Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à La Chaîne Info le 18 juillet 2014, sur l'avion malaisien abattu au-dessus de l'Ukraine, la situation à Gaza et les manifestations pro-palestiniennes en France, la réforme territoriale et le retrait par le gouvernement de la taxe séjour sur l'hôtellerie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à La Chaîne Info le 18 juillet 2014, sur l'avion malaisien abattu au-dessus de l'Ukraine, la situation à Gaza et les manifestations pro-palestiniennes en France, la réforme territoriale et le retrait par le gouvernement de la taxe séjour sur l'hôtellerie.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, DELPECH.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement; Frédéric

ti : FRÉDÉRIC DELPECH
Vous êtes secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, donc on va parler de la réforme territoriale dont le premier article a été adopté cette nuit. Mais d'abord bien sur l'actualité, est-ce que vous avez des informations complémentaires sur la présence ou non de ressortissants français dans l'avion qui s'est écrasé en Ukraine ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je n'ai aucune information particulière à donner au-delà de celles qui ont déjà été communiquées par le gouvernement…

FREDERIC DELPECH
Justement, Laurent FABIUS dans un premier temps avait parlé de 4 ressortissants ; et puis François HOLLANDE a été beaucoup plus prudent !

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez ! Dans tous ces événements dramatiques, il faut évidemment vérifier jusqu'au bout tous les éléments. Je pense qu'il n'y a pas lieu à avoir une polémique sur ce sujet.

FREDERIC DELPECH
Mais qu'est-ce qui fait qu'il y a une incertitude sur la présence ou non de ressortissants français ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez ! Je n'en sais rien, je ne connais pas les éléments techniques. Et vous savez comme moi qu'entre les réservations qui sont prises, les montées effectives dans les avions, les doubles-nationalités, bref ! Un certain nombre d'événements qui font parfois qu'on ne peut pas avoir en temps réel la situation exacte. Mais ce qui est certain malheureusement, c'est le drame pour des familles d'européens et d'humains tout simplement. Et évidemment, le fait que des compatriotes puissent éventuellement être concernés ne fait que rajouter à la chose. Mais nous allons d'abord voir quand même que près de 300 personnes sont rayées de la carte comme ça en quelques instants, c'est un drame ; voir ce que cela signifie au plan de la sécurité en Europe, c'est une inquiétude très forte ; et je crois que ça suffit déjà à nous faire réfléchir.

FREDERIC DELPECH
On a quand même le sentiment que les compagnies aériennes n'ont pas tout à fait pris la mesure des risques et des dangers !

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez ! Je n'en sais rien, il y a une organisation internationale de l'aviation aérienne, il faudra qu'elle se pose sans doute des questions. Je me pose la question de savoir si vraiment, le monde entier a pris la dimension des risques qu'il y a dans ce type de conflit. En l'occurrence, je ne crois pas que ce soit le cas du gouvernement français qui est très actif depuis le début sur la crise ukrainienne. Pour beaucoup de nos compatriotes, peut-être que l'Ukraine est un peu loin, en fait on ne s'en aperçoit pas du tout, elle est un chemin pour aller en Russie ou pour aller vers l'Orient, elle est potentiellement évidemment au plan géographique membre de l'Europe, aujourd'hui associée à l'Union européenne. Et donc on voit bien que ces conflits très violents nous concernent très directement, nous les Français et plus encore nous les Européens.

FREDERIC DELPECH
Et qu'est-ce qu'il faut faire, est-ce qu'il faut… parce que pour l'instant la position de la France est extrêmement prudente dans cette affaire, les Etats-Unis eux demandent un cessez-le-feu immédiat, pour l'instant François HOLLANDE est resté sur le fait d'attendre les résultats d'une enquête !

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois que les Etats-Unis sont extrêmement loin de la situation européenne ; nous, nous sommes extrêmement présents. Avec la France, avec madame Angela MERKEL, nous n'avons pas cessé depuis des semaines et des semaines d'être actifs au plan diplomatique. Il ne suffit pas de faire des déclarations, il faut aussi après avoir les capacités d'assumer sur le terrain une situation. Et je pense – peut-être au contraire de ce que vous suggériez – c'est que la France, l'Allemagne ont une attitude très active, très responsable. Maintenant, il faut aussi qu'il y ait une prise de conscience de l'ensemble des pays européens…

FREDERIC DELPECH
Concrètement, qu'est-ce qu'il faut faire ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez ! D'abord il faut évidemment demander sans aucun doute un cessez-le-feu et créer les conditions diplomatiques d'une désescalade, ce que nous ne cessons de demander depuis des mois, peut-être avec une force plus grande dans les jours qui viennent. Mais le problème n'est pas au contraire d'avoir des postures diplomatiques qui aillent vers l'escalade, me semble-t-il, il faut aller vers la capacité sérieuse de créer autour de l'Union européenne – et en Europe d'une façon générale – une zone de sécurité. Et pour cela, il faut qu'il y ait une conscience sans doute plus forte que celle qui existe dans d'autres pays européens, je pense que… l'Europe a vécu un petit peu avec l'idée que sa sécurité et sa défense n'étaient jamais en cause. Je pense qu'aujourd'hui, il doit y avoir une réorientation de la politique européenne où les questions de sécurité et de défense, pas d'agressivité, pas de militarisation, mais des problèmes de sécurité et de défense doivent être mieux pris en compte par l'Union européenne, je pense que ça va frapper les esprits. Je pense que la France de ce point de vue est en avance sur tous les autres pays européens, elle a un niveau de défense, elle a une diplomatie, elle est active sur tous les conflits. On parle de ce conflit en Europe, on pourrait parler aussi de ce qui se passe au Moyen-Orient, de ce qui se passe au Proche-Orient, de ce qui se passe en Afrique, c'est quand même aujourd'hui la France qui est aux avant-postes de la défense et de la sécurité des populations européennes.

FREDERIC DELPECH
Oui mais sur le terrain diplomatique, on avait vu François HOLLANDE recevoir le 6 juin le président POUTINE et le nouveau président ukrainien, les faire se rencontrer, ça n'a rien donné !

JEAN-MARIE LE GUEN
Vous croyez qu'il suffit de leur dire « voyez-vous et je vous ordonne de faire », non, je pense que les choses sont plus complexes. En matière de politique internationale comme en matière de politique économique, il faut avoir une action continue, on n'est pas dans la civilisation de « il n'y a qu'à, il faut que ». Il faut être dans la construction de politiques sérieuses qui sont crédibles…

FREDERIC DELPECH
Et vis-à-vis du président russe, que faut-il faire ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il faut amener toutes les parties prenantes à avoir une véritable désescalade, à les mettre les uns et les autres devant les risques de dérapage. Nous craignions ce dérapage, il est sans doute arrivé aujourd'hui. Et donc plus que jamais, il faut organiser la désescalade d'une part, et des solutions plus durables. On le voit bien, l'Ukraine est prise entre des forces antagonistes et à vouloir nier la problématique des racines identitaires de toutes ces questions, on se trompe. Il faut les maîtriser et il ne faut pas les oublier.

FREDERIC DELPECH
Il y a une autre région du monde très conflictuelle en ce moment, c'est bien sûr le Proche-Orient. Alors Israël a lancé une offensive terrestre, pour l'instant la seule réaction officielle française, c'est un appel de Laurent FABIUS à la plus grande retenue, un langage diplomatique très pesé donc, Laurent FABIUS, le ministre des Affaires étrangères qui se rend aujourd'hui en Egypte et en Israël. Que doit-il demander ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il doit demander… je ne crois pas que ce soit le mot, si vous me le permettez, je pense qu'il doit faciliter – et c'est ce qu'il fait – les reprises de discussions, car il y avait eu il y a quelques heures des lueurs d'espoir, il y avait un contact et une négociation entre Israël et des représentants du Hamas pour obtenir une trêve, dans un contexte international notamment mené par l'Egypte et aussi…

FREDERIC DELPECH
La proposition de cessez-le-feu, cette proposition égyptienne finalement est obsolète aujourd'hui !

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez ! Dans ce genre de situation, il faut remettre sur l'établi l'ouvrage. Si on se désespère et si vous croyez qu'il suffirait de coups de menton aux uns et aux autres, non. La question est de savoir si on peut être utile et si on peut favoriser les choses, et ça demande de la continuité, de la persévérance, de l'imagination, de la volonté. Mais encore une fois, apaiser les situations qui sont tendues avec des raisons maintenant si anciennes et avec une intensité si grande, dans un Proche – Moyen-Orient où toutes les tensions sont là, on a oublié pour l'instant ce qui se passe en Syrie, ce qui se passe en Irak, on voit bien que toute cette zone est complètement enflammée et que donc, le travail qui doit être fait est un travail de refroidissement, si je peux me permettre cette comparaison médicale ; et de faire en sorte qu'on puisse effectivement ramener les gens à la table de discussions, même pas de négociations, de discussions dans un premier temps pour faciliter la trêve.

FREDERIC DELPECH
La semaine dernière, les écologistes ont reproché à François HOLLANDE d'avoir une prise de position trop favorable à Israël. Est-ce que depuis, la France a rééquilibré ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais la France a une position traditionnelle depuis des décennies, qui est de ne pas choisir un camp par un autre mais de militer pour la paix, pour militer pour la défense de la sécurité, du droit à la sécurité pour l'Etat d'Israël ; et dans le même temps pour reconnaître la possibilité de l'existence d'un Etat palestinien. C'est la position traditionnelle de la France…

FREDERIC DELPECH
Donc pas de condamnation aujourd'hui de l'offensive terrestre ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Le ministre des Affaires étrangères a dit ce qu'il avait à dire, à savoir qu'il faut avoir une réponse proportionnée, et donc il appelle à la retenue, il a raison. Et en même temps, chacun comprend bien aussi que notre discours soit de s'adresser aux deux parties. Tous ceux qui veulent nous mettre successivement dans la logique « il y a un agresseur et un agressé » sans comprendre que quelque part, et le peuple israélien et le peuple palestinien sont victimes de cette situation, se trompent. Il faut encore une fois avoir une position diplomatique et non pas simplement des postures.

FREDERIC DELPECH
Alors Manuel VALLS envisage d'interdire des manifestations pro-palestiniennes qui sont attendues samedi à Paris, est-ce que c'est la bonne solution à adopter ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, Manuel VALLS a dit qu'il envisageait la possibilité d'interdire…

FREDERIC DELPECH
Alors la possibilité d'interdire, alors est-ce qu'il faut les interdire ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Des manifestations… écoutez ! C'est le préfet de police et le ministre de l'Intérieur qui vont gérer cela en fonction des informations qui sont les leurs. Ce qui est sûr et ce qui est tout à fait déterminé, notre position c'est de ne pas accepter l'importation sur le territoire national du conflit israélo-palestinien. Il peut y avoir l'expression de sensibilités, de sympathies, c'est parfaitement normal…

FREDERIC DELPECH
Oui mais justement, le meilleur moyen ce n'est pas…

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous n'accepterons pas…

FREDERIC DELPECH
D'interdire préventivement toute manifestation ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il faut naviguer entre l'idée qu'il est légitime de pouvoir exprimer des opinions et des sympathies ou de la compassion et qu'en même temps, ces manifestations ne doivent en aucun cas tourner vers des affrontements qui pourraient exister sur le territoire français, ce qui n'aurait absolument aucun sens et qui serait une dérive tout à fait inacceptable pour notre vie sociale.

FREDERIC DELPECH
La réforme territoriale, l'article premier a été adopté cette nuit à l'Assemblée…

JEAN-MARIE LE GUEN
Ah oui !

FREDERIC DELPECH
Tardivement à 6 h 00 du matin après des débats très longs. Certains députés socialistes n'ont pas vraiment joué le jeu, il y en a 17 notamment qui se sont opposés à la fusion Nord-Pas-de-Calais Picardie. Ça veut dire que vous avez encore du mal à convaincre à gauche !

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais pas du tout, je pense que nous avons une majorité sur cet article un, il y aura une majorité qui rassemblera la quasi-totalité des socialistes et bien au-delà, il y aura des gens aussi de l'UDI et de l'UMP qui voteront pour cette carte régionale. Voilà une réforme qui n'a pas été faite depuis 20 ans, que l'on disait impossible et piégeuse en quelque sorte il y a encore quelques semaines, et je pense qu'avec sérénité nous aurons une majorité très large, beaucoup plus large que celle de la simple majorité politique aujourd'hui autour de ce texte. Donc…

FREDERIC DELPECH
Cette réforme sera adoptée, vous en êtes certain ?

JEAN-MARIE LE GUEN
J'en ai la conviction.

FREDERIC DELPECH
Y compris au Sénat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas forcément au Sénat puisque comme vous l'avez vu, le Sénat vote ystématiquement contre la plupart des textes présentés, ce qui est – je l'ai dit encore récemment – tout à fait regrettable, parce que je souhaite que le Sénat ait un rôle plus actif. Et pour cela, il faudrait que les sénateurs…

FREDERIC DELPECH
Vous pensez que le Sénat pourrait voter contre cette réforme !

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez ! Non, je ne le souhaite pas et je sais qu'il y a beaucoup de sénateurs de droite et de gauche – et j'allais dire surtout de droite puisque c'est eux qui se manifestent pour voter contre jusqu'à présent – je sais qu'il y a un certain nombre de sénateurs UMP et pas des moindres qui pensent que le rôle du Sénat est aussi d'être dans la proposition et pas dans l'affrontement et la négation, ce qui n'est pas positif. Donc il y a un groupe socialiste au Sénat qui, avec sa capacité de propositions, avance, il ne faudrait pas qu'il soit le seul et j'espère qu'en tout cas au mois d'octobre, il y aura évidemment une majorité de gauche qui permettra d'avancer.

FREDERIC DELPECH
Un mot pour terminer sur la taxe séjour, Anne HIDALGO est furieuse vent debout contre la décision du gouvernement d'avoir retiré les petites augmentations de 2 € de la taxe séjour, parce que ça permettait de financer les transports en Ile-de-France. Alors le gouvernement promet qu'à la rentrée, il y aura quelque chose dans le budget 2015, vous confirmez ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je confirme absolument, l'engagement du Premier ministre est très clair, il y aura dans le budget de la loi de finance initial, là où en quelque sorte les choses doivent se faire, elles se feront. Et il y aura les moyens à la fois de la taxe de transport et aussi une prise en compte aussi d'une réorganisation de la taxe de séjour. Vous le savez, la taxe de séjour n'a pas bougé depuis 20 ans, elle ne correspond plus à la réalité des frais engagés pour accueillir le tourisme, et donc il est logique…

FREDERIC DELPECH
Donc il faut quand même augmenter cette taxe de séjour à terme !

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais c'est ce qui a été dit par l'ensemble… dans un rapport qui a été produit à la fois par la députée socialiste Monique RABIN, mais aussi des parlementaires UMP qui ont considéré que… et notamment monsieur Eric WOERTH, qui on considéré qu'il fallait réformer la taxe de séjour.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2014

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