Déclaration de M. Kader Arif, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en hommage aux anciens combattants d'origine étrangère, à Paris le 21 mai 2014. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Kader Arif, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en hommage aux anciens combattants d'origine étrangère, à Paris le 21 mai 2014.

Personnalité, fonction : ARIF Kader.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Projection du film "Frères d'armes", à Paris le 21 mai 2014

ti : Mesdames les ministres,
Monsieur l'ambassadeur d'Algérie,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le gouverneur militaire de Paris, Mon général,
Monsieur le président directeur général de France télévisions,
Madame la directrice générale de l'ONACVG,
Monsieur le président de l'ECPAD,
Messieurs Rachid Bouchareb, Pascal Blanchard et Jean Bréhat qui avez magnifiquement porté ce projet,
Mesdames et messieurs les personnalités du monde médiatique, cinématographique, musical, sportif, qui nous faites l'honneur de votre présence,
Messieurs les représentants du monde combattant,
Mesdames et messieurs,


Permettez-moi tout d'abord de vous remercier, Mon général, de mettre à notre disposition ces lieux dédiés à la mémoire des grands hommes. Je ne sais la définition que l'on peut en donner, je vous livre la mienne : celles et ceux qui ont défendu et fait l'honneur de la France. Certains doivent s'interroger : pourquoi accueillir ici, en ma présence, le lancement du projet Frères d'armes ?

D'abord parce qu'il représente une démarche citoyenne novatrice et exemplaire, qu'un ministre de la République se doit de saluer. Je tiens à féliciter messieurs Bouchareb, Blanchard et Bréhat ainsi que leurs équipes pour leur travail remarquable et à remercier, très sincèrement, mes collègues du gouvernement présents aujourd'hui qui ont tenu à s'associer à cet événement.

Ensuite parce que ce projet s'inscrit parfaitement dans la démarche que j'ai engagée depuis que j'occupe mes fonctions au sein du gouvernement : rendre hommage à tous les combattants d'hier, quelque que soit leur origine, pour mieux célébrer la France d'aujourd'hui.

Enfin parce que s'associer à ce projet s'inscrit aussi dans une démarche personnelle. Celle d'un enfant d'Algérie, fils de la République française. Et je dois dire que c'est pour moi une immense émotion de rendre hommage, devant vous tous, à ces femmes et à ces hommes venus des 4 coins du monde défendre, aux côtés des métropolitains, le triptyque – et je n'en connais pas de plus beau – de notre République : liberté, égalité, fraternité.

Plusieurs expériences ont nourri mon sentiment d'appartenance à ce pays. C'est d'abord l'apprentissage de la langue bien sûr, qui n'était pas celle de mes parents ; ce fut la pratique du sport aussi – que mon profil de joueur de rugby m'a permis et permettez-moi de vous dire l'immense plaisir que j'aurai à aller applaudir en finale du top 14 la semaine prochaine l'équipe du Castres Olympique. Ce sentiment d'appartenance à la nation française fut aussi nourri par mon passage à l'école de la République, par l'accomplissement du service militaire.

Mais ce fut surtout le sentiment d'appartenir à l'Histoire de ce pays dont mon père avait écrit une page en participant à la campagne d'Italie, une histoire que sa pudeur empêchait d'évoquer mais une histoire qu'il a su me transmettre à travers des valeurs : le respect des règles républicaines, la tolérance envers les autres, l'amour de son pays.

C'est donc avec une profonde émotion, une grande fierté mais aussi avec un sentiment de responsabilité, que je rends hommage, en tant que citoyen et ministre de la République française, à ces héros.

50 figures de l'histoire sont mises à l'honneur qui sont autant de parcours exemplaires, de destins exceptionnels, de trajectoires inédites. Chacun de ces récits est unique. Tous appartiennent à l'histoire de l'humanité. Des femmes et des hommes d'exception dont les itinéraires, parfois promus à d'autres destins, les ont conduits en France.

Je pense à Léopold Senghor, professeur de grammaire en France, mobilisé en 1939, fait prisonnier en 1940 et entré en Résistance en 1942 avant de devenir en 1960 le premier président de la République sénégalaise…. Celui dont les mots sont inscrits sur le monument de Reims en hommage à l'armée noire : « Passant / Ils sont tombés / fraternellement unis / pour que tu restes Français ». Je pense à Joséphine Baker, que l'on connaît comme l'une des plus grandes vedettes de music-hall de l'Entre-deux-guerres mais qui devient, on le sait moins, agent de la France libre lors de la seconde guerre mondiale.

Je pense à l'émir Khaled, combattant héroïque de la Grande Guerre avant d'entrer en politique et d'être considéré comme l'un des « pères de la nation algérienne ». Je pense à Ma Yi Pao, premier soldat chinois « mort pour la France » venu combattre sur notre sol aux côtés de 140 000 travailleurs et qui repose aujourd'hui à la nécropole de Vic dans l'Aisne.

Mais je pense aussi aux républicains espagnols engagés dans la France libre ; aux soldats malgaches engagés sur les fronts de la Grande Guerre ; aux goumiers marocains qui se sont battus au col de Teghime et à qui le président de la République a rendu hommage en Corse le 4 octobre 2013 ; aux résistants arméniens dont nous avons commémoré, autour de la mémoire de Missak Manouchian, l'assassinat au Mont Valérien le 17 février dernier. Tous « étrangers et nos frères pourtant » comme l'a si bien écrit le poète Louis Aragon en 1955, chanté 4 ans plus tard par Léo Ferré.

C'est à eux tous que la République rend un hommage appuyé. Et chaque fois qu'elle le fait, elle se grandit.

Cet hommage, la France le rend aussi chaque soir lorsqu'est ravivée la flamme du soldat inconnu, lui qui n'a pas de nom, pas de visage, pas de nationalité, pas de religion. Car rendre cet hommage « fait partie du jeu ». « Jouer le jeu, disait Félix Eboué, c'est piétiner les préjugés, tous les préjugés […] c'est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu'ils sont tous bâtis sur une commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts ».

Mesdames et messieurs les personnalités, vous avez un rôle essentiel à jouer. J'ai souhaité, aux côtés du président de la République, que ce cycle mémoriel soit un cycle populaire et vous êtes les plus à même de diffuser cette mémoire dans chaque foyer. Je tiens à vous remercier très sincèrement pour votre présence et pour avoir prêté votre voix, votre notoriété, votre sensibilité, votre engagement à ce magnifique projet.

Transmettre un peu de notre histoire, de votre histoire parfois, de ce cheminement qui fait chacun de nous, quelque fois de manière complexe mêlant dans les blessures de l'Histoire celles de notre quotidien, est un devoir. Mais plus encore aujourd'hui, transmettre cette histoire est une nécessité.

Lorsque les nuages sombres porteurs de racisme, de xénophobie, d'antisémitisme, de nationalisme s'amoncellent au-dessus de nos têtes, nous le devons à la France car s'il est un rappel essentiel, c'est celui de l'unité, ce talisman qui fait force collective et donne sens à la vie de chacun.

Chacun de nous peut avoir une idée de la Nation. C'est une question qui fait débat ou peut le faire. En ce qui me concerne, j'ai toujours défendu l'idée d'une Nation qui intègre et non qui exclut. C'est pourquoi, cette adresse sur l'unité vaut pour l'ensemble de nos compatriotes, mais plus encore aujourd'hui pour ces jeunes gens, la plupart nés ici, de parents venus d'ailleurs. Ils doivent se réapproprier cette histoire, la redécouvrir. Frères d'armes va leur permettre de s'en saisir.

Ces jeunes gens se posent des questions quant à leur appartenance et j'ai envie de leur dire : « soyez fiers de ce que vos aïeux ont fait, ces patriotes venus d'ailleurs, ces métis de la République – pour faire écho au surnom du combattant martiniquais Raphaël Elizé. A travers leurs souvenirs, leurs histoires, leurs sacrifices, ils appartiennent à la Nation française et vous avec eux ».

J'ai envie de leur dire aussi combien il est beau de se lever pour applaudir la République chaque 8 mai, chaque 14 juillet, chaque 11 novembre. J'ai envie de leur dire, de manière intime : « vous n'êtes pas des indigènes ».

J'ai envie de leur dire que leur présence offre à notre pays une occasion unique de se nourrir, de s'enrichir et de construire une Nation fondée sur la tolérance, sur le respect de l'autre et sur une République qui est le creuset commun. Oui, notre République a une histoire dont nous sommes tous les héritiers. Elle permet à chacun – et c'est le souci constant du président François Hollande, du Premier ministre et de l'ensemble du gouvernement - d'y trouver sa place.

Mesdames et messieurs, j'ai l'immense chance depuis maintenant deux ans de travailler sur cette mémoire. Elle m'a permis de rencontrer des femmes et des hommes hors du commun, des soldats au grand jour et des combattants de l'ombre. Mais ce que je retiens d'eux, et quel qu'ait été leur héroïsme, c'est la modestie, l'humilité et le refus de la haine de l'autre.

Et j'essaie, tous les jours, de garder ces préceptes à l'esprit dans un monde où les égoïsmes prennent parfois le pas sur l'ambition collective.

Je vais conclure en vous disant la chose suivante : une question me taraude. Je crois qu'elle taraude beaucoup de nos esprits. Qu'aurais-je fait si j'avais été à la place de ces femmes et de ces hommes ? Aucune réponse ne peut être formulée mais la seule que je me suis donné, c'est que j'aurais aimé leur ressembler.


Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 26 mai 2014

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