Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RMC le 12 mai 2014, sur la réforme des rythmes scolaires et la laicité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RMC le 12 mai 2014, sur la réforme des rythmes scolaires et la laicité.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Benoît HAMON, ministre de l'Education nationale, est notre invité ce matin, bonjour.

BENOIT HAMON
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benoît HAMON, samedi, cérémonies – je vais vous poser directement la première question sur Christiane TAUBIRA et « La Marseillaise », comme ça nous parlerons d'éducation ensuite – samedi commémoration de l'abolition de l'esclavage, cérémonie, il y a « La Marseillaise » qui résonne dans le Jardin du Luxembourg, qui est chantée, Christiane TAUBIRA ne la chante pas, vous êtes à côté d'elle, est-ce que vous défendez Christiane TAUBIRA ?

BENOIT HAMON
Je ne la chante pas non plus, comme la plupart des autres ministres. Pourquoi ? Parce qu'elle est chantée par une soliste « La Marseillaise » ce jour-là, et quand « La Marseillaise » est chantée par une cantatrice, comme quand elle l'était le 8 mai par les choeurs de la Garde républicaine, dans ces moments-là « La Marseillaise » elle inspire quoi, le recueillement, et je ne la chante pas, on ne rajoute pas forcément sa voix à celle d'une soliste, d'une cantatrice ou d'un choeur. Et je ne comprends pas qu'on lui fasse à elle ce procès-là, pourquoi est-ce qu'on ne me le fait pas à moi ? Moi je la chante dans les stades « La Marseillaise », sans problème, mais quand il y a une commémoration, quand il y a une belle voix qui chante « La Marseillaise », eh bien ça inspire quoi, le silence, le recueillement, et un moment qui est un moment que l'on partage avec d'autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que pensez-vous de cette polémique justement, qui est née de cette demande du Front national notamment, ou de certains élus UMP, de démission, demande adressée à Manuel VALLS, qui ne s'est pas exprimé hier soir, mais… ?

BENOIT HAMON
Honnêtement, pourquoi est-ce qu'on ne me la fait pas à moi cette demande ? Je suis ministre de l'Education nationale, je ne la chante pas le 8 mai, je ne la chante pas le 10 mai aux côtés de Christiane TAUBIRA, on lui fait le procès à elle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi à elle ?

BENOIT HAMON
Pourquoi, parce qu'elle est devenue le symbole, aujourd'hui, de conquête d'une forme de démocratie vivante, de République vivante, qui assume la diversité de la société française, là où d'autres partis, aujourd'hui, rejettent cette République-là, rejettent ces règles, rejettent cette diversité, rejettent cette envie de progresser tous ensemble. C'est pour ça que Christiane aujourd'hui, Christiane TAUBIRA, pardon, est l'objet de toutes ces critiques et de toutes ces polémiques. La réalité c'est qu'on ne va pas me le reprocher à moi, pourquoi ? Parce qu'on sait que nous, nous sommes aujourd'hui, nous respectons profondément, et l'hymne national, et ce qu'il porte de message de la République, mais on lui fait le reproche à elle parce qu'elle est devenue l'objet de toutes les polémiques injustes, et elle a eu raison de réagir, parce que c'est injuste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand elle réagit, elle dit « certaines circonstances appellent davantage au recueillement qu'au karaoké d'estrade », n'est-ce pas maladroit, franchement ?

BENOIT HAMON
Ce qu'elle veut dire c'est que, quand vous avez un choeur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« La Marseillaise » ce n'est pas un karaoké !

BENOIT HAMON
Quand vous avez les choeurs de la Garde républicaine qui chantent, si vous rajoutez votre voix aux choeurs de la Garde républicaine, lors des cérémonies du 8 mai, à l'Arc de Triomphe, je ne suis pas persuadé que ça donne toute sa dimension…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais d'autres chantaient samedi ?

BENOIT HAMON
Samedi, je ne sais pas, dans le public…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'autres ministres, le Premier ministre ?

BENOIT HAMON
Non, non, il y a deux cérémonies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, deux cérémonies.

BENOIT HAMON
Moi j'étais à celle du Jardin du Luxembourg, il y avait sans doute des gens qui chantaient, mais le problème… est-ce que tout ça, pour ça, est-ce que cette polémique a une utilité, est-ce qu'aujourd'hui on n'a pas d'autres choses plus importantes que de mettre en cause une ministre… ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est dérisoire ?

BENOIT HAMON
Oui, c'est dérisoire. Est-ce qu'elle a mal servi la République Christiane TAUBIRA ? Non, elle est un des plus beaux exemples de la République aujourd'hui. Et on a commémoré quoi ? Le fait que la République, dans les Antilles, le fait que la République, dans les outremers, elle était particulièrement vivante, elle était particulièrement forte, au moment où l'Empire, lui, rétablissait l'esclavage. Il faut aussi se souvenir de ça. Qui a incarné la République au moment où l'Empire Bonaparte rétablissait l'esclavage, sinon les Antillais, les esclaves affranchis, c'était ça aussi le message. Donc elle est, elle, la descendante, aussi, de ces républicains-là, et qu'on lui fasse le procès de ne pas chanter « La Marseillaise », c'est tout simplement injuste. Et le président de la République l'a dit et l'a rappelé, qu'à Saint-Domingue les esclaves affranchis, ils faisaient quoi ? Ils chantaient « La Marseillaise », ils chantaient « La Marseillaise. » Eh bien aujourd'hui, pas de mauvais procès à Christiane TAUBIRA, pas de mauvais procès à ceux qui gardent le silence quand on chante « La Marseillaise », parce que c'est aussi un moment de recueillement, ce n'est pas qu'un moment d'exaltation, et moi je la chante tout le temps dans les stades, je ne la chante pas forcément dans les moments de commémorations, parce que ça ne me semble pas être la bonne façon de se recueillir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et à l'école, où en est-on avec « La Marseillaise » à l'école ?

BENOIT HAMON
Aujourd'hui « La Marseillaise » elle est enseignée au primaire, et c'est une des bonnes choses, je trouve, aujourd'hui, en primaire, qu'on apprenne « La Marseillaise », qu'on essaye de comprendre ce qu'est le sens du message républicain, d'un hymne qui n'est pas qu'un hymne guerrier, même si certains le trouvent trop guerrier, donc c'est aussi une bonne chose. Moi je n'ai aucun problème, au contraire, à ce que « La Marseillaise » soit enseignée en primaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme des rythmes scolaires, on va changer de sujet, Benoît HAMON. Est-ce que vous n'êtes pas – c'est ce que disait Hervé GATTEGNO il y a un instant dans sa chronique sur RMC – est-ce que vous n'êtes pas en train de faire, avec ce projet de réforme des rythmes scolaires, ce que Ségolène ROYAL fait avec l'écotaxe, et j'ajoute, s'inscrire, vous inscrire dans la continuité, dire que l'idée était légitime, qu'il faut la poursuivre, et faire le contraire ? Franchement.

BENOIT HAMON
Reprenons, au début.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BENOIT HAMON
Quand j'arrive, comme ministre de l'Education, 94 % des communes ont déposé une organisation du temps scolaire ou sont sur le point de la valider. Il reste 6 % de communes qui résistent/ ou rencontrent des difficultés. J'essaye de regarder les problèmes, tels qu'ils existent. Ce qu'on me dit, c'est quoi ? Quand j'appelle Alain JUPPE, par exemple, maire de Bordeaux, il me dit « on a des problèmes sur la maternelle. Les écoles maternelles, aujourd'hui, ce n'est pas simple d'organiser le temps périscolaire comme ça le serait en primaire. » Eh bien, dans la circulaire qui accompagne le décret que j'ai publié le 8 mai, il y a des dispositions sur la maternelle. J'entends quoi ? des communes, des maires de communes, de toutes communes, de communes rurales, qui me disent « organiser 45 minutes tous les jours de temps périscolaire supplémentaires, c'est très compliqué quand on est une commune de 600 habitants… »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, regroupons.

BENOIT HAMON
« Donc, nous, ce qu'il nous faudrait, c'est la possibilité de regrouper sur une après-midi », pour obtenir quoi ? eh bien le fait que quand on a quatre communes dans ce qu'on appelle un regroupement pédagogique, eh bien on libère le lundi après-midi pour la commune X, on libère le mardi après-midi pour la commune Y. l'avantage c'est quoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou le vendredi après-midi.

BENOIT HAMON
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour d'autres communes.

BENOIT HAMON
Ou le vendredi après-midi, mais pas toujours le vendredi après-midi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui fera plaisir aux enseignants qui auront peut-être un week-end un peu plus long.

BENOIT HAMON
Oui, mais pour une minorité d'enseignants qui se retrouveront dans cette situation. Arrêtons de prendre la question des rythmes scolaires à travers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait plaisir aux syndicats ça, non ?

BENOIT HAMON
Mais si ça permet de faire plaisir à certains professeurs de pouvoir avoir leur vendredi après-midi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi pas.

BENOIT HAMON
L'essentiel, c'est quoi ? Je veux terminer mon raisonnement sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

BENOIT HAMON
C'est qu'on puisse avoir les mêmes intervenants qui interviendront sur quatre communes différentes, un jour différent par commune, et ainsi on fait des économies d'échelle et on réalise une activité périscolaire de bon niveau, même dans des petites communes. Dernier sujet qui nous avait été posé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

BENOIT HAMON
Des communes qui souhaitaient alléger encore la semaine, la semaine française c'était une des plus, aujourd'hui, avec des journées les plus longues d'Europe, et on se retrouve avec des semaines qu'on ne pouvait pas alléger, nous avions choisi de rester dans un décret 24 heures de temps scolaire par enfant, et des maires nous disaient « est-ce qu'on ne peut pas faire 23 heures et grignoter un petit peu sur le temps des vacances d'été, par exemple ? » Ce décret le permet. Donc nous réglons des problèmes qui existaient.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a beaucoup de maires qui vous ont fait cette demande ?

BENOIT HAMON
Quelques-uns, mais dans des communes suffisamment importantes, avec une expérience suffisamment importante, aussi, de l'organisation du temps scolaire, pour qu'on juge cela intéressant. En clair, ma démarche elle a été quoi ? de dire, au-delà de ces 94 % de communes, ne peut-on pas adapter le cadre réglementaire de façon à ce qu'il intègre des expérimentations nouvelles, dans ces communes qui concentreront le temps périscolaire sur une après-midi, dans ces communes qui décideront de grignoter sur les vacances d'été, pour faire en sorte que cette réforme, qui je le rappelle, est dans l'intérêt de l'enfant dès lors qu'elle permet de travailler cinq matinées, et de façon à ce qu'elle soit mise en oeuvre partout. Alors il y avait des problèmes qui étaient posés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, je vais vous parler des problèmes financiers dans un instant parce que c'est important…

BENOIT HAMON
Mais je dirai un mot, si vous voulez bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Encore un mot, vite Benoît HAMON, et je…

BENOIT HAMON
Des maires m'ont posé ces problèmes, j'ai cherché à les résoudre, des parents d'élèves aussi m'ont posé ces problèmes, j'ai cherché à les résoudre, ou des professeurs, je veux simplement dire à ceux des maires, quelques-uns…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui disent « non. »

BENOIT HAMON
Qui disent « non » aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Je n'appliquerai pas. » Tiens, Plaisirs, vous connaissez la ville de Plaisirs dans les Yvelines.

BENOIT HAMON
Un mot, sur ces maires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marseille, qui dit « non. »

BENOIT HAMON
Il y a des mairies qui, très très minoritaires, n'ont manifestement pas travaillé sur cette organisation du temps scolaire et périscolaire. Marseille, j'ai eu Jean-Claude GAUDIN au téléphone, qui demandait un moratoire, Jean-claude GAUDIN est un républicain, il sait une chose, c'est que l'organisation du temps scolaire c'est l'Etat, l'école, gratuite et obligatoire, c'est l'Etat, et il revient à l'Etat de fixer le temps scolaire, la semaine, le mois, l'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors ces villes, ces municipalités, qui n'appliqueront pas la réforme ?

BENOIT HAMON
Mais elle s'appliquera la réforme, parce que sinon, vous imaginez, des parents d'élèves, qui verraient le mercredi matin, le cas échéant, l'école fermée, parce que le maire aurait décidé de maintenir fermée l'école, alors que ce sont des moments où des professeurs des écoles, donc ces instituteurs, vont donner, ou faire la leçon à leurs enfants, ils seraient, ces maires, dans l'illégalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et attendraient les enfants.

BENOIT HAMON
Et des parents d'élèves seraient en situation de pouvoir porter plainte contre les maires qui ont maintenu l'école fermée, là où ils attendent que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à la rentrée prochaine, toutes les mairies devront appliquer la réforme.

BENOIT HAMON
Mais c'est pour ça que moi, j'ai essayé de régler les situations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi ça : à la rentrée prochaine, toutes les mairies devront appliquer la réforme.

BENOIT HAMON
Oui. Elles étaient prêtes à 94 %. Elles le seront avec le décret complémentaire que je pose pour la plupart. La question est de savoir si, pour quelques maires très isolés, très, très isolés, qui ont décidé de faire de cette réforme un enjeu politique et polémique, nous devons abandonner une réforme qui est dans l'intérêt de l'enfant ; il n'en est pas question. Je veux rappeler une chose, c'est pourquoi faisons-nous travailler une matinée de plus les enfants. Avant de faire la semaine de quatre jours, on a tous connu cinq matinées. Tous ! tous ! et tous les parents d'élèves qui disent « non » aujourd'hui l'ont tous connu jusque récemment, y compris pour le plus grand de leurs enfants. Nous savons quoi ? Que les pics de vigilance, donc de concentration des enfants, sont entre neuf heures et onze heures le matin. Le fait de faire travailler une matinée de plus tous les enfants de la République, c'est une occasion de mieux apprendre. Une matinée pour mieux apprendre, apprendre mieux c'est aussi avoir le goût de l'effort, le goût du travail, avoir plaisir à apprendre. Pourquoi est-ce ma responsabilité de le faire ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benoît HAMON…

BENOIT HAMON
Je termine. Parce qu'en CM2 aujourd'hui sur la lecture, sur les mathématiques, sur le fait de poser une fraction, sur le fait d'être capable de donner le double d'un nombre entier simple, c'est sur ces fondamentaux-là, sur des règles d'orthographe simples qu'on constate quoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une faiblesse, une grande faiblesse.

BENOIT HAMON
Oui. Un vrai recul des apprentissages fondamentaux. Parce que l'on constate cela, il est de notre responsabilité, de la mienne comme ministre de l'Education de faire en sorte qu'on travaille un matin de plus, parce qu'en travaillant un matin de plus, on donne chance de plus de réussir à tous les enfants de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme doit être appliquée à la rentrée prochaine. Que ferez-vous contre les mairies qui ne l'appliqueront pas ?

BENOIT HAMON
Les maires savent parfaitement qu'ils ont à l'appliquer. Pour la première fois, on les associe à l'organisation du temps scolaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils seront donc obligés de l'appliquer ? Les écoles seront ouvertes.

BENOIT HAMON
Je pense qu'il n'y en aura pas. Jean-Jacques BOURDIN, ma conviction est que je pense qu'il n'y aura pas de maires pour fermer le mercredi matin une école là où le maire sait que c'est de la responsabilité de l'Etat de fixer le temps scolaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On imagine l'école avec le directeur, avec les enseignants qui attendent les enfants.

BENOIT HAMON
Non mais imaginez-vous que les parents laisseront une école fermée le mercredi matin parce que le maire, parce qu'il n'a pas été assez consciencieux à appliquer, n'a pas voulu organiser la réforme, en dépit du fait que j'ai maintenu, ou le Premier ministre a choisi de maintenir une année supplémentaire le fonds d'aide aux collectivités locales ? Les enfants pourraient rater quoi ? Une leçon ou des leçons importantes de calcul pour la première fois où on pose les fractions, des leçons importantes en français où pour la première fois on apprendrait les verbes du troisième groupe, et cætera, et cætera. Les parents accepteraient cela ? Je ne le crois pas. Je ne le crois pas j'ai envie de vous dire que je sais que l'immense, immense majorité des maires n'a pas du tout cette intention-là. Que quelques maires très isolés décident cela, d'abord ils font courir un risque aux enfants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le coût quand même. Vous avez annoncé 370 millions d'euros d'aide pour 2014 ; on est bien d'accord ?

BENOIT HAMON
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas vous qui l'avez annoncé, c'était déjà annoncé.

BENOIT HAMON
Oui, oui, c'était déjà annoncé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2015, combien ? Puisque vous prolongez d'une année.

BENOIT HAMON
Nous allons regarder les communes qui ont le plus de difficultés à mettre en oeuvre un accueil périscolaire à coté de cette organisation du temps scolaire. Pourquoi je fais la distinction ? D'abord pour rappeler que les activités périscolaires sont facultatives pour les élèves comme pour les villes. Je rappelais aussi aux Français qui nous écoutent que nous donnons une aide de cinquante euros par enfant aux villes, qu'elles organisent ou pas le temps périscolaire. Il y a un certain nombre de maires qui disent : « Nous n'organiserons pas le temps périscolaire » mais qui percevront malgré tout cinquante euros par enfant, je le rappelle. L'aide de l'Etat n'est pas facultative. Elle va aux villes quoi qu'il se passe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quoi qu'il arrive.

BENOIT HAMON
Je dis ça parce qu'on entend des maires dire : « Nous n'organiserons pas et nous ne recevons pas assez d'aide ». En tous cas, ils seront aidés mais ils ont décidé de ne pas organiser le périscolaire. Ce que nous allons faire pour l'année 2015-2016, puisque nous prolongeons, nous allons estimer ce que sont les besoins des collectivités là où certaines activités périscolaires ne nécessitent pas de financement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera moins de 370 millions.

BENOIT HAMON
Peut-être. Nous en discuterons mais c'est difficile de dire pour 2015-2016 ce que seront les besoins, sachant que cette année nous mobilisons cinquante euros par enfant pour toutes les villes, pour tous les territoires ; cinquante euros + quarante euros en zone rurale ou en zone urbaine défavorisée. A ces cinquante euros + quarante euros par enfant s'ajoutent 54 euros par enfant quand vous faites un accueil de loisir validé par les CAF qui garantit des taux d'encadrement qui sont satisfaisants et des activités avec des intervenants de bonne qualité. Ça peut donc aller jusqu'à 144 euros par enfant. Là-dessus, l'Etat montre qu'il ne se désintéresse pas du financement de ces activités périscolaires et il prend un nouvel engagement. C'était demandé par la plupart des maires, notamment de l'UMP, qui disaient vouloir un moratoire. Ils voulaient que l'aide soit prolongée en 2015-2016 et elle le sera ; c'est la décision du Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il n'y aura pas de moratoire ceci dit.

BENOIT HAMON
Non, mais pour une raison simple : je ne veux pas qu'il y ait de désordre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai compris. Vous ne voulez pas de désordre donc la réforme doit être appliquée à la rentrée par toutes les mairies de France.

BENOIT HAMON
Je vais vous prendre un exemple. Si par exemple on avait dit : « Pas de maternelle dans l'organisation du temps scolaire », ça veut dire que vous auriez eu un enfant un maternelle avec un temps, et son grand-frère ou sa grande soeur en primaire avec un autre temps scolaire. Pour les parents, c'est impossible !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'on parle de maternelle et de primaire, depuis quelques semaines, ça fait deux ou trois fois, des mères voilées manifestent devant une école maternelle du Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis pour obtenir le droit de participer aux sorties scolaires de leurs enfants. Est-ce que ce droit leur est refusé à cause de leur voile ?

BENOIT HAMON
Il y a une circulaire qui existe dans ce domaine-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La circulaire Chatel du 27 mars 2012.

BENOIT HAMON
Qui est appliquée avec beaucoup de discernement en réalité sur le terrain. Je vous le dis parce que moi je le sais pour l'avoir vu. Aujourd'hui quand la plupart des parents qui accompagnent ou qui sont en situation d'accompagner les enfants, pour ce qui est notamment des mamans qui ne portent non pas le niqab mais juste un foulard ou un voile, c'est aujourd'hui dans beaucoup de villes une réalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas partout.

BENOIT HAMON
Non, pas partout et c'est là où il faut faire preuve de discernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous demandez à ceux qui interdisent ? Est-ce que c'est juste d'interdire à une maman qui porte juste le foulard d'accompagner ses enfants lors d'une sortie scolaire ? Est-ce que c'est juste ? Franchement ?

BENOIT HAMON
Je pense aujourd'hui qu'il faut regarder au cas par cas et faire preuve dans ce domaine-là de discernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que c'est juste de lui interdire ? Je vous pose la question.

BENOIT HAMON
Dans certains cas, ça peut l'être. Dans certains cas, je ne sais pas. Je ne connais pas les parents. Vous savez, ce n'est pas de l'abstraction. On ne peut pas mettre une dame avec un voile dans une ville X à signe égal avec une autre dame dans une ville Y, comme avec les parents d'élèves que vous rencontrez dans chacune des écoles. Vous trouverez des parents d'élèves qui sont très soucieux de l'intérêt général et vous trouverez aussi des parents d'élèves qui sont, pardon de le dire !, quelques-uns très consuméristes et qui attendent que l'école s'adapte à leur enfant et pas le contraire et donc qu'on se mette tous au service d'un seul et unique enfant. Moi ce que je dis, c'est qu'il faut dans ce cas-là et dans ce cas précis faire preuve de discernement et regarder de quelle manière dans un certain nombre de situation on peut accepter que, c'est déjà le cas, des mamans qui portent le voile accompagnent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous recommandez une certaine mansuétude.

BENOIT HAMON
Je recommande le discernement. C'est un mot en français extrêmement clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, extrêmement clair. C'est quand il n'y a pas de prosélytisme religieux, on peut permettre aux mamans d'accompagner avec un foulard.

BENOIT HAMON
Exactement. Et je rappelle qu'il y a des encadrants, qu'il y a des professeurs qui sont là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ça ne vous choque pas.

BENOIT HAMON
Non, je le dis : sur certaines sorties scolaires, ça ne me choque pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne vous choque pas, bien. Vos réformes, vous êtes ministre de l'Education nationale. On dit que vous êtes en train de réfléchir à la mise en place de systèmes permettant moins de rupture dans le passage de la 6ème au collège. C'est vrai que parfois l'enseignement change totalement, les enfants peuvent être désemparés. Vous voulez aussi changer un peu l'évaluation des élèves. C'est vrai ?

BENOIT HAMON
Il y a déjà des choses qui se font sur l'évaluation des enfants avec la dictée. Aujourd'hui, vous savez, vous êtes notés négativement en quelque sorte. On regarde vos fautes ; peu importe d'ailleurs que vous fassiez toujours le même type de faute ou que vous fassiez des fautes de différente nature. Ce que nous avons souhaité, c'est qu'il y ait une évaluation plus positive qui insiste sur les progrès de l'élève et qu'on n'ait pas toujours une forme de note-punition, de note-sanction qui se termine toujours par un zéro, même si vous avez mieux conjugué qu'auparavant et que vous avez progressé dans un certain nombre de domaines. C'est par exemple ce qui a été proposé dans le cadre de l'évaluation de la dictée. Je souhaite que sur les évaluations des enfants, on ait une approche qui soit une approche moins punitive, que finalement on rompe avec cette logique du tri par l'échec où ceux qui échouent sont mis de côté, on ne garde que ceux qui réussissent et on cherche toujours une solution qui est une solution de rechange pour ceux qui échouent. Mais cette école républicaine-là aujourd'hui, elle sait très bien sélectionner les élites mais aujourd'hui, elle a un vrai, vrai, vrai échec en matière justement de lutte contre les inégalités sociales. Première chose sur l'évaluation, ensuite sur le rapport primaire-collège. Quand vous passez pour un enfant d'un professeur des écoles qui s'occupe de deux choses : vous transmettre des connaissances – vous apprenez à lire et à écrire – et vous apprend aussi ce qu'on appelle le savoir être, le respect de l'autre, à plusieurs professeurs qui vont se concentrer pour l'essentiel sur la transmission des connaissances, votre CPE s'occupant de ce qu'on appelle le savoir être, le respect, et cætera, je pense qu'il y a là des ruptures qui sont parfois déstabilisantes, tout le monde le sait, pour les élèves. Une chose est sûre, c'est que toutes les écoles qui réussissent sont celles qui éliminent les sources d'anxiété pour les enfants, ce qui les inquiète, les déstabilise, les insécurise. Dans ce lien entre le primaire et le collège, il y a déjà des efforts considérables qui sont faits pour lutter contre le décrochage. Nous allons les poursuivre et nous devrons réfléchir à cette jonction, parce que c'est une jonction effectivement qui peut amener à ce qu'on accentue le décrochage plutôt qu'on aide à le résoudre. Je rappelle, et c'est un des chiffres préoccupant pour l'Education nationale française, aujourd'hui, qu'en 6ème, on a un recul des apprentissages fondamentaux, comme évidemment en fin de CM2, tout à fait préoccupant pour le français et pour les mathématiques, et que c'est une des questions prioritaires sur lesquelles nous devons nous pencher. Et là encore, je le dis, moi je ne veux pas travailler avec de la brutalité, je veux essayer de réunir l'ensemble de la communauté éducative sur des solutions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris que ça sera l'un des axes sur lequel vous allez travailler. J'ai une dernière question, à propos du Nigeria, des lycéennes enlevées au Nigeria, vous avez vu sur les réseaux sociaux, de nombreux lycéens se mobilisent dans des écoles, des écoles, on se mobilise, est-ce que vous encouragez ces initiatives ?

BENOIT HAMON
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez aussi aux enseignants de, je ne sais pas moi, de parler de cet enlèvement, des conditions de cet enlèvement, dans leur classe ?

BENOIT HAMON
Le 10 mai on vient de commémorer les abolitions, parce qu'il n'y en n'a pas eu qu'une, en France, de l'esclavage, pour en même temps que coïncide un acte, qui est un acte qui montre que l'esclavage, aujourd'hui, persiste dans le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce que vous encouragez toutes les initiatives dans les lycées ?

BENOIT HAMON
Je pense que des initiatives qui visent à exprimer de la solidarité à l'égard de ces jeunes lycéennes enlevées, ou collégiennes, parce qu'il y en a des très jeunes, sont bonnes, sont positives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que les enseignants doivent s'engager ?

BENOIT HAMON
S'ils le souhaitent, c'est déjà le cas. J'étais avec beaucoup de collégiens qui se sont engagés dans des films, dans des expositions pour le 10 mai, hélas c'est une occasion supplémentaire de le faire à travers une actualité, pas simplement une commémoration, mais je trouve bien qu'on puisse s'engager sur des causes comme celle-là, parce qu'elle montre qu'on peut être solidaire d'autres lycéens, en l'occurrence lycéennes et collégiennes, à l'autre bout du monde, qui sont elles aujourd'hui victimes d'actes absolument inacceptables, c'est bien aussi que la France s'engage directement aux côtés du gouvernement nigérian pour retrouver les auteurs de ces actes inacceptables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Benoît HAMON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mai 2014

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