Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France-Inter le 7 mai 2014, sur la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France-Inter le 7 mai 2014, sur la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :

PATRICK COHEN
Bonjour Benoît HAMON.

BENOÎT HAMON
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
La semaine de 4,5 jours, ça sera bien dans toutes les écoles de France la rentrée prochaine ?

BENOIT HAMON
Oui, parce que c'est dans l'intérêt de l'enfant. L'intérêt de l'enfant c'est de mieux apprendre, de prendre du plaisir à apprendre, d'avoir du plaisir à travailler, et nous savons tous aujourd'hui que les pics de vigilance, qui sont ceux des enfants, c'est entre 9 et 11H00 du matin, ce sont les moments où ils apprennent le mieux, et le fait de rajouter un matin supplémentaire c'est s'offrir la possibilité que tous les enfants français apprennent mieux. Je rappelle qu'avant que l'on passe à la semaine de 4 jours, nous avions déjà 9 demi-journées, qu'on travaillait 5 matinées, comme par hasard, nos résultats dans tous les classements internationaux, sur les apprentissages fondamentaux, dégringolent depuis que nous sommes passés aux 4 jours. Ce n'est pas la seule raison, la baisse des taux d'encadrement, les suppressions de postes, ont aussi contribué à cette dégradation des résultats de l'école française, mais il était essentiel qu'on revienne à un principe, celui de 5 matinées travaillées, pour faire en sorte que nos enfants apprennent mieux. C'est l'intérêt de l'enfant.

PATRICK COHEN
Alors, l'intérêt de l'enfant, peut-être, d'un côté, et puis le budget des communes de l'autre. Vous dites ça sera partout à la rentrée prochaine, même à Marseille, la deuxième ville de France, qui n'en veut pas de cette réforme des rythmes scolaires, Benoît HAMON ?

BENOIT HAMON
Je vous rappelle une chose, l'Etat est responsable de l'organisation du temps scolaire, ce qui est appris pendant le temps où votre enfant est devant un professeur, autour de ce temps il y a le temps périscolaire, qui est de la responsabilité, effectivement, des mairies, et pour lesquelles je rappelle que l'Etat finance un fonds qui est un fonds qui consacre 50 euros minimum par enfant, que les communes organisent des activités périscolaires ou pas, ces activités étant, je le rappelle, facultatives, pour les élèves comme pour les maires.

PATRICK COHEN
Oui. 50 euros c'est un tiers du coût d'après les maires ou les associations de maires.

BENOIT HAMON
Auxquels nous rajoutons 40 euros, quand nous sommes dans une zone en difficulté, et auxquels il faut rajouter 54 euros des caisses d'Allocations Familiales, par enfant, lorsqu'on a un accueil de loisirs qui est validé avec des taux d'encadrement et des intervenus reconnus par les CAF.

PATRICK COHEN
Mais beaucoup de villes vous disent le compte n'y est pas, à Marseille ça va nous coûter 25 millions d'euros.

BENOIT HAMON
Alors, je vais répondre précisément à cette question. Il y avait deux solutions de facilité. La première eut été de considérer, droit dans les bottes, que cette réforme devait s'appliquer en 2014 sans tenir compte des difficultés opérationnelles qu'incontestablement rencontre cette réforme sur le terrain. La deuxième solution de facilité eut été de faire, comme monsieur COPE me le demande, d'abroger le décret et de considérer qu'on pouvait se laver les mains de la dégradation des résultats de l'école et continuer comme avant.

PATRICK COHEN
Aujourd'hui il demande le libre choix pour les communes.

BENOIT HAMON
Ce qui est exactement la même chose. J'ai considéré que ces deux solutions de facilité n'étaient pas possibles, et à la demande de Manuel VALLS, le Premier ministre, nous avons décidé de régler les problèmes qui se posaient sous la forme d'un décret complémentaire, qui travaille à quoi ? D'abord à tenir compte de ce qui se passe en maternelle. En maternelle le périscolaire ne s'applique pas de la même manière, ou ne se met pas en oeuvre de la même manière qu'au primaire, c'est pour ça que la circulaire qui accompagne mon décret demande de prendre en compte précisément la différence entre temps d'activités et temps calmes, les temps de sommeil pour les petites sections, de façon à ce que l'organisation du périscolaire se fasse de manière plus adaptée aux besoins des enfants de maternelle. Que nous tenions compte de la spécificité des communes de montagne, ce sera également le cas. Que nous tenions compte de la situation d'un certain nombre de communes rurales pour lesquelles organiser le temps périscolaire suppose de les concentrer sur une même après-midi, de façon à mutualiser des intervenants qui peuvent être les mêmes d'une commune à une autre et qui nécessitait pour cela que tout le périscolaire soit concentré sur une après-midi, c'est le cas dans le décret que je propose et qui complète le décret de Vincent PEILLON. Et enfin…

PATRICK COHEN
Qui sera présenté ce matin en conseil des ministres ?

BENOIT HAMON
Au conseil des ministres et qui prévoit…

PATRICK COHEN
Ce matin ?

BENOIT HAMON
Oui, des dérogations, sur un temps de 3 ans, des expérimentations, validées par les rectorats, et qui seront prolongées dans 3 ans si elles sont jugées conformes à l'intérêt de l'enfant. Enfin, nous avons voulu faire en sorte de permettre à un certain nombre de maires de raccourcir, en quelque sorte, ou de réduire encore la semaine travaillée par les enfants, la passant de 24 heures, le cas échéant, à 23 heures, en grignotant sur le temps de vacances et notamment le temps de vacances d'été, comme une solution qui pourrait être aussi conforme aux souhaits de la communauté éducative, des parents d'élèves, sur certains territoires. Toutes ces expérimentations visent à régler des problèmes. Le dernier problème qui nous a été posé, c'était – notamment par un certain nombre d'élus – c'est les difficultés dans certaines communes à financer ces activités périscolaires. Le fonds d'amorçage avait été maintenu pour l'année 2014/2015…

PATRICK COHEN
360 millions.

BENOIT HAMON
Je vous annonce ce matin, sur FRANCE INTER, qu'il sera reconduit pour l'année 2015, 2016, et que son montant sera calibré, notamment pour répondre aux communes qui connaissent de grandes difficultés, c'est une manière pour nous de dire que nous voulons que la réforme s'applique en 2014 partout, parce que c'est l'intérêt de l'enfant et que le temps scolaire aujourd'hui nous devons y penser en fonction des rythmes biologiques des enfants et pas forcément en fonction de l'intérêt de tous ceux qui participent aux enseignements, à l'éducation, etc., et que j'ai écoutés, mais d'abord en fonction des intérêts de l'enfant, nous le ferons. Mais j'ai entendu, le Premier ministre a entendu, le président de la République également, les difficultés posées par certaines communes, donc pour l'année 2015/ 2016, pour une année supplémentaire, le fonds d'amorçage, calibré sur les communes qui connaissent les plus grandes difficultés, le fonds d'amorçage sera prolongé.

PATRICK COHEN
Donc vous dites aux maires, ce matin, l'aide de l'Etat sera pérennisée, ça ne sera pas simplement pour le départ, la mise en place de la réforme des rythmes, elle sera pérennisée au-delà des deux premières années, de l'année où…

BENOIT HAMON
Au-delà de 2013, 2014, et ensuite 2016…

PATRICK COHEN
Et ensuite 2015/2016, pour quel montant ?

BENOIT HAMON
Nous allons voir et apprécier en fonction de cette année ce que sont les difficultés rencontrées sur le terrain. L'intérêt de ce qui a été la première année c'est qu'on a pu voir de quelle façon la mise en oeuvre de la nouvelle organisation du temps scolaire posait ici ou là des difficultés, des communes nous ont dit qu'elles voulaient peut-être modifier leur organisation du temps scolaire en fonction des ouvertures qui sont permises par le décret qui sera passé aujourd'hui. on estimera le montant en fonction des difficultés réelles rencontrées dans certains territoires ruraux, dans un certain nombre de communes, mais là-dessus je veux dire que l'engagement du gouvernement est clair et que nous avons entendu les demandes des élus.

PATRICK COHEN
Il y a 360 millions d'euros inscrits aujourd'hui au budget 2014.

BENOIT HAMON
Absolument.

PATRICK COHEN
Ce sera à peu près du même montant pour les années suivantes ?

BENOIT HAMON
En fonction des besoins, notamment des communes qui connaissent de véritables difficultés.

PATRICK COHEN
Vos annonces d'assouplissement, Benoît HAMON, n'ont fait que des mécontents, 31 voix contre, 3 voix pour seulement, au Conseil Supérieur de l'Education lundi. Les opposants à la réforme vous reprochent de vous acharner, ses partisans de la détricoter, puisque, en autorisant, disent-ils, le regroupement des activités périscolaires en un seul après-midi, vous permettez que 3 journées de classe restent à 6 heures. La crainte des partisans de la réforme, comme les parents d'élèves FCPE par exemple, c'est que cette dérogation soit appliquée partout.

BENOIT HAMON
Je rappelle qu'il y a 94 % des communes qui ont déjà validé une organisation du temps scolaire ou sont en cours de le faire, il en restait 6 %, que principalement le décret a été pensé pour ces communes, même s'il concernera la totalité des communes si elles le souhaitent, mais dans la réalité la plupart des maires ne vont pas reprendre leur copie validée avec les rectorats pour la modifier. Donc on est là dans des dérogations et l'organisation d'expérimentations sur une période de 3 ans…

PATRICK COHEN
Donc les journées de classe à 6 heures ce sera vraiment l'exception ?

BENOIT HAMON
Ça l'est déjà à Paris, je le rappelle, et à ma connaissance…

PATRICK COHEN
Une dérogation à Paris, pour 2 jours seulement !

BENOIT HAMON
Oui, pour 2 jours, mais à ma connaissance…

PATRICK COHEN
Pas pour 3.

BENOIT HAMON
La FCPE a été associée aux travaux de l'organisation du temps scolaire sur Paris. Mais dans les voix contre, pardon de le dire, il y a des syndicats enseignants qui n'étaient pas favorables à cette réforme, et il y a ceux qui veulent qu'on aille jusqu'à 5 heures par jour et non pas 5 heures 30 ou 6 heures. Donc, pardon de ne pas mélanger les choux et les carottes, encore que je ne compare ni les uns à des choux, ni les autres à des carottes…

PATRICK COHEN
Ils se sont mélangés dans le vote !

BENOIT HAMON
Mais à la fin il y a ceux qui veulent aller beaucoup plus loin, ceux qui veulent qu'on aille moins loin, et puis il y a tous celles et ceux qui ont soutenu, je rappelle qu'il y a des syndicats enseignants qui ont rappelé leur soutien à cette réforme, des organisations de parents d'élèves qui ont rappelé leur soutien à cette réforme, des organisations d'usagers, syndicats lycéens, étudiants, qui ont rappelé, mouvements d'éducation populaire. Donc moi je me réjouis aujourd'hui de la position du président de l'Association des maires ruraux de France, favorable au principe de cette réforme, le fait que le président de l'Association des maires de France, lui aussi, ait dit que sur les principes…

PATRICK COHEN
Qui est un UMP !

BENOIT HAMON
Personne n'était contre cette réforme, qu'il fallait aider à la mise en oeuvre, c'est assez simple. Tout le monde est pour, tout le monde est pour, personne ne conteste le diagnostic, dès lors qu'on rentre dans la mise en oeuvre de la réforme, c'est toujours plus compliqué. Moi il m'appartient de réussir la mise en oeuvre d'une réforme qui est dans l'intérêt des enfants, je ne me satisfais pas qu'à l'entrée en 6ème, à la fin de l'école primaire, 15 % des enfants Français ne maîtrisent pas correctement les apprentissages en matière de français, de calcul, de mathématiques, ce n'est pas acceptable. Je ne peux pas me laver les mains, moi ministre de l'Education nationale, de cela. Et nous retrouvons ces mêmes situations d'échec en fin de 3ème, et nous retrouvons ces mêmes situations d'échec lors de la Journée de Défense et de Citoyenneté sur les jeunes de 17 ans, qui ne parlent pas bien, ou n'écrivent pas bien français, cette réalité de l'école française, qui promet l'égalité, mais ne tient pas cette promesse, d'égalité. Moi cette réalité-là je veux la contrarier, et pour cela il faut, notamment, pas que, mais notamment, réussir une réforme des rythmes scolaires qui adapte les apprentissages au temps biologique des enfants. Ils apprennent mieux le matin, eh bien un matin de plus, grâce à cette réforme, c'est un matin pour leur permettre d'avoir le goût du travail et le goût d'apprendre.

PATRICK COHEN
Autre mécontent en apparence, c'est à cause de ces mesures d'assouplissement que votre directeur général de l'Enseignement scolaire a démissionné.

BENOIT HAMON
Ce n'est pas ce qu'il m'a dit, puisqu'il avait démissionné le 4 avril, sa lettre de démission était sur mon bureau, et d'ailleurs Vincent PEILLON me l'avait transmise, puisqu'il la connaissait, et donc avant même que le décret complémentaire que je propose ne soit même imaginé, pensé, puisque c'était au lendemain de mon arrivée. C'est un grand serviteur de l'Etat, Jean-Paul DELAHAYE, il a beaucoup travaillé, notamment au cabinet de Vincent PEILLON, puis à la DGESCO, à la mise en oeuvre de cette réforme des rythmes scolaires, aujourd'hui, il sera remplacé en conseil des ministres, vous connaîtrez le nom de son/ ou sa, probablement successeur dès aujourd'hui, je n'ai pas voulu perdre de temps, et pour vous assurer que la continuité de cette formidable direction sera assurée avec à sa tête une personnalité qui saura donner…

PATRICK COHEN
Une femme, si on a bien compris ?

BENOIT HAMON
Le « ripe » nécessaire aux réformes indispensables pour refonder l'école.

PATRICK COHEN
Le quoi, pardon, le ?

BENOIT HAMON
Le rythme nécessaire…

PATRICK COHEN
Ah, le rythme ! D'accord. Benoît HAMON, ministre de l'Education, avec nous jusqu'à 8H55, on vous retrouve dans quelques minutes, on a beaucoup de questions d'auditeurs sur la réforme des rythmes scolaires, mais on vous interrogera aussi sur la crise des vocations, puisqu'il manque beaucoup de professeurs, des postes non pourvus, et puis aussi sur le salaire des enseignants avec cette étude qu'on a trouvée sur le site de votre ministère, sur le salaire des enseignants, ça doit intéresser.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 mai 2014

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