Interview de Mme Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche, dans "Le Figaro" du 19 mai 2014, sur la recherche spatiale et les objectifs de l'Agence spatiale européenne (ESA). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche, dans "Le Figaro" du 19 mai 2014, sur la recherche spatiale et les objectifs de l'Agence spatiale européenne (ESA).

Personnalité, fonction : FIORASO Geneviève.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche

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Q - L'Agence spatiale européenne (ESA) fête cette semaine ses 50 ans, alors que l'Europe est en plein doute. Que faire de cet anniversaire ?

R - C'est un moment important. L'ESA est un symbole d'une Europe qui croit dans le progrès, dans la science et dans son avenir. Mais aussi d'une Europe qui occupe la première place mondiale sur le marché des lancements spatiaux grâce aux succès d'Ariane. Les 59 vols d'affilée réussis par Ariane 5 démontrent que notre technologie est à la pointe, qu'elle est fiable et qu'elle jouit d'une énorme crédibilité sur la scène internationale.

Q - Les Européens ne semblent plus d'accord sur la définition du successeur d'Ariane 5. Où en est-on exactement ?

R - À Naples, fin 2012, nous sommes tombés d'accord sur une configuration qui correspondait à un environnement concurrentiel donné. Quand celui-ci évolue, et c'est le cas avec l'américain SpaceX, nous pouvons être amenés à nous adapter. D'où l'idée de mettre en place le Cospace, une structure qui réunit l'ensemble des acteurs de la filière dont les industriels, l'opérateur Arianespace et les clients pour les satellites par exemple. La future Ariane doit être plus compétitive face à la concurrence internationale. SpaceX nous bouscule mais n'oublions pas que nous faisons la course en tête avec Ariane.

Au sein de l'ESA, nous souhaitons réaffirmer le leadership français ainsi que la force du tandem franco-allemand. Nous avons tous conscience des enjeux stratégiques, économiques, scientifiques. L'espace représente plus de 37 000 emplois directs hautement qualifiés au sein d'une filière industrielle duale - militaire et civile - qui diffuse l'innovation à des pans entiers de l'industrie et bénéficie aux citoyens européens.

Avec mon homologue allemande, Brigitte Zypries, nous sommes dans de meilleures conditions pour trouver un accord. Nous avons posé les jalons de la concertation avec les industriels, les organismes de recherche, les opérateurs.

Q - Quelle sera la position de la France lors de la prochaine réunion des ministres de l'Espace ?

R - La France sera prête avec une solution compétitive. Nous sommes attachés à Ariane 6 avec l'étape intermédiaire d'Ariane 5ME, la version améliorée de notre lanceur actuel. Nous proposerons un schéma crédible en tenant compte du facteur coût, compétitivité, de la fiabilité, avec un mode de gouvernance plus intégré.

Q - L'Allemagne, par la voix de Johann-Dietrich Wörner, directeur de l'agence spatiale allemande, ne veut pas d'Ariane 6 telle qu'elle est prévue. Trop chère et trop peu flexible, selon lui...

R - La position allemande ne se résume pas aux déclarations d'un directeur d'agence. En réalité, avec mon homologue allemande Brigitte Zypries, nous sommes désormais dans de meilleures conditions pour converger et trouver un accord, car nous avons posé en amont tous les jalons de la concertation avec les industriels, les organismes de recherche, les opérateurs. Tous les acteurs ont la volonté d'aboutir et une obligation de réussite.

Q - Êtes-vous favorable à une consolidation entre les acteurs européens, par exemple dans le domaine des satellites où l'Europe compte trois acteurs - Airbus, Thales et OHB - qui se font concurrence à l'export ?

R - Je ne fais pas de stratégie industrielle à la place des industriels. Mais si les regroupements entre acteurs rendent l'industrie européenne et le socle franco-allemand plus compétitifs, alors nous les soutiendrons. Mais nous resterons attentifs au maintien des compétences et à l'impact social.

Q - Craignez-vous des coupes dans certains programmes ?

R - Les restrictions budgétaires sont fortes pour tous les pays membres de l'ESA. À Naples, nous avons acté un budget de 10 milliards d'euros financé à plus de 2 milliards d'euros par la France pour préparer l'avenir de la filière spatiale européenne. Ce budget n'est pas remis en cause. Il doit être équilibré entre les lanceurs et les satellites - nous devons rattraper notre retard dans la propulsion électrique - et les programmes scientifiques.

Q - La Station spatiale internationale (ISS) aura-t-elle un avenir après le désengagement annoncé de la Russie en 2020 ? La France pourrait-elle s'y impliquer davantage ?

R - Si la France et l'Europe devaient aller au-delà de leur engagement prévu dans l'ISS, il faudrait que cette nouvelle coopération s'inscrive dans le cadre d'un accord plus large. Le sujet a été abordé lors du voyage du président de la République, j'ai insisté auprès de la Nasa et de mon homologue sur l'importance de poser les bases d'un partenariat qui prenne en compte une régulation de la compétition, étant donné le soutien très fort de la Nasa à SpaceX. Notre partenariat doit se fonder sur un meilleur équilibre global.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 mai 2014

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