Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 23 mai 2014, sur la préparation de "dispositions législatives" destinées à lutter contre le départ de candidats français au djihad vers la Syrie, les conditions d'accueil de ressortissants étrangers et les élections européennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 23 mai 2014, sur la préparation de "dispositions législatives" destinées à lutter contre le départ de candidats français au djihad vers la Syrie, les conditions d'accueil de ressortissants étrangers et les élections européennes.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : Jean-Pierre Elkabbach
Je vous adresse la bienvenue Monsieur le ministre de l'Intérieur.

Bernard Cazeneuve
Merci.

Jean-Pierre Elkabbach
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Jean-Pierre Elkabbach
Tout simplement, où est Souad Merah, la soeur ?

Bernard Cazeneuve
Souad MERAH a pris un avion le 9 mai, Barcelone-Istanbul, un avion de la Turkish Airlines, puis, dans la foulée, un avion Istanbul- Gaziantep, il y a donc de fortes présomptions de la sa présence en Syrie.

Jean-Pierre Elkabbach
Gaziantep c'est à 100 kilomètres de la frontière, ou de la Syrie-même.

Bernard Cazeneuve
Absolument.

Jean-Pierre Elkabbach
Donc vous soupçonnez, ou on peut soupçonner, qu'elle est entrée en Syrie ?

Bernard Cazeneuve
Il y a effectivement de fortes présomptions de sa présence en Syrie.

Jean-Pierre Elkabbach
Et depuis quand le savez-vous ?

Bernard Cazeneuve
Je le sais depuis quelques jours.

Jean-Pierre Elkabbach
Elle est partie le 9 mai… mais la police, décidément, n'a pas de chance avec la famille Merah, parce qu'elle la surveillait, peut-être sans la surveiller, la soeur leur échappe, est-ce que ce n'est pas une inefficacité qui frôle le ridicule ?

Bernard Cazeneuve
Non, on ne peut pas présenter les choses comme ça. D'abord je ne dirais pas d'informations à votre antenne, pour des raisons que vous comprenez, sur le travail de la police concernant ces affaires, l'efficacité dépend de la confidentialité. Ce que je vous dirais, en revanche, c'est que nous avons aujourd'hui un problème juridique. Lorsqu'une personne est mise sous contrôle judiciaire, on peut l'empêcher de partir, dans le cas d'une procédure judiciaire, il n'y avait aucune charge retenue contre Souad MERAH au terme de ses auditions, de ses gardes à vue, et nous avons une impossibilité, en l'état du droit français, d'empêcher ce type de départ, hors le contrôle judiciaire. C'est la raison, d'ailleurs, pour laquelle, dans le plan que j'ai proposé au Conseil des ministres, j'ai indiqué que nous mettrions en place des dispositions législatives pour empêcher de façon administrative ces départs.

Jean-Pierre Elkabbach
Nous y viendrons. Donc là elle est partie, elle n'est pas en Tunisie, comme dit sa mère, en vacances, elle est soupçonnée d'être en Syrie, est-ce qu'elle est partie avec ses enfants ?

Bernard Cazeneuve
Oui.

Jean-Pierre Elkabbach
Les quatre ?

Bernard Cazeneuve
Oui.

Jean-Pierre Elkabbach
Donc on peut penser qu'elle est allée rejoindre son compagnon, qui est guerrier terroriste, qui combat en Syrie ?

Bernard Cazeneuve
Son compagnon est possiblement, lui aussi, en Syrie, et il y a de fortes présomptions de sa présence en Syrie à ses côtés, en effet.

Jean-Pierre Elkabbach
Et si elle décide d'avoir deux habitations, en Syrie et à Paris, rien, ni personne, Monsieur le ministre, ne peut empêcher ses allers-retours ?

Bernard Cazeneuve
Mais nous sommes dans un Etat de droit, et par conséquent dès lors qu'il n'existe aucune procédure judiciaire aboutissant à une mise sous contrôle judiciaire d'une personne, l'état du droit français fait que l'on ne peut pas empêcher les départs, sauf pour les personnes mineures. J'ai d'ailleurs pris une instruction au lendemain de la présentation de mon plan pour empêcher le départ des mineurs, et comme je souhaite, c'est pour ça d'ailleurs que j'ai présenté ce plan, que ces départs ne soient plus possibles dès lors qu'il y a un risque, dès lors qu'il y a des présomptions, il faut faire évoluer la loi. Et le plan que j'ai présenté en Conseil des ministres, qui avait été préparé par mon prédécesseur, qui a été présenté par mes soins après avoir été complété, permettra d'empêcher ce type de départs. Il faut, pour cela, une disposition législative.

Jean-Pierre Elkabbach
Cette loi sera débattue et votée, à partir de quand elle sera applicable ?

Bernard Cazeneuve
Le Premier ministre souhaite que nous allions vite sur ce sujet, c'est également mon souhait…

Jean-Pierre Elkabbach
C'est-à-dire ?

Bernard Cazeneuve
C'est pour ça que je prépare actuellement ce texte, il sera présenté en Conseil des ministres avant la fin du mois de juin, et débattu à l'occasion de la session d'automne.

Jean-Pierre Elkabbach
Mais appliqué à partir de ?

Bernard Cazeneuve
Immédiatement après que les textes auront été votés, les textes et l'application seront pris.

Jean-Pierre Elkabbach
Le Parquet de Paris a ouvert une enquête sur la disparition de Souad Merah, ouverte pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, cette fois-ci est-ce qu'elle est considérée comme un danger à l'ordre public ?

Bernard Cazeneuve
A partir du moment où cette procédure est ouverte, dès lors qu'elle reviendra, elle devra rendre compte à la justice des conditions de son départ avec ses enfants.

Jean-Pierre Elkabbach
Donc elle aura des comptes à rendre ?

Bernard Cazeneuve
Mais bien entendu.

Jean-Pierre Elkabbach
Grâce à votre nouveau plan anti-jihad, dont vous parliez à l'instant, des départs seront sans doute empêchés, est-ce que tous les candidats au jihad, en Syrie, en Irak, en Libye, seront identifiés, ou, déjà identifiés, ne pourront pas quitter la France, en dépit des mineurs, est-ce qu'ils ne pourront pas quitter la France ?

Bernard Cazeneuve
Dans le plan que je présente il y a trois idées simples. Première idée, empêcher les départs, pour cela il y a un travail des services de Renseignement, il peut y avoir aussi un travail de la justice lorsqu'il y a des actes, accomplis en France, qui sont des infractions à la loi, et nous allons mettre en place des dispositions destinées à empêcher les départs. Les départs des mineurs, j'ai pris une instruction, c'est déjà possible, pour ce qui concerne les majeurs, le cas de Souad MERAH, on ne peut pas s'opposer à ces départs, il faut pour ça une disposition législative, je la prendrai. Deuxièmement, je souhaite, Jean-Pierre Elkabbach, c'est très important, que l'on démantèle ces filières, pour cela il faut que nous renforcions la coopération entre les services de renseignement français et les services de renseignement européens et étrangers. C'est la raison pour laquelle nous avons fait un sommet des ministres de l'Intérieur à Bruxelles le 8 mai, c'est la raison pour laquelle j'ai été aussi en Mauritanie, parce qu'il y a, en Mauritanie, et dans la zone sahélienne, des groupes terroristes qui agissent, et donc il faut…

Jean-Pierre Elkabbach
C'est 5000 kilomètres de frontières…

Bernard Cazeneuve
Absolument.

Jean-Pierre Elkabbach
Avec le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad.

Bernard Cazeneuve
Tout à fait, et il faut cette coopération de nos services de renseignement, pour démanteler ces filières, et par ailleurs, c'est très important de comprendre cela, il y a une action très puissante de ces groupes terroristes sur Internet. Beaucoup de nos ressortissants qui partent, jeunes ou moins jeunes, sont enfermés dans la violence, dans une relation exclusive de toute autre, sur Internet, il y a des vidéos de diffusées, il y a des photographies, il y a des sites, il y a des blogs de propagandes.

Jean-Pierre Elkabbach
Comment vous faites la guerre sur Internet ?

Bernard Cazeneuve
Nous allons, avec les ministres des Affaires européennes, de l'Union, à la fin du mois de juin, rencontrer les opérateurs Internet, et engager une action en lien avec… pour couper les accès à ces sites.

Jean-Pierre Elkabbach
Combien de jeunes vous avez empêché de partir, pour le moment ?

Bernard Cazeneuve
Depuis que la plateforme a été mise en place au ministère de l'Intérieur, le numéro vert, une dizaine.

Jean-Pierre Elkabbach
Léonarda Dibriani, est-ce qu'elle pourra rentrer en France si elle obtient la nationalité croate ou une autre nationalité ?

Bernard Cazeneuve
La réponse est non, parce qu'il y a peu de chance qu'elle obtienne la nationalité croate, car on n'obtient aucune nationalité au sein de l'Union européenne, par des mensonges et des manipulations, et le Premier ministre a clairement dit quelle était la doctrine en France. Toutes les voies de recours ont été épuisées, le droit a été dit, la fermeté est totale.

Jean-Pierre Elkabbach
C'est-à-dire que vous avez des accords avec les pays qui font partie de l'Union européenne, et vous savez qu'aucun ne lui donnera la nationalité, croate… ?

Bernard Cazeneuve
On n'obtient pas la nationalité au sein de l'Union européenne, ni des papiers d'identité, sur la base de la falsification de son identité.

Jean-Pierre Elkabbach
Donc, kosovare, croate, ou quelle que soit sa nationalité éventuellement accordée, elle ne mettra plus les pieds en France ?

Bernard Cazeneuve
La réponse est non.

Jean-Pierre Elkabbach
Définitivement ?

Bernard Cazeneuve
On vous l'a dit à plusieurs reprises, et je vous le confirme à votre antenne.

Jean-Pierre Elkabbach
Mais pour elle, et pour son père, qui prétend changer de nom et de nationalité, ce sera la même chose, il n'entrera pas en France ?

Bernard Cazeneuve
Je pense avoir été clair Jean-Pierre Elkabbach, le Premier…

Jean-Pierre Elkabbach
Mais toute la famille ?

Bernard Cazeneuve
Le Premier ministre également, nous n'obtenons pas la nationalité en France sur la base de la falsification de son identité, ni, d'ailleurs, au sein de l'Union européenne, et par conséquent la réponse est non.

Jean-Pierre Elkabbach
Donc vous en faites un exemple de fermeté ?

Bernard Cazeneuve
Il n'y a pas besoin de faire d'exemple, il y a des règles de droit, ces règles de droit régissent l'accès à la nationalité, ou l'accès au séjour, ces règles ont vocation à être appliquées, par ce gouvernement, de façon extrêmement ferme, parce que c'est la condition de l'accueil, dans de bonnes conditions, des ressortissants étrangers qui méritent d'être accueillis sur le territoire national.

Jean-Pierre Elkabbach
Et pourtant le Front national s'est servi d'images de mademoiselle Dibriani pour faire campagne contre l'Union européenne.

Bernard Cazeneuve
Oui. D'ailleurs, j'ai vu ce tweet de madame Le Pen, mais Léonarda et Marine Le Pen ont intérêt à agir ensemble, c'est la même outrance, c'est la même manipulation, c'est le même art consommé du mensonge.

Jean-Pierre Elkabbach
Léonarda et marine main dans la main.

Bernard Cazeneuve
Vous l'avez bien vu, elles font campagne ensemble visiblement.

Jean-Pierre Elkabbach
Les derniers sondages placent en tête le Front national devant l'UMP et devant un PS qui décroche, dans leur meeting d'hier les Verts disent que si le Front national est en tête il faudra des changements politiques, en France. Est-ce que le scrutin européen peut avoir des conséquences nationales ?

Bernard Cazeneuve
Ce qu'il faut, en France, ce sont des résultats, on n'obtient pas des résultats en changeant de politique tous les matins, et le Premier ministre, et le président de la République, ont clairement indiqué qu'il n'y aurait des résultats que là où il y aurait de la persévérance, de la détermination à redresser les comptes de notre pays, à redresser sa compétitivité, à réindustrialiser nos territoires, à réformer nos administrations locales, ce sont ces grands chantiers d'avenir sur lesquels nous sommes penchés, et cela ne se fait pas dans l'atermoiement, dans l'hésitation.

Jean-Pierre Elkabbach
J'ai lu, Bernard Cazeneuve, que vous avez demandé à tous les préfets d'inciter les communes à assouplir les horaires pour dimanche et à rester ouverts plus longtemps. Comment elles répondent ?

Bernard Cazeneuve
Elles répondent plutôt bien. Nous avons plus de 400 communes qui ont accepté d'élargir les heures d'ouverture des bureaux de vote, c'est près de 2 millions d'électeurs, qui sont concernés par cette mesure. Il faut que tout soit mis en oeuvre pour que la participation soit la plus large possible, parce que l'Europe c'est un considérable sujet, et contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, l'Europe n'est pas le problème sur les sujets les plus importants, y compris la question de l'immigration, c'est la solution.

Jean-Pierre Elkabbach
Vous parlez de la tribune, sans doute, de Nicolas Sarkozy sur l'Europe, l'Europe ou le déclin, ne pas détruire l'Europe notre trésor, il dit il faut renforcer le lien France-Allemagne. Est-ce que vous trouvez des éléments positifs dans sa tribune ?

Bernard Cazeneuve
Je trouve surtout que celui qui a repris la plume est le même que celui qui a quitté le pouvoir, identique à lui-même. On retrouve les mêmes thèmes, les mêmes travers, les mêmes raccourcis. Aujourd'hui, si l'on veut parler utilement d'Europe, et si l'on est attaché à l'Europe, et je ne doute pas que Nicolas Sarkozy le soit, il est européen, il faut que nous utilisions les bons thèmes et que face aux bons thèmes, nous apportions les bonnes réponses. Quels sont les vrais thèmes, les vrais sujets, en quelques mots. Les vrais sujets c'est, le retour de la croissance en Europe, le rééquilibrage et la réorientation des politiques de l'Union européenne, c'est la régulation de la finance, et c'est…

Jean-Pierre Elkabbach
Mais faites-le, il ne suffit pas de le dire et de donner le diagnostic, faites-le.

Bernard Cazeneuve
Mais Jean-Pierre Elkabbach, nous le faisons, parce que lorsque nous décidons de mettre en place l'Union bancaire, et la taxe sur les transactions financières, nous luttons contre la spéculation financière. Lorsque nous décidons de mettre en place une action au sein de l'Union européenne pour lutter contre le terrorisme, nous le faisons.

Jean-Pierre Elkabbach
Il y aurait beaucoup à dire Bernard Cazeneuve, mais la campagne est finie, ou pratiquement finie.

Thomas Sotto
Et l'interview aussi.

Jean-Pierre Elkabbach
C'est pour ça que…

Bernard Cazeneuve
Vous ne voulez pas me laisser un tout petit peu plus longtemps ce matin ?

Jean-Pierre Elkabbach
Qu'est-ce que vous auriez dit ?

Bernard Cazeneuve
J'aurai développé sur l'Europe davantage.

Jean-Pierre Elkabbach
Non, non…

Bernard Cazeneuve
Les vrais sujets ne vous intéressent pas ?

Jean-Pierre Elkabbach
Occupez-vous des jihadistes, occupez-vous du terrorisme, ça c'est bien.

Bernard Cazeneuve
Je le fais aussi, ne vous inquiétez pas.

Jean-Pierre Elkabbach
Et soutenez votre ami Jean-Yves LE DRIAN, quand vous étiez ministre du Budget vous lui avez accordé les moyens dont il avait besoin, sous l'autorité du président de la République, qu'on ne lui ampute pas ses crédits qui sont nécessaires à notre sécurité, intérieure et extérieure.

Bernard Cazeneuve
Mais cher Jean-Pierre Elkabbach, vous connaissez mon attachement au secteur de la Défense et ma bonne connaissance de ces questions.

Thomas Sotto
Merci beaucoup… j'allais dire Jean-Yves Le Drian, non, pas Jean-Yves Le Drian, Bernard Cazeneuve, d'être venu ce matin en direct sur EUROPE 1.


source http://www.interieur.gouv.fr, le 27 mai 2014

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