Interview de M. Frédéric Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Info le 13 juin 2014, sur la poursuite de la grève à la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Frédéric Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Info le 13 juin 2014, sur la poursuite de la grève à la SNCF.

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric, LEYMARIE Jean.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : JEAN LEYMARIE
Bonjour Frédéric CUVILLIER.

FREDERIC CUVILLIER
Bonjour.

JEAN LEYMARIE
La grève à la SNCF continue donc ce matin, deux syndicats, la CGT et SUD veulent même l'amplifier, et pourtant, hier après-midi vous pensiez qu'on était presque au bout, que c'était presque fini. Qu'est-ce qui s'est passé, et que se passe-t-il ce matin ?

FREDERIC CUVILLIER
Les syndicats CGT et SUD ont décidé de reconduire la grève, moi je le regrette, d'autant qu'un certain nombre de rencontres, c'est ma méthode, le dialogue, un certain nombre d'avancées, un certain nombre de précisions, avaient été apportées, un dialogue qui était franc, mais qui, de l'aveu même de ceux qui reconduisent la grève, avait été marqué par des avancées certaines.

JEAN LEYMARIE
Mais qu'est-ce qui se passe alors ?

FREDERIC CUVILLIER
Aujourd'hui le dialogue social n'est pas terminé, je rencontre encore des organisations syndicales, qui elles, vraisemblablement, dans la matinée, signeront un accord de modernisation.

JEAN LEYMARIE
Quelles organisations ?

FREDERIC CUVILLIER
Je pense que l'UNSA, qui est le deuxième syndicat de la SNCF, je pense que la CFDT, signeront un accord pour permettre d'accompagner la modernisation du ferroviaire.

JEAN LEYMARIE
Mais alors, avec les deux syndicats qui maintiennent la grève, et qui montent le ton, avec la CGT, avec SUD, que faites-vous ?

FREDERIC CUVILLIER
Il y a aujourd'hui 82 % des Français favorables à une réforme ferroviaire…

JEAN LEYMARIE
Oui, mais ce n'est pas la réponse à ma question ça, Monsieur le ministre.

FREDERIC CUVILLIER
Non, non, mais écoutez, le contexte il est important, parce que, ça ne veut pas dire… lorsque les Français y sont favorables, lorsque le Parlement est saisi, avec un calendrier qui est connu depuis longtemps, avec des décisions que j'ai réussi à arracher au niveau européen permettant le maintien et la constitution d'un groupe public ferroviaire, ce qui n'était pas évident, et qui a été une victoire de la France, je souhaite que nous puissions, dans le cadre de ce calendrier, laisser la parole – c'est d'ailleurs sa responsabilité – au Parlement, qui doit voter cette loi de modernisation du ferroviaire.

JEAN LEYMARIE
Et donc le débat aura lieu la semaine prochaine ?

FREDERIC CUVILLIER
Bien sûr.

JEAN LEYMARIE
Quoi qu'il en soit ?

FREDERIC CUVILLIER
Evidemment, c'est le calendrier parlementaire, et ici…

JEAN LEYMARIE
La CGT et SUD vous demandent de reporter l'examen de ce texte.

FREDERIC CUVILLIER
En France c'est le Parlement qui fait la loi.

JEAN LEYMARIE
Donc c'est un « non » définitif à ces deux syndicats ?

FREDERIC CUVILLIER
Aucun groupe parlementaire n'a demandé de report, aucun. Aucune sensibilité politique n'a souhaité suspendre la réforme, elle est indispensable. Pourquoi ? Parce que, aujourd'hui, si nous ne faisons pas cette réforme, c'est l'ensemble du ferroviaire qui s'effondre, c'est l'avenir du ferroviaire qui est en cause. Nous le savons, pour des questions de dette, 44 milliards, qui peuvent passer à 80 milliards, nous le savons aussi par rapport à un calendrier européen qui risque de nous imposer notre propre organisation du ferroviaire si nous n'agissons pas aujourd'hui.

JEAN LEYMARIE
Ça c'est le projet général, Frédéric CUVILLIER, mais je reviens à des choses très concrètes, je pense à ceux qui nous écoutent…

FREDERIC CUVILLIER
Moi aussi.

JEAN LEYMARIE
Qui sont peut-être en train d'attendre un train qui n'arrive pas du tout, je pense aussi aux candidats au bac, qui vont commencer à plancher lundi matin, est-ce que les épreuves sont menacées ?

FREDERIC CUVILLIER
Les épreuves ne sont pas menacées, mais avec Benoît HAMON nous mettons en place un dispositif qui permet d'organiser les organisations de bac et de faire en sorte qu'il n'y ait pas de perturbations, et s'il devait y en avoir, qu'il n'y ait pas de conséquences sur le bac. Moi je regrette que…

JEAN LEYMARIE
Mais la grève va durer jusqu'à lundi ?

FREDERIC CUVILLIER
Il ne m'appartient pas de le dire…

JEAN LEYMARIE
Vous le pensez, on est vendredi matin ?

FREDERIC CUVILLIER
Mais je pense que compte tenu des positions qui ont été prises, y compris la journée du bac, se trouve être menacée par les positions qui ont été celles de deux syndicats, sur l'ensemble des syndicats de la SNCF. Donc, moi je continue à travailler.

JEAN LEYMARIE
Y compris avec ces deux syndicats-là ? Parce que c'est ça qui est en cause aujourd'hui. Est-ce que vous avez prévu de les voir dans les prochaines heures ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui.

JEAN LEYMARIE
Ce matin, vous les voyez ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui, je passe le message, parce que j'entends les responsables syndicaux dire « le ministre, les dispositions du ministre », eh bien ça tombe bien, parce que ma porte est ouverte, et à chaque fois qu'un syndicaliste…

JEAN LEYMARIE
Donc ils attendent votre appel, vous attendez leur appel ?

FREDERIC CUVILLIER
Ça y est, c'est fait. A chaque qu'un… parce qu'on ne va pas être dans la posture, on ne va pas être dans le théâtre.

JEAN LEYMARIE
C'est pour ça que je vous pose la question, vous les voyez quand, et ça avance quand là ?

FREDERIC CUVILLIER
On ne va pas être dans le théâtre médiatique. Je ne peux pas entendre des responsables syndicaux dire « je suis à la disposition du ministre », et finalement avoir une telle posture, que rien n'avance. Alors je recevrai, chaque fois qu'il sera nécessaire, chaque fois que ça sera demandé, les syndicalistes qui le souhaitent et les organisations qui le souhaitent. Mais, je suis déterminé à respecter, aussi, ceux qui ne font pas grève, je suis déterminé à travailler avec ceux qui souhaitent travailler, à avancer avec ceux qui souhaitent avancer, et je souhaite moderniser le ferroviaire avec ceux qui souhaitent relever ce défi de l'avenir. Je pense aux usagers, les usagers savent très bien que ce n'est pas par des positions de conservatisme que l'on pourra rendre…

JEAN LEYMARIE
C'est la CGT le conservatisme, Frédéric CUVILLIER ?

FREDERIC CUVILLIER
C'est ceux qui ne souhaitent pas bouger, alors que c'est indispensable. Pensez-vous que le système ferroviaire soit aujourd'hui en réponse aux attentes des usagers ? Moi je ne le pense pas. Pensez-vous que, aujourd'hui, pour ce qui est de la régularité, de l'efficacité, même de la sécurité, des investissements, nous soyons à la hauteur, ou au contraire payons-nous des choix qui ont été inconséquents depuis des années et des années sur le ferroviaire ? Voilà les enjeux. Et je travaillerai avec ceux qui souhaitent prendre à bras-le-corps ces enjeux-là.

JEAN LEYMARIE
Hier soir vous avez également demandé à la direction de la SNCF de mieux dialoguer avec les organisations syndicales, est-ce qu'elle dialogue mal aujourd'hui ?

FREDERIC CUVILLIER
Il y a une réforme, et la réforme n'a de sens que si elle est accompagnée, au niveau de l'entreprise, d'une refonte du dialogue social et d'une organisation optimisée. Ça veut dire que…

JEAN LEYMARIE
Ça veut dire qu'elle dialogue mal, aujourd'hui, la direction ?

FREDERIC CUVILLIER
Ça veut dire qu'il faut améliorer, et qu'il faut se préparer, et il faut que l'entreprise se prépare à la réforme. Nous allons regrouper les métiers de l'infrastructure, nous allons regrouper les métiers dans le transport.

JEAN LEYMARIE
Les rails qui étaient d'un côté, les trains de l'autre.

FREDERIC CUVILLIER
Ecoutez, jusqu'à maintenant c'est quand même ubuesque, vous avez ceux qui s'occupent des infrastructures, des rails, qui ignorent totalement ceux qui utilisent les rails, avec, je vous rappelle cette polémique risible des trains trop larges par exemple, qui était une illustration, mais il faut…

JEAN LEYMARIE
Que tout le monde a compris !

FREDERIC CUVILLIER
Mais oui, parce qu'il faut que dans un grand groupe public, celui que nous constituons, grand groupe public garant du service public, nous puissions avoir les métiers qui sont des métiers travaillant ensemble.

JEAN LEYMARIE
J'insiste sur la responsabilité de la SNCF, est-ce que vous faites, aujourd'hui, confiance au président de l'entreprise, à Guillaume PEPY ?

FREDERIC CUVILLIER
Je fais confiance à ceux qui ont les responsabilités, à Guillaume PEPY, bien évidemment, je fais confiance aux organisations syndicales qui souhaitent faire avancer la SNCF, je fais confiance aussi au dialogue avec les usagers, parce qu'on ne parle pas beaucoup des usagers, et moi c'est ma préoccupation. je fais confiance aussi aux collectivités, qui financent beaucoup, je pense notamment aux trains TER, aux trains régionaux, et donc ce projet de loi permet, justement, de rassembler tous les acteurs du ferroviaire.

JEAN LEYMARIE
Pour résumer, et encore une fois, pour ceux qui nous écoutent Frédéric CUVILLIER, vous n'avez pas la solution ce matin, vous n'avez pas la solution à cette grève ?

FREDERIC CUVILLIER
La grève est voulue pour des raisons qui parfois m'échappent, et peut-être sont assez éloignées du projet de loi lui-même. Lorsque j'entends les témoignages de ceux qui, grévistes, parlent d'un certain nombre de problèmes qui n'ont rien à voir avec le projet de loi, je dis que la dialogue, l'explication, l'information, et le travail parlementaire, va permettre de rassurer. Et lorsque ce sentiment de confiance sera restauré…

JEAN LEYMARIE
Mais on en est loin, on en est loin !

FREDERIC CUVILLIER
Ça dépend pour qui. Regardez, il y a quand même 40 % des cheminots, dans deux organisations syndicales représentatives, qui ont dit, et qui vont le dire, j'espère, ce matin, « nous continuons, nous modernisons et nous souhaitons amplifier l'enjeu d'avenir pour la SNCF. » Donc, je travaille avec ceux qui veulent travailler, et ceux qui ont décidé de se mettre en marge, s'ils souhaitent, à un moment, nous rejoindre, je suis à leur disposition.

JEAN LEYMARIE
Frédéric CUVILLIER, droit dans ses bottes ce matin sur FRANCE INFO.

FREDERIC CUVILLIER
Pour les usagers.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juin 2014

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