Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, à I-Télé le 15 juillet 2014, sur l'interview du 14 juillet du président de la République, le débat à propos des professions réglementées et le calendrier des réformes institutionnelles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et à la simplification, à I-Télé le 15 juillet 2014, sur l'interview du 14 juillet du président de la République, le débat à propos des professions réglementées et le calendrier des réformes institutionnelles.

Personnalité, fonction : MANDON Thierry, BARBIER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat de la réforme de l'Etat et de la simplification;

ti : CHRISTOPHE BARBIER
Thierry MANDON, bonjour.

MONSIEUR LE SECRETAIRE D'ETAT THIERRY MANDON
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Un président détendu mais sans annonce forte, est-ce que ce n'était pas hier pour vous, de l'intérieur du gouvernement, un 14 Juillet frustrant voire raté ?

THIERRY MANDON
La partie défilé, c'était très bien mais quant aux interviews du 14 Juillet, si vous pouvez me réciter ou me rappeler une interview du 14 Juillet tonitruante, pétaradante.

CHRISTOPHE BARBIER
Même CHIRAC parfois a su marquer des points en 2001 sur la sécurité. On peut faire des annonces !

THIERRY MANDON
Vous êtes dans la préhistoire, c'est terminé. C'est un exercice qu'il convient de faire mais qui est toujours un exercice de point de synthèse.

CHRISTOPHE BARBIER
Supprimons-le ! Pourquoi il convient de le faire ?

THIERRY MANDON
Non, non. Pourquoi ? Parce que c'est très bien qu'on puisse expliquer la politique aux Français. Ça se fait au mois de décembre pendant les voeux et ça se fait le 14 Juillet. C'est très bien comme ça.

CHRISTOPHE BARBIER
Au mois de décembre, on avait eu le pack de responsabilité ; là, on n'a rien eu. Pourquoi ? parce que Manuel VALLS a dévoré toutes les annonces ?

THIERRY MANDON
Vous êtes un observateur trop subtil pour ne pas avoir compris que le président de la République réfléchissait à des mesures de soutien à la demande. Quand il annonce des baisses d'impôt pour l'année prochaine, quand il reste prudent sur le format de ces baisses d'impôt, c'est qu'il sent bien qu'il y a besoin de donner un petit coup de pouce au pouvoir d'achat et à la demande.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais quand il nous dit : « La reprise est là mais elle est faible », après avoir dit l'an dernier : « La reprise est là » tout court, est-ce qu'il ne nous donne pas l'impression d'une certaine impuissance publique ?, c'est-à-dire que le Pacte de responsabilité n'arrive pas à donner des emplois.

THIERRY MANDON
Non, c'est ça le capitalisme moderne. C'est ce que les théoriciens appellent les prophéties auto-réalisatrices. C'est-à-dire que vous devez dessiner un futur plus plausible, possible pour que les choses enclenchent un cercle vertueux et que ce futur devienne réalité. C'est ce qu'a fait le président.

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, mais trop lentement et trop faiblement. Qu'est-ce qui manque au Pacte de responsabilité pour qu'on ait déjà des dizaines de milliers d'emplois ?

THIERRY MANDON
Ce qu'il manque, c'est qu'on aurait dû commencer il y a dix ou quinze ans. On dit au président : « Vous allez trop doucement les deux premières années », mais c'est qu'on a quinze ans de retard. Les Allemands, ça a mis dix ans à payer les efforts qu'ils ont faits il y a quinze ans. Ça a mis dix ans à payer alors ça mettra plus de dix mois en France !

CHRISTOPHE BARBIER
Retard aussi dans notre pays sur les apprentis. Comment passer de quarante deux mille à cinq cent mille en trois ans ?

THIERRY MANDON
Il faut déjà que le secteur public fasse un gros effort ?

CHRISTOPHE BARBIER
Combien dans l'Etat ? Il y en a cinq cents aujourd'hui.

THIERRY MANDON
Oui, sept cents. Je ne peux pas vous donner de chiffre mais c'est plusieurs dizaines de milliers. C'est obligatoirement sur ce niveau-là qu'il faut se concentrer.

CHRISTOPHE BARBIER
Plusieurs dizaines de milliers d'apprentis dans l'Etat.

THIERRY MANDON
Dans l'Etat et dans le secteur public, oui bien sûr.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais c'est beaucoup d'argent, ça !

THIERRY MANDON
C'est beaucoup d'argent mais vis-à-vis de la jeunesse c'est quand même un effort absolument indispensable. Ce n'est pas possible, on ne peut pas convoquer les jeunes seulement pour faire des actes symboliques en fin de défilé d'un 14 Juillet et ne pas s'en occuper le reste de l'année. Le président, lui, veut s'en occuper toute l'année.

CHRISTOPHE BARBIER
Si on veut des apprentis dans les entreprises, est-ce qu'il ne faut pas réfléchir à une rémunération plus faible pour ces apprentis ? le fameux smic jeunes ?

THIERRY MANDON
Non, parce que ces environ quatre cents euros qu'on leur donne par mois, ça paye les déplacements, ça paye la nourriture. C'est quand même des allocations minimales de minimales.

CHRISTOPHE BARBIER
Ceux qui gagnent bien leur vie d'après un rapport de Bercy débusqué par Les Echos, ce sont les professions réglementées, pharmaciens, notaires, huissiers. Est-ce que vous leur déclarez la guerre ?

THIERRY MANDON
Pas à toutes et surtout pas à toutes en même temps ! Ce serait maladroit et injuste. Il y a des professions réglementées qui ont un service réel à la population. Je vais vous citer les pharmaciens par exemple ; je ne défends pas les intérêts des pharmaciens mais j'observe que dans une bonne partie de la France, ils ont un rôle très, très importante. Vous citiez les professions d'huissier et de notaire, où il y a là en revanche des questions à se poser. Leur richesse acquise ces dix dernières années est supérieure de pratiquement deux fois à la progression du produit intérieur brut. Il y a là sûrement des corrections à faire et c'est ce que veut faire Arnaud MONTEBOURG, mais avec aussi d'autres ministres, notamment Christiane TAUBIRA.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais ce sont des professions qui sont organisées, des lobbies comme on dit. Vous allez créer leur colère comme on l'a vu avec les taxis il y a quelques mois.

THIERRY MANDON
Oui, ça va faire un peu de colère des huissiers, peut-être un peu de colère des notaires. Il ne s'agit pas de les empêcher de vivre mais ils doivent comprendre qu'au moment où toute la nation fait des efforts, ils peuvent probablement en faire aussi un peu.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous allez les taxer ? vous allez les obliger à baisser leurs tarifs ? Comment ça va se passer ?

THIERRY MANDON
C'est ce à quoi travaille Arnaud MONTEBOURG. Il y a plusieurs options possibles et notamment réintroduire un peu plus de concurrence parce que c'est la concurrence qui fait baisser les prix. Sur ces métiers-là très encadrés, très limités, peut-être que c'est la voie qu'il faut utiliser.

CHRISTOPHE BARBIER
« Pas une minute à perdre pour la réforme » dit le président, mais la réforme territoriale, elle, s'ensable considérablement au Parlement en ce moment.

THIERRY MANDON
Oui. La réforme territoriale a été annoncée au mois de mars. On est en juillet, elle est en vote et a été de fait rejetée au Sénat et elle est en discussion aujourd'hui à l'Assemblée nationale avec un vote très probable dans la semaine qui vient.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais ça ne fera pas taire les polémiques sur les frontières des régions et sur les frontières des départements.

THIERRY MANDON
Mais en France, je ne sais pas ce qui peut faire taire les polémiques sur quelque sujet que ce soit et, d'une certaine manière, heureusement que ça bouge un peu.

CHRISTOPHE BARBIER
Le président de la République a rappelé hier son attachement au droit de vote des étrangers dans les élections locales. Vous savez que vous n'avez pas de majorité au congrès. Quel est l'intérêt de remettre ça dans le débat si ce n'est pour faire monter l'extrême droite et embêter l'UMP ?

THIERRY MANDON
Je pense que le président réfléchit à une solution qui lui donnerait une majorité d'ici la fin du quinquennat. S'il ne l'a pas, il faudra constater peut-être qu'on ne l'a pas, c'est-à-dire interpeller tous ceux qui dans leur vie politique ont fait des discours en disant : « Je suis pour ». On les convoquera au Parlement et on verra bien le soir du vote s'ils sont présents ou s'ils se renient.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a un moyen plus simple et plus net : un référendum, comme ça le peuple choisit et vous en prenez acte.

THIERRY MANDON
Oui. C'est toujours l'éternel sujet mais vous ne faites pas des référendums sur ces sujets-là en fin de quinquennat. Ce n'est pas le bon moment.

CHRISTOPHE BARBIER
Les réformes institutionnelles auront lieu, elles, en fin de quinquennat. Est-ce qu'il y aura la proportionnelle aux législatives en 2016 ?

THIERRY MANDON
Vous voyez bien que se dessine une réforme constitutionnelle sur plusieurs aspects. Peut-être en effet un changement de mode de scrutin mais qui n'est lui, pas constitutionnel ; le Conseil Supérieur de la Magistrature et la suppression du statut pénal du Chef de l'Etat.

CHRISTOPHE BARBIER
Ah, ça peut faire un bloc en 2016 ?

THIERRY MANDON
Ça, ça fait une réforme institutionnelle. Je ne vois pas le quinquennat sans réforme institutionnelle très forte. C'étaient les engagements du président et la société qui est très éloignée de la politique en a besoin aujourd'hui.

CHRISTOPHE BARBIER
« Prisonnier innocent » au lieu de « présumé innocent », quelle interprétation faites-vous, vous, de ce lapsus présidentiel ?

THIERRY MANDON
Le lapsus présidentiel a lieu quand le président est assis à une table. Il n'est pas couché sur un divan et on ne peut donc pas interpréter pleinement ce lapsus qui doit être dû à la fatigue de la journée.

CHRISTOPHE BARBIER
Non ! C'est dû au fait que le duel Sarkozy-Hollande continue. Il y a chez HOLLANDE un peu l'angoisse de ce retour de SARKOZY.

THIERRY MANDON
Oui, mais il y a aussi sûrement le ras-le-bol des affaires à répétition de Nicolas SARKOZY qui polluent quand même et la vie politique et le débat démocratique.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais qui arrangent bien la gauche puisque l'UMP est en feu.

THIERRY MANDON
Oui, mais notre problème est d'abord d'avoir des résultats. Si on a des résultats, on aura des résultats électoraux. Il faut d'abord avoir des résultats économiques et sociaux, on n'y est pas tout à fait.

CHRISTOPHE BARBIER
Le président n'a pas voulu parler de 2017, de 2017 et de la présidentielle. Pourtant, la pression monte à gauche pour qu'il y ait une primaire à laquelle le président sortant n'échapperait de droit. Est-ce que c'est votre point de vue ?

THIERRY MANDON
Moi, je ne veux pas utiliser la primaire pour régler des comptes entre des candidats putatifs. En revanche aux Etats-Unis, les présidents sortants se soumettent à la primaire, d'ailleurs sans aucun risque et sans aucun dégât, ils sont souvent seul candidat. On ne voit pas pour quelle raison on ne peut pas imaginer un format de cette nature en France.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous connaissez bien Arnaud MONTEBOURG. On l'a vu parler économie la semaine dernière. C'est lui l'alternative à François HOLLANDE dans une primaire de ce type ?

THIERRY MANDON
Dans son discours, je n'ai pas compris qu'il se positionnait comme une alternative. Il essaye de tirer le plus possible l'action gouvernementale vers ce qu'il croit juste mais il n'est pas en situation de rupture et donc d'alternative.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais s'il y avait une primaire à l'américaine, il serait candidat ?

THIERRY MANDON
Non, je ne crois pas. Vous savez, les présidents qui se représentent aux Etats-Unis n'ont jamais de candidats face à eux.

CHRISTOPHE BARBIER
Thierry MANDON, merci. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juillet 2014

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