Déclaration de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la recherche médicale et biomédicale, Paris le 3 avril 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la recherche médicale et biomédicale, Paris le 3 avril 2014.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Colloque pour les 50 ans de l'INSERM à Paris le 3 avril 2014

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Bonjour à tous, Monsieur André Syrota, Monsieur Alain Fuchs, Mesdames et Messieurs les présidents, Mesdames et Messieurs les directeurs, Mesdames et Messieurs, c'est forcément impressionnant pour moi d'être parmi vous pour célébrer les 50 ans de l'Inserm puisqu'en ce qui me concerne, je n'ai que trente-six heures, ce qui fait de moi un très jeune ministre ou en tout cas un très récent ministre. Je ne vous ferai pas l'affront de revenir sur l'histoire de l'Inserm, qui a été abondamment discutée tout au long de cette journée, le Président de la République l'a évoquée ce matin, et sauf à ce que ce soit un aveu fatal à ma crédibilité personnelle, comme je n'ai que trente-six heures, vous en savez objectivement plus que moi sur cette histoire, et il me revient davantage de parler du présent et de l'avenir.

Je discutais encore ce midi avec Geneviève Fioraso, en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, dès lors que cette compétence me revient aujourd'hui au gouvernement, pour évoquer avec elle à la fois les décisions qui ont été prises et les choix qui ont été faits par ce gouvernement depuis deux ans, dont un certain nombre seront prolongés par le gouvernement et sous ma responsabilité à partir de ce jour.

L'Inserm s'est donc inscrit dans un grand mouvement de la recherche publique qu'a connu notre pays avec la création du CNRS, du CEA, de l'Inra, du CNES et de l'Inria et dont l'Inserm est un des plus beaux exemples et un des plus beaux fleurons. La volonté politique affirmée par nos prédécesseurs était alors de coupler le développement technologique et scientifique du pays avec sa compétitivité et de poser dès l'origine la question du lien entre ces organismes dédiés à la recherche et l'université. Comment ne pas souligner qu'aujourd'hui ces objectifs restent identiques, même si le contexte scientifique et politique est profondément différent, et on voit combien il est indispensable de faire en sorte que la recherche serve les objectifs qui doivent être les nôtres, tant en termes de croissance que de cohésion sociale. Je pense à ces grands défis posés aux sociétés modernes, et notamment aux sociétés occidentales, à la terre entière, qu'il s'agisse de la question du réchauffement climatique, de la transition énergétique, des questions de santé liées notamment au vieillissement de la population, qui appelleront des réponses relevant à la fois de la recherche et évidemment de l'économie et des sciences sociales et humaines plus généralement.

Pour l'Inserm, c'est aujourd'hui un moment privilégié pour se poser la question des nouveaux défis que l'institut aura à relever. Il est important aux yeux du gouvernement de placer cette réflexion dans le contexte scientifique et médical de ce début du 21e siècle et dans le cadre des politiques publiques mises en place ces dernières années. Le gouvernement en est convaincu, le 21e siècle sera celui d'une révolution biologique. La contribution des sciences de la vie dans nos sociétés sera cruciale et leur développement sera un atout déterminant pour la croissance économique. Et la compétitivité, évidemment, pour assurer les progrès médicaux indispensables à l'amélioration de la santé des populations.

Dans les dix prochaines années nous passerons de l'étude des fonctions à celle des systèmes. Nous devons d'ores et déjà négocier le passage à une médecine personnalisée, à la e-santé, au développement de la thérapie cellulaire et génique, de la nano-médecine, de la réingénierie du vivant avec le développement de la biologie de synthèse. Vous avez durant toute cette journée très bien décrit les défis posés par la réémergence des maladies infectieuses, la transformation des maladies aiguës en maladies chroniques, et ceux liés à l'accompagnement de l'allongement de la durée de la vie. On le voit, nous ne pourrons répondre à ces défis qu'en renforçant notre capacité à rapprocher la recherche fondamentale, la recherche translationnelle et le soin.

En effet, en citant quelques-unes des avancées les plus emblématiques qui ont marqué ces cinquante dernières années, je suis persuadé que vous serez, comme moi, convaincus de leur impact dans le domaine de la santé, mais aussi qu'aucune d'entre elles n'aurait vu le jour sans une recherche fondamentale de qualité. La thérapie génique avec les bébés bulles, la première greffe de cellules souches dans le myocarde, la première cartographie du génome humain, l'identification du gène de la myopathie de Duchenne, de la mucoviscidose ou encore de la progeria, les premières stimulations cérébrales profondes et, enfin, la découverte du virus du sida.

Cette volonté politique amorcée dans les années 1990 d'un lien fort entre la recherche fondamentale et l'objectif d'améliorer la santé dans tous ses aspects, a été réaffirmé par ma collègue Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, et par Geneviève Fioraso à plusieurs reprises durant ces deux dernières années. Le gouvernement est convaincu que la recherche, l'innovation, la médecine et les soins doivent être pensés ensemble. Ces objectifs sont portés par nos deux ministères comme en témoigne notre politique commune qui s'inscrit dans la stratégie nationale de recherche et de la santé et le rôle stratégique que nous souhaitons confier à l'Inserm au travers de l'Alliance nationale Aviesan.

Cette politique de développement d'une recherche clinique de très haut niveau implique un maillage très étroit entre la biologie, la génétique moléculaire, la recherche médicale, et la santé publique. Comme aimait à le dire Philippe Lazare, cette recherche n'est pas une discipline mais un champ de recherche, la frontière ou l'interface de l'ensemble des domaines des sciences de la vie. Cette mission exige également de former et d'informer, d'associer de manière privilégiée les associations de malades au fonctionnement de la recherche. Comme en témoigne l'exemple du Sida, qui a été le moment de l'irruption du patient dans ces décisions et dans ces processus, il est fondamental de construire ensemble, chercheurs, médecins, patients, la démarche de la recherche en se respectant les uns les autres.

Cette vision a été poursuivie par l'ensemble des directeurs de l'Inserm, Monsieur Lazare et ses successeurs, Monsieur Griscelli, Monsieur Bréchot, et vous Monsieur le Président Syrota. Vous avez, au cours de cette journée, mis en avant la qualité exceptionnelle de la recherche dans le domaine de la santé dans notre pays. En effet, l'Inserm est le premier opérateur à l'échelle européenne, et l'Alliance Aviesan occupe la cinquième place mondiale, la troisième place européenne après l'Allemagne et l'Angleterre. Ce rôle prépondérant joué par l'Inserm, on le doit à ses missions, à son statut, mais aussi à ses présidents, leur personnalité, leur charisme, leur ambition, leur capacité à ouvrir des perspectives et un chemin, mais on le doit d'abord aux chercheurs, personnels et cliniciens, qui sont près de 15 000 à travers 300 laboratoires et structures de recherche. Au moment où nous fêtons votre cinquantième anniversaire, je veux évidemment leur rendre un hommage appuyé aujourd'hui car ils font, ils sont l'Inserm et expliquent ses succès au quotidien et la réputation internationale dont vous jouissez.

L'Inserm, bien sûr, n'est pas à lui seul à l'origine des grandes avancées que je viens de citer. CNRS, CEA, Inra, Institut Pasteur, universités françaises, hôpitaux, ont également pris leur part dans ces grands succès qui contribuent à la notoriété internationale de la France. La multiplicité des acteurs et des institutions pose évidemment la question cruciale de la coordination des missions, de la coopération scientifique, et de la complémentarité entre les acteurs. Cette question est devenue plus prégnante à mesure que le nombre d'établissements de recherche et leur taille se sont accrus. L'Alliance Aviesan est la première des cinq alliances créées entre avril 2009 et juin 2010. Le rôle de pilotage de l'Inserm et son investissement au sein de l'Alliance ont été essentiels dans la mise en place de cette coordination et le début de rationalisation des structures. La création des Instituts Thématiques Multi Organismes, les ITMO, a permis d'instaurer un cadre de discussion et de coordination entre les principaux acteurs publics de la recherche en sciences du vivant. Enfin, elle représente l'interlocuteur privilégié des industriels de la santé et des institutions internationales, simplifiant ainsi pour les partenaires extérieurs le paysage des institutions publiques de recherche en sciences de la vie.

Aviesan a la capacité de jouer un rôle leader dans plusieurs domaines, de surcroît dans un contexte international de plus en plus concurrentiel. Comme l'a annoncé le Président de la République aujourd'hui, l'évolution du rôle des ITMO dans la coordination de la recherche fondamentale jusqu'au lit des malades, dans le cadre de la mise en place des stratégies nationales de santé et de recherche, est une prochaine étape de l'évolution d'Aviesan. Celle-ci implique la mise en place d'authentiques instituts thématiques responsables de la programmation de la recherche biomédicale et dont le financement sera assuré par appel d'offres unique.

Dans les enjeux à court terme, les politiques que nous avons mises en place vont entraîner une profonde redéfinition du rôle des universités, organismes de recherche et hôpitaux. L'Inserm, avec l'ensemble de ses unités mixtes et au sein d'Aviesan, est en bonne position pour aborder ces changements. Suite à la loi du 22 juillet 2013, de nouvelles modalités de coopération entre les universités et organismes de recherche sont établies afin de disposer sur un territoire donné d'une coordination de l'offre de formation et de la stratégie de recherche.

Le gouvernement a souhaité que les organismes de recherche soient représentés dans le conseil d'administration de ces nouvelles structures avec droit de vote. Nous sommes donc placés, vous et nous, devant une nouvelle page du partenariat à construire entre l'Etat et les collectivités, les universités et les organismes de recherche, en matière d'enseignement supérieur et de recherche, dans le respect évidemment des compétences de chacun. L'objectif est donc clairement tracé sur un territoire donné ; la stratégie de l'enseignement supérieur et de la recherche doit donc être portée désormais collectivement. La mise en place de ces regroupements, comme l'a rappelé le Président de la République à Strasbourg le 30 janvier dernier, va structurer durablement l'enseignement supérieur et la recherche, leur donner à la fois l'efficacité économique, la visibilité et l'attractivité internationale qu'ils méritent.

Sa notoriété l'Inserm la doit également à sa politique tournée vers l'Europe et l'international. La France se doit d'être attractive et de rayonner à l'international, l'Inserm a joué un rôle déterminant à Bruxelles sous votre impulsion, Monsieur Syrota, dans son implication dans la création de l'espace européen de la recherche. L'Inserm et Aviesan ont signé plusieurs accords bi ou multilatéraux ces dernières années.

A l'heure de la compétitivité et des grands défis, à l'heure des contraintes budgétaires aussi, nous devons donc davantage encore nous mobiliser collectivement vers notre nouvelle frontière qu'est l'Europe. Lorsque je dis que notre mobilisation doit être collective, je veux dire qu'elle vous concerne en premier lieu, vous les chercheurs, vous les ingénieurs, vous les porteurs de projet, mais elle concerne évidemment aussi les institutions dans lesquelles vous oeuvrez, qui doivent vous soutenir et vous inciter à collaborer et à déposer ces projets auprès de l'Union européenne notamment. Elle concerne également le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et désormais de l'Education nationale. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a lancé l'Agenda France Europe 2020, agenda stratégique pour la recherche, le transfert et l'innovation, qui s'inscrit en synergie et en complémentarité avec Horizon 2020. Vous pouvez compter sur ma détermination et mon soutien pour vous accompagner et créer les conditions d'un environnement favorable à cette réussite.

Au-delà des enjeux de santé publique, le secteur de la santé représente, comme vous le savez, une force économique, cinquième secteur excédentaire représentant 7% des exportations françaises, juste après l'aéronautique et l'agroalimentaire. Et pourtant l'impact économique de la recherche académique n'est pas encore au niveau des autres grands pays développés, puisque nous sommes seulement au douzième rang mondial en termes de brevets. En 2000, la création d'Inserm Transfert SA a marqué un tournant important dans la stratégie de valorisation de l'Institut. Ainsi, Inserm Transfert a accompagné en 2013 une vingtaine de projets de création d'entreprise, et neuf startups ont ainsi vu le jour en 2013, ce qui est une excellente nouvelle.

Par ailleurs, plusieurs millions d'Euros sur dix ans ont été alloués, à travers le programme des investissements d'Avenir, à la création du Consortium de Valorisation Thématique Aviesan, institut de coordination des structures de valorisation des membres de l'Alliance. Il n'en demeure pas moins qu'une bonne articulation doit encore être trouvée entre Inserm Transfert et le Consortium ainsi qu'entre ce dernier et l'Etat. C'est un enjeu important du nouveau paysage de la valorisation.

La France dispose donc de nombreux atouts, comme l'a rappelé le Président de la République ce matin : excellence de la recherche fondamentale, translationnelle et technologique, bon maillage territorial, et forte réputation du modèle français. Après un demi-siècle, l'Inserm occupe donc une place fondamentale et particulière dans la recherche biomédicale, à l'interface entre science et enjeux éthiques, défis sociétaux et économiques, tourné vers l'amélioration de la santé des populations dans tous ses aspects, et quand je dis tous ses aspects, je pense évidemment aussi aux inégalités vis-à-vis de la santé, vis-à-vis de l'espérance de vie entre nos compatriotes car nous savons aujourd'hui que selon l'origine sociale, selon la trajectoire des uns et des autres, ces inégalités subsistent et elles doivent figurer parmi nos priorités dès lors que nous voulons faire en sorte que quelle que soit l'origine sociale et quelle que soit la trajectoire de chacun, nous puissions tous bénéficier des progrès technologiques, scientifiques, de leur traduction et de leur développement, dans la vie sociale et en matière de santé.

L'Inserm a fait preuve ces dernières années de pragmatisme, de capacité d'adaptation et de réactivité face aux nouveaux enjeux scientifiques et technologiques, et l'émergence de défis de santé publique. La nouvelle frontière est sûrement celle de l'interdisciplinarité avec la complexité croissante des questions posées. Le paysage de la recherche est encore trop fragmenté, trop disciplinaire, alors que la complexité des questions auxquelles nous devons faire face aujourd'hui, le lien entre notre santé et notre environnement, entre changement climatique et évolution démographique, nous obligent à les étudier de façon systémique. Il s'agit de faire face à un système en interaction.

Comme l'a souligné le Président de la République lors du lancement du Programme d'action sur la biologie des systèmes et de synthèse à Strasbourg le 30 janvier dernier, je cite, « la biologie et la médecine sont arrivées à un stade où elles devront, pour avancer, s'appuyer sur de nouveaux outils mathématiques, informatiques, pour trouver de nouvelles thérapeutiques et inventer la médecine personnalisée, c'est-à-dire celle qui sera adaptée à chaque malade ». Il s'agit donc de mettre en synergie les acteurs, de mettre en oeuvre une réelle interdisciplinarité pour appréhender la complexité du fonctionnement du vivant dans ses réseaux d'interaction biologique et sociale, pour répondre à cette nouvelle révolution de la biologie au 21e siècle.

Pour sa maturité – 50 ans – l'Inserm et ses partenaires d'Aviesan voient s'ouvrir une nouvelle ère et un très large éventail d'applications de technologies et de valorisation. Notre souci est de prolonger les priorités qui ont été affichées depuis deux ans, la simplification des procédures, une meilleure coordination des équipes, une meilleure hybridation des savoirs, une plus grande transversalité des acteurs, au service de la recherche fondamentale, translationnelle, au service de la santé de nos compatriotes. Bon anniversaire à l'Inserm, le gouvernement sera à vos côtés. Je tiens à vous rassurer sur un point, même si je sais que le Président de la République vous a déjà rassuré à 95%, il n'y aura pas de séparation de l'enseignement supérieur et de la recherche, et je pense qu'il est important que dans l'organigramme du gouvernement recherche et enseignement supérieur aient un représentant. La prérogative du Président de la République sera de vous dire la semaine prochaine celle ou celui qui occupera cette fonction. Merci à vous.


Source www.inserm.fr, le 23 mai 2014

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