Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à Itélé le 13 mai 2014, sur la réforme des rythmes scolaires et le cadrage budgétaire pour 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à Itélé le 13 mai 2014, sur la réforme des rythmes scolaires et le cadrage budgétaire pour 2015.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :


BRUCE TOUSSAINT
Tout de suite, Benoît HAMON, invité de Christophe BARBIER, sur I TELE.

CHRISTOPHE BARBIER
Benoît HAMON, bonjour, bienvenu.

BENOIT HAMON
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Un mot sur cette opération anti-djihadistes, est-ce que dans votre domaine, l'Education nationale, est-ce que les chefs d'établissement sont sensibilisés au recrutement éventuel de jeunes pour partir en Syrie, est-ce que vous avez des retours ?

BENOIT HAMON
Pas des retours qui diraient aujourd'hui qu'il y a un phénomène que l'on perçoit dans les établissements. Cela étant dit, quand un élève sèche les cours, de manière récurrente, qu'il est absent, que son absentéisme est long, il y a des procédures d'alerte, évidemment, des parents, de sensibilisations qui sont déclenchées, donc on peut détecter aussi dans l'école, des attitudes, des comportements, qui laissent présager une décision comme celle-là, cela étant dit, là nous sommes dans une opération de police aujourd'hui, dans le cadre de la mise en oeuvre d'un plan voulu par le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, pour lutter contre les conséquences de ce djiad en Syrie et les conséquences du retour de ces jeunes en France et le danger potentiel qu'il pourrait représenter, et il me semble qu'il faut traiter ce problème avec beaucoup de sérieux.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est un message de grande fermeté, qui est donné, quand même, là, on voit le déploiement de forces impressionnantes.

BENOIT HAMON
Oui, parce que potentiellement il y a parmi ces jeunes, ou ces moins jeunes, des hommes ou des femmes qui peuvent être dangereux et qui ont des informations.

CHRISTOPHE BARBIER
Je voudrais vous montrer maintenant la Une de LA VOIX DU NORD, c'est la Une de ce matin, voyez que le problème dure, regardez, il vous concerne, « La ronde des frondes », c'est contre les rythmes scolaires, ces petites communes qui s'inquiètent, elles n'y arriveront pas, elles ne seront pas prêtes, elles ne pourront pas payer les frais des rythmes scolaires en septembre.

BENOIT HAMON
Alors, merci déjà de me montrer cette Une, elle me permet de dire quelques informations. Depuis maintenant le 24 janvier 2013, 2013, l'organisation des rythmes scolaires a été publiée dans un décret, et c'est une organisation sous la forme de 9 demi-journées. Nous avons invité donc les communes, pour la première fois, avant c'était l'Etat qui fixait seul l'organisation du temps scolaire. Nous les avons invitées à penser, avec la communauté éducative, les parents d'élèves, les associations périscolaires, de nouveaux rythmes scolaires qui respectent mieux les temps d'apprentissage des enfants, en proposant que l'on travaille une matinée de plus, parce que c'est le matin que l'on est le plus concentré, que l'on apprend le mieux. Et en apprenant un matin de plus, on apprendra mieux, on aura plus le goût du travail. Donc depuis maintenant le 24 janvier 2013, les communes sont sensées avoir travaillé avec l'Etat. 94 % d'entre elles, quand je suis devenu ministre, étaient prêtes ou quasi-prêtes, il en restait 6 %. Parmi celles-là, effectivement, des communes rurales, qui nous disaient « nous n'avons pas assez de moyens », c'est la raison pour laquelle j'ai annoncé que nous prolongerions le fonds d'aide à ces communes, pour financer le temps périscolaire, d'une année supplémentaire, c'est valable pour cette rentrée, ce sera valable pour la rentrée 2015. Nous avons tenu compte des remarques sur la maternelle, le périscolaire en maternelle, ce n'est pas pareil qu'au primaire. Nous avons tenu compte du fait que ces communes rurales nous disaient : « Difficile de concentrer des activités périscolaires, 45 minutes par jour, ne peut-on pas concentrer ce temps périscolaire sur une demi-journée, une après-midi ? ». Nous avons répondu « oui », pour faciliter les choses. Je veux dire maintenant que le 6 juin il y aura, pour toutes ces communes, la nécessité de rendre une copie, en quelque sorte, si elles ne peuvent pas le faire, eh bien il reviendra à l'Etat, comme ça a toujours été le cas, de fixer l'organisation du temps scolaire dans toute la France, y compris dans les communes qui, pour l'essentiel, cherchent à trouver des solutions, et y compris dans celles qui ne veulent pas en trouver, pourquoi, parce qu'un certain nombre de maires ont décidé de faire de la question des rythmes, un objet idéologique, qui, je veux le dire, se fait au détriment de l'enfant.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous ne donnerez pas de délai supplémentaire, on ne pourra pas commencer en janvier 2015 ou en septembre 2015.

BENOIT HAMON
Je veux cire, je rappelle, 24 janvier 2013, ça fait un an et demi que tout le monde est invité à travailler, et moi je comprends les maires qui ont du mal à travailler, qui ont demandé des moyens supplémentaires. Nous avons donné ces moyens supplémentaires. Maintenant, il s'agit de préparer une rentrée, durant laquelle les enfants, sur le temps scolaire pour commencer... Quand vous amenez vos enfants à l'école, c'est pour qu'ils apprennent le français, c'est pour qu'ils sachent écrire, c'est pour qu'ils sachent compter. Or, ces résultats sont moins bons aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a dix ou quinze ans, au primaire.

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous promettez que ça va s'améliorer vite avec les rythmes ?

BENOIT HAMON
Mais, avec les rythmes notamment, mais pas qu'avec les rythmes. On ne peut pas avoir une école qui fonctionne mieux, avec moins d'adultes et des rythmes qui sont des rythmes les plus éprouvants de toute l'Europe, pour les enfants. De surcroit, c'est quand même dur pour l'école française, qui est sensée être l'école de l'égalité, d'être montré du doigt par les classements internationaux, comme l'école la plus inégalitaire. On a d'un côté la déclaration des droits de l'homme et du citoyen affichée dans toutes les écoles, et pour autant nous sommes l'école la plus inégalitaire. Eh bien sur ces questions-là, les rythmes ne son pas la seule solution, ce n'est pas la seule solution, mais c'est une des solutions, pour que sur le temps scolaire, le temps où on apprend, on apprenne mieux. Après il y a le périscolaire, qui relève de l'accord entre les parents d'élèves, les associations sportives, culturelles, les maires, c'est un temps important, mais ce qui... ma responsabilité à moi, c'est qu'on apprenne bien à l'école.

CHRISTOPHE BARBIER
François HOLLANDE a promis 60 000 emplois supplémentaires dans l'Education nationale, mais il y a d'un côté les problèmes d'argent public et de l'autre la crise des vocations. Est-ce que vous tiendrez ce programme de recrutements ?

BENOIT HAMON
Oui, alors, ça fait référence au fait que dans les derniers concours, il n'y a pas eu autant de lauréats que de postes à pourvoir.

CHRISTOPHE BARBIER
Pas assez d'inscrits, voilà.

BENOIT HAMON
Non, si si, il y avait des inscrits.

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, mais enfin, pas assez de niveaux, de bons niveaux.

BENOIT HAMON
D'abord, réjouissons-nous que quand on passe un concours pour devenir professeur, il n'y ait pas 100 % de lauréats, par rapport au nombre de candidats.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous ne baisserez pas le niveau pour...

BENOIT HAMON
Nous, l'objectif, il est... Nous aurons deux concours cette année. D'abord, le nombre de professeurs recrutés l'année dernière était en augmentation de 20 %. Donc il y a de meilleurs résultats. Cette année, nous avons fait deux concours pour être en situation de répondre d'abord à un pic démographique, il y a plus d'enfants à scolariser, donc il faut plus de professeurs, et pour répondre à nos priorités. Nos priorités, c'est quoi ? Le primaire, le dispositif plus de maitres que de classes, c'est quoi ? Neuf classes dans une cole, admettons, dix maitres, pour qu'un maitre ou un professeur, tourne d'une classe à une autre, pour faire des fois des groupes séparés, pour être en situation de suivre à deux une classe ou d'avoir un suivi plus personnalisé pour un certain nombre d'enfants. C'est aussi la scolarisation avant 3 ans. Pourquoi scolarisons-nous dans les quartiers prioritaires, avant 3 ans ? Parce que plus tôt on est scolarisé, plus tôt on apprend à l'école, plus on possède des mots de vocabulaire indispensables pour pouvoir...

CHRISTOPHE BARBIER
Et on rattrape le handicap familial.

BENOIT HAMON
Eh oui, pour pouvoir réussir aussi en primaire, et on rattrape effectivement toutes ces inégalités qu'il y a dans la société, et que l'école doit essayer, autant que faire se peut, de résorber.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous ne baisserez pas le niveau des enseignants recrutés, pour faire votre chiffre de recrutements ?

BENOIT HAMON
Non, le but ce n'est pas de baisser le niveau des enseignants, la preuve, c'est qu'aujourd'hui nous les formons. La formation des professeurs avaient été supprimée par la droite. Rendez-vous compte, sur un simple Master, on pouvait être, du jour au lendemain, devant une classe, sans savoir déchiffrer quels sont les enfants derrière les élèves que l'on a, quelles sont les difficultés, les handicaps, que peuvent avoir un certain nombre d'enfants. Apprendre, ça s'apprend. Eh bien la gauche a décidé, avec les écoles, que nous avons récréées, du professorat et de l'éducation, eh bien que le métier d'enseignant se réapprenne, s'apprenne à nouveau, les pédagogies indispensables, pour faire face à des classes qui sont parfois compliquées.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous allez devoir trancher sur le socle commun des connaissances, et notamment ça concerne le collège. Vous êtes pour du lire, écrire, compter, basique, ou vous êtes pour des programmes plus fins, plus ambitieux, mais plus élitistes ?

BENOIT HAMON
Ecoutez, moi, je... on forme très très bien les élites en France, et en même temps on peut se poser la question de savoir si les élites nous ont sortis de la crise, les élites françaises. On se targue d'avoir les meilleures élites du monde, ce n'est pas pour autant qu'elles nous aient sortis de la crise et résolu tous les problèmes que nous avons depuis maintenant plusieurs décennies. Ce que je crois, c'est que nous attendons les résultats du Conseil supérieur des programmes, qui va repenser cette scolarité obligatoire, de la maternelle, jusqu'à 16 an, qu'est-ce que l'on veut qu'un enfant sache, qu'il sache faire, qu'il ait appris les connaissances qu'il ait en sa possession, pour pouvoir, demain, rentrer sur le marché du travail, être un citoyen, bref, c'est sur ce socle de connaissances, de cultures, et de compétences, que le Conseil supérieur des programmes, va me rendre sa copie. Une consultation des enseignants va être organisée, et que nous trancherons, ce lien notamment, entre l'école primaire et le collège, de façon à ce qu'il soit fluide et qu'il permette d'éviter des ruptures qui peuvent déstabiliser notamment les élèves les plus en difficultés.

CHRISTOPHE BARBIER
Pour aider l'éducation, vous êtes de gauche, il faut baisser le budget de la défense.

BENOIT HAMON
Non, moi je ne pense pas qu'il faille aujourd'hui dire les choses comme ça. Je pense qu'il ne faut pas baisser le budget de la défense pour augmenter le budget de l'Education nationale, je me réjouis que ce budget de l'Education nationale nous donne aujourd'hui les moyens de recruter des professeurs, en plus, de mieux les former, de mettre des moyens là où on en a besoin. La défense nationale, aujourd'hui, elle sera sans doute mise à contribution comme tous les budgets de l'Etat, mais aujourd'hui nous devons faire face à des défis industriels, des défis stratégiques, des défis militaires, des défis de sécurité, qui justifient que ces armées, dont on vante les mérites, le professionnalisme et les moyens de pouvoir travailler.

CHRISTOPHE BARBIER
Didier DESCHAMPS va rendre sa liste des 30 joueurs. Est-ce que vous souhaitez que sur les pelouses du Brésil...

BENOIT HAMON
Ça c'est une info : 30 ou 23 ?

CHRISTOPHE BARBIER
Allez, ça sera 30. Ça sera 30, vous êtes d'accord.

BENOIT HAMON
Moi aussi je pense que ce sera 30.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous souhaitez qu'ils chantent La Marseillaise sur les pelouses du Brésil ?

BENOIT HAMON
Oui ! En bien moi, dans tous les stades que la chante, mais si c'est pour faire référence à la polémique, alors, absolument absurde, qui concerne Christiane TAUBIRA aujourd'hui, parce qu'elle ne l'a pas chantée, à un moment précis lors de la commémoration des abolitions de l'esclavage, là où beaucoup de personnalités ne le font pas davantage, c'est absurde de la part de personnalités qui ne le chantent sans doute pas tellement, de la part d'un parti, l'UMP, monsieur MARIANI, qui trouvait qu'on pouvait se déculpabiliser de notre responsabilité dans la traite des esclaves, au motif...

CHRISTOPHE BARBIER
Actif Boko Haram.

BENOIT HAMON
… que Boko Haram, ça c'est à l'UMP que l'on a dit cela, c'est à l'UMP, et monsieur MARIANI commente désormais le fait que Christiane TAUBIRA n'aurait pas chanté, là où elle a répondu, je crois, avec beaucoup de clarté, en disant : « c'est une polémique, une nouvelle polémique, de la part de gens qui n'ont pas grand-chose à faire, manifestement », et moi je regrette cette polémique. Oui, La Marseillaise, on la chante, on la chante dans les stades, mais il y a des moments, La Marseillaise ça s'écoute, parce que ça appelle le recueillement et on peut être recueilli et écouter La Marseillaise, comme on peut s'exalter et chanter La Marseillaise, ça dépend des moments, des contextes, mais en disant cela, j'ai l'impression de dire, d'énoncer des poncifs, tellement c'est évident, tellement on ne devrait pas perdre notre temps avec de telles polémiques.

CHRISTOPHE BARBIER
Benoît HAMON, merci, bonne journée.

BENOIT HAMON
Merci Christophe BARBIER.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mai 2014

Rechercher