Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Info le 16 juin 2014, sur les mouvements sociaux à la SNCF et chez les intermittents du spectacle, les relations entre le gouvernement et sa majorité ("La Gauche peur mourir") et le choix de M. Jacques Toubon comme défenseur des droits. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Info le 16 juin 2014, sur les mouvements sociaux à la SNCF et chez les intermittents du spectacle, les relations entre le gouvernement et sa majorité ("La Gauche peur mourir") et le choix de M. Jacques Toubon comme défenseur des droits.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, LEYMARIE Jean.

FRANCE. Premier ministre;

ti : CELYNE BAYT-DARCOURT
Et à 08h17 sur FRANCE INFO, l'invité politique exceptionnel de ce 8-10, c'est donc avec vous Jean LEYMARIE, c'est le Premier ministre.

JEAN LEYMARIE
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

JEAN LEYMARIE
Merci Monsieur le Premier ministre d'avoir accepté l'invitation de FRANCE INFO, cette grève à la SNCF continue donc ce matin, elle gêne des millions de Français, et notamment ces lycéens qui passent le bac. Les grévistes vous demandent de reporter le débat sur la réforme ferroviaire, le débat au Parlement. Allez-vous céder ?

MANUEL VALLS
Non, il y a la nécessité d'une grande réforme pour la SNCF, attendue par la SNCF, attendue par les cheminots eux-mêmes, cette réforme, c'est la création d'un grand groupe public ferroviaire qui réunit notamment la SNCF et RFF. Cette réforme maintient évidemment le statut des cheminots, le débat va commencer demain à l'Assemblée national. Le texte peut être encore amélioré, il y a des amendements, la discussion a eu lieu depuis des mois avec l'ensemble des organisations syndicales, des avancées ont été obtenues par la CFDT et l'UNSA, des accords ont été signés. Donc je regrette profondément que cette grève continue parce qu'on n'en voit pas le sens alors que le dialogue est maintenu, que la porte du gouvernement reste ouverte, et que le débat à l'Assemblée va commencer demain, non, ce texte est nécessaire, cette réforme est indispensable, et le débat aura lieu à l'Assemblée nationale.

JEAN LEYMARIE
Une autre voix demande un report, et même un retrait, celle de Luc CHATEL, le secrétaire général de l'UMP, qui vous demande ce matin, tout simplement, de retirer la réforme, car c'est un mauvais texte selon lui.

MANUEL VALLS
Voilà une position bien étrange, au moment où il y a une grève qui pénalise les usagers, qui peut pénaliser les bacheliers, même s'il y a une mobilisation exceptionnelle de l'Education nationale.

JEAN LEYMARIE
Comment ça se passe d'ailleurs ce matin ?

MANUEL VALLS
Je crois que les choses vont bien se passer parce qu'il y a une mobilisation exceptionnelle des services de l'Education nationale, mais aussi de la SNCF. Cette proposition de Luc CHATEL n'est pas responsable. Nous sommes dans un moment particulier pour le pays où on a besoin de responsabilités, de réformes, le gouvernement n'est pas fermé, n'est pas obtus, écoute, dialogue, je rencontrerai ce matin pour préparer la conférence sociale, qui aura lieu en juillet, l'ensemble des partenaires sociaux, le dialogue est indispensable. Et dans la majorité, comme dans l'opposition, on doit se comporter avec responsabilité.

JEAN LEYMARIE
C'est le 6ème jour de grève, Monsieur le Premier ministre, avez-vous sous-estimé le mouvement ?

MANUEL VALLS
Non, je ne le crois pas, moi, je regrette cette grève…

JEAN LEYMARI
6ème jour de grève pour ces usagers.

MANUEL VALLS
C'est trop long, et ces usagers n'en peuvent plus, partout en France, et plus particulièrement en Ile-de-France, enfin, ce sont des salariés, des travailleurs, je pense aux bacheliers notamment qui passent le bac professionnel ou technique, ce sont eux qui ont le plus besoin de se déplacer en train ce matin parce que les centres d'examens sont plus éloignés de leur domicile, cette grève n'est pas utile, cela fait dix-huit mois que nous discutions avec les organisations syndicales, et cette grève n'est pas responsable dans la situation du pays et encore plus un jour de bac, donc il est temps d'arrêter cette grève…

JEAN LEYMARIE
Mais elle dure, elle dure…

MANUEL VALLS
Il est temps de dialoguer, et je le dis notamment à la CGT, la porte est ouverte, il n'est pas possible de maintenir cette situation, qui n'est pas comprise par nos concitoyens, et qui coûte cher par ailleurs au pays.

JEAN LEYMARIE
Un autre mouvement social se développe dans le monde du spectacle, celui-là, des représentations sont annulées, des festivals sont menacés, les intermittents protestent contre leur nouvelle convention d'assurance-chômage, et ils vous demandent, eux, de ne pas valider cet accord. Question simple, Manuel VALLS : allez-vous le valider ?

MANUEL VALLS
Nous avons demandé à un parlementaire, Jean-Patrick GILLES, qui a écouté tout le monde et qui va rendre ses propositions dans quelques jours, et ensuite, le gouvernement prendra très vite ses décisions. Le gouvernement est interpellé, dans un conflit qui s'oppose à un accord des partenaires sociaux. Je viens de vous dire que nous respectons les partenaires sociaux, et en plus, cet accord concerne l'ensemble des demandeurs d'emplois, il ne concerne pas uniquement les intermittents. Et de l'autre côté, il y a une émotion, une inquiétude très forte dans le monde de la culture, du spectacle vivant, et je l'entends, les intermittents du spectacle subissent une grande précarité, pour un certain nombre d'entre eux, qui est justement compensée par le régime spécifique qui les concerne. Et c'est vrai qu'un certain nombre de questions peuvent se poser avec les nouvelles règles. J'attends les propositions du député pour prendre un certain nombre de décisions d'ici la fin de la semaine. Je ne veux pas anticiper ses décisions, mais il est évident en même temps que nous devrons sans doute remettre à plat l'ensemble de ce dispositif, tous les dix ans, tous les cinq ans…

JEAN LEYMARIE
Donc revoir aussi cet accord ?

MANUEL VALLS
Tous les trois ans, nous avons ce conflit, la possibilité, voire même la réalité d'annulation de spectacles, il faut en sortir une fois pour toutes, mais j'aurais l'occasion de m'exprimer avec les ministres concernés, François REBSAMEN et Aurélie FILIPPETTI, dans les jours qui viennent, pour trouver – je l'espère – une voie qui préserve les spectacles de cet été, qui préserve en même temps le dialogue social, et qui bâtisse un avenir pour les intermittents du spectacle.

JEAN LEYMARIE
Est-ce à l'assurance-chômage de financer la culture ? Est-ce que le système des intermittents en lui-même est bon ?

MANUEL VALLS
Ecoutez, en tout cas, il a permis de fonctionner et de faire en sorte que nous ayons dans ce pays des intermittents du spectacle, bref, des hommes et des femmes de culture, qui font vivre la culture partout, et c'est évidemment essentiel, sans culture, il n'y a pas de vie, sans culture, la France ne serait pas la France. Donc nous avons besoin de ces hommes, de ces femmes, de ces artistes qui font vivre partout la culture, mais sans doute, il faudra aller plus loin que ce système arrivé à bout de souffle. Et donc il faut le faire, mais avec méthode, en prenant le temps, là, il faut trouver une solution immédiate, à la fois pour préserver le dialogue social, les accords entre partenaires sociaux, mais ouvrir aussi une voie d'espoir pour les intermittents du spectacle.

JEAN LEYMARIE
Face aux mouvements sociaux, vous parlez de fermeté, Manuel VALLS, craignez-vous que ces mouvements s'étendent à d'autres secteurs aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
Mais je ne sais pas, mais moi, je ne suis pas un pronostiqueur, je gouverne, je suis le chef du gouvernement…

JEAN LEYMARIE
Non, mais vous pouvez le craindre, vous les voyez ces mouvements…

MANUEL VALLS
La France vit un moment de vérité, disons les choses beaucoup plus simplement, et moi, je crois beaucoup dans la force du collectif, et au fond, c'est la seule chose qui compte pour moi. Il y a quelque chose qui va même au-delà de l'actualité, des questions que vous me posez, les Français ont besoin, et nous avons tous besoin, collectivement, de nous démontrer à nous-mêmes que ce pays est capable de se réformer. La France est un grand pays, une grande économie, un grand pays industriel, qui compte dans le monde, avec une belle langue, une très grande culture, la réforme, c'est difficile, on le voit bien à la SNCF, on le voit bien dans le domaine de la culture, on le voit bien dans la réforme de l'Etat, mais la réforme, cest pour le bien de chacun, et je pense à nos enfants, à notre jeunesse, à notre force collective. Donc il faut continuer, en écoutant, encore une fois, mais il faut continuer à réformer parce que le pays a besoin d'être plus fort sur le plan économique, sur le plan de son Education, sur le plan de ses entreprises.

JEAN LEYMARIE
Et vous défendez votre méthode, on va continuer à en parler, parler de la gauche aussi, un point d'histoire, votre modèle politique, c'est – vous le citez souvent – l'homme politique Georges CLEMENCEAU, début du 20ème siècle, surnommé parfois le briseur de grèves. Etes-vous un briseur de grèves, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Pff, non, pas du tout, et en plus, on ne peut pas briser les grèves, mais il faut faire attention, parce que ce matin, au moment où nous nous parlons, il y a aussi des comportements inadmissibles dans le cadre de la grève de la SNCF, envahissement d'un poste d'aiguillage ou de dépôt en Auvergne ou à Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne, incendie volontaire sur la ligne B du RER, tout ça n'est pas acceptable face à l'intérêt supérieur des Français. Je ne suis pas un briseur de grèves, je n'ai pas le pouvoir, la grève est un droit constitutionnel, mais je crois, en revanche, au dialogue social et à la responsabilité, et quand on gouverne – c'est mon cas – il faut pleinement assumer ses responsabilités.

JEAN LEYMARIE
Et on dialogue avec la gauche aussi, je vous pose la question, parce que la colère gronde en ce moment chez vous, au Parti socialiste, plusieurs dizaines de députés socialistes dénoncent notamment votre plan d'économies, les députés vont bientôt l'examiner ; sur quelles mesures très concrètes êtes-vous prêt à revenir, Monsieur le Premier ministre, par exemple, êtes-vous prêt à revenir sur le gel des allocations ? C'est une de leurs demandes.

MANUEL VALLS
Nous avons besoin de financer le pacte de responsabilité et de solidarité, annoncé par le président de la République au début de l'année, qui permet à nos entreprises d'être plus compétitives, parce que depuis dix ans, nous avons perdu des marges, et quand on perd des marges, nous avons une augmentation du chômage, il faut que notre économie soit plus compétitive, et plus attractive. Nous ne faisons pas des cadeaux aux patrons, nous soutenons les entreprises, parce que ce sont les entreprises qui créent de la richesse et de l'emploi. Et en même temps, depuis des années, la France vit au-dessus de ses moyens. Et donc nous avons besoin de faire des économies, d'où ce plan de cinquante milliards, qui n'est pas un plan d'austérité…

JEAN LEYMARIE
Vous ne répondez pas à ma question, Monsieur le Premier ministre, êtes-vous prêt à faire un geste face à ces députés qui vous le demandent ?

MANUEL VALLS
Si, je vous ai répondu, mais j'ai déjà et nous avons déjà beaucoup amendé notre plan, sans remettre en cause ses aspects fondamentaux, je suis toujours ouvert au dialogue, mais pas pour remettre en cause, à la fois le soutien aux entreprises, les baisses d'impôts pour les classes moyennes et les couches populaires, les augmentations de salaires pour ceux qui sont payés au Smic, et pour faire des économies. Et moi, j'en appelle au rassemblement et à la responsabilité de la gauche, parce qu'on parle de ces quelques députés qu'on appelle frondeurs, mais on oublie de parler de tous ces parlementaires qui sont engagés et qui soutiennent l'action du gouvernement.

JEAN LEYMARIE
Vous avez dit ce week-end, Manuel VALLS : la gauche peut mourir, qu'est-ce qui tue la gauche en ce moment ?

MANUEL VALLS
Oui, la gauche, elle peut mourir.

JEAN LEYMARIE
Qu'est-ce qui tue la gauche ?

MANUEL VALLS
Ce n'est pas la dramatisation mais c'est uniquement la lucidité. C'est oublier parfois chez certains la responsabilité, les Français nous ont confié un mandat, ils ont confié en 2012 un mandat…

JEAN LEYMARIE
Mais c'est-à-dire ? Vous parlez de ces députés frondeurs ?

MANUEL VALLS
Ils ont confié un mandat à François HOLLANDE qui est de gouverner pour redresser le pays dans la justice, dans la responsabilité, eh bien voilà ce qui peut parfois tuer la gauche, c'est un vieux débat de la gauche française depuis un siècle, c'est qu'on refuse d'assumer ses responsabilités. On préfère le confort de l'opposition qui vous permet de gagner des élections municipales et de critiquer ceux qui gouvernent. La noblesse de la politique c'est de gouverner. Vous parliez de mes modèles politiques, CLEMENCEAU, Pierre MENDES FRANCE, ce sont des hommes qui ont décidé, malgré les difficultés à leur époque, de gouverner et d'assumer la responsabilité. Eh bien, moi, je l'assume pleinement, c'est la mission que François HOLLANDE m'a confiée, incarner la seconde étape de ce quinquennat, mettre en oeuvre les réformes nécessaires, je pense aussi à la réforme de nos territoires, mettre en oeuvre ce plan, ce programme de réforme indispensable pour notre économie et pour notre industrie et j'assumerai pleinement ces responsabilités.

JEAN LEYMARIE
Mais pour eux, pour ces députés, pour d'autres également à gauche, ce qui tue en ce moment la gauche, c'est précisément la politique que vous avez choisie, une politique de soutien aux entreprises et pas assez pour les ménages pour dire les choses simplement, c'est comme ça qu'ils le disent.

MANUEL VALLS
Ce que les Français attendent, et au fond, c'est leur avis qui m'intéresse, c'est qu'il y ait une politique qui soit claire, qu'ils sachent où est-ce qu'on va, qui soit pleinement assumée, qu'on arrête les zigzags les va et vient, et donc cette politique de réforme en faveur des entreprises, de l'emploi et des salariés, mais aussi du pouvoir d'achat, parce que quand…

JEAN LEYMARIE
Ce n'est pas ce que les Français voient en ce moment, Monsieur le Premier ministre, la politique sur le pouvoir d'achat, les impôts, cette année augmentent pour tous ceux qui nous écoutent.

MANUEL VALLS
Et c'est pour cela que 1,9 millions de foyers ne paieront pas l'impôt sur le revenu à partir du mois de septembre prochain, parce que je l'ai dit, il faut dire la vérité aux Français, les impôts ont trop augmenté au cours de ces dernières années, à la fois sous le gouvernement de François FILLON et au cours de ces deux dernières années. Donc nous devons nous engager dans un programme de baisse de la fiscalité, des impôts à la fois pour les entreprises nous l'avons fait, pour les ménages et pour les classes moyennes qui paient trop d'impôts, mais pour pouvoir baisser les impôts, il faut réduire les dépenses pour avoir des marges, pour soutenir notre économie et pour soutenir le pouvoir d'achat des Français.

JEAN LEYMARIE
Aurez-vous une majorité sur ces mesures ?

MANUEL VALLS
J'en suis convaincu parce que je suis convaincu de l'esprit de responsabilité des socialistes.

JEAN LEYMARIE
La politique c'est aussi affaire de symbole, le chef de l'Etat veut nommer Jacques TOUBON défenseur des droits, une partie de la gauche, là aussi, conteste cette décision, et vous ?

MANUEL VALLS
C'est le choix du président de la République et vous savez…

JEAN LEYMARIE
Claude BARTOLONE a dit, je ne l'aurais pas choisi, par exemple. Claude BARTOLONE le président de l'Assemblée nationale.

MANUEL VALLS
Mais c'est le président de la République qui fait cette proposition, proposition sur laquelle l'Assemblée nationale et le Sénat auront à se prononcer. Il y a toujours, il faut faire toujours attention, il y a toujours un défaut, un risque pour une partie de la gauche, c'est le sectarisme. Jacques TOUBON était un homme de droite, tout le monde le sait, il l'est sans aucun doute, il a également changé, je l'ai vu agir à la tête de la cité de l'immigration, laissons les commissions des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat se prononcer et respectons ce choix du président de la République.

JEAN LEYMARIE
Il nous reste un instant, Manuel VALLS, pour parler d'une autre actualité, vous voyez où je veux en venir, les Bleus, hier soir, l'entrée en lice des Français au Mondial, au Brésil, est-ce qu'ils vous ont convaincu ?

MANUEL VALLS
Pour tous les passionnés de foot, nous attendions évidemment ce moment avec beaucoup d'impatience et les Bleus ont été au rendez-vous, ils ont été convaincants parce qu'ils ont su résister à une équipe qui jouait extrêmement durement, ils ont su passer cette première étape, il y a de l'enthousiasme autour de cette équipe, de l'histoire, attendons, attendons les prochains matchs pour être non seulement totalement convaincus mais pour voir si cette belle aventure se poursuit. C'est ce que nous espérons tous.

JEAN LEYMARIE
Est-ce que BENZEMA est le vrai patron des Bleus aujourd'hui ? Il revient de loin, BENZEMA.

MANUEL VALLS
Vous savez, je suis chef du gouvernement, je ne suis pas sûr que je peux me transformer, malgré ma passion pour le football, en commentateur. Mais ça veut dire qu'il faut faire confiance à cette équipe, et au fond, on le voit bien dans le sport comme dans bien des domaines, les Français ont besoin de retrouver confiance en eux-mêmes et si cette équipe de France aujourd'hui a la confiance et le soutien des Français, voilà une bonne nouvelle, ça veut dire qu'il faut être patient et qu'il faut être confiant.

JEAN LEYMARIE
Tout est bon pour passer un message politique.

MANUEL VALLS
Vous m'y invitez d'une certaine manière sinon vous ne m'auriez pas posé cette question.

JEAN LEYMARIE
Merci Manuel VALLS d'avoir été l'invité exceptionnel de FRANCE INFO ce matin.

MANUEL VALLS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2014

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