Interview de M. François Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à RTL le 18 juillet 2014, sur la collision entre un TGV et un TER près de Denguin (Pyrénées Atlantiques) et l'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile sol-air au-dessus de l'Ukraine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Cuvillier, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à RTL le 18 juillet 2014, sur la collision entre un TGV et un TER près de Denguin (Pyrénées Atlantiques) et l'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile sol-air au-dessus de l'Ukraine.

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric, CORBE Philippe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : PHILIPPE CORBE
Vous êtes en direct des Pyrénées Atlantiques après cette collision entre un TGV et un TER, on va évoquer cet accident dramatique dans un instant, mais d'abord cet événement qui stupéfie le monde ce matin, cet avion de ligne qui a explosé en plein vol au-dessus de l'Est de l'Ukraine. Est-ce que vous avez des éléments sur de possibles victimes françaises ? Laurent FABIUS avait parlé dans un premier temps de quatre Français à bord, le président de la République a été un peu plus vague. Est-ce qu'on sait ce matin s'il y avait, ou pas, des Français à bord ?

FREDERIC CUVILLIER
A cet instant nous n'avons pas de confirmation dans la mesure où reste un certain nombre de personnes non identifiées, donc il est extrêmement difficile de confirmer ce qui étaient des informations, mais que nous n'avons pas eues en confirmation depuis hier soir.

PHILIPPE CORBE
Donc, pas de confirmation de la présence de Français à bord, mais on n'a pas non plus de garantie qu'il n'y avait pas de Français à bord, il pourrait y avoir des Français parmi les victimes.

FREDERIC CUVILLIER
Trente quatre passagers sont toujours sans nationalité confirmée, donc il est possible que parmi ces personnes il puisse y avoir des Français.

PHILIPPE CORBE
Alors, l'avion a été abattu en plein vol, indiquent les Etats-Unis, par un missile sol-air, précisent leurs services de renseignements, est-ce que le gouvernement français a des renseignements du même type, qui confirment ce scénario d'un missile sol-air, tiré du sol donc ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui, ce sont des informations qu'il faudra confirmer, mais qui semblent convergentes et qui semblent recoupées par un certain nombre de pays et d'autorités, donc il semblerait que ce soit…

PHILIPPE CORBE
Je crois qu'il y a un navire français qui est en Mer noire, est-ce que le navire français qui est en Mer noire peut avoir le même type d'informations, même type de renseignements ?

FREDERIC CUVILLIER
Je ne suis pas en mesure de pouvoir répondre, mais il appartiendra au ministre de la Défense et au ministre des Affaires étrangères de donner toutes les précisions sur le dispositif français utilisé et les informations qui peuvent être aujourd'hui précisées, de sources des autorités françaises, notamment militaires.

PHILIPPE CORBE
Question qui concerne directement votre secteur d'activité, Monsieur CUVILLIER, on est un peu étonné de découvrir que des avions de ligne pouvaient survoler une zone de combats comme cette zone, à l'Est de l'Ukraine, c'était vraiment une zone de guerre civile ces derniers jours, qu'il n'y avait pas d'interdiction de vol de cet espace aérien.

FREDERIC CUVILLIER
L'interdiction de survol d'un espace aérien est un acte grave, qui répond aussi à des procédures et des recommandations, elles sont des recommandations d'ordre international, et européennes. Aucune compagnie, d'aucun pays, n'avait interdit le survol de l'Ukraine, vous l'indiquez, parce qu'il s'agissait d'événements internes, de guerre civile, et que les éléments qui étaient en possession des différentes autorités internationales ne laissaient pas penser qu'il puisse y avoir un armement susceptible d'atteindre, à une telle altitude, un vol civil. Il y avait eu des tirs, mais des tirs de matériels militaires d'une portée de 2000 à 3000 mètres d'altitude, antiaériens, ce qui n'est pas l'altitude des vols civils qui sont à peu près de 10.000 mètres. Donc, jusqu'à cet instant, l'armement en cause, le caractère du conflit civil, ne permettait pas d'établir un risque qui n'était pas identifié pour des vols de l'aviation civile.

PHILIPPE CORBE
Alors, un spécialiste du conflit nous disait tout à l'heure, sur RTL, que compte tenu de l'explosion de l'avion des débris sont tombés probablement des deux côtés des lignes, c'est-à-dire dans la zone contrôlée par les séparatistes et dans la zone contrôlée par l'Armée ukrainienne. Est-ce que vous demandez, vous la France, vous le gouvernement français, mais aussi les autres gouvernements occidentaux, de pouvoir envoyer des enquêteurs, par exemple du BEA pour la France, dans les deux zones, à la fois la zone contrôlée par les insurgés et la zone contrôlée par le gouvernement ukrainien ?

FREDERIC CUVILLIER
Le président de la République a réagi très rapidement et très fermement, en indiquant que tous les moyens seraient utilisés par la France pour avoir pleine transparence, clarté et vérité, sur ce drame. Et donc, s'il est question de mobiliser le Bureau Enquête Accident, alors, nous le mobiliserons, si nous devons mobiliser les moyens, et c'est le cas, de la Défense, pour avoir des informations, ces moyens seront mobilisés. Et par ailleurs l'ONU s'est émue également, mobilisée, c'est donc sur la scène internationale que les exigences seront portées, et elles sont convergentes, et elles sont puissantes. La France, par le président de la République, a été d'une grande fermeté.

PHILIPPE CORBE
Frédéric CUVILLIER, vous êtes donc ce matin en direct tout près de l'accident entre deux trains hier soir, un TER a percuté un TGV reliant Tarbes à Paris, 40 blessés dont 4 graves, est-ce que d'abord vous avez des nouvelles, ce matin, des nouvelles plus précises, de ces blessés ?

FREDERIC CUVILLIER
Deux personnes restent dans une situation grave, dont une personne ayant son pronostic vital engagé, plus de 40 victimes, mais toutes ont été prises en charge très rapidement par une organisation remarquable des secours et sur différents sites hospitaliers. Donc il reste deux victimes graves, dont une avec un pronostic vital engagé.

PHILIPPE CORBE
Alors certains voyageurs du TGV racontent qu'il y a eu un message à bord, du contrôleur, pour expliquer que si le train roulait à 30 km/h c'est parce qu'il y avait un problème de signalisation lié aux fortes chaleurs. Vous confirmez que le problème de signalisation était lié aux chaleurs ?

FREDERIC CUVILLIER
Nous savons qu'au moment de l'accident il y avait une intervention sur la signalisation, une maintenance, ou un problème technique, mais qu'il y a concomitance entre l'accident et un problème de signalisation. Est-ce qu'il y a un lien de causalité entre les deux éléments ? Il appartiendra aux enquêteurs, j'ai missionné le Bureau Enquête Accident, du transport terrestre, sur le champ, c'est une autorité indépendante de grande qualité, il y aura une enquête judiciaire, et il y a une enquête interne à la SNCF.

PHILIPPE CORBE
C'était une signalisation automatique, donc c'est une erreur technique, ou est-ce qu'il peut y avoir aussi l'hypothèse d'une erreur humaine, par exemple le conducteur du TER qui passerait outre une recommandation de ralentir ?

FREDERIC CUVILLIER
Rien ne peut être exclu. Je pense au conducteur qui est aujourd'hui dans un état extrêmement sérieux.

PHILIPPE CORBE
C'est lui dont le pronostic vital est engagé ?

FREDERIC CUVILLIER
Non, non… ce qui est certain c'est qu'il peut y avoir défaillance technique, il peut y avoir défaillance humaine, il peut y avoir des défaillances cumulatives, mais ce sont les enquêtes qui permettront de le déterminer. Rien, aujourd'hui, nous permet de privilégier l'une ou l'autre des pistes.

PHILIPPE CORBE
Alors, vous avez demandé, je crois, des révisions sur l'ensemble du réseau, sur l'ensemble des zones en maintenance.

FREDERIC CUVILLIER
Oui, il y a une précaution qu'il est nécessaire de prendre, lorsque nous savons qu'il peut y avoir un risque d'accident généré par une probable intervention de maintenance, alors il faut, sur le champ, que tout soit vérifié, car la loi des séries peut intervenir, et il vaut mieux s'en prémunir. Donc, toutes les dispositions ont été prises par RFF, par SNCF, pour vérifier dans quelles conditions des interventions de maintenance peuvent intervenir sur le réseau ferroviaire.

PHILIPPE CORBE
Frédéric CUVILLIER, vous comprenez que les Français qui nous écoutent, qui prennent le train tous les jours pour aller travailler, le TER, ou qui vont le prendre ce week-end ou cet été pour les vacances, ont quand même des raisons de se poser des questions sur la sûreté dans les trains. On est 1 an après l'accident de Brétigny, et à nouveau, à nouveau, un accident dramatique, qui là n'a pas fait de mort, mais un accident dramatique sur le réseau, on se demande en fait si le réseau ferroviaire français n'est pas totalement dans un état de décrépitude ?

FREDERIC CUVILLIER
Cet accident est un accident rarissime, extrêmement rare, qualifié « d'accident de rattrapage », il est très rare qu'un train précédent… soit rattrapé par un train qui lui succède, et entraîne une collision. Je crois que le dernier accident de ce type date d'il y a plus de 20 ans. Et là, aujourd'hui…

PHILIPPE CORBE
Il est très rare aussi qu'un train déraille comme à Brétigny, et voilà, en 1 an, un été après l'autre, deux accidents spectaculaires.

FREDERIC CUVILLIER
Non, non… ça n'enlève rien à ce que vous soulignez, la priorité que nous mettons est la réorientation des investissements ferroviaires parce qu'il est vrai que pendant des années ce qui a été privilégié c'est effectivement la création de voies nouvelles et non pas le maintien, à niveau, qui est un postulat, on peut créer des voies nouvelles, à condition que le maintien à niveau de l'infrastructure existante soit assuré. Donc rien ne permet de dire, ici, qu'il s'agit – d'autant que l'infrastructure venait de faire l'objet de travaux de modernisation – donc rien ne permet de dire qu'il s'agit d'un problème d'entretien, de modernisation, de maintenance à niveau de cette voie qui, une fois encore, avait fait l'objet de travaux récents de modernisation. Donc nous sommes attentifs à la sécurité, c'est la priorité des priorités, mais je mesure le caractère choquant de ces successions d'accidents.

PHILIPPE CORBE
Vous le dites, vous utilisez le mot, c'est choquant, quand on est utilisateur de trains, de se dire qu'il y a comme ça des accidents, qui n'ont rien à voir, mais qui se succèdent, et on se demande si vous maintenez votre confiance au président de RFF, et au président de la SNCF Guillaume PEPY, dans cette succession dramatique d'accidents, 1 an après l'autre ?

FREDERIC CUVILLIER
Vous savez, je suis à Pau ce matin, cette nuit j'étais sur les lieux de l'accident, et ce type de questions, si elles doivent se poser, eh bien se poseront au moment venu, ce n'est pas le cas. Il y a eu une mobilisation de toute la famille cheminote, des secours, moi je rends hommage à ce qui s'est fait ici, à Pau, les conditions d'intervention de tous, et mes pensées, et ma mobilisation, va en direction des victimes. Les autres questions sont d'un autre temps et nous verrons ça postérieurement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2014

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