Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 10 juin 2014, sur l'inscription au calendrier parlementaire des projets de loi sur la famille et la transition énergétique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 10 juin 2014, sur l'inscription au calendrier parlementaire des projets de loi sur la famille et la transition énergétique.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mois ministre, deux mots, ôtez-moi de plusieurs doutes. Jusqu'à quand le gouvernement VALLS va-t-il faire vivre les Français dans la confusion quant aux réformes promises. Energie, compétitivité, territoire, et la réforme de la famille, prenons cet exemple, interrompue au cours de débats ou de déboires il y a 20 jours, est-ce qu'elle est, oui ou non, abandonnée ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas du tout. Je vais demander à l'Assemblée nationale de l'inscrire en débat dès la semaine prochaine. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette loi a été bloquée par des ultras, mais elle est très utile aux familles françaises, familles recomposées, elle parle de l'autorité parentale dans des couples qui ont été séparés, le statut des beaux-parents, des choses concrètes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais elle va être réécrite, corrigée, c'est la même loi.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça sera la loi qui a été proposée, qui est aujourd'hui en débat, la droite de l'UMP, les ultras, ont essayé de bloquer l'avancée de ce texte…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est qui les ultras ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oh, eh bien c'est ceux qui ne se désespèrent pas de refaire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ne sont pas d'accord avec vous.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, toujours des polémiques qui n'ont pas lieu d'être, sur toutes les affaires autour du mariage pour tous. On est toujours avec des gens qui essayent, au plan idéologique, d'empêcher d'avancer sur la modernisation de la famille, le statut des beaux-parents, le statut de l'enfant, la co-résidence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On y vient, mais donnez-leur leur réponse idéologique de votre part. Dans cette loi, quel sera le sort, une fois pour toute de la PMA, Procréation Médicalement Assistée, et du GPA, Gestation Pour Autrui.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est très clairement, il n'y aura, de la part, ni du gouvernement, ni de la majorité, de mettre dans cette loi ces sujets qui n'ont pas à y être.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On n'en parle plus ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous n'en parlerons plus, c'est clair, dans ce texte de loi nous n'en parlerons pas, ce texte de loi a un autre objectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si des députés, Verts ou PS, proposent des amendements, le gouvernement accepte ou s'oppose ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Le gouvernement s'opposera, il l'a dit, et la majorité, en tout cas le groupe socialiste, ne souhaite pas aller dans ce sens, ce n'est pas l'objet de ce texte de loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, est-ce que vous reconnaissez le rôle, qui est parfois controversé, des beaux-parents, et jusqu'où ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. d'abord, ce doit être discuté avec les parents, mais dans la vie quotidienne on voit bien que les beaux-parents sont amenés à prendre des responsabilités concrètes dans la vie quotidienne de l'enfant, et donc nous créons un statut des beaux-parents, qui doit être discuté, toujours dans la coparentalité, dans les deux parents qui doivent apprendre à mieux gérer, dans l'intérêt de l'enfant, les décisions concrètes de la vie quotidienne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc les parents doivent déléguer une part de leurs responsabilités ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Quand ils le décident et quand c'est utile pour l'enfant, oui, et nous faisons en sorte aussi que la médiation soit beaucoup plus présente auprès de la vie des enfants et des parents.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On voit que vous suivez ce que vous a recommandé l'Union des associations familiales, l'UNAF, qui réclame des médiateurs familiaux plutôt que d'aller un jour en justice.

JEAN-MARIE LE GUEN
Vous avez raison, ce projet de loi a le soutien des associations familiales, c'est pourquoi l'attitude de certains ultras est inacceptable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais jusqu'à quand vous appelez ultras ceux qui vous contestent ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non non, la grande majorité des Français est en faveur de cette loi, l'UMP est divisée, simplement elle est prise en otage par une fraction, j'allais dire très idéologique, fondamentaliste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y avait 700 amendements.

JEAN-MARIE LE GUEN
Absolument, qui ont retardé le travail parlementaire, d'une façon, sans aller au fond du débat, mais toujours en prenant des prétextes idéologiques et des polémiques qui n'ont pas lieu d'être.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Marie LE GUEN, la double résidence des enfants de parents séparés, comment vous le réglez ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a un accord…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que l'égalité sera respectée même si ce n'est pas forcément 50/50 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr. Nous proposons simplement aux parents de se mettre d'accord, mais nous donnons à l'enfant la possibilité d'être chez lui, et chez son père, et chez sa mère, alors que jusqu'à présent il avait l'impression, en quelque sorte, d'être invité chez l'un ou chez l'autre, là il sera chez lui. C'est très utile à son environnement affectif, psychologique, chacun le comprend.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la loi sur la famille elle sera votée la semaine prochaine ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Elle sera discutée et adoptée la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle ne sera pas bloquée cette fois-ci ?

JEAN-MARIE LE GUEN
J'imagine qu'il y aura peut-être du blocage, mais nous ne céderons pas au chantage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur l'énergie, brouillard et confusion. La loi sera-t-elle votée, Jean-Marie LE GUEN, et bouclée, fin 2014 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Elle sera présentée en Conseil des ministres, d'abord, fin juillet, elle sera débattue…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire avec du retard par rapport à ce qu'on croit.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas du tout, pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça devait être le 11, puis le 18 juin, il faut être clair. Il faut être clair.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça c'est de la communication au Conseil des ministres, c'est-à-dire quels vont être les principes de la loi. Le projet de loi, il faut passer devant le Conseil d'Etat, devant le Conseil Economique et Social, Environnemental, bref, du temps. Fin juillet il y aura, en Conseil des ministres, septembre/octobre, débat en première lecture de la loi, et elle sera adoptée dans l'hiver prochain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au printemps 2015.

JEAN-MARIE LE GUEN
Un peu avant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au printemps 2015.

JEAN-MARIE LE GUEN
A tout coup au printemps 2015.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si vous dites la vérité, il y a un certain retard. Vous dites le Conseil des ministres du 18 juin, ce n'est pas ça, ça sera en juillet, Ségolène ROYAL dit, les Assemblées, les commissions de l'Assemblée et du Sénat, vont en parler en juillet, vous vous dites en septembre/ octobre et votée, pourquoi ne pas reconnaître qu'on prend quelques mois pour appliquer la loi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, non, le calendrier est le même depuis le début.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous vous engagez, c'est fin 2014 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà. L'hiver 2014/2015, ça sera adopté définitivement et il y aura une première lecture à l'Assemblée en septembre/ octobre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On fait le pari que ça sera au début 2015 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je prends le pari avec vous que les choses se feront en temps et en heure, tel que c'est annoncé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc 2015. L'important c'est le contenu de la loi, Jean-Marie LE GUEN, et deux questions décisives. Quel est le maître de la politique énergétique, l'Etat ou, comme aujourd'hui, l'opérateur et l'Autorité de Sûreté Nucléaire, qui ?

JEAN-MARIE LE GUEN
L'Autorité de Sûreté Nucléaire est une garantie constitutionnelle, enfin très importante, pour chacun…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce qu'il faut que la sécurité soit assurée par une structure, par contre, la politique générale, évidemment, l'Etat a un rôle majeur, vous n'imaginez pas que s'agissant de questions de souveraineté tout à fait essentielles, et ensuite de questions qui ont vocation à irriguer notre économie, c'est-à-dire l'énergie, eh bien l'Etat ne soit pas un acteur principal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Premier ministre, Manuel VALLS, Arnaud MONTEBOURG, et d'autres, sont plutôt favorables au nucléaire, parce qu'il s'exporte dans le monde, qu'il est nécessaire aux industries et aux ménages, et vous-même ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Moi je fais partie, comme le président de la République, comme tout le monde, nous pensons que l'énergie nucléaire est à la fois totalement nécessaire, que c'est une opportunité considérable pour notre pays et pour l'industrie française, mais en même temps nous voulons favoriser la création d'énergies renouvelables, nous voulons prévoir aussi ce qui sera la révolution de la fin du 21ème siècle, c'est-à-dire sans doute la fin programmée du nucléaire, mais avec des engagements qui ont été pris par le président de la République, pendant sa campagne électorale, que nous voulons respecter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un jour la nouvelle énergie sera en retour payante en matière d'emploi et de pouvoir d'achat. D'ici là, il faut au moins 10 milliards d'investissement, est-ce que vous les avez ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr, parce que c'est une économie qui se crée, c'est une économie, d'abord, qui déjà apporte beaucoup d'argent, il y a beaucoup d'argent autour de l'énergie aujourd'hui, et donc nous aurons la possibilité de financer des infrastructures, les recherches et la mise en oeuvre, notamment sur les économies d'énergie dans les maisons de nos…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne suffira pas, Daniel COHN-BENDIT disait hier « il faut peut-être, pour cette transition, une fiscalité écologique de transition. »

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, c'est la position classique des écologistes sur…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous leur dites ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il peut y avoir une fiscalité qui se mette en place à condition qu'elle vienne en substitution d'une autre fiscalité, parce que la position de Manuel VALLS, du gouvernement de Manuel VALLS, c'est très clairement de ne pas augmenter la fiscalité aujourd'hui dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous allez avoir toujours la majorité pour gouverner ? Les 41 frondeurs du PS proposent un contre-projet de budget, ils vont le présenter aujourd'hui. En faveur des ménages ils veulent consacrer 18,5 milliards d'ici à 2017, plus que les 5 prévus. Est-ce qu'ils sont réalistes ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, vous savez bien que nous ne sommes pas d'accord et que la très très grande majorité du groupe socialiste n'est pas d'accord avec eux, nous avons déjà voté, il y a eu, à chaque fois, une très large majorité de gauche pour faire avancer les propositions défendues par le gouvernement, je pense, malheureusement, que les propositions qui sont faites, qui sont un peu toujours les mêmes d'ailleurs, n'apporteront pas grand chose au débat, encore qu'il faut toujours aller…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils n'ont peur de rien vos amis les 41.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pardon ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont toujours 41 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je n'en suis pas certain. Ils se prétendent une centaine, vous voyez, vous-même vous savez qu'ils sont à peine 41, je pense que beaucoup de gens, aujourd'hui, ont compris qu'il fallait s'engager, il faut de la confiance pour notre économie, et l'attitude, un petit peu médiatique parfois, d'ailleurs, d'un certain nombre de jeunes parlementaires, ou de moins jeunes d'ailleurs, aboutit à vraisemblablement plutôt décrédibiliser la parole du gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière question. Jean-Marie LE PEN, est-ce qu'il peut rester député européen ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que le Parlement européen s'honorerait s'il contestait la présence de monsieur LE PEN au Parlement européen, je constate d'ailleurs, au passage, que le Front national, madame Marine LE PEN en est l'héritière, elle n'a pas véritablement… elle parle de « faute politique », alors que c'est une faute morale. Il ne s'agit pas… est-ce qu'elle reproche à monsieur LE PEN de ne pas avoir été suffisamment habile pour cacher ses véritables sentiments ? Non. C'est une faute morale, qui doit être condamnée. Le Front national n'a pas rompu avec ses racines d'extrême droite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc Jean-Marie LE PEN vous ne le voyez plus au Parlement européen, vous souhaiteriez qu'il…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il déshonore le Parlement européen, c'est l'évidence.

THOMAS SOTTO
Merci Jean-Marie LE GUEN d'être venu ce matin sur EUROPE 1. Justement, « je vous mets au défi de trouver dans ma vie politique une phrase antisémite », c'est ce qu'a déclaré Jean-Marie LE PEN, président d'Honneur du Front national…

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est une plaisanterie.

THOMAS SOTTO
Eh bien vrai ou faux ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il a le sens de l'humour.

THOMAS SOTTO
La réponse d'Anne LEGALL tout de suite.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juin 2014

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