Interview de M. André Vallini, secrétaire d'Etat à la réforme territoriale, à Europe 1 le 13 mai 2014, sur les modalités, le calendrier et les économies budgétaires potentielles de la réforme du "millefeuille territorial". | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. André Vallini, secrétaire d'Etat à la réforme territoriale, à Europe 1 le 13 mai 2014, sur les modalités, le calendrier et les économies budgétaires potentielles de la réforme du "millefeuille territorial".

Personnalité, fonction : VALLINI André, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la réforme territoriale;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour vous ici c'est une première, bienvenue André VALLINI, bonjour.

ANDRE VALLINI
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelle couleur vous préférez pour le mur ?

ANDRE VALLINI
Pour le mur, quel mur ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment quel mur ? Le mur sur lequel votre réforme territoriale va se fracasser.

ANDRE VALLINI
D'abord elle ne va pas se fracasser, je pense qu'on peut réussir cette réforme, même si les résistances sont nombreuses, les Français attendent cette réforme, il y a trop longtemps qu'on en parle, il faut maintenant agir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y a pas de réforme des territoires sans réforme de la constitution. Le président de la République pourrait-il convoquer un congrès à Versailles ?

ANDRE VALLINI
D'abord il n'est pas certain qu'on doive réviser la constitution, tout dépend de savoir ce qu'on va faire et le président de la République va recevoir à partir de demain tous les responsables des partis politiques de droite comme de gauche pour parler de cette réforme avec eux, c'est d'ailleurs le signe de l'importance qu'il attache à cette réforme. C'est à l'issue de ces consultations que le président choisira la voie la meilleure pour aboutir, pour que cette réforme aboutisse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais d'ores et déjà, est-ce que vous confirmez que le référendum proposé par des voies de droite, n'aura pas lieu, jamais lieu ?

ANDRE VALLINI
Moi le référendum je m'en méfie toujours parce que depuis le général DE GAULLE en 1969, et il y a d'autres exemples qui montrent que les Français répondent plus souvent à celui qui pose la question qu'à la question posée. Donc je dis à l'UMP qui demande un référendum que c'est peut-être la meilleure façon d'enterrer la réforme que de demander un référendum. Il y a un peu d'hypocrisie, donc méfions-nous du référendum.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ici vous dites plutôt, c'est un refus officiel ?

ANDRE VALLINI
Pas officiel non, je ne suis pas habilité à exprimer un refus officiel, laissons le président recevoir les chefs de partis politiques je le répète, mais je répète aussi qu'il n'est pas certain qu'on doive réviser la constitution…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez nous dire comment vous feriez mais les Verts sont pour, le front de gauche est contre, le centre est pour et contre, l'UMP en dehors d'une poignée de dissidents est contre. Sur qui vous comptez pour obtenir une majorité au Parlement André VALLINI ?

ANDRE VALLINI
Je compte d'abord sur l'opinion publique qui fait pression au bon sens du terme, sur les élus. C'est un peu le même débat que sur le cumul des mandats, il y a des élus, dont j'ai fait partie d'ailleurs, qui ont résisté longtemps à cette réforme et puis la réforme a eu lieu parce que l'opinion, les Français, les citoyens voulaient qu'on en finisse avec le cumul des mandats. Aujourd'hui les citoyens veulent qu'on en finisse avec le millefeuille territorial. Donc les élus sont sensibles, qu'ils soient de droite comme de gauche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous faites un appel aux réformateurs, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent de la société civile pour qu'ils fassent pression sur les élus et les encouragent à faire hara-kiri.

ANDRE VALLINI
Oui et je fais pression aussi démocratiquement bien sûr sur les élus pour qu'ils aient conscience que cette réforme elle est attendue par les Français. Et des réformateurs au Parlement, il y a en a à droite comme à gauche, des conservateurs aussi d'ailleurs. Le vrai clivage monsieur ELKABBACH, il ne passe pas entre la gauche et la droite sur cette question, il passe entre ceux qui veulent réformer la France et ceux qui veulent que rien ne change.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les présidents PS de Haute Normandie, de Picardie, des Pays de Loire qui sont PS, demandent à l'Etat de ne pas s'occuper d'eux, rejetant la fusion, ils préfèrent s'organiser eux-mêmes, vous voyez qu'il y a une résistance, il y a une fronde déjà.

ANDRE VALLINI
Je ne sous-estime pas cette résistance, il y a des résistances dans les départements, un peu dans les régions aussi, moins, mais je suis sûr qu'au fond les élus savent eux aussi qu'il faut changer, qu'on ne peut pas continuer à avoir autant de communes, d'intercommunalités, de départements et de régions. Tous les pays d'Europe ont fait cette réforme, l'Angleterre l'a faite, l'Allemagne l'a faite, l'Espagne est en train de la faire, l'Italie de Matteo RENZI est en train de la faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire que vous êtes en train de préparer une France fédérale ?

ANDRE VALLINI
Pas du tout, jamais de la vie, la France n4est pas fédérale, elle ne sera pas fédérale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors vous avez été, André VALLINI, un membre assidu de la Commission BALLADUR. Dans vos souvenirs, est-ce que c'était un bon moment ?

ANDRE VALLINI
C'était un moment intéressant oui, parce qu'il y avait dans ce comité BALLADUR Pierre MAUROY, mais aussi Dominique PERBEN, Gérard LONGUET, des géographes, des historiens et puis monsieur BALLADUR bien sûr. Les débats étaient de grande qualité, nous avons avancé des réformes intéressantes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors justement, Edouard BALLADUR avait prévu un même conseiller pour le département et la région, en quelques années il envisageait ce qu'il appelle, l'évaporation progressive des départements, le conseiller territorial. Finalement est-ce que c'était une bonne idée ?

ANDRE VALLINI
L'idée n'était pas mauvaise en soi, nous l'avons peut-être diabolisé à l'excès quand nous étions dans l'opposition, mais le conseiller territorial ne supprimait aucun échelon, les régions restaient les régions, les départements restaient les départements…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça vous permettait d'y aller sans avoir à réformer et réviser la constitution.

ANDRE VALLINI
Oui donc c'était une réforme timide qui n'allait pas assez loin. Ce qu'il faut c'est vraiment simplifier le millefeuille territorial et pas simplement supprimer des élus car vous savez les élus ne sont pas ceux qui coûtent le plus cher, il faut stopper la démagogie consistant à dire que moins on aura d'élus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors qu'est-ce qui coûte le plus cher ? Les doublons ?

ANDRE VALLINI
Ce qui coûte cher ce sont les doublons bien sûr, ce sont les compétences enchevêtrées et puis on peut faire des économies d'échelles aussi avec moins de structures territoriales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va prendre un exemple, il y a des syndicats mixes qui s'occupent de l'eau, de l'électricité, des transports, ils sont été transférés aux intercommunalités, combien il y en a ?

ANDRE VALLINI
Il y a encore plus de 13.000 syndicats intercommunaux qui représentent un budget global de 17 milliards d'euros…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors là, on ne peut pas réduire un peu ?

ANDRE VALLINI
Là on peut les réduire, on peut les fondre dans les intercommunalités, on peut regrouper les choses bien sûr, faire des économies d'échelles, être plus efficace.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cette réforme aboutirait à moins d'une douzaine de grandes régions, est-ce que vous confirmez que le président de la République et Manuel VALLS veulent que cette réforme soit bouclée en un an ?

ANDRE VALLINI
Il faut que cette réforme soit bouclée avant la fin du quinquennat, c'est évident. Il faut donc que les élections soient reportées parce que cette réforme, si nous voulons l'accélérer il faut quand même au moins un an pour la faire, ce qui veut dire que dans l'année qui vient nous allons faire cette réforme, voter plusieurs textes sans doute pour qu'en 2016, des élections puissent avoir lieu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui avant les élections. Elle aurait des résultats à quel moment, on dit les économies etc, on y viendra mais, combien de temps il faut, si elle est en 2016, pour avoir des résultats ?

ANDRE VALLINI
Là encore pas de démagogie, les économies d'échelles, la suppression des doublons, tout ça ne produira des effets qu'à moyen terme, c'est une réforme de structure, entre trois et cinq ans…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire vous faites une réforme pour 2019 – 2020 pour vos éventuels successeurs ?

ANDRE VALLINI
Pour la France de demain, pour que la France soit plus efficace, que les territoires soient mieux organisés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous êtes vraiment désintéressé ?

ANDRE VALLINI
On fait une vraie réforme de structures monsieur ELKABBACH. J'entends l'UMP nous réclamer sans cesse des réformes de structures, en voilà une réforme de structure et lorsque l'UMP demande des réformes de structure, il cite toujours la réforme territoriale en premier, eh bien nous voulons la faire, que l'UMP la vote.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous ne risquez pas deux échecs et deux défaites consécutives en 2016 et à la présidentielle de 2017 ; vous prenez des risques là.

ANDRE VALLINI
Mais l'élection est un risque en soi de toute façon, il faut faire les élections, c'est la démocratie qui le veut, il faut évidemment renouveler les conseils régionaux lorsque le moment sera venu mais pour les renouveler dans de bonnes conditions, il faut d'abord que les régions aient été redessinées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez vraiment que la réforme se fera ?

ANDRE VALLINI
J'en ai l'intime conviction parce que d'abord il y a une volonté très forte du président de la République, une volonté très forte du Premier ministre, François HOLLANDE et Manuel VALLS veulent cette réforme, ils veulent qu'on l'accélère et je sens que les Français l'attendent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez que ce sera un test du quinquennat ?

ANDRE VALLINI
Ca va être une réforme importante du quinquennat, très importante, François HOLLANDE en est conscient et je le répète, il reçoit lui-même tous les chefs de partis cette semaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, on le sait. Et vendredi je crois Jean-François COPE, il va recevoir à peu près tous les chefs de partis. Au FIGARO André VALLINI, vous avez confié que le budget des collectivités représenterait au total 250 milliards d'euros et que la réforme ferait gagner 12 à 15 milliards par an. C'est-à-dire 12 à 15, la marge, à 25 milliards, de 12 à 25 ça fait une marge, une sacré marge et des experts disent en ricanant que vous exagérez, que vous sur-vendez la réforme en faisant miroiter des économies exagérées. C'est combien ?

ANDRE VALLINI
250 milliards d'euros c'est le budget des collectivités locales. Si on pense qu'à terme, en supprimant les doublons, en faisant des économies d'échelles on arrive à économiser 5%, 5% ce n'est pas énorme, 5% de 250 milliards ça fait 12 milliards. Si on n'est pas capable en France en quatre ou cinq ans d'économiser 5% sur 250 milliards d'euros, il faut arrêter de faire de la politique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'Etat compte 260 sous-préfectures, 100 préfectures, qu'il en supprime pour montrer l'exemple non ?

ANDRE VALLINI
Des préfectures non bien sûr, des sous-préfectures il faut sans doute, non pas en supprimer, mais en fermer certaines, en ouvrir d'autres. Il faut redessiner aussi la carte des sous-préfectures et réformer l'Etat parce que réformer les territoires, c'est bien, mais réformer l'Etat sur les territoires c'est très important aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez entendu la querelle faire à la Garde des sceaux parce qu'elle a refusé de chanter la Marseillaise comme un karaoké sur une estrade, pourquoi en vouloir autant à Christiane TAUBIRA ?

ANDRE VALLINI
Eh bien justement je me demande pourquoi Christiane TAUBIRA suscite autant de haine. Cette polémique est stupide, elle est stérile, elle est absurde, qui peut douter un instant que Christiane TAUBIRA aime la République française, elle aime les valeurs de la République, elle incarne les valeurs de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, ça c'est le discours conformiste…

ANDRE VALLINI
Non pas du tout, pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
André VALLINI j'ai retrouvé votre récent livre « Justice pour la République » et vous consacrez un chapitre entier à la Marseillaise, Allons enfants de la patrie, la Marseillaise c'est important pour vous ?

ANDRE VALLINI
Moi j'aime beaucoup la Marseillaise, j'ai organisé un colloque sur la Marseillaise, j'organise des manifestations autour de la Marseillaise à Vizille, là où a commencé la révolution française dans mon département. Je suis un amoureux de la Marseillaise parce qu'elle symbolise la révolution française et les idéaux de la révolution française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire vous en connaissez tous les couplets ?

ANDRE VALLINI
Non pas tous les couplets, bien sûr que non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Presque tous ?

ANDRE VALLINI
Je connais quelques couplets, le refrain …

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple ? Par exemple, allez, par exemple, par exemple, allez, on essaie…

ANDRE VALLINI
Non mais tout le monde connait le premier couplet…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple ? Par exemple…

ANDRE VALLINI
Non monsieur ELKABBACH, il ne faut pas galvauder la Marseillaise, je ne vais pas la chanter à ce micro…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, quelqu'un qui l'aime dans l'esprit du symbole de 1789…

ANDRE VALLINI
On change la Marseillaise dans des manifestations officielles ou sportives, mais pas comme ça à un micro, ça ne serait pas sérieux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc elle peut se chanter en toutes circonstances et en tous les lieux.

THOMAS SOTTO
Merci Jean-Pierre ELKABBACH, merci André VALLINI qui n'aura pas chanté la Marseillaise ce soir, mais on vous croit sur parole quand vous dites que vous la connaissez…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il croit à la Marseillaise et il en est un chantre.

ANDRE VALLINI
Je l'aime.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mai 2014

Rechercher