Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, dans "Le Monde" du 20 juin 2014, sur les efforts en faveur du tourisme en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, dans "Le Monde" du 20 juin 2014, sur les efforts en faveur du tourisme en France.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

ti :

Q - La France est championne du monde du tourisme. Pourquoi s'inquiéter ?

R - Parce que nous vivons un paradoxe. D'un côté, la situation de la France est, en effet, très positive. Elle reste le premier pays d'accueil, en nombre, pour les touristes étrangers. Et le secteur représente plus de 2 millions d'emplois. Mais de l'autre côté, en termes de recettes, nous ne sommes qu'au troisième rang. L'Espagne reçoit environ 30 % de touristes en moins que la France, selon les années, mais cela lui rapporte 10 % de recettes en plus, voire davantage. Car les séjours y sont plus longs. Chez nous, beaucoup viennent à Paris, mais ensuite ne visitent pas nos régions ou y restent trop peu de temps.

La compétition se développe. Face au boom et aux changements que va connaître ce secteur dans les années qui viennent, il faut que nous corrigions nos insuffisances.

Q - Quelles sont-elles ?

R - Première priorité, l'offre. Elle doit être de qualité et diversifiée. Nous avons décidé de constituer cinq pôles d'excellence. Le programme d'investissement d'avenir les financera pour 15 millions d'euros. Le premier regroupe la gastronomie et l'oenotourisme, le deuxième le sport et la montagne, le troisième l'éco-tourisme, le quatrième concerne l'ensemble des savoir-faire (artisanat d'art, luxe, etc.), et le cinquième, c'est le tourisme urbain.

Q - Comment améliorer l'accueil des touristes ?

R - Des mesures ont déjà été prises. D'autres le seront, concernant l'aéroport de Roissy-CDG, ou la gare du Nord, en particulier la rénovation du hall Eurostar. Quand on fait la comparaison avec Saint-Pancras à Londres, nous devons progresser.

En délibération ministérielle, il a été décidé de réaliser ce qui était un serpent de mer, la liaison Roissy Express. Le plan de financement sera bouclé au plus tard en 2015 avec un démarrage des travaux en 2017. L'objectif est de rejoindre la capitale en vingt minutes. Depuis Roissy, au 1er janvier 2015, les taxis et les bus bénéficieront d'une voie réservée sur l'autoroute. À cette même date, après les concertations nécessaires, un forfait taxi raisonnable sera établi. Il est important de donner cette lisibilité-là.

Q - Et la sécurité des touristes ?

R - Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a élaboré un plan de sécurité tourisme qui prévoit une augmentation de 20 % des effectifs policiers sur les principaux sites touristiques parisiens, avec des brigades spécialisées à la gare du Nord ou aux Champs-Élysées.

Q - Vous avez récemment assoupli la délivrance des visas. Quel bilan en tirez-vous ?

R - L'obtention d'un visa français en Chine en quarante-huit heures est un grand succès. Nous en avons délivré de 30 % à 250 % fois plus qu'avant. Nous allons étendre cette mesure notamment à plusieurs pays du Golfe, à l'Afrique du Sud et à l'Inde, sans que cela n'affecte les contrôles. Nous avons également décidé de supprimer, avec effet immédiat et partout où c'est possible, l'obligation de présenter une réservation d'hôtel pour obtenir un visa.

Au cours du second semestre 2014, une loi va instaurer « le passeport talent «, avec un titre de séjour de quatre ans, destiné aux créateurs et aux chefs d'entreprise.

Q - Notre pays n'est pas en avance dans ce domaine...

R - La France ne peut avoir sur ce point une réglementation différente des autres pays d'Europe. Ce n'est pas parce que nous avons des divergences politiques avec tel ou tel pays que nous devons le pénaliser par les visas. La question est de savoir s'il existe un risque migratoire, mais le visa ne sert pas de verrou idéologique.

Q - Les professionnels plaident pour plus d'ouvertures de commerces le dimanche. Et vous ?

R - Avant la fin de l'année sera présentée une loi sur ce sujet. D'autre part, le gouvernement souhaite qu'à Paris, sans préjudice des compétences de la Mairie qui entend mener la concertation avec les partenaires concernés, certaines zones, comme le boulevard Haussmann, puissent être classées «zones touristiques d'affluence exceptionnelle» permettant l'ouverture de commerces le dimanche. Nous souhaitons la même souplesse dans les gares.

Q - Quelles sont les autres mesures que vous comptez engager ?

R - Nous avons beaucoup de progrès à faire dans la pratique des langues étrangères. Elle sera incluse dans le classement hôtelier et donnera lieu à bonification. Nous avons aussi pour objectif de rendre les vacances accessibles à un plus large public. Un fonds doté de 75 millions d'euros, avec la Caisse des dépôts, permettra de rénover le patrimoine touristique accessible aux ménages à revenus modeste (hôtels, centres de vacances). Au second semestre, le gouvernement prendra une ordonnance de simplification qui comportera un volet tourisme pour simplifier des normes complexes ou même contradictoires en matière de construction, d'urbanisme, de sécurité, d'accessibilité, d'environnement.

Q - Comment pérenniser l'effort ?

R - Pour que ces assises soient suivies d'effet, je vais installer le mois prochain à mes côtés un Conseil de la promotion du tourisme qui sera chargé de définir un plan tourisme pour 2020.

Ce secteur va considérablement se développer. Les chiffres sont saisissants : 25 millions de touristes dans les années 1950, un milliard aujourd'hui, deux milliards prévus en 2030. L'ambition est donc simple et forte : rester le premier pays touristique du monde. Le groupe de travail 2020 pourra se fixer des objectifs chiffrés. Sur le milliard de touristes supplémentaires d'ici à 2030, si nous en accueillons 5 %, nous pouvons quasiment doubler l'excédent que rapporte le tourisme à notre balance extérieure, actuellement 12 milliards d'euros, et réduire considérablement notre déficit. Avec, en plus, la création de centaines de milliers d'emplois, non délocalisables.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 juin 2014

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