Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 20 juin 2014, sur la grève des intermittents du spectacle et à la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 20 juin 2014, sur la grève des intermittents du spectacle et à la SNCF.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Manuel VALLS.

MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE MANUEL VALLS
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
La CGT-Spectacle et le collectif des intermittents ont répondu dès hier à vos annonces : différer ne règle rien, les grèves vont continuer, les festivals sont menacés. Que leur dites-vous ce matin ?

MANUEL VALLS
Qu'il faut bien relire et entendre ce que j'ai dit hier soir. D'abord le fait que la culture est l'âme-même de notre pays ; deuxièmement, que les intermittents ne sont pas des privilégiés et que nous avons besoin d'eux pour faire vivre la culture, la musique, le théâtre, la danse dans notre pays, que nos villes ont besoin de la culture, pas simplement pour épanouir nos concitoyens mais tout simplement aussi pour notre économie ; et qu'il fallait trouver un chemin. Ce chemin a été difficile. Il fallait respecter l'accord conclu entre les partenaires sociaux qui ne concernait pas que les intermittents, il concernait l'ensemble des chômeurs.

PATRICK COHEN
Il était hors de question d'accéder à ce que demandaient les grévistes ? c'est-à-dire de ne pas agréer cette convention signée par les partenaires sociaux ?

MANUEL VALLS
La marque et la méthode de ce quinquennat, c'est le dialogue social. A quelques jours de la grande conférence sociale où l'ensemble des partenaires sociaux vont se retrouver, il était difficile et inenvisageable que le gouvernement mette en cause ce dialogue social et donc un accord majoritaire signé entre des syndicats, notamment la CFDT, Force Ouvrière et le patronat. Il faut respecter le dialogue social, il faut respecter les accords majoritaires. En même temps, il fallait un signe et c'est pour cela que j'invite chacun à se mettre autour de la table puisque tout le monde accepte de discuter de l'avenir, c'est-à-dire d'une refondation du régime des intermittents.

PATRICK COHEN
A quelle échéance ? pour une réforme à quelle échéance ?

MANUEL VALLS
Je l'ai indiqué : d'ici la fin de l'année. Cela fait des années, nos compatriotes et vos auditeurs le savent bien, que tous les dix ans, tous les cinq ans, tous les trois ans il y a une crise dans l'intermittence. Il faut mettre fin à cette précarité et c'est pour cela que j'invite chacun à se mettre autour de la table. Les partenaires sociaux en sont d'accord, l'Etat et tous ceux qui ont des propositions à faire dans ce sens.

PATRICK COHEN
Si je vous ai bien entendu hier, l'Etat pourrait prendre sa part de façon pérenne dans le financement du chômage des intermittents.

MANUEL VALLS
L'Etat participera à ce débat, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à maintenant, au-delà de la mesure qui est prise pour assurer ou compenser le différé qui était les jours de carence, qui était au coeur sans doute du conflit et du sentiment autour des difficultés que vivent les intermittents.

PATRICK COHEN
Mais pour l'avenir, dans l'architecture future du système ?

MANUEL VALLS
Nous verrons. Il y a un système qui permet grâce à l'Unedic de faire vivre ce modèle unique en Europe, celui de l'intermittence : la solidarité entre les salariés, c'est pour cela qu'il n'y a pas de privilégiés. Nous avons demandé à trois grandes personnalités. Hortense ARCHAMBAULT, qui a été directrice du festival d'Avignon et qui connaît bien ces questions ; c'est une femme d'écriture, de théâtre et de culture. Jean-Denis COMBREXEL, un spécialiste du dialogue social et du droit du travail, et Jean-Patrick GIL, ce député socialiste qui m'a remis hier un rapport et qui a présidé une mission parlementaire. Il y a beaucoup de propositions sur la table depuis des années. La CGT-Spectacle, la coordination des intermittents ont fait aussi des propositions mais nous ne pouvons pas discuter de ces propositions dans le conflit, dans la menace. Le meilleur moyen d'en sortir dans les mois qui viennent est donc de discuter très vite et cette mission avec ces trois personnalités peut se mettre au travail très vite, dans les jours qui viennent.

PATRICK COHEN
Dès début juillet. Il y a donc cette main tendue, cette tentative de compromis à l'égard des intermittents et la fermeté affichée à l'égard des cheminots opposés à la réforme ferroviaire. Vous ne craignez pas de donner le sentiment d'un traitement différencié face à ces deux conflits ?

MANUEL VALLS
Non. Pour ce qui concerne les cheminots, je ne sais pas si on peut confondre les deux sujets. Il y a un texte de loi qui vient d'être débattu à l'Assemblée nationale et qui sera voté mardi prochain. C'est un texte de loi qui a été discuté et négocié entre la direction de la SNCF, Frédéric CUVILLIER, le secrétaire d'Etat aux Transports que vous receviez en début de semaine et tous les syndicats. Nous avons abouti à un texte de loi qui refonde la SNCF. Il permet à la SNCF de préserver ses grandes missions de service public, il permet un nouveau rôle pour la SNCF et RFF, il préserve évidemment le statut des cheminots.

PATRICK COHEN
Et alors, la CGT vous a trahi ?

MANUEL VALLS
Vous n'entendrez jamais de ma part des mots qui visent à disqualifier et encore moins à humilier les syndicats.

PATRICK COHEN
Non, mais on entend dire que la CGT comme les autres syndicats ont été associés depuis le début à la confection de ce texte.

MANUEL VALLS
Tous les syndicats dont la CGT ont été associés au travail sur ce texte. Des amendements qui, me semble-t-il, améliorent le projet de loi, ont été adoptés. Ils renforcent le statut de la SNCF, et notamment la capacité de décision entre les trois structures qui fonderont demain la nouvelle SNCF.

PATRICK COHEN
Alors quelle est votre analyse du conflit ? C'est une grève politique ?

MANUEL VALLS
Je ne suis pas un commentateur.

PATRICK COHEN
Non, mais on peut vous demander comment se fait-il qu'il y ait eu dix jours de grève.

MANUEL VALLS
Ces jours ont nui aux finances de la SNCF, ont nui à l'économie de notre pays, ont perturbé la vie d'usagers, de salariés et d'étudiants. Il y a eu des craintes pour ce qui concernait le bac. Il a fallu une mobilisation exceptionnelle des agents de la SNCF et de l'Education nationale pour qu'il n'y ait pas de problèmes pour les lycéens. Nous sommes dans cette période de commémorations de notre Histoire, de la Première Guerre Mondiale, de la Deuxième, de la Résistance, et nous savons la part que les cheminots ont pris à la construction nationale et à nos valeurs, celles de la République. Depuis le début, je n'ai pas compris le sens de cette grève. et je suis convaincu que nos concitoyens, notamment les usagers qui ont, je crois, beaucoup de respect à l'égard des cheminots, ne comprennent pas le sens de cette grève. Il est temps, encore une fois, que cette grève s'arrête.

PATRICK COHEN
Manuel VALLS, ils n'ont pas fait grève par plaisir. Il y a bien une raison ! Je vous demande si c'est une manifestation de défiance à l'égard du gouvernement, ce qu'on appelle donc une grève politique.

MANUEL VALLS
Je viens de vous le dire, et je respecte évidemment ce droit constitutionnel, mais la grève si je puis dire ainsi les choses, doit avoir un sens. Elle doit être comprise, ses motivations profondes doivent être comprises. Ce n'est pas le cas là et il faut donc que cette grève s'arrête. Pour ce qui concerne les intermittents, les choses sont tout à fait différentes. Il y a une convention qui a été signée entre les partenaires sociaux. Cette convention sera agréée la semaine prochaine mais il faut sortir de la difficulté que connaissent les intermittents depuis des années. C'est sans doute la première fois qu'un gouvernement propose d'en sortir par une discussion tripartite entre l'Etat, les partenaires sociaux, les hommes et les femmes de culture, d'où la mission qui a été confiée à ces trois grandes personnalités.

PATRICK COHEN
Je reviens d'un mot à l'attitude de la CGT sur le conflit des cheminots. Est-ce que c'est un épisode qui risque de laisser des traces dans le dialogue social que vous voulez mener à l'avenir ?

MANUEL VALLS
Je ne l'espère pas. La CGT est une grande organisation syndicale. Elle sera présente à la très grande conférence sociale des 7 et 8 juillet prochains.

PATRICK COHEN
Elle la considère comme un petit événement, c'est ce qu'a dit son leader.

MANUEL VALLS
Oui, mais au-delà des mots qu'est-ce qui compte ? C'est qu'on trouve des solutions concrètes pour l'emploi, pour le financement des entreprises. Le grand sujet, le fil conducteur sans doute de cette très grande conférence sociale sera l'emploi, l'emploi des jeunes et notamment la formation et l'apprentissage. Nous perdons du terrain sur l'apprentissage alors que l'objectif à la fin du quinquennat ce sont cinq cent mille jeunes en apprentissage. L'apprentissage est une mesure tout à fait extraordinaire pour se former et pour créer de l'emploi. Moi, j'invite tous les partenaires sociaux à se mettre autour de la table, à construire ensemble les bonnes solutions pour le pays, pour son redressement, pour lutter contre le chômage, pour la jeunesse. Tout moment, tout dialogue social est un moment privilégié et il faut renforcer ce dialogue social. Je suis sûr que la CGT doit participer à ce dialogue social. Ce que je retiens au fond de ces conflits, c'est que la réforme est indispensable. Nous devons faire accepter par nos concitoyens l'idée-même de la réforme. Je suis convaincu que les Français aujourd'hui acceptent l'idée de se réformer à condition de savoir où on les mène et pourquoi la réforme est nécessaire. Ce qui me frappe, c'est ce qu'on appelle la radicalité, la contestation pour la contestation, la non-acceptation du dialogue social, du rôle du Parlement.

PATRICK COHEN
Elle n'est pas en train de marquer des points ?

MANUEL VALLS
Non, je crois que c'est le contraire. Je crois que c'est le contraire. Dans ce pays qui aime d'une certaine manière le conflit social, qui aime la radicalité, qui aime la contestation, doivent s'imposer les règles. Le rôle du Parlement, le rôle du dialogue social, du paritarisme, et le gouvernement est là pour le favoriser. C'était d'ailleurs au coeur de la campagne de François HOLLANDE, de favoriser ce dialogue social. Nous avons besoin d'apaisement, de compréhension, de dialogue, d'écoute. C'est vrai sur la SNCF, c'est vrais sur la culture. Pour la culture, vous le savez en plus, nous préserverons intégralement les crédits pour la culture, pour la création, pour le spectacle vivant parce que nous avons besoin de cette culture. Moi, je veux qu'on sorte de cet affrontement. C'est vrai dans le dialogue social mais c'est vrai aussi dans le débat politique. J'en ai assez de voir au fond les mêmes qui sont capables de discuter dans les collectivités territoriales pour construire l'avenir de nos régions, de nos villes et de nos départements, et à l'Assemblée ou au Sénat s'affronter sur des débats stériles. Les Français en ont assez de ces affrontements stériles qui nous font reculer et qui ne font pas avancer le pays.

PATRICK COHEN
Ça va se jouer dans les prochaines heures pour Alstom. Vous étiez à l'Elysée hier soir, vous y retournez ce matin autour de François HOLLANDE. Entre General Electric et Siemens-Mitsubishi, les Américains et les Germano-japonais, qu'est-ce qui fera la décision ? Quel sera le critère qui va déterminer le choix de l'exécutif ?

MANUEL VALLS
La préservation de nos intérêts stratégiques d'abord, de notre indépendance. Je pense au nucléaire bien sûr, la préservation d'un certain nombre de centres de décision en France et en Europe, puis bien évidemment l'emploi. Je constate l'action du président de la République et du gouvernement depuis le premier jour. Alstom serait aujourd'hui sans condition dans les mains de General Electric depuis des mois si nous n'étions pas intervenus. Le fait que nous ayons renforcé les capacités d'indépendance de notre pays à travers ce décret que j'ai signé avec Arnaud MONTEBOURG qui permet de préserver nos intérêts stratégiques dans toute une série de domaines, notamment dans le nucléaire, dans l'énergie, dans l'eau, cela est aussi un élément qui compte dans le débat. Je constate que les offres de ces deux groupes ne cessent de s'améliorer. Nous avons encore aujourd'hui des réunions pour prendre progressivement cette question en lien évidemment avec Alstom, puisque c'est à l'entreprise in fine de décider.

PATRICK COHEN
Arnaud MONTEBOURG qui militait pour une solution européenne est toujours bien à sa place au gouvernement ?

MANUEL VALLS
Mais bien évidemment ! Je veux saluer l'engagement et le travail du ministre de l'Economie qui veut préserver les intérêts stratégiques de notre pays. Je partage avec lui ce que nous avons tous les deux chevillés au coeur : la République, la Nation, la Patrie, qui sont des mots que la gauche doit porter davantage. Nous avons tous les deux cette même idée au fond de l'indépendance et du patriotisme économique.

PATRICK COHEN
Arnaud MONTEBOURG ne vous a pas fait part de son envie d'ailleurs ?

MANUEL VALLS
Non, au contraire. Vous savez, nous nous connaissons depuis longtemps. Je suis très fier d'avoir au sein de mon gouvernement des personnalités qui comptent, qui ont du caractère mais qui ont aussi le sens du collectif et de l'intérêt général.

PATRICK COHEN
Manuel VALLS est l'invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs. 08:30:18 FIN)


source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2014

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