Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la réforme de l'Etat, de la décentralisation et de la fonction publique, à France Info le 15 mai 2014, sur le gel du point d'indice dans la fonction publique et le sort des départements, notamment ruraux, dans le cadre de la réforme territoriale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la réforme de l'Etat, de la décentralisation et de la fonction publique, à France Info le 15 mai 2014, sur le gel du point d'indice dans la fonction publique et le sort des départements, notamment ruraux, dans le cadre de la réforme territoriale.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise, LEYMARIE Jean.

FRANCE. Ministre de la décentralisation, de la réforme de l'Etat et de la fonction publique;

ti : JEAN LEYMARIE
Bonjour Marylise LEBRANCHU.

MARYLISE LEBRANCHU
Bonjour.

JEAN LEYMARIE
Les fonctionnaires vous écoutent ce matin, ils veulent être mieux payés, certains sont en grève, ils vont manifester. Allez-vous faire un geste ?

MARYLISE LEBRANCHU
Dans l'immédiat non, les fonctionnaires le savent, le Premier ministre a été extrêmement clair, nous ne pourrons faire de geste que le jour où la croissance redémarrera dans notre pays.

JEAN LEYMARIE
Justement, elle est nulle au premier trimestre…

MARYLISE LEBRANCHU
Elle est nulle, justement elle est nulle…

JEAN LEYMARIE
C'est ce qu'on vient d'apprendre. Qu'est-ce que ça change, ça ?

MARYLISE LEBRANCHU
En fait on sera mobilisé sur la croissance, on y reviendra encore, ça ne change pas grand-chose, simplement cette année par d'augmentation du point d'indice, mais il faut peut-être expliquer aux auditeurs ce que c'est, c'est une espèce… chaque traitement de fonctionnaires, c'est un nombre de points, si le point d'indice augmente, tout le monde est augmenté. Je voudrais juste dire, parce que je ne veux pas l'oublier, que mon souci par rapport à la demande des syndicats sur l'augmentation du point d'indice, est que quand on augmente le point d'indice, on augmente proportionnellement les salaires, c'est-à-dire on augmente beaucoup plus les hauts salaires, que les plus bas salaires. Donc, dans un contexte de croissance zéro, que vous venez de rappeler, on a choisi d'augmenter, et de donner 46 euros, en moyenne, sur 2 ans, aux catégories C, c'est-à-dire nos fonctionnaires qui sont payés proches du SMIC, plutôt que d'augmenter le point d'indice qui fait une petite somme pour ceux qui sont payés le moins…

JEAN LEYMARIE
46 euros, par ?

MARYLISE LEBRANCHU
Par mois.

JEAN LEYMARIE
Par mois.

MARYLISE LEBRANCHU
Par mois, sur 2 ans, pour les catégories C, et c'est important parce que c'est 1,6 million d'agents. On se souvient peu, dans notre pays, que nos agents de la fonction publique sont payés très proches du SMIC, et donc moi j'ai choisi cette possibilité d'augmenter le pouvoir d'achat des plus bas salaires, il y a cet échange un peu difficile, puisqu'il y a une grève aujourd'hui avec les syndicats pour augmenter le point d'indice, je pense qu'en croissance zéro il n'y aura pas de revoyure, comme le Premier ministre l'a dit, cette année, il n'y aura une revoyure que le jour où la croissance reprendra, mais il n'y a pas que ça. Je pense que nous avons…

JEAN LEYMARIE
Vous les revoyez quand même, l'an prochain, pour revenir éventuellement là-dessus, ce gel du point d'indice ?

MARYLISE LEBRANCHU
Le Premier ministre a été très clair, gel du point d'indice et revoyure chaque année en fonction de la situation du pays, c'est-à-dire que si nous réussissons ce que ce que nous voulons faire, à relancer la croissance dans ce pays, alors le Premier ministre a parlé de clause de revoyure. C'est pour ça que, moi ce que j'attends des fonctionnaires, c'est d'abord, bien sûr, qu'ils restent ce qu'ils sont, c'est-à-dire ceux qui font la loyauté, la dignité, l'impartialité, la laïcité, la prise en charge des personnes qui sont le plus en difficulté dans notre pays, ceux qui font donc le service public, ce sont des gens qui ont besoin d'être reconnus. J'espère, qu'au bout de 2 ans, ils savent aujourd'hui que le gouvernement reconnait leur action et leur valeur.

JEAN LEYMARIE
Visiblement non, Madame la ministre. Ce matin dans LES ECHOS, Bernadette GROISON, secrétaire générale de la FSU, Fédération Syndicale Unitaire, estime qu'entre Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE il n'y a pas, de la cite, il n'y a pas une énorme différence.

MARYLISE LEBRANCHU
Il y a quand même une énorme différence, et je sais que Bernadette GROISON a dû oublier la deuxième partie de sa phrase, en tout cas je l'espère. Il y avait eu 80.000….

JEAN LEYMARIE
Elle parle des mesures économiques et sociales.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, mais 80.000 suppressions de postes, nos prédécesseurs, sous l'autorité de Nicolas SARKOZY, là, 60.000 créations de postes pour l'Education nationale.

JEAN LEYMARIE
Ça elle le dit dans LES ECHOS, mais elle dit que, plus largement, le fond est le même.

MARYLISE LEBRANCHU
Quand vous créez des postes, vous créez de la dépense publique, on a stabilisé le nombre de fonctionnaires, la droite supprimait 30.000 postes par an, je pense qu'il y a une différence profonde entre supprimer 30.000 postes par an et ne plus supprimer de postes du tout, et de définir des priorités d'action publique. Parce que l'action publique, c'est important pour le redressement du pays, ça crée effectivement de la valeur, et nous avons choisi, sous l'autorité du président de la République, de commencer par l'Education, la police, la justice, et l'emploi.

JEAN LEYMARIE
Marylise LEBRANCHU, vous avez parlé, il y a quelques semaines, d'un geste de solidarité demandé aux plus hauts salaires de la fonction publique, allez-vous le faire ?

MARYLISE LEBRANCHU
Ce n'est toujours pas arbitré, mais c'est effectivement une demande, parce que je pense qu'en période de crise, en période de tensions, effectivement, je viens de parler de l'augmentation des catégories C, mais je crois que, sur une échelle des salaires, qui n'est pas énorme, par rapport au privé, bien évidemment, mais nos plus hauts fonctionnaires, y compris certains…

JEAN LEYMARIE
Ceux qui gagnent combien ?

MARYLISE LEBRANCHU
Moi j'ai dit ceux qui gagnent plus qu'un ministre, c'est un peu plus de 7000 euros nets…

JEAN LEYMARIE
Ceux-là un peu moins payés ?

MARYLISE LEBRANCHU
Pourraient faire un geste de solidarité, mais tout ça est sur la table. J'espère, je crois, que je vais rencontrer les syndicats, à nouveau, le 19 mai, je veux qu'on parle des parcours, des traitements, des rémunérations, et y compris des gestes de solidarité, du supplément familial, etc. Je crois que la fonction publique doit être exemplaire, elle est exemplaire en termes d'action publique, je reconnais qu'elle a un problème de pouvoir d'achat aujourd'hui, on le reconnait tous, et le Premier ministre aussi, mais ce n'est pas une raison pour ne pas parler d'avenir et de leur parcours, à ces agents qui font la France quand même, et qui portent leurs valeurs républicaines.

JEAN LEYMARIE
Ce qui vous occupe aussi en ce moment, beaucoup, c'est la fameuse réforme territoriale.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est exact.

JEAN LEYMARIE
Elle est encore floue. Je voudrais qu'on soit le plus clair possible pour nos auditeurs, est-ce que les départements vont complètement disparaître, Marylise LEBRANCHU ?

MARYLISE LEBRANCHU
Le président de la République a choisi de rencontrer toutes les familles politiques pour leur dire « je veux supprimer les départements »…

JEAN LEYMARIE
Tous ?

MARYLISE LEBRANCHU
Tous, « je veux trouver une solution pour les départements ruraux, parce que j'entends que le service public a besoin d'un soutien organisé, cohérent et solidaire, dans les départements ruraux, où vous avez forcément moins de ressources parce que moins d'habitants. Je vous propose de travailler à cela, je vous demande de me dire si vous en êtes d'accord, agrandir les régions, supprimer les départements. » Vous savez que les communes vivront grâce à l'intercommunalité, alors c'est un peu compliqué, mais maintenant je pense que tout le monde sait de quoi il s'agit, on augmenterait la surface de cette intercommunalité pour garder la solidarité. J'espère que ceux qui ont le plus demandé la réforme, et je pense à l'UMP, par exemple, j'espère qu'ils sauront nous répondre, et, au fond, s'il y a besoin, par exemple, d'une révision constitutionnelle, est-ce qu'on ne pourrait pas en appeler à la responsabilité de chacun en disant « voilà, ça fait des années que vous demandez, enfin ça fait 2 ans que vous nous demandez de supprimer les départements, les uns, d'agrandir les régions, les autres, il y a une différence entre la position de RAFFARIN, la position de monsieur COPE, ou la position de monsieur FILLON, mais tout le monde demande à ce qu'on fasse cette réforme territoriale, serez-vous au rendez-vous de la réforme territoriale ? » Et moi j'espère que ces concertations, ouvertes par le président de la République, très « républicainement », vont aboutir à ce que l'ensemble des parlementaires prennent leurs responsabilités.

JEAN LEYMARIE
Il faudra modifier la Constitution ?

MARYLISE LEBRANCHU
Peut-être. Si on ne peut pas modifier la Constitution, on trouvera une solution, on en est capable, mais l'idéal serait que l'ensemble de ceux qui veulent améliorer l'organisation territoriale de la France, prennent leurs responsabilités.

JEAN LEYMARIE
Je reste, d'un mot, sur la question des départements, des départements ruraux. Dans ces départements-là, vous conservez des conseils régionaux, les conseils départementaux ?

MARYLISE LEBRANCHU
Ce n'est pas la solution que je préférerai, on verra, si c'est cette solution qu'il faut garder en cas d'absence de révision constitutionnelle par exemple, mais je crois que de toute façon, si on prend les intercommunalités de ces départements, si on organise la péréquation financière, comme on doit le faire, et si, par exemple, on crée – alors je dis exemple, pas réalité, je veux illustrer simplement mon propos, parce que ce n'est pas une décision prise – une Assemblée, par exemple, des présidents « d'interco » pour décider de la répartition d'ingénierie ou bien des allocations aux personnes âgées, et j'en passe, alors nous trouverons des solutions. Nous n'abandonnerons jamais le milieu rural.

JEAN LEYMARIE
Un autre type d'Assemblée, donc. Les élections régionales seront-elles reportées finalement ? On a tout lu, tout entendu ces derniers jours, Marylise LEBRANCHU.

MARYLISE LEBRANCHU
Vous me demandez de tirer des conclusions des rencontres que le président…

JEAN LEYMARIE
Ce n'est pas encore fixé ?

MARYLISE LEBRANCHU
Est en train d'avoir. Je pense que ce serait raisonnable, parce que ça nous permettrait…

JEAN LEYMARIE
Quand ? L'année prochaine ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, enfin disons, quelques mois, ce n'est pas à 15 jours près, ce serait raisonnable, ça nous donnerait le temps de faire cette révision, parce que si on ne la fait pas maintenant, j'ai peur qu'on ne la fasse pas.

JEAN LEYMARIE
Marylise LEBRANCHU, dans PARIS-MATCH Ségolène ROYAL s'est plainte des « boules puantes » au sein du gouvernement, avant de faire marche-arrière plus tard dans la journée d'hier.

MARYLISE LEBRANCHU
Moi je pense qu'elle a répondu…

JEAN LEYMARIE
Vous en voyez, vous en recevez, vous, des boules puantes ?

MARYLISE LEBRANCHU
Moi, non, mais bon, elle a répondu, on ne va pas faire polémique sur…

JEAN LEYMARIE
Elle défend sa liberté de parole, elle est plus libre que les autres ?

MARYLISE LEBRANCHU
Elle a toujours défendu sa liberté de parole, je crois que je défends aussi la mienne, mais bon, je pense que les Français préfèrent qu'on parle du redressement de la France et des territoires, que d'une polémique, qu'elle a clos elle-même, avec beaucoup de volonté.

JEAN LEYMARIE
Merci Marylise LEBRANCHU.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est moi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 mai 2014

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