de faire des économies d'échelle. Le deuxième assouplissement que nous allons mettre en oeuvre, c'est la possibilité d'alléger encore la semaine, de faire par exemple une semaine à 23 heures, mais de rattraper les 36 heures qui sont dégagées – puisque ce serait 1 heure de moins par semaine sur 36 semaines travaillées – sous la forme d'un allongement du temps de travail, au détriment des vacances scolaires mais tout ceci sous réserve d'un accord entre la commune, la communauté enseignante, évidemment le rectorat ; et que l'objectif de cette nouvelle organisation du temps scolaire soit toujours la réussite de l'élève. On a beaucoup parlé – et c'est assez légitime parce que les maires nous ont posés la question du financement des activités périscolaires, parce que ces changements ont pu embarrasser des professeurs ou des parents d'élèves – on a beaucoup parlé du périscolaire. On a moins parlé dans ces derniers mois de ce qui est l'immense bénéfice d'une telle mesure et d'une telle organisation du temps scolaire. Nous allons permettre enfin aux enfants de pouvoir bénéficier des apprentissages fondamentaux, savoir parler correctement, savoir compter correctement, savoir écrire au moment où ils sont les plus attentifs. Moi, il me revient de dire que je ne peux pas rester regarder la dégringolade de l'école française dans les classements internationaux…

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que c'est…

BENOIT HAMON
En disant « je m'en lave les mains », alors que je sais comme nous savons tous que l'organisation du temps scolaire en France est une des plus mauvaises au sein de l'OCDE, au sein de l'Union européenne pour permettre à nos enfants d'apprendre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Chaque commune fera ce qu'elle voudra ?

BENOIT HAMON
Chaque commune a d'ores et déjà – pour l'immense majorité d'entre-elles – validé une organisation du temps scolaire. Ces assouplissements que nous introduisons permettront à certaines d'entre-elles sans doute de revoir encore et d'affiner l'organisation qui est la leur. Ce que je veux simplement dire, c'est que jusqu'ici on demandait aux expérimentations, aux projets locaux de s'adapter strictement au cadre réglementaire. Là, à partir de la première année d'expérience, à partir des contacts, j'ai appelé bien sûr des grands maires de droite comme de gauche et rencontré les organisations évidemment syndicales d'enseignants, les parents d'élèves, nous avons voulu que le cadre réglementaire s'adapte aux expérimentations, en clair que la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires qui sert l'intérêt général s'adapte aussi ou prenne la mesure de ce qui se passe sur le terrain. On ne négocie pas l'intérêt général, l'intérêt général c'est 5 matinées successives, c'est mieux pour les enfants ; par contre nous adapterons l'organisation du temps scolaire à ces expérimentations, à ces réalités locales qui l'exigeaient sans doute.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'un maire demande encore du temps, que ça ne soit pas fait dès la rentrée, ça va vite la rentrée, c'est septembre, vous-même vous procédez à des aménagements, nous sommes fin avril…

BENOIT HAMON
Ça fait 2 ans qu'on y travaille et qu'on en parle…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout le monde doit appliquer les rythmes scolaires à la rentrée ?

BENOIT HAMON
Oui, ça il faut le comprendre, ça serait sans doute le désordre si on imaginait qu'on puisse à nouveau étaler, ce serait le désordre et moi, je ne souhaite pas qu'il y ait trop de désordre. Et j'ajoute que c'est une demande qui nous a été faite de prendre en compte la spécificité des maternelles, que le temps périscolaire quand il est organisé en maternelle entre un temps calme, un temps d'activité, il doit prendre véritablement en compte la spécificité des maternelles. Cela encore, plusieurs élus, parents d'élèves me l'ont signalés, dans la circulaire qui accompagnera ce nouveau projet de décret que je soumettrai aux organisations syndicales, nous distinguerons mieux les spécificités des écoles maternelles. Ce n'est pas pareil le périscolaire en maternelle, dans les grandes sections, petites sections ou moyennes sections que dans les écoles primaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc aménagement des temps scolaires et tout doit être fait pour la rentrée de septembre, voilà ce que vous…

BENOIT HAMON
Oui, avec – je le rappelle – 60.000 postes…

JEAN-MICHEL APHATIE
Dites ce matin Benoît HAMON.

BENOIT HAMON
Qui sont maintenus, supplémentaires en l'occurrence. Et ces postes supplémentaires, ils seront indispensables, c'est en quelque sorte le carburant de la réforme parce que ça nous permet de servir notre priorité à l'éducation prioritaire justement, la scolarisation des enfants avant 3 ans, c'est bon pour lutter contre les inégalités sociales ; ou un dispositif fondamental, plus de maîtres que de classes, il y a 9 classes, auparavant il y avait 9 maîtres ou 9 professeurs, il y en aura 10 pour travailler différemment.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque vous faites le lien avec le débat économique, vous soutenez le plan d'économie présenté par Manuel VALLS…

BENOIT HAMON
J'appartiens à un gouvernement, donc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc vous le soutenez ?

BENOIT HAMON
Les décisions de ce gouvernement m'engagent. Cela étant dit, il y a eu des discussions entre nous et nous avons débattu de ce qui devait être les bonnes et les mauvaises mesures. Ce que je veux dire… ce qui moi me préoccupe, c'est que comme tout le monde une mesure d'économie ou de réduction de la dépense, elle ne doit pas impacter ce qui est notre objectif, la croissance, donc l'emploi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous soutenez…

BENOIT HAMON
Ce qui est très important…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelques députés sont...

BENOIT HAMON
C'est très important…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils menacent de ne pas voter ce plan, qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

BENOIT HAMON
Oui, justement ce qui me permet de réagir à la parole d'Alba VENTURA juste avant, c'est que contrairement à ce qu'on a dit, les députés ne sont pas convoqués par le Premier ministre, c'est tout à fait nouveau…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas un problème ça…

BENOIT HAMON
Si, si…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y en a 3 ce matin dans LIBERATION qui disent « je ne voterai pas le plan ». Ils ont tort ?

BENOIT HAMON
Aujourd'hui, ils prennent leurs responsabilités. Ils sont inscrits dans un débat qui est un débat aujourd'hui sur le contenu de ce plan…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous leur dites « votez le plan » ?

BENOIT HAMON
Mais je leur dis aujourd'hui, la main a été tendue par le gouvernement pour améliorer ce plan, pour faire en sorte que sur les petites retraites, que sur un certain nombre de mesures qui sont favorables au pouvoir d'achat, on puisse corriger. C'est quand même tout à fait nouveau et sans équivalent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut le voter ?

BENOIT HAMON
Qu'un gouvernement s'engage à ce point dans la discussion avec sa majorité. Nous verrons le résultat mardi mais moi, je souhaite que sur ces choix économiques on puisse se parler, dégager des solutions ensemble ; et si on dégage des solutions ensemble, se rassembler.

JEAN-MICHEL APHATIE
Votre collègue MONTEBOURG est muet, il est d'accord avec vous, vous croyez ?

BENOIT HAMON
Mais Arnaud MONTEBOURG…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est muet.

BENOIT HAMON
Il est ministre de l'Economie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, enfin…

BENOIT HAMON
En charge du Redressement productif.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il paraît qu'il a dit en Conseil des ministres qu'il n'était pas d'accord avec le plan.

BENOIT HAMON
Non, il n'a…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous confirmez, mercredi ?

BENOIT HAMON
Non, non, il n'a pas dit qu'il n'était pas d'accord avec le plan. Je vous dis ce qu'il a dit, si vous voulez le savoir, il s'est inscrit dans un débat qui est un débat à l'intérieur du gouvernement organisé par le Premier ministre sur les axes qui sont choisis, sur pas simplement ce plan-là, sur la recherche de la croissance. La croissance c'est l'emploi…

JEAN-MICHEL APHATIE
On verra…

BENOIT HAMON
En même temps, il faut arrêter de parler de croissance compétitivité comme ça, ça ne veut plus rien dire pour tout le monde. Le but, c'est qu'on inverse la courbe du chômage toujours.

JEAN-MICHEL APHATIE
Benoît HAMON, ministre de l'Education, était l'invité de RTL ce matin.

LAURENT BAZIN
Merci beaucoup Benoît HAMON, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 mai 2014

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