Message de M. Kader Arif, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, adressé aux participants de la célébration du 100e anniversaire de Romain Gary, écrivain et combattant des forces françaises libres pendant la Deuxième Guerre mondiale, le 14 mai 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Message de M. Kader Arif, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, adressé aux participants de la célébration du 100e anniversaire de Romain Gary, écrivain et combattant des forces françaises libres pendant la Deuxième Guerre mondiale, le 14 mai 2014.

Personnalité, fonction : ARIF Kader.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Célébration du 100e anniversaire de la naissance de Romain Gary, le 14 mai 2014

ti :
Mesdames, Messieurs,


Je regrette de ne pouvoir être à vos côtés à l'occasion de la célébration du 100e anniversaire de la naissance de Romain Gary. Mais je tenais, par la voix de monsieur le Préfet, à rappeler le parcours d'une personnalité aussi riche et marquante de notre histoire contemporaine.

Je tiens tout d'abord à remercier l'université d'Aix-en-Provence qui accueille aujourd'hui une cérémonie à la mémoire de ce grand romancier derrière lequel se cache un aviateur des Forces aériennes françaises libres, Compagnon de la Libération mais aussi un journaliste, un diplomate ou encore un cinéaste.

Romain Gary est d'abord cet écrivain-combattant, connu pour avoir écrit des livres inspirés de ce qu'il a vécu pendant la seconde guerre mondiale, des livres, pour le citer, « nourris de ce siècle, jusqu'à la rage ». Nombreux sont ceux qui ont été directement ou indirectement touchés par cette guerre. Rares sont, en revanche, ceux qui ont pu et su mettre des mots sur cette terrible épreuve.

Romain Gary le fait avec courage, avec talent, avec authenticité, jetant au cœur de sa plume toutes ses convictions. Son audace lui vaudra, grâce au subterfuge du pseudonyme, de recevoir deux fois le prix Goncourt, l'un pour Les Racines du ciel en 1956 et l'autre pour La vie devant soi en 1975, fait sans précédent dans l'histoire littéraire. Beaucoup connaissent aujourd'hui l'écrivain.

Mais peu savent que Romain Gary se destinait plus à une carrière dans l'aviation militaire que dans la littérature française. À l'occasion des 100 ans des faits aériens – que le hasard de l'histoire fait naître la même année que Romain Gary - et des 80 ans de l'armée de l'air, je tenais aussi à rappeler le parcours de ce grand aviateur qui décide de rejoindre les forces de la France Libre dès juin 1940. Après 25 missions offensives et plus de 65 heures de vol en missions de guerre, il n'acceptera jamais d'être traité en « héros », lui préférant le terme de « survivant ».

Arrivé à Glasgow le 22 juillet 1940, il demande à servir dans une unité combattante. Il racontera quelques années plus tard, je le cite : « J'ai vu à ce moment-là une jeunesse absolument splendide, la jeunesse anglaise, à laquelle s'étaient joints les éléments de la jeunesse française, polonaise, tchécoslovaque, yougoslave, grecque, hollandaise... »

C'est là aussi, aux côtés des forces françaises libres, que Roman Kacew prend le nom de Romain Gary comme si son engagement allait faire de lui un autre homme, comme si une page se tournait, comme s'il n'était plus cet émigré venu de Lituanie mais bel et bien ce combattant français décidé à servir et sauver l'honneur de son pays.

Au sein de son unité, Romain Gary intervient à Koufra en Libye, en Abyssinie et en Syrie avant d'être nommé sous-lieutenant. Il rejoint ensuite l'escadrille de surveillance côtière en Palestine. En juin 1942, il est nommé officier de liaison à l'État-major des Forces aériennes françaises libres du Moyen-Orient avant de rejoindre au mois d'août l'escadrille Nancy du groupe de bombardement Lorraine.

Promu lieutenant en décembre 1942, il est envoyé sur le front de l'Ouest. Il se distingue le 25 janvier 1944 quand, leader d'une formation de 6 appareils et blessé par un éclat d'obus, il réussit malgré tout son bombardement et ramène l'escadrille à la base. Décoré de la Croix de guerre par le général de Gaulle en janvier, il est fait Compagnon de la Libération le 20 novembre 1944.

Il résume ainsi son expérience de la guerre : « ma France, c'est la France libre ». Voilà une déclaration audacieuse pour celui qui n'était pas né en France et qui fut un si grand Français ! Celui, aussi, à qui le grade d'officier avait été refusé à la sortie de l'École de l'air en 1938 sous prétexte qu'il n'était pas Français depuis assez longtemps.

Patriote venu d'ailleurs, Romain Gary est resté fidèle à cette France libre jusqu'à sa mort. Je rends hommage, à travers lui, à cette France de toutes les origines et de toutes les couleurs qui jamais ne perdit espoir, qui toujours eut confiance en la victoire de ses valeurs républicaines.

Bien que son humilité et sa pudeur l'auraient certainement conduits à refuser un tel hommage, je vous remercie tous une nouvelle fois de préserver la mémoire de cet homme qui a marqué de son empreinte l'histoire littéraire et militaire de la France.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 26 mai 2014

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