Interview de M. François Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Inter le 18 juillet 2014, sur l'avion de la Malaysia Airlines abattu au-dessus de l'Ukraine et la collision survenue entre un TGV et un TER près de Denguin (Pyrénées Atlantiques). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Inter le 18 juillet 2014, sur l'avion de la Malaysia Airlines abattu au-dessus de l'Ukraine et la collision survenue entre un TGV et un TER près de Denguin (Pyrénées Atlantiques).

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : MARC FAUVELLE
Edition spéciale jusqu'à 9H00 pour tirer les premières leçons du crash du vol de la Malaysia Airlines. Qui en porte la responsabilité, quelles conséquences dans le bras de fer entre Kiev et Moscou, faut-il craindre une nouvelle escalade ? Après la revue de presse on retrouvera nos spécialistes autour de cette table, de même que Marc CREPIN à Moscou, et que le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique Camille GRAND, qui attendent tous vos questions au 01.45.24.7000. Mais d'abord c'est le secrétaire d'Etat aux Transports, Frédéric CUVILLIER, qui est en ligne avec nous jusqu'à 8H30. Bonjour.

FREDERIC CUVILLIER
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous avez la certitude ce matin qu'aucun avion français ne va survoler cette zone de l'Est ukrainien désormais ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui, j'ai adressé une injonction aux compagnies françaises par l'intermédiaire de la Direction Générale de l'Aviation Civile, dès la connaissance de ce drame, de cet accident, interdiction de survol de l'espace aérien ukrainien. Donc c'est des mesures d'application immédiate, donc depuis hier soir il n'y a pas de survol.

MARC FAUVELLE
Interdiction temporaire, pour combien de temps ?

FREDERIC CUVILLIER
Tant que nous n'aurons pas d'éléments établis sur les raisons de cet accident.

MARC FAUVELLE
Le 8 juillet dernier, Frédéric CUVILLIER, il y a donc 10 jours, les autorités ukrainiennes avaient déconseillé le survol de cette zone en expliquant qu'il y avait des combats, des tirs de missiles, est-ce que la décision d'interdire cet espace aérien aurait pu, aurait dû être prise plus tôt ?

FREDERIC CUVILLIER
Aucun pays, et aucune compagnie, n'ont pris la décision d'interdire – ce n'est pas un acte mineur – d'interdire le survol du territoire ukrainien. Il faut savoir que l'interdiction de survol est un acte grave, il répond à des recommandations d'ordre internationales et européennes, ces recommandations n'ont pas été formulées, elles le sont sur un certain nombre de théâtres d'événements ou de guerre, ce n'était pas le cas de l'Ukraine, et les informations qui étaient en notre possession, et des différents pays concernés, ne laissaient pas connaître la présence d'armes aussi sophistiquées, qui est un élément tout à fait récent.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous avez toujours un doute ce matin sur la présence de ressortissants français dans cet appareil ? Hier soir le Quai d'Orsay avait d'abord avancé le chiffre de 4 Français avant de démentir quelques heures plus tard. Est-ce que vous avez des informations ?

FREDERIC CUVILLIER
A cette heure précise 34 victimes ne sont pas identifiées, donc 34 nationalités, nous n'avons pas de certitude compte tenu de ces identifications qui sont encore en cours.

MARC FAUVELLE
Mais c'est une possibilité ?

FREDERIC CUVILLIER
C'est une possibilité tant que nous n'avons pas l'identification de l'ensemble des corps, des victimes. A cet instant, contrairement à ce que nous avions pu penser hier en fin de journée, nous n'avons pas de victimes françaises recensées, ça ne veut pas dire qu'il n'y en n'aura pas, compte tenu des interrogations qui portent encore sur 34 personnes.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que le travail de vérification continue en ce moment même ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui.

MARC FAUVELLE
Vous confirmez que le vol de la Malaysia Airlines était couplé avec AIR FRANCE, comme l'ont dit certains médias, et qu'une dizaine de billets auraient été achetés, donc via la compagnie française ?

FREDERIC CUVILLIER
C'est un vol de provenance d'Amsterdam, qui est un hub aéroportuaire, avec des destinations et des correspondances, et effectivement c'est ce qui nous incite à beaucoup de prudence quant à l'identification, parce qu'il peut y avoir des réservations. Nous ne livrons des informations que lorsqu'elles sont totalement confirmées et nous ne souhaitons pas donner d'informations, à des familles, ou à des proches, qui ne seraient pas avérées. Les aléas de déplacements peuvent amener à ce que des personnes aient réservé, ne soient pas présentes dans l'avion, et donc il faut être très prudent.

MARC FAUVELLE
Frédéric CUVILLIER, les Nations Unies ont réclamé cette nuit une enquête internationale pour faire la lumière sur les conditions de ce crash, est-ce que la France est prête à y participer ?

FREDERIC CUVILLIER
Dès les premières minutes de la connaissance de ce crash, de ce drame, le président de la République a été extrêmement ferme sur la volonté, l'exigence de la France, que toute la vérité soit faite sur cet accident et ses causes, et en précisant que les moyens de la France seraient mobilisés pour parvenir à cette vérité, donc la France sera pleinement présente et aux côtés des différentes nations qui se mobiliseront pour avoir toute la transparence.

MARC FAUVELLE
Et prête, dès aujourd'hui, à envoyer des enquêteurs sur place ?

FREDERIC CUVILLIER
Cette décision n'appartient pas au ministère des Transports, donc…

MARC FAUVELLE
Mais au Quai d'Orsay.

FREDERIC CUVILLIER
Au Quai d'Orsay, au ministère de la Défense. Le Premier ministre Manuel VALLS suit à chaque instant les différents accidents, puisque nous en connaissons plusieurs, accident national ferroviaire, accident international aérien, et le président de la République a pris position de façon très ferme pour la France.

MARC FAUVELLE
Un mot Frédéric CUVILLIER, si vous voulez bien, de l'autre actualité qui vous concerne directement en tant que secrétaire d'Etat aux Transports, c'est cette collision hier entre un TGV et un TER à une vingtaine de kilomètres de Pau. Vous êtes, je crois, toujours sur place ce matin.

FREDERIC CUVILLIER
Oui.

MARC FAUVELLE
D'abord, est-ce que vous disposez d'un bilan définitif ?

FREDERIC CUVILLIER
Le bilan est, à l'instant où je vous parle, un bilan de 13 personnes blessées, dont 2 personnes grièvement blessées, et 1 de ces 2 victimes connaissant un pronostic vital engagé.

MARC FAUVELLE
Donc bilan légèrement revu à la baisse en ce qui concerne les blessés graves. Comment deux trains ont pu se retrouver sur les mêmes rails ?

FREDERIC CUVILLIER
C'est ce que l'enquête pourra déterminer. Que ces deux trains soient sur les mêmes rails…

MARC FAUVELLE
Au même moment.

FREDERIC CUVILLIER
Oui, c'est surtout comment cet accident, que l'on qualifie de « rattrapage », peut se produire, c'est-à-dire qu'un train en précédent un autre soit rattrapé et fasse l'objet d'une collision, alors même que la signalisation doit réguler le trafic ferroviaire. Donc il y a eu manifestement des informations, ou des erreurs, qui ont amené à ce que le TGV précédent le TER roulait à une petite vitesse, alors même que le TER s'est présenté à vitesse normale. Dans le même temps nous avons appris qu'il y avait des interventions de maintenance sur le réseau de signalisation, est-ce qu'il y a un lien…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire qu'il y a des feux qui ne marchaient pas, c'est ça ?

FREDERIC CUVILLIER
A notre connaissance oui, il y avait une perturbation sur la signalisation, peut-être due aux très fortes chaleurs dans cette région, donc il y a un faisceau d'indices, il y a la concomitance d'un certain nombre d'événements et d'éléments, j'ai demandé au Bureau Enquête Accident de se saisir de ce dossier, de sorte que l'on puisse faire, là encore, la transparence et avoir les éléments explicatifs de cette situation, qui est exceptionnelle, mais elle n'en n'est pas moins condamnable.

MARC FAUVELLE
Avec la possibilité d'une erreur humaine de la part de l'un des deux conducteurs ?

FREDERIC CUVILLIER
Rien ne… je pense au conducteur, qui est extrêmement choqué, rien ne peux, à cet instant, exclure quelles que pistes que ce soient, elle peut être humaine, pas nécessairement du conducteur d'ailleurs, elle peut être technique, elle peut être cumulative, entre l'erreur technique et l'erreur humaine, ou pas du tout, exclusive, bref, les différentes enquêtes, judiciaire, celle du BEA-TT, établiront les circonstances de ce drame.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2014

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